De la patience dans les maladies.
Seigneur Jésus, quel vrai bonheur a une âme dédiée à Dieu, d'être fort exercée par la tribulation, avant qu'elle parte de cette vie !
Comment peut-on mieux connaître le franc et vif amour, que parmi les épines, les croix, les langueurs et surtout quand les langueurs sont accompagnées de longueurs ? Aussi notre cher Sauveur a témoigné son amour démesuré par la mesure de ses travaux et passions.
Soyez consolée, en pensant que c'est Dieu qui vous envoie vos croix ; car rien ne sort de cette main divine que pour l'utilité des âmes qui le craignent, ou pour les purifier, ou pour les affermir en son saint amour. Regardez souvent à la durée de l'éternité, et vous ne vous troublerez point des accidents de la vie de cette mortalité.
Jésus glorifié est beau ; mais quoiqu'il soit toujours très bon, il semble néanmoins qu'il le soit encore plus crucifié.
C'est Dieu qui veut ainsi exercer notre cœur. Ce n'est donc pas une rigueur, c'est une douceur. Que notre volonté ne soit pas faite, mais la sienne toute sainte!
Ayons bon courage : car pourvu que notre cœur lui soit fidèle, il ne nous surchargera point et supportera notre fardeau avec nous, quand il verra que de bonne affection nous soumettrons nos épaules.
Il n'en est pas des rosiers spirituels comme de ceux des jardins. En ceux-ci les épines durent, et les rosés passent ; en ceux-là les épines passeront, et les rosés demeureront.
Pratiquons bien cette sainte résignation et cet amour courageux de Nôtre Seigneur, qui ne se pratique jamais si entièrement que parmi les tourments. Car d'aimer Dieu dans le sucre, les petits enfants en feraient bien autant ; mais de l'aimer dans l'absinthe, c'est là le coup de notre amoureuse fidélité.
De dire : Vive Jésus ! Sur le Thabor, saint Pierre, tout grossier encore, en a bien eu le courage, mais de dire : Vive Jésus! Sur le Calvaire, cela n'appartient qu'à la Mère et au disciple bien-aimé.
Dans ces moments pénibles, élevez le plus fréquemment que vous pourrez votre cœur à ce Sauveur, et faites ces actes :
1° D'accepter cette douleur de sa main, comme si vous le voyiez lui-même vous l'imposant ; 2° vous offrant d'en souffrir encore davantage ; 3° le conjurant, par le mérite de ses tourments, d'accepter ces petites souffrances en union des peines qu'il souffrit sur la croix ; 4° protestant que vous voulez, non seulement souffrir, mais aimer ces maux, comme envoyés d'une si bonne et douce main ; 5° invoquant les martyrs, et tant de serviteurs et servantes de Dieu, qui jouissent du ciel pour avoir été affligés en ce monde.
Il n'y a nul danger à désirer du remède ; au contraire, il faut Soigneusement le procurer : car Dieu, qui vous a donné le mal, est aussi l'auteur des remèdes.
Il faut donc les appliquer, avec telle résignation néanmoins que, si sa divine Majesté veut que le mal surmonte, vous y acquiescerez ; s'il veut que le remède vainque le mal, vous l'en bénirez.
Mon Dieu! Que vous serez heureuse, si vous vous tenez sous la main de Dieu, humblement, doucement et simplement ! Espérez toujours en Jésus ; et, pour espérer en lut, soyez toujours à lui. Immolez souvent votre cœur à son amour sur l'autel même de la croix, en laquelle il immola le sien pour l'amour de vous. La croix est la porte royale pour entrer au temple de la sainteté. Qui en cherche ailleurs, n'en trouvera jamais une miette.
Je ne vous dirai pas de ne point regarder vos afflictions ; car votre esprit, qui est prompt à répliquer, me dirait qu'elles se font bien regarder par l'âpreté de la douleur qu'elles donnent ; mais je vous dirai de ne les regarder qu'au travers de la croix.
Mon Dieu ! Que c'est chose douce de voir Nôtre Seigneur couronné d'épines sur la croix, et de gloire au ciel ! Car cela nous encourage à recevoir les contradictions amoureusement, sachant bien que, par la couronne d'épines, nous arriverons à la couronne de félicité. Tenez-vous toujours bien unie à Nôtre Seigneur, et vous ne sauriez avoir aucun mal qui ne se convertisse en bien.
Que nous importe que nous soyons à Dieu, ou d'une façon ou d'une autre ? En vérité, puisque nous ne cherchons que lui, et que nous ne le trouvons pas moins en la mortification qu'en l'oraison, surtout quand il nous touche de maladie, l'un nous doit être aussi bon que l'autre, outre que les oraisons jaculatoires et les élancements de notre esprit sont de vraies continuelles oraisons, et la souffrance volontaire des maux est la plus digne offrande que nous puissions faire à celui qui nous a sauvés en souffrant.
Ne vous inquiétez point de ne pouvoir pas servir Dieu selon votre goût ; car, en vous accommodant bien à vos souffrances, vous le servez selon le sien qui est meilleur que le vôtre. Qu'à jamais il soit béni et glorifié !
SAINT François de Sales.
elogofioupiou.over-blog.com