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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 17:13

 

 

Le cardinal Montini vit en Vatican II, annoncé par Jean XXIII, une occasion historique de relancer l'Église : « On ne peut rester étranger à un tel épisode historique et spirituel, qui intéresse non seulement la vie de l'Église mais aussi celle de toute la chrétienté et de l'humanité entière. »

 

Dès le début, il souligna l'importance de quelques-uns des buts du Concile : la valorisation de l'épiscopat, la défi­nition de la place des laïcs dans l'Église, le dialogue avec les frères séparés et avec le monde moderne. Il contribua à la préparation du Concile au sein de la Commission centrale. « Le discours sur la nature et la fonction de l'épiscopat, dit-il, en harmonie avec la papauté romaine, pourra amener à une affirmation nouvelle et spontanée de l'unité juridique et surtout vivante de l'Église autour du trône de Pierre; il pourra aussi et sans intentions revendicatives donner le départ à une internationalisation du gouvernement central de l'Église. »

 

Un mois avant l'inoubliable ouverture solennelle du Concile, le cardinal Montini convoqua le clergé ambrosien en synode : l'exemple d'une réforme intérieure de l'Église devait partir des prêtres. « Vous devez être des ascètes, » dit-il en substance.

 

Sa lettre pastorale de 1962 avait justement pour thème : « Pensons au Concile ». Elle a été considérée comme la meilleure étude sur l'événement; elle en était certainement en tout cas la plus profonde car elle voulait répondre à cette terrible question : Qu'attend le Seigneur de ce Concile ?

 

« Comprendre cette volonté divine — écrit Montini — serait une grande chose; le jeu mystérieux et plein d'amour de la Providence dialoguant avec l'histoire, c'est-à-dire avec la somme des libres volontés humaines, pour préparer aux âmes et au monde de nouveaux destins, nous serait en une certaine mesure révélé, et d'immenses panoramas nous seraient ouverts : Des grâces provenant du ciel, de responsa­bilités appelées à des choix suprêmes, de nouvelles énergies surgissant du fond des cœurs humains, de combinaisons merveilleuses de temps et de faits, de fils courant de la trame serrée des choses d'hier et d'aujourd'hui vers demain, vers l'avenir et au-delà du temps, vers l'avènement final du Christ... »

 

Pendant la première session du Concile, ouverte le 11 octobre 1962, Jean XXIII le voulut à ses côtés, au Vati­can, seul parmi tous les cardinaux. Il fut le premier, en Italie et dans le monde, à maintenir, par l'intermédiaire des colonnes du quotidien catholique milanais, un contact continu avec ses fidèles, les informant de ce qui se passait dans la salle conciliaire, où se pressaient deux mille cinq cents évêques, provenant de tous les coins de la terre.

 

L'une de ses lettres du Concile, celle du 2 décembre, quand les assises œcuméniques étaient à un tournant décisif, fran­chit les frontières du diocèse, pour être commentée dans le monde entier.

 

« Matériau immense, écrivit à cette occasion le cardinal Montini, excellent mais hétérogène et inégal qui aurait réclamé une réduction graduelle et courageuse, si une auto­rité, pas seulement extrinsèque et disciplinaire, avait dominé la préparation logique et organique de ces magnifiques volumes, et si une idée centrale, architecturale, avait polarisé et assigné une fin à ce considérable travail. En raison du respect du principe de spontanéité et de liberté dont est né le Concile, le programme de Vatican II a fait défaut sur un point capital. »

 

Trois jours après, c'est à propos du thème De Ecclésia, qu'il s'exprimait : « Cet aspect des rapports de l'Église avec son chef, qui est le Christ, n'est pas suffisamment mis en lumière, dans le texte actuellement en discussion. Et d'autre part l'Église ne peut rien par elle-même. Elle n'est pas seule­ment une société fondée par le Christ : Elle est l'instrument par lequel Il agit sur le monde; en second lieu, la façon de présenter la doctrine de l'épiscopat est plus juridique que théologique. »

 

Il rappelait ensuite les buts donnés par Jean XXIII à Vatican II. Son intervention fut faite avec beaucoup de diplomatie, de tact, d'équilibre, attentif à ne blesser personne et à rester au dessus de la mêlée. Ce fut une intervention mémorable dans la salle conciliaire, car il réussit à faire sienne une grande partie des critiques qui avaient été avan­cées sur ce thème, tout en tranquillisant et en apaisant de nombreux esprits échauffés.

 

Lui qui avait défini le Concile : « Une heure de présence mystique et agissante du Christ dans son Église et dans le monde... un Concile de réformes positives plutôt que puni­tives; plus d'exhortations que d'anathèmes, » il ne pouvait ne pas se révéler comme l'élément d'équilibre et de sagesse, le plus autorisé et le mieux préparé.

Les extrémismes n'étaient ni dans son caractère ni dans sa charité. Un exemple ? Peu avant de partir pour Rome, afin de participer à Vatican II, Montini prouva sa nature d'homme hostile à tout extrémisme en interdisant une réunion de la revue catholique progressiste française Esprit qui devait se tenir à Milan, et en ordonnant la cessation des publications de la revue bimensuelle Adesso, le journal de bataille fondé par don Primo Mazzolari.

 

Vingt-quatre heures après l'intervention de Montini, le pape Jean XXIII donnait des directives pour un nouvel examen et un perfectionnement des thèmes, selon les sugges­tions avancées en salle conciliaire. Le cardinal Montini, à qui le Pape avait confié la cérémonie du 4 novembre à Saint-Pierre pour l'anniversaire de son couronnement, quitta l'ap­partement de l’archiprêtre de Saint-Pierre, à l'ombre de la coupole, et rentra à Milan.

 

De retour dans son diocèse, il trouva dans de nombreux secteurs de l'opinion publique, du monde catholique et du clergé, une agitation et des critiques insolites, d'insolites attentes suscitées par la première session du Concile qui, par ailleurs, avait polarisé l'attention du monde entier.

 

Il était nécessaire d'intervenir; et il intervint, avec une lettre à ses prêtres du dimanche des Rameaux, pour faire le point de la situation et freiner les enthousiasmes exagérés et les dangereux pronunciamientos.

 

« Le Concile a diffusé l'attente d'un visage nouveau de l'Église, écrivait-il. Il faut réfléchir sur les changements auxquels s'adresse cette attente, afin que la face de l'Église en sorte extérieurement changée mais aussi intérieurement fortifiée et spirituellement embellie. Mais certains font consister cette attente en un désir de changement de la dis­cipline ecclésiastique, comme si elle n'était plus désormais qu'une coutume sotte et dépassée. Cette attente, raisonnable et légitime en ce qui concerne certaines formes, moins aptes aujourd'hui à exprimer l'efficacité spirituelle et pastorale de l'Église (certaines expressions liturgiques par exemple), trahit une considération superficielle de l'effort vital que l'Église est en train d'accomplir; elle laisse suspecter une tendance conforme aux habitudes de la société profane, une faiblesse envers la mode dans la pensée ou le compor­tement du temps qui passe, un respect humain qui nous fait désirer être d'un monde dans lequel nous devons au contraire apparaître différents, détachés, résistants.

« Notre réforme ne doit pas tant consister en une indul­gence envers le style de vie de notre siècle, comme si nous devions devenir un sel insipide privé de réactions brûlantes mais salutaires, qu'en une affirmation vigoureuse de notre forme de vie originale et autonome, telle qu'elle découle de l'Évangile et de l'interprétation concrète que nous donnent l'expérience ascétique et la loi canonique de l'Église.

 

« Parler, par exemple, de « crépuscule de l'âge constantinien », de « pluralisme idéologique » ou d'Église « spiri­tuelle » opposée à une Église « juridique » est extrêmement dangereux, parce que cela autorise des concepts approxima­tifs et imprécis, flatte les velléités subversives et alimente de fallacieuses espérances. Taxer de « paternalisme » l'exercice de l'autorité pastorale, revendiquer une liberté de pensée et de conduite dépouillée de préjugés, pour se soustraire effec­tivement à l'obéissance pratique nécessaire à la communauté sociale des fidèles, favoriser les expressions spirituelles indo­ciles et les critiques envers la norme commune et autorisée de la vie catholique, comme si c'était là des attitudes supé­rieures et raffinées, qui ne pouvaient plus tolérer désormais l'habitude cléricale, tout cela n'est pas constructif et trompe les esprits avides de sincérité et de fécondité religieuse. »

 

L'étude du dernier enseignement du cardinal Montini du haut de la chaire d'Ambroise (ses discours, ses sermons, ses lettres...) de la clôture de la première session du Concile à l'agonie déchirante et pleine d'amour de Jean XXIII et au Conclave, révèle quelque chose de profond, de mystérieux, d'hésitant et aussi d'anxieux dans son cœur et dans son esprit. On dirait une attente.

 

Ceux qui ont eu l'occasion de l'approcher à cette époque ont pu affirmer que, même dans ses conversations privées, il faisait preuve de plus de retenue et de circonspection que d'habitude.

 

Certains ont voulu voir dans ces derniers discours la distance prise par le cardinal face à certaines initiatives pas­torales hardies du clergé et de l'épiscopat français ; on y a vu aussi le choix d'une ligne qui a fini par en faire un modéra­teur prudent entre conservateurs et innovateurs dans l'Église et au sein même du Concile.

 

Quoi qu'il en soit, le discours qu'il prononça pour l'Ascen­sion 1963, à un peu plus d'un mois de son élection au trône pontifical, est très significatif.

« Nous avons besoin, nous catholiques, d'un sens plus profond, plus vivant et plus agissant de l'unité de l'Église. Le devoir de concorde est presque oublié; l'obligation et l'honneur de la discipline sont relâchés et souvent trahis; la fonction juste et sage de l'autorité est discutée, critiquée et quelquefois niée; on parle, comme d'une conquête à faire, d'un pluralisme d'idées sur des vérités indiscutables du patri­moine doctrinal de l'Église; on a ici et là la ridicule audace de parler de l'humble désobéissance à la hiérarchie comme d'un droit et d'une géniale trouvaille de vie spirituelle; on vivisectionne les instructions claires et conscientes de l'autorité ecclésiastique pour trouver, au moyen de sophismes et de subtilités casuistiques, les arguments qui permettent d'en éluder la grave signification. Un sens de l'Église cordial et fidèle nous fait défaut, comme fait défaut la perception de ce principe inviolable et génétique qu'est son unité intérieure, aimée et professée. »

 

Mais désormais Rome l'attend une nouvelle fois.

 

Et nous conclurons cette chronique de sa mission ambrosienne sur le jugement médité d'un prélat âgé, qui l'a connu de près : « L'histoire de cet homme est singulière; il semble dépourvu de sympathie humaine, si mesuré, si plein de retenue dans ses rapports avec la foule, si ennemi des phrases à effet; sans expérience paroissiale, il arrive à Milan, immense diocèse de trois millions et demi d'âmes et il devient l'arche­vêque des milanais, le plus aimé, le plus estimé. C'est un beau résultat pour quelqu'un qu'on a pu qualifier d'antipathique !»

A Suivre…

 

Extrait du volume : PAUL VI 

                           G. SCANTAMBURLO

                                  Édition; Maison Mame  (1964)

 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 15:55

  

 

Le témoignage de Mgr Pignedoli est précieux : « Mgr Mon­tini parle toujours de l'Église et il est naturel qu'il en soit ainsi. Mais sa façon d'en parler n'a rien d'habituel. Il y met la chaleur et la nouveauté d'un récent converti. »

 

Les années qui suivirent son accession au cardinalat, entre 1959 et 1962, virent se renouveler et s'intensifier le zèle et les initiatives pastorales du cardinal Montini dans ce diocèse dont il connaissait désormais, en père et en pasteur, tous les problèmes de gouvernement spirituel.

 

Ce sont les années de la grande maîtrise pastorale du futur pape; les années des Lettres de Carême, toujours plus illu­minées de doctrine et de souffle apostolique, toujours plus denses d'expérience humaine; les années des innombrables allocutions dictées par des circonstances particulières, comme les visites de paroisses ou d'institutions ou les rencontres très fréquentes avec les travailleurs, les étudiants ou les cadres, italiens et étrangers, de passage à Milan à l'occasion de la Foire.

 

Parmi ses lettres pastorales, les plus importantes et signi­ficatives sont la lettre sur le « Concile Œcuménique », celles sur « le bien-être temporel », « la famille chrétienne », « le sens moral »,... etc.; mais toutes les autres sont également riches de doctrine et de sagesse méditée.

 

Le cardinal Montini a été un grand archevêque, comme l'exigeaient les temps modernes, plein d'intuitions, d'ini­tiatives, de réalisations, mûries dans la volonté d'apporter à tous les milieux la vie et la pensée chrétienne et affrontées avec un esprit de sacrifice et une ténacité infatigables.

 

Il a gouverné le diocèse ambrosien pendant l'une des périodes les plus tourmentées de sa vie séculaire; en un moment de profondes transformations sociales, de change­ment radical des mœurs; en un moment où le monde tradi­tionnel tout entier s'apprêtait à disparaître ou à se modifier devant la croissance continuelle de l'immigration et du tra­vail féminin et devant l'industrialisation diffuse qui carac­térise le diocèse de Milan, le plus grand du monde, comme il l'appela lui-même un jour.

 

Il en fut le connaisseur le plus attentif et le chercheur le plus exigeant. Il y encouragea toutes les initiatives capables d'aider à promouvoir « la pacification entre la tradition catholique italienne et ce qu'il y a de bon dans l'humanisme de la vie moderne » ainsi qu'il l'affirma dans son discours de présentation aux milanais.

 

« Custodi depositum fidei » fut la consigne que lui donna Pie XII en le nommant archevêque de Milan; mais la conser­vation de la foi, de cette tradition chrétienne qui caractérise encore tant de zones du diocèse ambrosien, devait être accompagnée d'une action d'approfondissement spirituel et d'extension des rapports avec le monde environnant. Voilà pourquoi la caractéristique principale de l'épiscopat du car­dinal Montini a été, jour après jour, le contact: humain, presque personnel, avec toutes les catégories sociales. On l'a souvent appelé l'archevêque des travailleurs et il s'en réjouissait; mais il fut aussi l'archevêque des patrons, des cadres, des commerçants, des artisans, des employés de banque, de tous ceux qui font battre le cœur de cette grande ville active.

 

Partout présent, en personne et en parole, il a été l'infatigable prédicateur de la nécessité de l'Église et d'une chrétienne cohérente pour les fidèles qui en font partie, partie vivante et vitale. Fidèle à la maxime évangélique « procla­mer la vérité sur les toits », il a employé tous les prodigieux moyens offerts par la technique moderne, pour se faire réellement l'évangélisateur du diocèse qui lui était confié, pour approcher ceux qui étaient lointains comme ceux qui étaient proches, pour donner à tous la parole de vie éternelle et pour faire comprendre à tous la sollicitude maternelle de l'Église. Il suffit de parcourir les actes officiels de ces huit années pour mesurer l'ampleur de cette mission évangélisatrice que l'image du bon semeur caractérise si bien...

 

« Exiit qui seminat seminare semen suum... » à toutes les heures du jour et de la nuit, en toute circonstance opportune et impor­tune, il a semé abondamment, à pleines mains, en toute liberté et avec un grand espoir, la parole de Dieu.

 

On remarque un aspect important et permanent dans sa mission de bon semeur : « le respect total, non seulement de la légalité publique, mais aussi de la liberté personnelle. »

 

Dans un discours à la F. A.C.E. pendant la grande Mission, le cardinal Montini dit en effet : « Nous ne faisons pas de pro­pagande, nous ne désirons pas forcer votre conscience. Je sais que bien des gens font preuve d'une grande méfiance envers les vérités religieuses. Eh bien saluez-les de ma part; et portez-leur à eux aussi mon message : Soyez des hommes ! Soyez loyaux! Je vous dis la vérité qui touche à la vie et à quoi sont suspendues vos destinées. Écoutez, on ne vous demande rien d'autre. Nous ne voulons de vous aucun tribut, ni hommage, ni aumône, ni applaudissements ni approba­tion. Nous voulons seulement que vos âmes s'ouvrent et écoutent encore une fois la parole du Christ. »

 

Le cardinal Montini voulait, en premier lieu, que les gens sachent que le problème religieux est indéclinable, qu'il est vital, qu'il est la source de tous les autres problèmes concer­nant notre destin et notre vie et qu'il doit graver son empreinte sur toute notre activité. En dehors de cela, prêcher sur d'autres thèmes à des gens inertes, assoupis, dont le sens religieux ne répondait plus, équivalait à son avis à survoler les têtes en laissant les esprits et les cœurs indifférents et les âmes confuses. Un diagnostic réaliste et non pas pessimiste.

 

Il fondait son action pastorale sur une connaissance réelle et non conventionnelle de son diocèse.

 

« Dans l'usine, par exemple, que trouve-t-on ? Se demandait-il. Le nom de Dieu, le crucifix n'y sont pas! Des mil­liers de personnes passent leur vie là où la vibration de la vie religieuse ne résonne jamais. Et dans les bureaux ? Qu'y a-t-il de religieux dans un bureau ? Et dans une caserne ? Dans un Stade ? Dans une maison populaire ? Qu'y a-t-il qui parle de Dieu, du Christ, de la vie surnaturelle dans tant d'écoles où l'on débat pourtant de graves problèmes spiri­tuels ? Ce sont pourtant des milieux qui influent énormément sur la pensée, la moralité, la vie et le destin de l'homme. Si, de temps en temps et pour interrompre le panorama profane de la ville moderne, nous ne voyions pointer ça et là, dans l'enchevêtrement des maisons, les rares clochers de nos églises, nous pourrions nous dire : il n'y a donc rien ici qui soit à Dieu! Constater cela c'est ressentir l'obligation d'étu­dier les moyens d'introduire un signe de Dieu dans tous les secteurs importants de la vie. »

 

C'est pourquoi il misait constamment sur la conspiration des forces catholiques. « Le monde catholique a encore beau­coup d'énergies; mais elles avancent chacune dans sa direc­tion, quand elles ne se croisent pas ou même ne se gênent pas l'une l'autre. Notre action serait tellement plus efficace, confiait-il un jour, s'il y avait parmi nous un peu plus d'unité, d'harmonie, c'est-à-dire d'humilité, d'obéissance et de véri­table charité et non une suite de privilèges, d'abstentions et d'égoïsmes spirituels! »

 

Sa préoccupation était de jeter dans cette société dispersée et distraite une authentique semence.

 

Mais, devant tant d'indifférence et d'absentéisme, au spec­tacle de cette mer bouleversée sur laquelle ne flottent plus que quelques rares îlots de ferveur religieuse, il se demandait souvent si ce n'était pas aussi « notre faute ».

 

« Au lieu de donner l'essentiel à ce peuple qui nous regarde et qui a peut-être besoin d'un témoignage plus authentique et plus naturel, nous lui avons souvent présenté un christianisme « phénomène », extérieur, limité à la dévo­tion, facultatif. Ne cherchez pas, je le répète, les succès immédiats; n'espérez pas qu'on vous applaudisse, que l'on vous remercie, que l'on commente : Quel beau résultat !

 

Lais­sez les résultats entre les mains de Dieu. Vous n'êtes que des conditions économiques générales mais devrait aujourd'hui encourir, de toutes parts, la plus vigoureuse réprobation.

 

« L'honnêteté est une règle nécessaire de l'ordre social : Celui qui la viole manque à celui qui est directement frustré mais offense encore plus la communauté toute entière parce qu'il ébranle la confiance sociale, qui est la base indispensable de la vie en commun, de son honorabilité et de son efficacité. »

 

A Suivre

 

Extrait du volume : PAUL VI 

                           G. SCANTAMBURLO

                                  Edition; Maison Mame  (1964)

 

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 17:33

                  

 

En plus des nombreux voyages qu'il fit en Italie, pour présider des congrès ou prononcer ses mémorables discours, le cardinal Montini accomplit pendant son ministère pastoral ambrosien, deux longs voyages à l'étranger, qui firent date.

 

Le 5 juin 1960, il quitta la Malpensal pour l'Amérique, et effectua en deux semaines quatorze longs vols qui le conduisirent à New-York, Chicago, Boston, Philadelphie, Washington, Baltimore, Brasilia, Sao Paulo et Rio de Janeiro. Partout, d'immenses foules en liesse l'accueillaient avec de grandes banderoles portant ces mots : « Long Live Cardinal Montini. »

 

II fut fait docteur Honoris Causa en même temps que le président Eisenhower et, à l'occasion de cette rencontre historique, offrit au chef de la nation américaine une statuette représentant un ange qui brise ses chaînes. Ike lui écrivit peu après : « Cher Cardinal Montini, avant de partir pour l'Extrême Orient, je voudrais vous remercier pour la petite statue significative que vous m'avez donnée à Notre-Dame, dimanche dernier. Elle peut être le symbole de ce que j'ai l'intention de réaliser au cours de ce voyage et dans ma vie... ».

 

Le président du Brésil, Kubitschek, qui le guida dans la visite de son immense pays, salua en lui « un éminent prince de l'Église dont la voix se répercute d'une façon significative dans tout le monde catholique. »

Il le définit également : « l'une des grandes figures de notre temps. »

 

Au cours de ce mémorable voyage il approcha des gens de toutes catégories sociales : présidents, ministres, professeurs, ecclésiastiques,   étudiants,   ouvriers   et  pauvres  noirs   des quartiers américains.

 

Mais, ses dernières heures, il voulut les consacrer à la visite d'une favela, l'un de ces misérables quartiers qui entourent Rio et rassemblent des familles venant de tous les coins du Brésil, mais surtout des noirs. A pied, l'archevêque parcourut des dizaines de rues flanquées de masures et de baraquements et, plus d'une fois, il s'arrêta pour parler à des hommes, des femmes et des enfants, adressant à tous un mot de réconfort.

 

Ses magnifiques expressions sur le pauvre — « le pauvre est le miroir du Christ, il est comme son vivant sacrement » — le cardinal Montini les vivait dans cette accablante visite qui concluait son voyage à travers les Amériques.

 

Encore plus émouvant son voyage en Afrique (accompli du 19 juillet au 10 août 1962), où l'attiraient non seulement les groupes de ses diocésains engagés dans la construction du grand barrage de Kariba, mais aussi l'attrait qu'il a toujours ressenti pour l'apostolat missionnaire.

 

L'automobile à bord de laquelle voyageait le cardinal Montini roulait sur les routes du Nigeria, en direction d'Ibadan; elle traversait des forêts d'un vert intense, sur des pistes sillonnées par une circulation insensée de cyclistes et d'autocars, et l'attention de l'illustre voyageur était conti­nuellement attirée par les devises gribouillées à la main sur les voitures des indigènes : « One God is Majority » (un seul Dieu fait majorité), « The Befl king is God» (Le plus grand roi c'est Dieu); « Thank God today » (remercie Dieu aujourd'hui); « God is my way » (Dieu est ma route). « Prenez note » dit à un certain moment le cardinal Montini à son diligent secré­taire, assis à ses côtés. Et don Pascal Macchi commença à noter sur son carnet de voyage ces inscriptions qui parlaient en termes élémentaires et ingénus, mais spontanés et émouvants, de la grande foi des populations africaines.

 

Le voyage du cardinal Montini en Afrique fut long et pénible mais sa fatigue fut continuellement allégée par un subtil sentiment de joie; à Kariba surtout, où des centaines de noirs en fête, guidés par le chef de la mission locale, accueillirent leur hôte extraordinaire avec des danses pitto­resques et des chants solennels.

 

Kariba, Chirundu, Salisbury; puis les villes du Sud, l'Afrique de l'apartheid : Johannesburg, Pretoria; les villes nigériennes : Lagos, Ibadan, Enugu; enfin Accra et Tema au Ghana : telles sont les étapes du tour qui permit au cardinal Montini d'entrer en contact avec la réalité africaine, et de constater les progrès que le continent tout entier est en train d'accomplir en même temps que les immenses problèmes qui font encore obstacle à son insertion effective dans la communauté mondiale.

 

Il visita les organisations catholiques, les noviciats, les séminaires, les écoles et les missions de l'intérieur, rencontra l'épiscopat et les prêtres en exercice et assista à de nombreuses fêtes et manifestations religieuses, à des communions en masse et à des messes merveilleusement servies en latin par les indigènes.

 

Quelques jours après son retour à Milan, le cardinal communiqua lui-même les impressions rapportées de son voyage, dans un message aux fidèles du diocèse dont voici quelques extraits : « Il s'est agi, dit-il entre autre, d'une expérience extraordinaire qui m'a profondément touché. Parce que j'étais le premier cardinal européen en visite sur ce continent, ou peut-être pour d'autres motifs, on m'a réservé un étonnant accueil. Je ne parle pas des Italiens de Kariba ni des nombreux blancs que j'ai rencontrés pendant les trois semaines qu'a duré ce voyage, mais des populations indigènes : une communauté chrétienne animée d'une grande foi, qu'elle a eu plusieurs fois l'occasion de manifester.

 

« Nous avons visité de nombreuses stations missionnaires d'Afrique méridionale et centro-occidentale et nous en avons rapporté une excellente impression. Nous devons même dire que ces visites ne nous ont pas épargné quelque peine, lorsque naissait spontanément dans notre esprit une compa­raison avec la religiosité de notre peuple, pourtant pieux et fidèle, mais qui a un peu laissé dépérir cette intensité de la foi, cette présence totale, cette dignité d'attitude, cette beauté des chants, cette dévotion spontanée que nous avons admirées, à notre grande joie et stupeur, pendant les cérémonies, la messe et les communions des florissantes églises africaines. Nous avons vu combien la foi y est vécue avec sérieux et placée au centre même de la conception de la vie. Nous avons constaté combien l'expression religieuse (le culte, la prière, la dévotion) est, chez ces nouveaux chrétiens, ardente et digne. Nous avons vu à quel point la jeunesse en particulier remplit les églises missionnaires. Nous avons écouté les chants sincères et émouvants des commu­nautés entières et entendu célébrer nos messes en latin. »

 

Le voyage africain du cardinal Montini eut pourtant ses aspects dramatiques. Et naturellement, ce fut surtout dans les pays de l'apartheid que dans le cœur de l'illustre voyageur la douleur se mêla souvent à la joie. La situation de l'Afrique du Sud est du reste bien connue : tous les hommes sont égaux mais les blancs sont plus égaux que les autres. Le pays est nettement divisé en trois groupes raciaux bien définis. Les blancs (les anciens dominateurs boers et les étrangers) sont les maîtres dans tous les domaines, ceux à qui il appartient de décider du sort de la nation; puis viennent les mulâtres et enfin les noirs, maintenus dans une complète ségrégation. L'expansion des villes les rejette toujours davantage vers les zones nouvelles qu'on édifie pour eux et qui sont de véritables réserves dans lesquelles ils sont contraints de rentrer chaque soir et de vivre complètement renfermés.

 

La visite du cardinal Montini, par l'intermédiaire des nombreux contacts avec les missions catholiques et les communautés qui travaillent dans les différentes zones de l'Afrique du Sud, permit donc au prélat milanais de recueillir une vaste moisson d'informations directes sur la tragique réalité des noirs et contribua sérieusement à ouvrir à l'espé­rance les cœurs des indigènes.

 

A Johannesburg, le cardinal éprouva sa plus intense émotion au moment de bénir la première pierre d'une nouvelle église, dédiée à Maria Regina Mundi, édifiée au cœur d'un quartier noir. Ce matin-là, des centaines d'indigènes l'entourèrent à l'improviste, le serrèrent de toutes parts, lui demandèrent de bénir leurs enfants, presque incrédules devant la présence d'un blanc, prince de l'Église, venu parmi eux armé de sa seule charité chrétienne, pour briser, ne serait-ce qu'un moment, les chaînes de l'apartheid. De délicieux enfants de chœur, en robes rouges et blanches, firent cercle autour du cardinal, répondirent ponctuellement aux versets des prières du rite et lui présentèrent enfin le goupillon pour bénir la foule. Et le cœur du cardinal fut envahi de tendresse.

 

Quelques jours plus tard, il était au Nigeria et le tableau changea complètement. Pas de problèmes raciaux : dans ce jeune état, parvenu depuis peu à l'indépendance politique, les blancs ne constituent qu'une petite minorité; l'Église catholique est si florissante, surtout à l'Est et à l'Ouest, que les   fidèles   représentent   dans   certaines   régions   jusqu'à cinquante pour cent de la population. La traversée du Niger fut effectuée à bord d'une chaloupe mise à la disposition de Son Éminence par le gouverneur d'Onitsha. L'embar­cation fut accompagnée, sur environ cinq kilomètres, par les tambours et les mélopées des noirs qui la suivaient dans leurs canots. Quand le soleil descendit à l'horizon, l'immense étendue du fleuve prit des couleurs indescriptibles. Le voyage touchait désormais à sa fin et le cœur et l'esprit du cardinal Montini débordaient de souvenirs et de pensées, d'impressions et d'espoirs, d'enthousiasmes et de projets. L'Afrique avait confirmé au premier cardinal européen venu la visiter sa pleine disponibilité au message évangélique, dont la diffusion n'est entravée que par le manque de prêtres, de religieuses et de laïcs qualifiés.

 

Voyage mémorable, qui laissa dans le cœur du cardinal Montini une profonde impression, pas encore effacée; voyage dont le caractère providentiel apparaît pleinement maintenant qu'il a été appelé au trône de Pierre.

 

Retournera-t-il là-bas ? Les voies de la Providence sont infinies. On peut raconter à cet égard un épisode pour le moins  singulier.  Quelques  mois  avant  sa mort,  le pape Jean XXIII recevait une mission africaine. « Je suis trop vieux,  dit-il en souriant, pour venir vous  rendre votre visite. Je pourrais tout au plus monter dans un train. Mais mon successeur sera beaucoup plus jeune que moi, et il pourra venir vous voir en avion. »

 

Une prophétie ? Qui sait ?

 

Quelqu'un qui connaît très bien le nouveau pontife a affirmé à ce sujet : « S'il y a un point de contact: entre Montini et Roncalli, outre la bonté et la noblesse de cœur, c'est ce besoin de bouger, de sortir, de voyager... que l'on sent chez Paul VI comme chez Jean XXIII, comme une nécessité irrépressible. Vous verrez que Montini ne restera pas long­temps au Vatican. Si son prédécesseur a pris le train, ce pape-ci prendra l'avion. Vous pouvez en être certains. Je le connais bien. »

A suivre…

 

Extrait du volume : PAUL VI 

                           G. SCANTAMBURLO

                                  Edition; Maison Mame  (1964)

 

 

 

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 13:00

 

Extrait du volume :

PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

Le cardinal de Milan avait-il des ennemis ?

 

Lui-même ne s'en connaissait certainement pas; il pouvait tout au plus avoir des adversaires. Les autres le considéraient peut-être comme tel mais Mgr Montini mettait indubitable­ment en pratique cette maxime de saint Augustin : « Si angulîantur vasa carnis, dilatentur spatia caritatis ! »

 

Il ne faut pas oublier que l'action pastorale de Montini s'est déroulée à Milan à une époque où les luttes syndicales et politiques, les revendications sociales et salariales, les diatribes des partis et surtout les diatribes entre les différents courants de la majorité démocrate chrétienne prenaient un caractère aigu, avec des pointes dramatiques et des phases de désorientation. Il faut tenir compte aussi de ce qu'en Italie on attribue à toute une couleur politique et de ce que la démagogie n'y épargne aucun domaine.

 

Il était donc logique que son zèle apostolique et sa recherche anxieuse de la rénovation soient exposés à de dures critiques de la part de secteurs bien particuliers de l'opinion politique et syndicale du pays.

 

Dans son sermon de Pentecôte 1955, l'archevêque avait prononcé des paroles mémorables : « La mode est de char­ger l'Église et le Christianisme de toutes les guerres, des désordres et des injustices sociales. Nous faisons ainsi, ou nos croyons faire preuve d'humilité. Nous sommes des chrétiens coupables ; ce sont les prêtres, les papes, les évêques, les catho­liques qui ont manqué au christianisme. S'il y a eu un faux témoignage du Christ c'est parmi nous qu'il faut le rechercher. Nous sommes des miroirs déformants de l'Évangile primitif. Nous devons réformer l'Église ; nous devons tout refaire ; nous devons détruire; et, dans ce goût impitoyable de la critique, nous sapons jusqu'aux fondations sur lesquelles l'Église repose. Il n'y a plus ni sentiment, ni goût de l'autorité; aucun dogme, aucune vérité ne semblent plus fermes et Stables. Quelque chose qui dévore, qui bouleverse et nous entraîne, semble avoir envahi jusqu'à la conscience et au monde catholique. Nos revues qui viennent de l'autre côté des Alpes, les théories qui circulent dans nos séminaires et se faufilent jusque dans nos livres de prières, nous inquiètent et nous rendent soucieux. »

 

Le 20 décembre 1958, l'archevêque regagnant son diocèse, revêtu de la pourpre cardinalice, trouva une situation pour le moins confuse, dans laquelle se préparaient des événements qui ne pouvaient que le préoccuper quant au sort de son troupeau.

 

C'était l'époque où tout le monde s'arrogeait le droit de s'approprier le cardinal Montini en le tirant chacun de son côté comme un drapeau et une garantie. L'histoire prouve que ceux qui manquent de Stature intellectuelle et morale s'ap­puient sur ceux qui les dépassent, dans le domaine politique et social particulièrement : C'est la fameuse histoire biblique de la puce qui grimpe sur la croupe de l'éléphant pour entrer dans l'Arche de Noë.

 

Bien que se tenant rigoureusement au dessus de la mêlée, (Utiliser la Démocratie Chrétienne pour faire son appoint de voix et obtenir la majorité à la Chambre en s'appuyant sur la gauche plutôt que sur les néo-fascistes, les monarchistes... (N.D, T.) tant par dignité personnelle et conscience aiguë de son minis­tère pastoral, que par l'élévation d'une intelligence supérieure, le cardinal Montini dut bientôt prendre une position nette et tranchée. Il le fit en juin 1960 en adressant au clergé de son diocèse, sous forme de lettre personnelle, un document qui devait faire définitivement justice des tentatives de cer­tains partis politiques pour s'approprier l'archevêque de Milan.

 

« Le trouble des esprits et la disparité des opinions que: On rencontre actuellement, chez les catholiques, nous invitent à rappeler à nos prêtres que, conformément aux avertisse­ments répétés du Saint-Siège et aux instructions communi­quées par l'épiscopat lombard, nous pensons qu'il ne faut pas favoriser « l'ouverture à gauche » dans le moment présent et sous la forme actuellement envisagée...

 

« ... Ce jugement, s'il touche matériellement le domaine de la politique, n'est pas formellement politique : il est pas­toral, c'est-à-dire qu'il dérive de principes doctrinaires et pratiques et de ces intérêts religieux et moraux que nous avons le droit et le devoir de proclamer et de défendre...

 

« Nous désirons aussi en cette occasion exprimer notre vif regret de ce qu'il soit impossible d'élargir ainsi la repré­sentation démocratique : ce moyen reviendrait en effet à la laisser occuper par des gens qui professent des idées et des méthodes contraires à la démocratie. En ce qui nous concerne nous regrettons enfin très vivement de voir que tant de nos fils demeurent incapables de se libérer du vieux marxisme, encore prévenu contre la religion, encore infatué de matérialisme et d'anticléricalisme.

 

«Cette pénible contin­gence ne nous empêche pas, bien au contraire, de former des vœux pour que ces italiens, (quelques-uns droits et nobles, les autres, plus nombreux, bons et ignorants), soient touchés par une conception plus chrétienne de l'histoire et de la vie et pour qu'ils procurent au pays le bonheur de leur évolution démocratique et à nous celui de la reprise d'un dialogue spirituel.

 

«Nous voulons encore moins taire notre désir et notre espérance que les classes dirigeantes comprennent le besoin d'élévation des classes laborieuses, dans le cadre d'une économie toujours mieux dirigée vers le bien commun; nous souhaitons avec confiance qu'aucune péripétie contin­gente ne vienne changer l'orientation de notre pays, désor­mais clairement tournée vers le progrès social. »

 

Dans cette même ligne d'intransigeance, le cardinal Mon­tini adressait le 31 janvier 1961 un net avertissement aux militants de l'Action Catholique « qui cherchent des zones d'entente avec ceux qui ont d'autres idéologies »; et plus tard, en août, un message aux milanais : « l'apparente tran­quillité des vacances ne doit pas nous illusionner; la menace contre la liberté, la civilisation, la paix, n'est hélas pas un phantasme; les événements parlent d'eux-mêmes. »

 

Dans ce domaine délicat de la politique, si contesté et si adroitement entouré d'équivoques, sa ligne de conduite est toujours claire, précise et charitable. Élargissement de la représentation démocratique oui; mais pas par la confusion des valeurs : par l'affermissement de la vérité, de la justice et du véritable esprit social chrétien; en un mot : le bien des âmes toujours au-dessus de tout.

 

Il a un principe fondamental : la liberté de l'homme est le fondement de la foi et, par conséquent, toute dictature est l'ennemie naturelle de la foi comme elle est celle de l'homme. « L'Église a toujours été et sera de nouveau la source de la liberté humaine, la mère de toute nation libre : la liberté de pensée et la liberté individuelle, la liberté de conscience dans la famille comme dans l'état, procèdent toujours de la limitation du pouvoir temporel. »

 

Et pour clore cette parenthèse sur ce que nous pourrions appeler la charité politique de l'archevêque de Milan, toujours généreusement compréhensif envers ses adversaires mais également intransigeant sur les principes, nous dirons que personne ne sut comme lui déterminer, par une analyse profonde de la situation actuelle du monde, le véritable mal dont souffre l'Occident :

 

« l'absence d'une idée unique, mieux d'une foi unique; notre société, aussi gravement privée de Dieu qu'elle en est inconsciemment avide, ne pourra jamais régénérer ces forces spirituelles dont elle a tant besoin » en suivant les principes « qui ont régi l'histoire du siècle dernier et une partie de celle du nôtre et qui sont ceux du libéralisme agnostique et anticlérical ou du marxisme socia­liste. »

 

 

A suivre

 

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 14:18

 

Extrait du volume :

PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

Sur ce sujet, les pages de la mission pastorale du cardi­nal Montini à Milan sont toutes pleines d'une délicatesse généreuse et compréhensive et d'une constante recherche de la collaboration.

« Merci mon cher », disait-il en guise d'adieu, après chaque rencontre avec l'un des prêtres. Même s'il avait dû rappeler à l'ordre, corriger ou manifester ses préoccupations ou son insatisfaction, le cardinal remerciait le prêtre qui fait de son mieux et emploie sa vie à aider l'évêque dans la cons­truction du royaume de Dieu.

 

Il a consacré, à ses prêtres une grande partie de son temps, de ce temps qui ne suffisait jamais à la brûlante impatience de son zèle.

 

Il a fait pour ses prêtres de nombreux sacrifices et souffert de ne pouvoir les accueillir tous, comme il l'aurait souhaité.

Chaque année pendant la Semaine Sainte, il leur adressait ponctuellement une lettre pour le Jeudi Saint, la journée sacerdotale qu'il voulait passer avec eux, en union de prière et de méditation.

Chaque semaine il réservait le jeudi matin à ses prêtres et chacun pouvait venir le voir sans préavis. Le cardinal se montrait attentif et prévenant, mettait son visiteur parfaite­ment à l'aise et ne perdait pas un détail des problèmes qui lui étaient présentés. Il prenait ensuite la parole et insérait les petits problèmes de chacun dans un contexte plus vaste et universel, enseignant ainsi à être toujours catholiques et à ne

pas s'enfermer dans ses limites personnelles, ou dans celles de la paroisse.

Même si son visage restait sérieux et digne, ce n'était pas par froideur ou détachement, encore moins par incompré­hension; c'était un style de fermeté et de dignité sacerdotale, qui voulait communiquer virilité et courage.

En fait, que de gestes cordiaux et affectueux envers ses prêtres !

Lettres de sa main, reçues à des moments particuliers, pleines de bonté et de douceur, de compréhension et de confiance, gestes cachés d'aide matérielle aux prêtres les plus nécessiteux, visites inattendues aux prêtres malades; ren­contres qui semblaient dues au hasard et qui étaient au contraire délicatement et patiemment recherchées pour sou­tenir des âmes en lutte... Ce sont tous ces éléments qui composent la figure d'un Pasteur, d'un merveilleux Episcopus qui, dans la noblesse et la dignité de sa personne, nourrit une exquise charité, humble et paternelle, un respeét délicat de la vocation d'autrui.

If II ne craignait pas chez ses prêtres les idées ou les méthodes \      nouvelles : mais il examinait, choisissait, encourageait avec toujours cette profonde compréhension envers  toute atti­tude née d'un engagement sérieux.

Le cardinal Montini n'oubliait jamais qu'il était le père et le maître de son clergé; il ne négligeait aucune occasion de parler, de persuader et d'imposer, de façon à ce que le clergé soit toujours à la hauteur des temps et de son devoir.

Et si parfois l'ordre n'était pas péremptoire et que les choses semblaient « aller comme avant » c'était parce que le cardinal avait du respedl pour la dignité de chaque prêtre et se fiait à la bonne volonté, au bon sens, à la maturation plus lente, mais plus profonde, d'une décision personnelle.

Il accordait confiance, responsabilité, initiative.

« II faut évoquer, écrit Georges Basadonna, les trois jours célèbres de la Mission au Clergé, prêchée par lui juste avant la Grande Mission de Milan; il faut réentendre les discours au Synode annuel, à la messe matinale du Jeudi Saint, réservée au clergé, aux ordinations sacerdotales : et nous pourrons

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mieux comprendre quel profond tissu d'amour liait le car­dinal à ses prêtres, et quel désir de sainteté il visait à déve­lopper dans le clergé milanais, dont il était toujours l'exemple. »

Le cardinal Montini voulait aussi que ses prêtres soient chaque jour mieux préparés et plus efficaces dans les diffi­ciles situations sociales et morales des temps modernes. C'esT: pourquoi il décida que les séminaristes qui sortaient du lycée, devraient suivre une année supplémentaire de prépa­ration avant d'entrer en théologie; il offrit aux prêtres les plus pauvres et en particulier à ceux des villages de montagne une « Fiat 600 » et leur fit installer le téléphone; mais surtout il s'efforçait de combattre en eux l'empirisme, lui qui aimait le travail ordonné et méthodique, qui ne connaissait pas la hâte et qui, une fois un problème affronté, aimait le résoudre à fond.

« Notre erreur commune, disait-il, que le Seigneur nous pardonnera parce que nous avons peu de temps, peu de forces, peu de talents, mais qui est objectivement une erreur, c'est l'empirisme. On dit à tort : travaillons « à l'apostolique! » comme si les apôtres travaillaient au petit bonheur. L'art de l'apôtre est celui du pêcheur; il consiste à adapter les moyens à des fins particulières. C'est pourquoi nous devons être éminemment expérimentaux, nous devons savoir présenter toujours les mêmes choses, les mêmes buts, avec un langage et des formes différentes, ou au moins, avec une intensité de ton différente. »

On peut affirmer que son amour du clergé était tissé de charité, mais aussi et surtout de dignité et de force morale; en somme le véritable amour formateur.

Le cardinal Montini, dans sa brûlante recherche de col­loque personnel, de perfectionnement et de modernisation, n'a pas non plus négligé ce très vaste monde religieux polyé­drique et polychrome que forment les sœurs.

Il suffira pour le prouver de citer quelques passages du magnifique discours qu'il tint le n février 1961 aux milliers de sœurs qui emplissaient littéralement la cathédrale de Milan avec une variété de couleurs et de robes digne de

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1' « hortus conclusus » biblique, la serre où se pressent mille qualités de fleurs.

Le cardinal leur rappelle en des termes élevés et tout de douceur paternelle leur vocation et leur mission dans l'Église et dans le Monde : « L'Église vous considère encore aujourd'hui comme saint Ambroise considéraient les pre­mières vierges consacrées : « Piae HoHiae Caritatis. » Vous êtes l'image de la pureté dans un monde corrompu et cor­rupteur, vous êtes les filles sans tache; saint Ambroise vous appelait aussi des « anges sur cette terre »; puis il découvre à leurs yeux un horizon immense d'apostolat moderne :

« Quelle est maintenant votre place dans le monde ? J'ai eu la chance de me trouver aux côtés de Pie XII et je me souviens de tous les grands mots qu'il eut pour vous et qu'il faut que vous connaissiez et ayez toujours présents à l'esprit : « II faut appeler les sœurs, il faut que toutes soient « capables de collaborer, même celles qui sont cloîtrées ? « Mais oui, même celles-là! » « Mais ne doivent-elles pas rester derrière les grilles ? » « Derrière les grilles tant qu'elles voudront, mais elles doivent, elles aussi, travailler et colla­borer. » C'est-à-dire : l'Église de Dieu, en la personne de son chef suprême, de son expression la plus autorisée, appelle les religieuses, dont elle a besoin pour un engagement apos-|tolique plus proche de la vie pastorale et du sacerdoce, là |où est la responsabilité et la mission de sauver les âmes. | Vous en étiez à l'éducation, au service des infirmes, à l'école, | à l'hôpital. L'Église vous demande encore plus, mes filles : I vous êtes capables de faire et de donner encore plus, je vous îveux encore plus proches. Je mettrai un peu de désordre P dans vos rangs, je vous placerai par petits groupes ici et là, je vous disséminerai parmi le peuple chrétien, qui a tant besoin de voir ses vierges consacrées dans ce monde profane. Je vous mettrai face à la Société et à la jeunesse, qui n'a plus  l'exemple  des  vertus  intégrales  et des immolations totales. Je vous placerai près de mes paroisses, je vous appel-k lerai près de mes autels, vous peinerez avec moi pour sauver !et sanétifier le monde. C'est là la vocation moderne de la ! religieuse : devenir collaboratrice de l'action pastorale. Vous P êtes appelées vous aussi à sauver les âmes et plus seulement à soigner les corps ou à éduquer les enfants...

« Vous êtes appelées à devenir aujourd'hui les colla­boratrices de cette charité supérieure, vous êtes appelées à perdre tous les privilèges qui peuvent sembler séquestra­tions, égoïsmes et incapacités, pour devenir, tout en conser­vant les prérogatives de votre état religieux, les collabora­trices les plus humbles peut-être, mais les plus dévotes, les plus nécessaires et les plus fécondes dans l'apostolat pastoral de l'Église... Une paroisse moderne ne peut pas se passer des sœurs. Vous devenez encore plus nécessaires aujour­d'hui qu'hier, parce que, dans le passé, il suffisait que vous soyiez disséminées dans les monastères, dans vos couvents; aujourd'hui, vous devez perdre aussi cette commodité et cette tranquillité. Vous serez dispersées au milieu des foules d'ouvriers, de travailleurs, d'employés de ces villes si pro­fanes, et vous deviendrez dans vos petits cloîtres, dans vos petits groupes, le sel de la terre, la lumière du monde, comme le sont les prêtres... Ne refusez pas cette vocation. Je vous parle avec sincérité : la mission indiquée vous causera des soucis infinis car l'apostolat, le service des âmes est sacrifice; il n'est pas commodité; il vous rendra encore plus pauvres qu'avant; il vous rendra capables d'une pauvreté vécue et non plus seulement professée. Il vous mettra en face et à côté de cette humanité si corrompue et qui a tant besoin d'être purifiée et sauvée. Vous vous étiez éloignées du monde du péché et maintenant au contraire vous devez vous en approcher; et vous verrez de près ce qu'est le péché et ce qu'est la malice du monde et quelle est l'œuvre du démon sur les âmes. Vous aurez vous aussi à lutter corps à corps contre cette mystérieuse présence du mal dans le monde. »

Et plus loin : « Comprenez-moi! Comprenez cette moderne vocation de l'état religieux. Et surtout, une recommandation : préparez-vous. Vous l'êtes? Vous ne l'êtes pas! J'exagère peut-être, je le sais, mais songez bien que vous devez vous préparer davantage. Aujourd'hui on définit la préparation par un terme à la mode : la qualification. Il faut se qualifier. Vous devez vous qualifier... Vous devez devenir les meil­leures infirmières, les meilleures institutrices, les meilleures éducatrices; vous devez tenir les oratoires comme vous l'enseignent l'art pastoral de saint Charles et de notre tradi­tion; vous devez vraiment apprendre à vivre avec la jeunesse,

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la diriger, à la divertir, à l'enthousiasmer. Vous devez devenir les préférées de vos filles et non les sœurs tolérées ou à peine respectées. Non! Vous devez être capables de toute cette vivacité, de cette compréhension, de cette pédagogie nouvelle qui doit vous mettre en état d'influencer, d'éduquer, de christianiser le monde. Préparez-vous et sachez bien que tout cela troublera un peu votre programme, vos habitudes... N'ayez pas peur : l'Église de Dieu vous appelle; elle vous aidera, elle sera indulgente, elle vous exaltera; du moment que vous avez tout donné au Seigneur, vous devenez capables de valoriser votre don et votre sacrifice... ».

 

A suivre

 

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 20:59

 

Extrait du volume :

PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

 

C'est ainsi que j'eus l'honneur d'être le seul journaliste présent, et de façon très privée, à la célébration du rite. En attendant l'arrivée de l'archevêque, don Charles qui était déjà là me pria de l'aider à dépouiller la copieuse correspon­dance amassée sur son bureau, au premier étage du grand édifice de la Pro Juventute. Mon aide consistait à ouvrir les enveloppes et à les lui tendre, pour qu'il en parcourût rapi­dement le contenu. Un œil sur la porte grande ouverte, l'autre sur les lettres, don Charles dépêchait son travail, un doux sourire sur son visage déjà creusé par la maladie qui, deux ans plus tard, devait l'emporter. Les lettres inu­tiles, c'est-à-dire celles qui contenaient seulement des éloges pour lui, finissaient en morceaux dans la corbeille. On était ainsi arrivé à une missive d'un admirateur anonyme milanais qui priait don Gnocchi de transmettre au nouvel archevêque toute son admiration pour l'œuvre qu'ils étaient en train  d'accomplir en commun, et ajoutait un éloge particulière­ment destiné à don Gnocchi. « Je n'en mérite pas tant » dit don Charles et aussitôt il déchira lettre et enveloppe, jetant les fragments dans la corbeille. La chance voulut que mon regard tombât sur des fragments où un mot était resté lisible : « un million ». Quand Mgr Montini arriva, don Charles et moi étions agenouillés sur le plancher occupés à assembler comme un puzzle avec de la colle et une feuille de vélin, les morceaux du chèque que le bienfaiteur anonyme avait joint à sa lettre.

 

Une voix nous frappa : « Laudetur Jésus Christus. » L'arche­vêque était là, sur le seuil de la porte, avec un sourire plein de curiosité et de douceur, les mains croisées sur la poitrine. Don Charles était embarrassé, et moi encore beaucoup plus, comme si on nous avait surpris en train de voler. Le doux « père de l'enfance mutilée » ne parvenait même pas à expli­quer à son grand ami l'archevêque, comment, par un excès d'humilité « qui l'avait amené à risquer de pécher par orgueil », il se trouvait agenouillé par terre en train de faire une chose qui ressemblait à un petit jeu d'enfant. Quand il sut de quoi il s'agissait, l'archevêque s'illumina et dit de sa voix paisible : « Je peux finir de coller ? Et une autre fois, don Charles, attention, on ne sait jamais. » II se baissa et avec une humilité dans les gestes égale à celle de don Gnocchi, il colla jusqu'au dernier fragment de chèque sur le vélin, me souriant avec une espèce de complicité innocente que je n'ai jamais pu oublier.

 

Peu de temps auparavant, en haut de l'escalier où trois petits mutilés étaient venus l'attendre, il eut un geste très significatif : tandis qu'il montait, un enfant poliomyélitique, poussé par un instinctif mouvement d'amour s'était aventuré à descendre à ma rencontre, porté à grand'peine par ses petites jambes grêles. L'archevêque tendit les bras, le recueillit, lui fit faire volte-face et le soutint vers les marches supérieures, lui faisant de ses propres mains des béquilles sous les aisselles; mais le courage lui manqua de le voir sautiller de marche en marche : il le souleva dans ses bras et le porta tendu devant lui, comme un pasteur l'agneau.

 

Pour la célébration des trois Messes consécutives en usage à Noël, Mgr Montini endossa sur son simple habit noir bordé de violet, la chasuble en lamé or offerte à don Gnocchi par ses chasseurs alpins. Avant le début de la Messe célébrée sur l'autel en marbre précieux que Pie XII avait donné à don Charles, un petit aveugle récita la prière des enfants mutilés et offrit à l'archevêque deux béquilles en miniature posées sur un plat de céramique, sur lequel était peint le blason du nouvel archevêque de Milan : cinq petits monts superposés, trois lys d'argent sur champ de gueules avec la devise In nomine Domini, le tout timbré du chapeau d'arche­vêque et de la croix à trois branches.

 

Jamais musiques de Bach, de Schuman et de Frank ne furent appelées à s'accorder à une aussi tragique beauté et à une si profonde spiritualité : Les enfants de chœur en robe rouge et surplis blanc, yeux éteints, bras mutilés, jambes raidies, formaient autour du célébrant un chœur de douleur sans égal; d'autres, enfermés dans leurs voitures grises com­posaient des scènes de vitrail consacrées à la souffrance humaine. Au nom de cette douleur, Mgr Montini leur parla plus doucement et plus longuement peut-être qu'il n'avait jamais fait, sans s'abandonner aux suggestions d'une facile rhétorique de circonstance, s'efforçant de dissimuler sa très profonde émotion. Au moment de distribuer la communion, quand il s'approcha de la Sainte Table, le ciboire d'or entre les mains, face à ces visages éteints, striés de bleu, à ces petites mains fanées comme des fleurs mortes, l'archevêque trembla imperceptiblement, ferma un instant les yeux, sub­mergé par l'émotion, et son visage parut émacié et pâli jus­qu'à la transparence; puis sa main droite sur laquelle se déta­chait la grosse topaze brûlée de l'anneau pastoral se leva, présentant l'hostie une, deux, dix, cent fois tandis que l’Ave Maria de Schubert soulignait le rite.

 

Quand tout fut fini, quand il eut retiré les ornements litur­giques qui conféraient à sa silhouette une dignité solennelle, l'archevêque se retrouva seul pour s'isoler en une prière qui contenait toute la douleur du monde.

 

Cette visite doit avoir laissé une trace bien profonde dans son âme, car quelques mois après son élection au trône pon­tifical, il la rappellera avec émotion au cours d'une émouvante audience accordée aux anciens polios de l'Association Ita­lienne des Invalides qui se pressaient en grand nombre autour de son trône, dans l'après-midi du 2 octobre 1963.

 

L'Osservatore Romano du dimanche suivant rapporta l'évé­nement et résuma le discours du pape : «... Le Saint Père rappelle ensuite que de telles souffrances ne doivent pas s'arrêter au niveau purement humain de la résignation, il désire qu'elles se haussent encore plus haut jusqu'au plan religieux, spirituel. Ces fils très aimés savent que le Seigneur les voit et les préfère; si les pas de leur existence physique et sociale sont entravés, ils doivent penser que l'épreuve que Dieu leur envoie est une espèce de présence du Seigneur et qu'il est si proche d'eux qu'ils peuvent entendre sa voix : « Mon fils, arrête toi : Pense que la vie est grande pour celui qui souffre, qui aime et qui tend à se dépasser. Je t'ai choisi pour que tu sois un guide et un exemple de grandeur spiri­tuelle pour les autres. Je t'ai choisi pour que tu sois proche de moi. Il est un mot de saint Paul, qui fait beaucoup médi­ter : « Christo confixus sum cruci. » Je suis cloué en croix avec Jésus; être sur la croix avec Jésus c'est dépasser le monde, entrer dans le plan de salut que le Seigneur a établi pour le rachat de notre pauvre humanité et devenir capables de répandre autour de nous les mérites, les exemples, les prières et les forces morales que seul celui qui souffre généreusement, cette foi au cœur, peut communiquer aux autres et offrir à Dieu... »

 

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 18:57

 

Extrait du volume :

PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

Le lendemain de son arrivée dans le diocèse, Mgr Montini se rendait à la polyclinique pour visiter les malades; le 8 janvier, c'était le tour de l'hôpital de Niguarda et de l'Institut des Rachitiques ; « Monsieur Montini, Monsieur Mon­tini... » criait un petit enfant de l'Hôpital Majeur et le prélat, quittant les autorités, alla à son chevet et se mit à lui parler et à le réconforter. Quand il s'éloigna du petit lit, ses yeux étaient gonflés de larmes.

 

Si le cardinal avait déclaré à son arrivée qu'il porterait une affection particulière aux humbles et à tous ceux qui souffraient, on peut dire que les malades, prêtres ou laïcs, furent les favoris parmi les favoris.

 

A l'Institut Palazzolo, il baisa au front un vieux prêtre dont le corps portait de nombreuses plaies; à l'Hospice de la Sainte Famille de Cesano Boscone, un jeune infirme l'attendait dans sa voiture, à son entrée dans l'église; le cardinal Montini quitta le cortège qui le précédait, rejoignit le malheureux, le prit dans ses bras et l'embrassa.

 

Plusieurs fois on le vit pleurer pendant les visites pastorales, quand des parents lui présentaient leurs enfants atteints de graves infirmités et sans aucun espoir.

 

Ses paroles de réconfort n'étaient pas une simple formalité, elles sortaient du cœur, spontanément, et apportaient la paix à ces familles, auxquelles parvenait souvent quelque secours plus urgent.

 

A une fillette qui lui avait écrit après la mort de ses parents, il adressa de sa main une lettre émouvante et y joignit un petit cadeau qui contribua à distraire sa douleur.

 

Lors de ses visites aux malades, il trouva toujours motif à les inviter à voir au delà de leurs souffrances, à participer avec leurs douleurs à la vie de l'Église et à souffrir avec le Christ pour l'humanité.

 

Dans son message aux malades, à l'occasion de la Grande Mission, il a écrit : « La mission est venue pour vous faire réciter cette prière, le Pater Noster, avec une pleine compré­hension; pour vous rendre la dignité et l'espérance dans la douleur; pour faire de vous des frères exemplaires et coré-dempteurs avec le Christ des misères humaines; pour vous apporter la paix intérieure et la joie de l'esprit; pour vous faire sentir que vous n'êtes ni seuls, ni séparés, ni abandonnés mais que vous êtes les frères préférés, l'image transparente du Christ. »

 

Nous avons déjà rapporté les mots de don Rossi qui affirme que le cardinal Montini a toujours eu une passion particulière, celle de visiter les infirmes et de s'agenouiller devant leurs lits et nous pensons que cette passion qui devenait compréhension et compassion fraternelle et délicate, lui est venue de son enfance et de sa jeunesse pendant lesquelles sa santé précaire et deux attaques d'une douloureuse maladie ont particulièrement affiné sa sensibilité à la souffrance de son prochain. Montini voyait « l'image transparente du Christ » dans la personne du malade, mais il savait aussi ce que souffrir veut dire.

 

Il réservait une compassion toute paternelle et délicate aux enfants qui souffrent.

 

Un journal catholique de Milan a très justement écrit dans la légende d'une photographie qui le montre priant, mains jointes, parmi un groupe d'enfants : « On peut facilement mesurer la grandeur d'une âme à son aptitude à sentir le charme de l'enfance. Les mains des enfants mystérieusement consacrées par le parfum de l'innocence, cherchent le contact des mains consacrées par la grâce divine. L'Évêque, le Pasteur que fut pour tous les milanais le cardinal Montini, prenait véritablement dans le geste délicat dont il effleurait les jeunes visages ou serrait les petites mains, l'aspect radieux et inquiet du Père : « Laissez venir à moi les petits enfants ! »

 

Une visite du cardinal Montini aux Enfants Mutilés de don Gnocchi, au Foro Italico de Rome, nous éclaire sur tout ce qu'ils ont fait ensemble pour l'enfance douloureuse.

 

Mgr Montini avait été nommé depuis peu archevêque de Milan et se préparait à célébrer solennellement dans son diocèse son premier Noël d'archevêque, quand don Gnocchi arriva à Milan pour y recevoir la médaille d'or du mérite de la province. La rencontre entre le nouveau Primat du plus grand diocèse du monde et son vieux compagnon d'études et de jeunesse, don Gnocchi, « père de l'enfance mutilée » suggéra à l'archevêque un désir inattendu : celui de célébrer la messe de Noël dans la chapelle du Collège des Enfants Mutilés au Foro Italico à Rome, où don Gnocchi avait déjà fondé le premier Centre pour poliomyélitiques.

 

De nombreuses années auparavant, quand Mgr Montini était assistant national des universitaires catholiques et que don Gnocchi travaillait parmi les jeunes de l'Action Catho­lique, leurs routes s'étaient séparées; la Providence avait conduit le premier derrière les bureaux de la Secrétairerie d'État, le second sur les champs de bataille de la guerre et de la douleur, puis auprès des jeunes et des malades. Mais les divergences de destin n'avaient été qu'apparentes : Mgr Mon­tini avait continué à bercer dans son cœur l'idéal de l'apostolat parmi les jeunes et à suivre avec un vif intérêt le nouveau chemin de don Gnocchi en faveur de l'enfance mutilée. Leurs entrevues se déroulaient toujours sous le signe de ces dramatiques instances, que l'explosion d'engins de guerre abandonnés un peu partout renouvelait continuellement; et, par la vertu d'une parfaite osmose d'intelligence et de cœur, un aidait l'autre à réaliser leur commun idéal. Mgr Montini n'apparaissait jamais officiellement, par son expresse volonté, dans cette œuvre de soutien de son ami, voué corps et âme jusqu'à la mort à une cause d'amour sans égal.

 

Quand le problème des Enfants Mutilés fut en grande partie résolu, il s'en présenta un autre : celui des poliomyé­litiques. Il revêtait cette fois le visage toujours égal et toujours nouveau de la vie même, de la douleur inévitable qui ne donne aucune trêve aux générations et qui n'a pas besoin de la guerre et de ses problèmes pour se manifester. C'était Mgr Montini lui-même qui avait poussé don Gnocchi sur cette nouvelle route, après avoir visité en 1952 une colonie pour polios à Ostie.

 

« J'avais été littéralement assailli par les mères de ces bambins, angoissées de ne pas savoir où emmener leurs enfants, après cette courte parenthèse bienfaisante; » : ce sont ses propres paroles, qu'il m'a lui-même rapportées. « Les enfants poliomyélitiques, rien qu'en Italie, étaient environ soixante mille, et je ne parvenais pas à oublier ces yeux maternels pleins d'imploration, ces membres d'enfants réduits à l'état de fragiles branches sèches. Jamais de ma vie, je ne pourrai les oublier. »

Sur la route du retour d'Ostie vers Rome, la tragique vision continuait à l'obséder et Mgr Montini ne se consola qu'à l'idée d'en parler à son ami don Gnocchi et de faire avec lui et grâce à lui quelque chose de concret.

 

Il leur suffit de quelques mots pour se mettre d'accord. Les réalisations suivirent aussitôt : le plan général de l'œuvre en faveur des polios n’était pas encore tracé lorsque les premiers enfants atteints de cette maladie furent accueillis dans une section détachée de l'Œuvre Pro Juventute de don Gnocchi, au Foro Italico. Les premiers dons en argent qui parvinrent à l'Œuvre aussitôt après sa fondation arrivèrent de Milan; il était donc naturel que le nouvel archevêque choisît ce lieu pour y célébrer la messe de Noël.

 

Don Charles Gnocchi qui n'avait pas moins que lui le désir très vif de faire le bien en secret et le plus humblement possible, ne voulut inviter, pour assister à cette messe exceptionnelle, qu'un journaliste qu'il connaissait depuis longtemps et qu'il jugeait incapable de transformer en mani­festation mondaine un événement d'un caractère aussi hau­tement spirituel.

 

A suivre…

 

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