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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 21:09

        La valeur de l'ignorance  (Mgr Fulton J. Sheen)
Un millier d'années avant la naissance de Nôtre-Seigneur vivait un des plus grands parmi tous les poètes : l'illustre poète grec Homère. Deux grands poèmes épiques lui sont attribués : l'Iliade et l'Odyssée. Le héros de l'Iliade ne fut pas Achille, mais Hector, le chef des Troyens ennemis, qu'Achille vainquit et tua. Le poème se termine par le panégyrique non pas d'Achille, mais d'Hector le vaincu.
L'autre poème, l'Odyssée, a pour héros non pas Ulysse, mais Pénélope, sa femme, qui lui fut fidèle durant les années de ses voyages. Comme les prétendants lui faisaient une cour pressante, elle leur promit de les écouter lorsqu'elle aurait fini de tisser le vêtement qu'ils voyaient sur son métier. Mais chaque nuit, elle défaisait ce qu'elle avait tissé durant le jour, et ainsi resta fidèle jusqu'au retour de son époux. « De toutes les femmes, disait-elle, je suis la plus affligée. » Comme on pourrait bien lui appliquer cette citation de Shakespeare : « Le malheur siège dans mon âme comme sur un trône. Ordonnez aux rois de venir s'incliner devant lui ».
Durant un millier d'années avant la naissance de Nôtre-Seigneur, l'antiquité païenne retentit de ces deux récits du poète qui jette en pâture à l'histoire ce défi étrange d'exalter un homme vaincu, et de s'incliner devant une femme malheureuse. Et au cours des siècles ultérieurs, on se demanda comment il était possible d'être victorieux dans la défaite, et glorieux dans le malheur. Et jamais il n'y eut de réponse, jusqu'au jour où vint celui qui fut glorieux dans sa défaite : le Christ sur la Croix ; et celle qui fut sublime dans le malheur : Sa sainte Mère au pied de la Croix.
Il est intéressant de remarquer que Nôtre-Seigneur parla sept fois sur le Calvaire, et que sept fois dans les Saintes Écritures on rapporte les paroles de sa Mère. Sa dernière parole notée fut dite aux noces de Cana, lorsque son divin Fils commença sa vie publique. Maintenant que le soleil s'était levé, la lune pouvait disparaître. Maintenant que la Parole s'était exprimée, point n'était besoin d'autres paroles.
Sur les sept paroles de Marie, saint Luc nous en rapporte cinq qu'il n'a pu tenir que d'elle-même. Saint Jean rapporte les deux autres. On peut se demander si, alors que Nôtre-Seigneur prononçait chacune de ses sept paroles, notre sainte Mère au pied de la Croix ne pensait pas à chacune de ses propres paroles qui y correspondait. Tel sera le sujet de notre méditation : les sept paroles de Nôtre-Seigneur sur la Croix, et les sept paroles de la vie de Marie.
Les hommes ne peuvent supporter la faiblesse. Dans un certain sens, les hommes sont le sexe faible. Il n'est rien qui désoriente un homme autant que les larmes d'une femme. C'est pourquoi les hommes ont besoin de la force et de l'inspiration de femmes qui ne s'affaissent pas en cas de crise. Il leur faut quelqu'un non pas écroulé au pied de la Croix, mais debout comme le fut Marie. Jean s'y trouvait aussi ; il la vit debout, et il le nota dans son Évangile.
D'ordinaire, lorsque des innocents ont à souffrir entre les mains de juges impies, leurs dernières paroles sont soit « Je suis innocent », soit « La justice est corrompue ». Mais ici, pour la première fois dans l'histoire du monde, voici un condamné qui ne demande pas plus le pardon de ses péchés, car il est Dieu, qu'il ne proclame son innocence, car les hommes ne peuvent être les juges de Dieu. Il intercède plutôt en faveur de ceux qui le tuent : « Père, pardonnez-leur, car ils ne connaissent pas ce qu'ils font ». (S. Luc XXIII, 34.)
Marie, sous le gibet, entendit son divin Fils prononcer cette première parole. Lorsqu'elle l'entendit dire « ne connaissent pas » je me demande si elle se souvint de sa première parole, qui, elle aussi, comprenait ces mots : « ne connais pas ».
C'était lors de l'Annonciation, la première bonne nouvelle qui parvenait à la terre depuis des siècles. L'ange lui annonça qu'elle allait devenir la Mère de Dieu. « Voici que vous concevrez, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. » Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? » (S. Luc I, 31-34.)
Ces paroles de Jésus et Marie semblent suggérer qu'il y a parfois de la sagesse à ne pas savoir. L'ignorance ici, est représentée non comme un remède, mais comme une bénédiction. Cela choque plutôt notre sensibilité moderne qui prône tant l'instruction, mais c'est parce que nous ne faisons pas de distinction entre la vraie et la fausse sagesse. Saint Paul appelle « sottise » la sagesse du monde, et Nôtre-Seigneur remercia Son Père céleste de n'avoir pas révélé la sagesse céleste aux sages de ce monde.(S. Luc. x, 21.)
L'ignorance qui est ici vantée n'est pas l'ignorance de la vérité, mais l'ignorance du mal. Remarquez-le tout d'abord dans la parole de notre Sauveur envers ses bourreaux : il entendait par là qu'il pouvait leur être pardonné parce qu'ils ne comprenaient pas leur crime terrible. Ce n'était pas leur savoir qui les sauverait, mais leur ignorance. S'ils savaient ce qu'ils faisaient en flagellant les mains de celui qui est la miséricorde éternelle, en perçant les pieds du bon Pasteur, en couronnant d'épines la tête de la sagesse incarnée, et s'ils continuaient à le faire, jamais ils n'auraient été sauvés. Ils auraient été damnés ! Seule leur ignorance rendit possible pour eux la rédemption et le pardon. Comme le leur dit saint Pierre à la Pentecôte : « Je sais bien que vous avez agi par ignorance, ainsi que vos magistrats ». (Ac. III,17)
Comment se fait-il que vous et moi, par exemple, puissions pécher un millier de fois et être pardonnes et que les anges qui n'ont péché qu'une seule fois, soient éternellement damnés ? La raison en est que les anges savaient ce qu'ils faisaient. Les anges voient les conséquences de chacun de leurs actes aussi nettement que vous voyez qu'une partie ne peut jamais être plus grande que le tout. Ce jugement établi, vous ne pouvez plus le reprendre. Il est irrévocable ; il est éternel.
Or les anges virent les conséquences de leur choix avec une netteté plus grande encore. C'est pourquoi quand ils prirent une décision, ils la prirent en toute connaissance de cause, et il n'y eut plus moyen de la reprendre. Ils étaient damnés à jamais. Comme les responsabilités de la connaissance sont effrayantes ! Ceux qui connaissent la vérité sont jugés plus sévèrement que ceux qui ne la connaissent pas. Comme Nôtre-Seigneur l'a dit : « Si je n'étais pas venu... ils n'auraient pas de péché ». (S. Jean XV, 22.)
La première parole que notre sainte Mère prononça à l'Annonciation révèle la même leçon. Elle dit : « Je ne connais pas d'homme ». Pourquoi le fait de ne pas connaître l'homme avait-il une certaine valeur ? Parce qu'elle avait consacré sa virginité à Dieu. Au moment où chaque femme aspirait au privilège d'être la Mère du Messie, Marie renonça à cet espoir, et c'est à elle qu'il fut donné ! Elle refusa de discuter avec un ange toute espèce de compromis de sa grande décision.
Si pour devenir la Mère de Dieu, il lui fallait renoncer à son vœu, elle ne pouvait admettre un tel abandon, connaître l'homme serait un péché pour elle, quoiqu'en d'autres circonstances cela n'en eût pas été un. Ne pas connaître l'homme est une forme de l'ignorance, mais cela devient ici une telle bénédiction, qu'en un instant le Saint-Esprit la couvre de son ombre, faisant d'elle un ciboire vivant, et lui accordant le privilège de porter en elle durant neuf mois l'Invité qui est l'Hôte du monde.
Ces premières paroles de Jésus et de Marie suggèrent qu'il y a du mérite à ne pas connaître le mal. Vous vivez dans un monde où ceux qui passent pour les sages de ce monde disent : « Vous ne connaissez pas la vie ; vous n'avez jamais vécu ». Ils prétendent qu'on ne peut connaître que par l'expérience — expérience non seulement du bien, mais aussi du mal.
Ce fut avec un mensonge de cette sorte que Satan tenta nos premiers parents. Il leur dit que Dieu leur défendait de manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal parce que Dieu ne voulait pas qu'ils fussent aussi sages qu'il l'était lui-même. Satan ne leur dit pas que s'ils acquéraient une certaine connaissance du bien et du mal, elle serait très différente de la connaissance de Dieu.
Dieu ne connaît le mal que de façon abstraite, c'est-à-dire par la négation de sa bonté et de son amour. Mais l'homme le connaîtrait de façon concrète et expérimentale, et ainsi, deviendrait esclave, dans une certaine mesure, de ce mal dont il ferait l'expérience. Par exemple, Dieu désirait que nos premiers parents connussent la fièvre typhoïde, comme la connaît un docteur en bonne santé. Il ne voulait pas qu'ils la connussent comme le malade qui en est frappé. Et depuis le jour du grand mensonge jusqu'à nos jours, personne n'a gagné à connaître le mal par expérience.
Examinez votre propre vie. Si vous connaissez le mal par expérience, êtes-vous plus savant pour cela ? N'avez-vous pas méprisé ce mal, et n'êtes-vous pas plus malheureux d'en avoir fait l'expérience ? Il se peut même que vous soyez devenu l'esclave de ce mal. Combien de fois les blasés ne disent-ils pas : « Si seulement je n'avais jamais goûté à l'alcool » ou « comme je déplore le jour où j'ai volé mon premier dollar » et « si seulement je n'avais jamais connu cette personne ». Comme vous auriez été plus raisonnable si vous aviez été ignorant !
Que de fois vous n'avez découvert le principe qui inspira une loi que vous jugiez arbitraire et dépourvue de sens qu'après avoir violé cette loi. Étant enfant, vous ne pouviez comprendre pourquoi vos parents vous défendaient de jouer avec des allumettes, et ce n'est qu'en vous brûlant que vous étiez convaincu du bien-fondé de cette défense. Ainsi le monde, pour avoir violé la loi morale de Dieu, apprend par la guerre, les dissensions et la misère, la sagesse de la loi. Et alors, comme le monde aimerait désapprendre cette fausse connaissance !
Donc, ne croyez pas que pour « connaître la vie » il faille « faire l'expérience du mal ». Un docteur est-il plus savant parce qu'il est terrassé par la maladie ? Apprenez-vous la propreté en vivant dans des égouts ? Savons-nous ce qu'est l'instruction en faisant l'expérience de la stupidité ? Connaissons-nous la paix en combattant ? Connaissons-nous les joies de la vue en étant aveuglés ? Devenez-vous meilleur pianiste en faisant des fausses notes ? Point n'est besoin d'être ivre pour savoir ce qu'est l'ivresse.
Ne croyez pas trouver une excuse en disant que « les tentations sont trop fortes » ou que « les vertueux ne savent pas ce qu'est la tentation ». Les gens de bien en savent plus sur la force des tentations que ceux qui y succombent. Comment connaissez-vous la force du courant d'une rivière ? En nageant avec le courant, ou contre lui ? Dans une bataille, comment pouvez-vous estimer la force de" l'ennemi ? En étant fait prisonnier ou en combattant ? Comment pouvez-vous connaître la force d'une tentation à moins de la vaincre ? Nôtre-Seigneur comprend vraiment mieux que quiconque la puissance de la tentation, parce qu'il triompha des tentations de Satan.
La grande erreur de l'éducation moderne c'est de croire que l'ignorance est la cause de l'existence du mal dans le monde, et que par conséquent si nous entassons plus de faits dans l'esprit des jeunes, nous les rendrons meilleurs. Si c'était vrai, nous serions le peuple le plus vertueux de l'histoire du monde, parce que nous sommes le mieux instruit.
Les faits, pourtant, indiquent le contraire : jamais auparavant l'éducation ne fut autant poussée, jamais auparavant on n'arriva si peu à connaître la vérité. Nous oublions que l'ignorance vaut mieux que l'erreur, en confondant scientia et sapientia. Une grande partie de l'éducation moderne rend l'esprit sceptique quant à la sagesse de Dieu. Les jeunes ne sont pas nés sceptiques, mais ils peuvent le devenir par une éducation faussée. Le monde moderne se meurt, empoisonné par le scepticisme.
L'erreur de l'éducation sexuelle est de croire que si les enfants connaissent les effets nuisibles de certains actes, ils s'abstiendront de ces mêmes actes. On prend comme exemple que si vous saviez qu'il y a un cas de fièvre typhoïde dans une maison, vous n'y entreriez pas. Mais ce que ces éducateurs oublient, c'est que l'instinct sexuel n'est pas du tout comme l'attrait de la fièvre typhoïde. Personne ne sent le besoin de forcer la porte d'un malade atteint de cette fièvre, mais on ne peut en dire autant de la sexualité. Il existe un instinct sexuel, mais il n'y a pas d'instinct typhique.
La connaissance sexuelle ne rend pas nécessairement raisonnable ; elle peut faire désirer le mal, surtout lorsque nous apprenons que les conséquences nocives peuvent être évitées. L'hygiène sexuelle ne peut pas être confondue avec la moralité, ni le savon avec la vertu. Le mal ne provient pas de l'insuffisance de notre connaissance, mais de la perversité de nos actes.
C'est pourquoi dans nos écoles catholiques, nous exerçons et disciplinons la volonté aussi bien que nous formons l'intelligence, car nous savons que le caractère se révèle par ce que nous choisissons, et non par ce que nous savons. Chacun d'entre nous en sait assez pour être vertueux, même avant l'âge scolaire. Ce qu'il nous faut apprendre, c'est à faire mieux.
Si nous oublions le fardeau de notre nature déchue et les nombreuses tendances au mal, dues au fait que nous nous y soumettons, nous nous trouvons bientôt enchaînés comme Samson, et toute l'éducation du monde est incapable de briser ces chaînes. L'éducation tend parfois à expliquer ces chaînes et nous les présente comme des sortilèges, mais seul l'effort de la volonté, en plus de la grâce de Dieu, peuvent nous libérer de leurs servitudes. Sans l'aide de ces deux sources d'énergie, jamais nous ne ferons un iota de plus que dans le passé.
Par conséquent, entraînez vos enfants et vous-mêmes dans la vraie sagesse qui est la connaissance de Dieu et dans l'ignorance de ce qui est mal. On n'est pas attiré par ce qu'on ignore ; être ignorant du mal, c'est ne pas le désirer. Aucune joie n'est comparable à l'innocence.
Sur la Croix et dans son ombre se trouvaient les deux personnages les plus innocents de toute l'histoire : Jésus était totalement innocent, parce qu'il est le Fils de Dieu ; Marie était immaculée parce qu'elle fut préservée du péché originel, en vertu des mérites de son divin Fils. Ce fut leur innocence même qui rendit leurs souffrances si poignantes.
Les gens qui vivent dans la crasse, se rendent rarement compte de ce qu'est la crasse. Ceux qui vivent dans le péché comprennent à peine l'horreur du péché. Ce qu'il y a d'effrayant surtout dans le péché, c'est que plus on s'y plonge, moins on le reconnaît. On en arrive à si bien s'identifier à lui, qu'on ne sait plus ni dans quel abîme on a sombré, ni de quelle hauteur on est tombé.
On n'a jamais conscience d'avoir dormi avant de se réveiller ; et l'on n'a jamais conscience de l'horreur du péché avant d'en être sorti. C'est pourquoi, seuls ceux qui sont innocents savent vraiment ce qu'est le péché.
Et puisque "l'innocence, à son degré suprême, se trouvait sur la Croix et au pied de la Croix, il s'ensuit que la douleur suprême s'y trouvait également. Par cette absence même du péché, on y trouvait la suprême compréhension de son horreur. Ce fut leur innocence, et leur ignorance du mal, qui constituèrent l'agonie de Jésus et de Marie au Calvaire.
A Jésus qui pardonna à ceux qui « ne connaissent pas », à Marie qui gagna Dieu parce qu'elle pouvait dire « Je ne connais pas », demandez la grâce de ne pas connaître le mal et ainsi d'être vertueux.
Sincèrement, si en ce moment même, vous aviez le choix entre en savoir davantage sur le monde, et désapprendre le mal que vous connaissez, ne préféreriez-vous pas désapprendre plutôt qu'apprendre ? Ne seriez-vous pas meilleur, débarrassé de votre perversité que drapée dans les parchemins de vos diplômes ?
N'aimeriez-vous pas être tel qu'aux fonts baptismaux, quand vous sortiez des mains de Dieu, sans cette connaissance du monde accumulée dans votre esprit, afin que pareil à un calice vide, vous puissiez passer votre vie à le remplir du vin de son amour ? Le monde vous dirait ignorant, et ne sachant rien de la vie. Ne le croyez pas — vous auriez la vie ! Donc vous seriez un des êtres les plus savants du monde.
L'erreur est tellement répandue dans le monde, de nos jours, les domaines où le mal est expérimenté et vécu sont si vastes, que ce serait vraiment une bénédiction si quelque âme généreuse fondait une université où l'on pourrait désapprendre. Son but serait de traiter l'erreur et le mal exactement comme les docteurs traitent les maladies.
Seriez-vous surpris d'apprendre que Nôtre-Seigneur institua réellement une telle université, et que tout catholique sincère s'y rend environ une fois par mois ? On l'appelle le confessionnal ! On ne vous donnera pas de diplôme quand vous en sortirez, mais vous vous sentirez tel un agneau parce que le Christ est votre berger. Vous serez stupéfié de tout ce que vous apprendrez en désapprenant. Car il est plus facile pour Dieu d'écrire sur une page blanche que sur une page couverte de griffonnage.

Ce texte est tiré du livre écrit par Mgr Fulton J. Sheen,
‘’ Du Haut de la Croix’’  Editions Salvador.  1959. Page 41 a 50

 G.G.  14 nov. 2011.


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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 20:48

De la patience dans les maladies.

Seigneur   Jésus, quel vrai bonheur a une âme dédiée à Dieu, d'être fort exercée par la tribulation, avant qu'elle parte de cette vie !
Comment peut-on mieux connaître le franc et vif amour, que parmi les épines, les croix, les langueurs et surtout quand les langueurs sont accompagnées de longueurs ? Aussi notre cher Sauveur a témoigné son amour démesuré par la mesure de ses travaux et passions.
Soyez consolée, en pensant que c'est Dieu qui vous envoie vos croix ; car rien ne sort de cette main divine que pour l'utilité des âmes qui le craignent, ou pour les purifier, ou pour les affermir en son saint amour. Regardez souvent à la durée de l'éternité, et vous ne vous troublerez point des accidents de la vie de cette mortalité.
Jésus glorifié est beau ; mais quoiqu'il soit toujours très bon, il semble néanmoins qu'il le soit encore plus crucifié.
C'est Dieu qui veut ainsi exercer notre cœur. Ce n'est donc pas une rigueur, c'est une douceur. Que notre volonté ne soit pas faite, mais la sienne toute sainte!
Ayons bon courage : car pourvu que notre cœur lui soit fidèle, il ne nous surchargera point et supportera notre fardeau avec nous, quand il verra que de bonne affection nous soumettrons nos épaules.
Il n'en est pas des rosiers spirituels comme de ceux des jardins. En ceux-ci les épines durent, et les rosés passent ; en ceux-là les épines passeront, et les rosés demeureront.
Pratiquons bien cette sainte résignation et cet amour courageux de Nôtre Seigneur, qui ne se pratique jamais si entièrement que parmi les tourments. Car d'aimer Dieu dans le sucre, les petits enfants en feraient bien autant ; mais de l'aimer dans l'absinthe, c'est là le coup de notre amoureuse fidélité.
De dire : Vive Jésus ! Sur le Thabor, saint Pierre, tout grossier encore, en a bien eu le courage, mais de dire : Vive Jésus! Sur le Calvaire, cela n'appartient qu'à la Mère et au disciple bien-aimé.
Dans ces moments pénibles, élevez le plus fréquemment que vous pourrez votre cœur à ce Sauveur, et faites ces actes :
1° D'accepter cette douleur de sa main, comme si vous le voyiez lui-même vous l'imposant ; 2° vous offrant d'en souffrir encore davantage ; 3° le conjurant, par le mérite de ses tourments, d'accepter ces petites souffrances en union des peines qu'il souffrit sur la croix ; 4° protestant que vous voulez, non seulement souffrir, mais aimer ces maux, comme envoyés d'une si bonne et douce main ; 5° invoquant les martyrs, et tant de serviteurs et servantes de Dieu, qui jouissent du ciel pour avoir été affligés en ce monde.
Il n'y a nul danger à désirer du remède ; au contraire,  il faut Soigneusement le procurer : car Dieu, qui vous a donné le mal, est aussi l'auteur des remèdes.
Il faut donc les appliquer, avec telle résignation néanmoins que, si sa divine Majesté veut que le mal surmonte, vous y acquiescerez ; s'il veut que le remède vainque le mal, vous l'en bénirez.
Mon Dieu! Que vous serez heureuse, si vous vous tenez sous la main de Dieu, humblement, doucement et simplement ! Espérez toujours en Jésus ; et, pour espérer en lut, soyez toujours à lui. Immolez souvent votre cœur à son amour sur l'autel même de la croix, en laquelle il immola le sien pour l'amour de vous. La croix est la porte royale pour entrer au temple de la sainteté. Qui en cherche ailleurs, n'en trouvera jamais une miette.
Je ne vous dirai pas de ne point regarder vos afflictions ; car votre esprit, qui est prompt à répliquer, me dirait qu'elles se font bien regarder par l'âpreté de la douleur qu'elles donnent ; mais je vous dirai de ne les regarder qu'au travers de la croix.
Mon Dieu ! Que c'est chose douce de voir Nôtre Seigneur couronné d'épines sur la croix, et de gloire au ciel ! Car cela nous encourage à recevoir les contradictions amoureusement, sachant bien que, par la couronne d'épines, nous arriverons à la couronne de félicité. Tenez-vous toujours bien unie à Nôtre Seigneur, et vous ne sauriez avoir aucun mal qui ne se convertisse en bien.
Que nous importe que nous soyons à Dieu, ou d'une façon ou d'une autre ? En vérité, puisque nous ne cherchons que lui, et que nous ne le trouvons pas moins en la mortification qu'en l'oraison, surtout quand il nous touche de maladie, l'un nous doit être aussi bon que l'autre, outre que les oraisons jaculatoires et les élancements de notre esprit sont de vraies continuelles oraisons, et la souffrance volontaire des maux est la plus digne offrande que nous puissions faire à celui qui nous a sauvés en souffrant.
Ne vous inquiétez point de ne pouvoir pas servir Dieu selon votre goût ; car, en vous accommodant bien à vos souffrances, vous le servez selon le sien qui est meilleur que le vôtre. Qu'à jamais il soit béni et glorifié !

SAINT François de Sales.

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 18:32

  LE    PREMIER ARTICLE DU SACREMENT DE PÉNITENCE

Nature, forme et nécessité de la Pénitence
     La pénitence est un sacrement qui remet les péchés commis après le baptême, aussi grands et aussi nombreux qu'ils soient, pourvu que le pécheur s'en accuse avec les dispositions nécessaires. Ce sacrement a été institué par Jésus-Christ, lorsque, après sa résurrection, il souffla sur ses apôtres et qu'il leur dit: " Recevez le Saint-Esprit; " les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et "ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez."
   La forme de ce sacrement consiste dans ces paroles du prêtre qui l'administre : Je l'absous . . ., au nom du Père, etc. Les trois actes du pénitent, à savoir : la contrition, la confession et la satisfaction, doivent accompagner l'absolution, sans quoi le sacrement est nul pour la rémission des péchés et l'on commet un sacrilège.
    Celui donc qui est coupable de péchés mortels ne peut en obtenir la rémission que par ce sacrement ou, dans le cas d'impossibilité de le recevoir, par un acte de contrition parfaite, qui renferme le désir ardent de le recevoir. Que personne ne dise : je fais pénitence en mon particulier, je fais pénitence devant Dieu. Cela ne suffit pas, dit saint Augustin, il faut recourir au sacrement. Comme les péchés commis avant le baptême ne peuvent être remis que par ce premier sacrement, de même les péchés commis après le baptême ne peuvent être effacés que par le sacrement de pénitence.
   Nous parlons des péchés mortels, car pour ce qui regarde les péchés véniels, on peut en obtenir la rémission par des prières et d'autres bonnes oeuvres. Il est cependant utile de les soumettre au sacrement et d'en recevoir l'absolution, parce que c'est toujours le moyen le plus efficace d'en obtenir le pardon et parce que l'absolution que l'on en reçoit augmente la grâce en nous. Il n'est d'ailleurs pas toujours facile de distinguer ce qui est péché véniel de ce qui est péché mortel.
    Le sacrement de pénitence est donc comme un second baptême offert aux pécheurs qui auraient perdu la grâce du premier ; mais ce second baptême est un baptême pénible et laborieux, qui demande des larmes, des gémissements, des travaux. Au lieu que dans le premier Dieu, voulant signaler sa pure miséricorde, tient le pécheur quitte de tout sans se rien réserver ; dans le second, par une conduite mêlée de miséricorde et de justice, il ne se réconcilie avec lui qu'à des conditions dures et humiliantes. D'ailleurs, les saintes rigueurs de la pénitence sont non seulement un remède salutaire pour l'expiation des péchés passés, mais encore un espèce de frein qui en arrête le cours, qui réprime les passions de l'homme et qui l'oblige d'être à l'avenir plus vigilant et plus ferme à résister aux attraits séduisants de la chair et du monde.
Trois choses sont nécessaires pour recevoir dignement le sacrement de pénitence : la contrition, la confession et la satisfaction.

Histoires. —Mgr. de la Motho d'Orléans, évêque d'Amiens, se confessait tous les huit jours ; dans la préparation qu'il faisait pour bien se confesser, il faisait trois stations : la première dans l'Enfer, la seconde dans le Ciel, la troisième sur le Calvaire. Il entrait d'abord par la pensée dans le lieu des tourments et y voyait la place qu'il croyait avoir méritée au milieu du feu dévorant et éternel, dans la société des démons et des réprouvés. Il remerciait le Seigneur de ne pas l'y avoir précipité et le priait de lui faire miséricorde ; il lui demandait les grâces dont il avait besoin pour l'en préserver.—II montait ensuite dans le séjour de la gloire et du bonheur ; il gémissait de ce que par le péché il s'en était fermé les portes ; Il suppliait le Seigneur de les lui ouvrir et invoquait les saints.—II allait ensuite par la pensée au Calvaire : là, fixant attentivement et avec amour son Sauveur crucifié, il se disait à lui-même : "Voilà mon ouvrage ! Je suis la cause des douleurs que Jésus-Christ a endurées ; j'ai coopéré par mes péchés avec les autres pécheurs à couvrir de plaies le corps de l'Homme Dieu, a le crucifier, à lui donner la mort. O Jésus, quel mal m'avez-vous fait ? Comment ai-je pu vous traiter ainsi, vous qui m'avez  aimé jusqu'à l'excès, vous que je devrais aimer d'un amour infini si je pouvais vous aimer infiniment? C’est parce que vous êtes infiniment aimable que je vous aime et que je me repens de vous avoir offensé’’
    Quel fruit ne retirerions-nous pas de nos confessions, quel progrès ne ferions-nous pas dans les  voies de Dieu, si nous suivions la méthode de ce  vertueux prélat!

Page  220-221, du volume NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN  ENVERS DIEU.  Édition 1860.   G.G.
    
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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 21:19

BONHEUR DE LA VIE CHRÉTIENNE

Il n'est que trop fréquent de se faire une fausse idée de la vie chrétienne et de la regarder comme une vie triste, gênante et désagréable.  Rien n'est plus faux, rien n'est plus injuste que ce préjugé si répandu contre la vertu et la piété. Il est important, chers enfants, de vous garantir de cette erreur dangereuse ou de vous détromper si vous y étiez déjà engagés ; il est important de vous convaincre que le bonheur est le partage de la vertu; si vous en doutiez, écoutez le Saint-Esprit qui vous assure en mille endroits de l'Écriture que la justice, c'est-à-dire l'exacte observation de la loi de Dieu, est toujours accompagnée de la paix de l'âme, de ce sentiment délicieux que produit une bonne conscience et, par conséquent, que la vertu, et la vertu seule, rend l'homme véritablement heureux.
Partout où il est question de la fidélité à observer la loi de Dieu, il est aussi question de la paix, comme inséparable de la justice. Et avec quelle énergie le Saint-Esprit ne s'explique-t-il pas sur cet article! " O mon fils! Vous dit-il, soyez fidèle à garder mes préceptes ; ils seront pour vous une source de joie et de paix; celui qui observe la loi du Seigneur fera sa demeure dans la paix." (Prov., XIII). Remarquez qu'il ne dit pas seulement: "II trouvera la paix, il jouira de la paix" ; mais " il fera sa demeure de la paix, il y établira son séjour ; il y sera comme environné des avantages de la paix," et cette paix sera une paix profonde, une paix abondante, qu'il compare à un fleuve dont les eaux salutaires ne tarissent jamais. De là cette joie vive et pure, ce plaisir intime, solide et durable, que goûtent les justes. Heureux donc l'homme qui met son affection dans la loi du Seigneur ! Il sera comme un arbre qui planté sur le bord des eaux, porte un fruit excellent et dont le feuillage ne se flétrit jamais. Ce sont les paroles du prophète.
La promesse de Jésus-Christ, dans l'Évangile, n'est pas moins formelle ni moins positive : il déclare en termes clairs et précis que son joug est doux et que son fardeau est léger; que ceux qui le portent y trouvent la paix de l'âme. C'est donc une vérité fondée sur la parole de Dieu qu'une vie chrétienne est une vie heureuse ; qu'il n'y a de véritable bonheur que dans la fidélité à accomplir la loi de Dieu.
Cette vérité est encore fondée sur l'expérience. Je vais vous citer un témoin qui n'est point suspect, un témoin qui a éprouvé l'une et l'autre situation, celle du pécheur et celle de l'homme vertueux, c'est saint Augustin. Avant sa conversion, il avait mené une vie toute mondaine, une vie sensuelle; il avait passé un grand nombre d'années dans l'oubli de Dieu et dans le dérèglement des passions, Rappelé enfin à la vertu, voici comment il s'explique dans le livre de ses Confessions: "Mon Dieu, vous avez rompu mes liens ; que mon cœur et ma langue vous louent à jamais de ce que vous m'avez fait recevoir votre joug si aimable et le fardeau si léger de votre loi. Combien ai-je trouvé de douceur et de plaisir à renoncer aux vains plaisirs du monde ! Combien ai-je ressenti de joie à abandonner ce que j'avais craint de perdre ! Car vous qui êtes le seul véritable plaisir capable de remplir une âme, en éloignant de moi tous ces faux plaisirs, vous entriez en leur place, vous qui êtes la véritable et souveraine douceur ; mon esprit était bien délivré des chagrins cuisants que donnent l'ambition, l'amour des richesses et le désir de se plonger dans la fange des voluptés criminelles, et je commençais à goûter le plaisir de m'entretenir avec vous, ô mon Dieu ! Qui êtes ma lumière, mon bien et mon salut."
Vous l'entendez, chers enfants, une vie de péché et de désordres est un dur esclavage, où l'on est déchiré par des inquiétudes continuelles ; une vie vertueuse, au contraire, est une vie tranquille et pleine de consolation. Il est vrai qu'il faut se faire violence et résister à ses passions, mais cette résistance coûte peu à une âme qui a goûté Dieu ; Les sacrifices qu’il faut faire sont bien payés par le témoignage de la conscience et par l'espérance d'un bonheur éternel qui remplit l'âme de joie. Ce que saint Augustin avait éprouvé, tous ceux qui servent Dieu avec fidélité l'éprouvent comme lui. N'en connaissez-vous pas plusieurs, de ces âmes fidèles à remplir leurs devoirs ? Voyez cette joie pure et innocente, cette gaieté simple et modeste, cette égalité d'humeur qui les accompagne partout. La sérénité de leur âme est peinte sur leur visage, le calme profond dont ils jouissent, la paix de leur coeur brillent pour ainsi dire sur leur front. N'en doutez pas : ce calme, cette paix est le fruit de la vertu.
Mais pourquoi recourir à des exemples étrangers? Vous-même, vous-même n'avez-vous jamais senti ce bonheur qui accompagne la vertu? Rappelez-vous, cette époque de votre jeunesse où, touché de Dieu, vous vous êtes purifié de toutes vos fautes ; où, admis pour la première fois à la table sainte, vous avez éprouvé combien le Seigneur est bon pour ceux qui l'aiment. Alors votre cœur, dégagé des liens des passions, votre cœur, pur aux yeux de Dieu, ne goûtait que lui, ne désirait que lui, ne soupirait que pour lui. De quelle joie ce cœur ne fut-il pas alors inondé ! Quelle paix délicieuse remplissait alors votre âme ! Qu'elles étaient douces les larmes que vous répandiez dans le sein d'un si bon père, que vous désiriez alors d'être toujours dans cet état, de n'en sortir jamais ! Avouez-le, rendez cet hommage à la religion: jamais, non, jamais vous n'avez passé des moments plus doux; ce jour a été le plus beau de vos jours. Alors vous compreniez cette vérité, que l'on n'est heureux qu'en servant le Seigneur ; alors vous étiez pénétré des senti­ ments qui animaient le prophète quand il disait : " Oui, " mon Dieu, un seul jour passé à votre service est bien " préférable à des années entières passées dans la compagnie des pécheurs."
Si vous avez conservé ces sentiments de piété, ce goût précieux de la vertu, bénissez-en le Seigneur. Vous comprenez plus facilement tout ce que vous venez de lire sur le bonheur de la vie chrétienne ; si au contraire, la vertu qui autrefois avait pour vous tant de charmes vous paraît aujourd'hui importune, ennuyeuse, n'en accusez que votre infidélité à remplir vos devoirs. Si vous aviez marché constamment dans la voie de Dieu, vous auriez joui d'une paix inaltérable. Il vous reste une ressource, c'est de prendre la généreuse résolution d'observer exactement la loi du Seigneur et de vaincre les premiers dégoûts, revenez à votre père ; un soupire le désarme, une larme l'apaise. Bientôt vous sentirez dans votre âme ces consolations intérieures et ces délices ineffables qui ont fait votre bonheur dans les jours de votre innocence.
Peut-on être malheureux en vous servant, ô mon Dieu, vous qui êtes la source de tous les biens? Non, Seigneur, non; votre joug est doux et votre fardeau est léger. Vous nous avez créés pour vous et notre cœur est dans une continuelle agitation jusqu'à ce qu'il se repose en vous. En vain chercherai-je mon bonheur hors de vous, je ne trouverais que faux biens qui laisseraient mon cœur vide, ou des maux réels qui le rempliraient de trouble et d'inquiétude. Vous l'avez dit, ô mon Dieu ! Il n'y a point de paix pour les méchants : des remords cuisants, des alarmes continuelles, des chagrins dévorants, voilà leur partage. Celui qui porte l’iniquité dans son sein y porte aussi le trouble et la frayeur. Mais que le sort d'une âme qui vous sert est différent, ô mon Dieu ! Elle est toujours tranquille, toujours contente, toujours heureuse. Elle a sans doute des sacrifices à faire, mais l'onction de votre grâce rend ces sacrifices faciles, agréables même ; elle a des peines à souffrir ; mais que ces peines sont légères au milieu des consolations dont vous la remplissez ! Je n’hésite pas, Seigneur, à embrasser le parti de la vertu, persuadé que la vie des gens de bien est mille fois plus douce que celle des pécheurs. Je serai fidèle à observer votre sainte loi et par cette fidélité je me procurerai tout le bonheur dont on peut jouir sur la terre et une félicité parfaite dans le ciel, que vous réservez à ceux qui auront mené une vie chrétienne.
Histoire. —Dans un temps où une fièvre pourprée désolait dans la capitale les pauvres qui n'avaient pas eu le temps de se traîner à l'Hôtel Dieu, la communauté des prêtres de Saint Marcel, ne pouvant plus suffire à consoler les mourants, avait demandé l’aide des religieux mendiants. Vint un capucin vénérable ; il entra dans une écurie basse, où souffrait une victime de la contagion. II y voit un vieillard moribond, étendu sur des haillons dégoûtants. Il était seul. Un peu de foin lui servait de lit; pas un meuble, pas une chaise, il avait tout vendu, dès les premiers jours de sa maladie, pour quelques gouttes de bouillons. Aux murs noirs et dépouillés pendaient un crucifix, une hache et deux scies : c'était là toute sa fortune, avec ses bras quand il pouvait les faire bouger ; mais maintenant il n'avait pas la force de se soulever. "Prenez courage, mon ami, lui dit le confesseur ; c'est une grande grâce que Dieu vous fait aujourd'hui : vous allez, incessamment sortir de ce monde où vous n'avez eu que des peines. —Que des peines! reprit le moribond d'une voix éteinte : vous vous trompez, je ne me suis jamais plaint de mon sort, la vue de mon crucifix me consolait au milieu de mes travaux, la religion a fait mon bonheur ; j'ai vécu content. Les outils que vous voyez me procuraient du pain que je mangeais avec délices et je n'ai jamais été jaloux des tables que j'ai pu entrevoir. J'étais pauvre, mais avec la santé et la crainte de Dieu, je n'ai jamais manqué du nécessaire. Si je reprends la santé, ce que je ne crois pas, j'irai au chantier et je continuerai de bénir la main de Dieu qui jusqu'à présent a pris soin, de moi. O mon Père, que la religion est aimable ! Elle renferme de précieux trésors ! La paix, le contentement, le bonheur sont le partage de ceux qui l'aiment."
Le confesseur, aussi édifié que surpris d'un tel langage, ne put s'empêcher d'en témoigner son étonnement et après avoir rendu grâces à Dieu de la faveur qu'il lui avait faite en l'amenant dans ce pauvre réduit, il dit au malade : " Quoique cette vie ne vous ait pas été fâcheuse, vous ne devez pas moins vous résoudre à la quitter, car il faut se soumettre à la volonté de Dieu.—Sans doute, reprit le moribond, d'un ton de voix ferme et d'un oeil assuré, tout le monde doit y passer à son tour ; j'ai su vivre, je saurai mourir : je rends grâce à Dieu de m'avoir donné la vie et de me faire passer par la mort pour arriver à lui. Je sens le moment s'approcher, accordez-moi les secours de l'Église, c'est la seule chose dont j'ai besoin en ce moment.'' Cet homme mourut comme il avait vécu, en prédestiné, laissant son confesseur et ses voisins dans l'admiration de ce que peut la religion sur un cœur docile aux sentiments de la grâce.

Page  293-297, du volume NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU.  Édition 1860.  G.G.

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 19:56

Que procure la foi ?    La vie éternelle.

C’est ce qui a différencié le bon larron du mauvais.

Sans le péché originel de nos premiers parents, il n’y aurait pas eu de souffrance sur la terre.  C’était à l’origine un paradis terrestre.

La souffrance est une façon de réparer la peine que nous avons fait à Dieu notre Père, par nos péchés.

Dans ce contexte, la souffrance est inévitable, qu’elle soit physique, intellectuelle, morale, spirituelle, c’est une loi incontournable.

L’accomplissement du devoir d’état impose une forme de souffrance et souvent l’expiation du péché l’exige.  A tous les êtres, la Divine Providence dispense les épreuves et les souffrances avec autant de bonté que de sagesse.

La souffrance, c’est comme l’or pur, qui nous permet de commercer avec Dieu notre Père.  C’est un trésor qui nous précède au Ciel, il est dans la caisse du Bon Dieu.  Ce n’est pas comme les biens terrestres que nous devons quitter.

Jésus avait dit : La souffrance vous fait peur, suivez-moi, je vais vous montrer le chemin.

La souffrance fait partie de notre croix, et nous devons la porter si nous voulons être fidèles à notre modèle.

Saint-Paul en arrivait à souffrir avec joie, il disait : « Je surabonde de joie dans toutes mes tribulations. »


Ainsi soit-il.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 20:13

 

III Sommes-nous à la fin des temps?

Si l'on connaît les événements prophétisés pour la fin des temps, on est mieux à même d'estimer les signes des temps. Ainsi nous devons poser la question si la fin des temps est bien arrivée.

Les signes de la fin des temps

627. Existe-t-il des signes qui prouveraient que nous sommes à la fin des temps?

Oui, il existe de nombreux signes qui montrent que là fin des temps a commencé.

Parmi ces signes il faut noter:

1) le nombre effrayant d'armes destructrices.

2) la menace d'une guerre nucléaire très étendue qui peut détruire la terre,

3) le retour des juifs en terre sainte et la fondation de l'Etat d'Is­raël,

4) la pollution de l'environnement (pluies acides, pollution des mers, voir Ap 8:3), la catastrophe nucléaire de Tchernobyl),

5) l'anéantissement des derniers Etats chrétiens (Ethiopie, Irlande, Italie),

6) la montée en force des puissances antichrétiennes (libéralisme, Islam, franc-maçonnerie) et des sectes non-chrétienes (témoins de Jéhovah, mormons, anthroposophie, méditation transcendantale, spiritisme, New Age, etc.),

7) les poussées vers un gouvernement mondial unifié,

8) les discours largement répandus sur la paix et la sécurité (1 Th 5:3),

9) la poussée vers l'unité des religions mondiales (oecuménisme),

10) la promulgation de lois antichrétiennes dans des Etats aupara­vant chrétiens (facilités pour le divorce, émancipation des femmes, autorisation de l'avortement),

11) l'universel égarement de la jeunesse par la musique rock, d'inspi­ration diabolique,

12) l'accroissement de l'occultisme et du satanisme (magie, sorcelle­rie, messes noires),

13) l'universelle déchéance morale et l'apparition de la nouvelle épi­démie du plaisir, le SIDA,

14) l'entrée en scène de nombreux séducteurs et l'intensification de leur pouvoir par la télévision,

15) mais avant tout la grande apostasie.

 

 

Extrait du Catéchisme de l’Oratoire, traduit par l’abbé Paul Schoonbroodt

Edition SAKA

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 17:21

                             ON    NE    MEURT   QU'UNE   FOIS !

    Si l'on mettait entre les mains d'un enfant une arme à feu et qu'on lui dit : " Vous tirerez sur le point central de la cible : si vous l'atteignez, vous  deviendrez roi ; si vous la manquez, vous serez brûlé vif : on vous donne un mois pour vous exercer et une fois le coup parti, vous n'aurez pas la faculté de recommencer ! "  Croyez-vous que cet enfant ne ferait pas les plus grands efforts pour réussir dans cet apprentissage si nouveau et si sérieux pour lui ?
    Eh ! Bien, voilà exactement votre situation : Vous devez viser au but suprême, une éternité de bonheur : Si vous réussissez une seule fois, le succès vous est à jamais garanti ; si vous manquez  le but, votre erreur est à jamais irréparable !
    Si vous avez le bonheur de faire une bonne mort, vous jouirez dans le ciel d'une éternelle félicité ; si vous mourrez mal, vous aurez à subir dans l'enfer des supplices sans fins et sans mesure !
    Quelle témérité que de prétendre arriver à la perfection de cet art si diffi-cile-le, et de se promettre une heureuse issue dans une entreprise à laquelle on consacre à peine une heure d'étude et dont le mauvais résultat ne peut jamais être ni atténué ni réparé !  Quelle funeste erreur que celle à laquelle il n'est nul remède et dont les suites est si redoutable !
    La vie tout entière n'est que l'école de la mort et pourtant oseriez-vous regarder cet apprentissage comme trop long ?   Étudiez  pendant que vous vi-vez et aussi longtemps que vous vivez, afin d'obtenir un plein succès en cet instant décisif.  Ah !  Qu'il est dangereux de n'apprendre à bien mourir que lorsqu'on se trouve en présence de la mort !
    Si nous mourons  bien, nous serons toujours bien ; si nous mourons  mal, nous sommes à jamais perdues !  Toute la vie donc, il faut travailler à bien mourir. N'est-il pas vrai que, plus une affaire est importante, plus grands sont les soins qu'elle exige ? Nous savons par expérience que  nous sommes peu expert dans les choses dont nous nous sommes peu occupées.
    S'il était possible de mourir deux fois, à la bonne heure !  Celui qui n'aurait pas réussi la première pourrait au moins se mettre en mesure d'être plus heureux pour la seconde.  De même si nous avions deux âmes, nous pourrions, après avoir perdu l'une, assurer le salut de l'autre : mais on ne meurt qu'une fois, et cette fois ne nous laisse aucune alternative entre  le  salut ou  la  damnation éternelle.
           On n'a qu'une âme, si on la perd, on perd tout irrévocablement et sans retour.  Quelle crainte, quelles angoisses ne doivent pas accabler une personne bien pénétrée de la conviction que le bonheur ou la malheur éternel de son âme  dépend d'un coup de dé !
            Le dé n'est jeté qu'une fois dans la mort, il n'y a que deux  possibilités  éternelles: Un malheur épouvantable ou une béatitude indicible.  Comment comprendre que l'on puisse être sans la moindre inquiétude !
    Quand ferez-vous votre unique et suprême occupation celle d'assurer le sort éternel de votre âme ?  A la guerre, dit-on, on ne s'abuse qu'une fois : il en est de même à la mort : une foule d'autres erreurs peuvent se réparer ou se corriger : mais une mauvaise mort est à jamais irréparable !
    Cependant  il n'y a qu'un pas qui sépare le temps de l'éternité : le dernier pas de l'un devient le premier de l'autre et si vous n'y prenez garde, ce seul pas vous fait rouler dans un abîme de misères, dont rien ne pourra vous délivrer ! Quelle chute !  Mais s'il ne vous est pas donné de vous relever, vous pouvez parfaitement la prévenir avec la grâce de Dieu, en pensant souvent à la mort et en menant une vie conforme à ses commandements !  Ne voulez-vous pas prendre ce parti, le seul raisonnable ?
    Apprenez donc assidûment à pratiquer cette science qu'il ne vous est donnée de mettre en pratique qu'une seule fois.  Pour se préparer à un évé-nement qui ne doit se présenter qu'une fois, il faut y songer souvent, y fixer sans cesse son attention et certes jamais on n'y apportera trop de soin, surtout si cet événement doit être suivi des conséquences si graves que la moindre erreur doive en attirer après elle une foule d'autres plus préjudiciables et plus funestes. Encore une fois, croyez-le bien, vous ne parviendrez pas à mettre d'un seul coup en pratique un art dans lequel vous ne vous serez jamais exercée.
    Si vous n'avez jamais aimé Dieu pendant votre vie, si vous l'avez passée dans l'habitude du péché, comment détester le péché et aimer Dieu à l'heure de votre mort ?  Ce serait une folie de l'espérer.
    O divin Sauveur des âmes, qui avez prodigué avec tant d'amour vos sueurs, votre sang, votre vie même, afin que cette épreuve d'un instant par laquelle je dois passer un jour me soit favorable ; je vous demande, au nom de cet amour ardent que vous m'avez témoigné, la grâce de consacrer efficacement tous les moments de ma vie à cet instant suprême et de tout faire et tout  souffrir en vue d'obtenir une heureuse fin.      Ainsi soit-il.
                                                                                 
R.P. Hillegeer.

Transcrit par G. G.  25/11/2002

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