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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 04:01

Comment  faites-vous  donc,  Victorine,   demandait  une Enfant de Marie à l'une de ses amies, pour obtenir de nos compagnes tout ce que vous voulez ? Pour moi, je n'ai pas cette chance. L'une se rebiffe, une autre sourit à mes ouvertures et puis me tourne les talons. Je voudrais bien savoir votre secret.

 

-Je n'en ai pas en vérité, Louise, répondit Victorine, si ce n'est peut-être que je dis parfois une petite prière à notre bonne Mère du ciel pour qu'elle bénisse mes pauvres dé­marches...

 

-J'en dis bien aussi, répliqua Louise ; mais il y a autre chose encore. Tout vous réussit, j'en suis un peu jalouse, je vous l'avoue ; vous devez au moins me dire comment vous vous y prenez.

 

C'est peut-être bien que je me suis souvenue d'un mot que nous disait un ancien vicaire de la paroisse et qui m'a toujours frappée. Tenez, il faisait cela fort bien, lui, et voici comment il nous l'expliquait: « Mes enfants, il y a aujourd'hui un large fossé qui sépare le prêtre des gens du monde. Comment fera-t-il pour arriver néanmoins jusqu'à eux ? Car il faut bien qu'il y arrive pour leur rappeler un peu les affaires de leur âme. Or il lui est impossible de sauter ce large fossé. I1 ne lui reste qu'un seul moyen : c'est de faire un pont.

 

« Qu'est-ce que peut bien être ce pont ! Me direz-vous. Le voici.

Parmi ceux qui ne veulent pas venir à l'église, tous ne sont pas des gens rébarbatifs et cuirassés contre toute avance. Un coup de chapeau par-ci, une poignée de main par-là, de petits services, une parole louangeuse, parfois moins encore, mais avec tout cela la prière... : Tel fut le pont que j'établis entre ces personnes et moi.

 

« A peine le pont était-il fait qu'un grand nombre s'élan­cèrent à ma suite.

 

« N'est-il pas vrai que, tant que nous sommes sur la terre, nous devons chercher à faire passer le plus d'âmes possible du côté gauche au côté droit ? C'est seulement au jugement der­nier que se fera la séparation définitive et irrévocable.

 

« Eh bien, qu'en dites-vous, Louise ?

 

-C'est fort ingénieux, répondit celle-ci ; mais avec nos compagnes, ou nos connaissances, je ne vois pas bien com­ment on peut faire le pont ?...

 

-Allons donc ! s'exclama Victorine ; mais par l'amabilité, la complaisance, l'indulgence ; en faisant volontiers ce que les autres désirent plutôt que ce qu'on aime, en s'ingéniant à les obliger, à leur ménager d'agréables surprises, en les consolant dans leurs petits chagrins, en les encourageant dans leurs difficultés, et de mille autres manières ! Très souvent un rien suffit. Écoutez plutôt :

 

« Je déplaisais à l'une de nos compagnes et elle était persua­dée qu'elle me déplaisait également et que je lui en voulais. Elle prenait tous les moyens de me faire sentir son aversion pour moi. Un jour, j'entrai à la chapelle et je remarquai qu'elle se trouvait derrière moi, mais assez loin ; je ralentis le pas, je m'arrêtai au bénitier, et, quand elle entra, je lui présentai de l'eau bénite de la manière la plus naturelle du monde. Il n'en fallut pas davantage pour rompre la glace : nous sommes devenues deux amies.

 

« Une autre s'était brouillée avec moi. Je ne pense pas que la faute fût de mon côté, mais je me dis : Si j'attends qu'elle revienne, je suis exposée à attendre longtemps. Je pris les devants, j'allai lui faire des excuses et tout fut fini.

 

« Et voilà comment une goutte d'eau bénite ou une dé­marche spontanée, ou toute autre manifestation obligeante peut devenir un pont. »

 

Louise frappa dans ses mains et promit que la semaine ne s'achèverait pas sons qu'elle eût faits quelques ponts.

    Pourquoi toutes  les  vraies chrétiennes, ne l'imiteraient-elles pas, pour la plus grande ! Gloire de Dieu et le bien des âmes ?

 

Mais voici un autre trait qui n'est ni moins suggestif ni moins touchant.  Dieu veuille qu'il fasse rentrer en elles-mêmes toutes les personnes qui le liront !

 

Un jour, Mgr Duquesnay, archevêque de Cambrai, adres­sait une allocution aux Enfants de Marie d'une paroisse de son diocèse ; et, voulant appeler fortement leur attention sur l'importance de l'Apostolat par l'exemple, il leur traduisit sa pensée dans cette gracieuse et allégorique anecdote.

 

« Mes enfants, je vous confierai que je suis Normand ; et vous n'ignorez pas que les Normands ont la réputation d'être fort rusés.

 

« Or, il y avait dans mon pays un fermier qui possédait deux ou trois colombes ; elles étaient blanches et pures com­me toutes les colombes. Mais, ainsi que cela arrive souvent, le propriétaire ne voulut pas se contenter de ce qu'il avait.

 

On désire toujours en avoir davantage.

 

« Notre fermier trouva donc que c'était bien peu que trois colombes, et qu'il serait heureux d'en posséder un plus grand nombre. Mais, que faire ? Comment attirer celles qui volti­geaient autour du village, et dans les bois voisins ? Les vo­ler ? Oh ! non : on ne peut pas s'emparer de ce qui n'est pas à soi. Enfin, une idée lumineuse traversa tout à coup l'esprit du fermier.

 

« Il se rappela avoir entendu dire que certains parfums attirent merveilleusement les colombes. Il s'en procura aussi­tôt, et monta à son colombier pendant que les pigeons y étaient enfermés. Il répandit sur leurs ailes la poudre odo­rante qu'il avait apportée ; puis, il ouvrit la porte et les trois colombes prirent leur essor.

 

« Le soir venu, notre fermier s'assit dans son jardin, atten­dant, avec une curiosité bien légitime, le retour des volatiles.

 

« O bonheur ! Ce n'était plus seulement trois colombes, mais dix qui entraient au logis. Ravi, notre homme s'em­presse d'aller fermer la porte; et chaque matin, les colombes s'envolent au loin, et se dispersent pour revenir toujours plus nombreuses.

 

« Mes enfants, c'est votre histoire que je viens de conter. Voici le fermier, et Monseigneur désignait d'une main M. le doyen de la paroisse ; et voilà les colombes, ajouta-t-il, en montrant de l'autre, les enfants de Marie. Oui, vous êtes le colombier de M. le doyen ; vous lui appartenez. Allez donc, allez, dans les rues de cette bonne petite ville ; dans l'église, chez vous, et qu'en vous voyant si pures, si pieuses, si aima­bles, les autres jeunes filles s'écrient : N'est-ce pas une Enfant de Marie ?Et attirées par le parfum répandu sur vos ailes, c'est-à-dire par la bonne odeur de vos vertus, elles viendront en grand nombre s'enrôler sous la bannière de votre Mère, et développer votre pieuse association. »

 

Chères Lectrices, vous avez toutes un maître à qui il est plus doux encore d'appartenir qu'au vénérable doyen de la bonne petite paroisse.... Ne voudrez-vous pas amener le plus possible de jeunes âmes au colombier de Notre-Seigneur Jé­sus-Christ ? Oh ! Comme vous serez bien reçues, bien fêtées, bien récompensées si, grâce à vos bonnes paroles et à vos bons exemples, ce modeste apostolat est fructueux !...

 

Bonnes paroles, bons exemples : ces deux mots résument la présente lecture et ils sont vraiment la clef des cœurs ! Filles de Jésus, puisque vous connaissez la clef, faites-en un saint et fréquent usage !

 

FÊTE DU JOUR, le 15 JANVIER: Saint Paul, premier ermite.

saint Paul naquit dans la Haute Égypte vers l'an 230. Il devint orphelin à quinze ans, après avoir reçu une brillante éducation, et il possédait de très grandes richesses. Par crainte d'une cruelle persécution qui sévissait alors con­tre les chrétiens, il se retira dans un village isolé.

Son beau-frère le dénonça, et Paul, abandonnant tous ses biens, s'en­fuit dans le désert. Son premier dessein était de retourner dans le monde lorsque la persécution aurait cessé, mais il trou­va tant de charme et de douceur à prier et même à faire pé­nitence qu'il passa le reste de ses jours dans la solitude.

Après bien des recherches, il découvrit, dans les profondeurs du désert, un endroit fermé par des rochers, où croissait solitaire un palmier arrosé par une petite source. Ce fut là que Paul passa quatre-vingt-dix ans dans la pénitence et la contempla­tion. Dieu révéla l'existence du saint solitaire à saint Antoine qui le rechercha pendant trois jours.

Les deux saints se con­nurent dès l'abord, et louèrent Dieu ensemble. Après qu'ils eurent passé la nuit en prière, Paul déclara qu'il allait bientôt mourir et demanda à être enseveli dans le manteau qu'An­toine avait reçu de saint Athanase. Saint Antoine lui accorda cette consolation et reçut son dernier soupir, qui fut accom­pagné de signes non équivoques de sa sainteté et de la gloire à laquelle il était prédestiné.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 08:16

     

Dans l’état de Lazare au tombeau on peut voir une vive image de l'état spirituel d'une âme tombée dans le péché. Regardons par quelle voie on arrive à un si déplorable état.

 

On commence par la langueur. A la langueur succède un profond sommeil. Au sommeil succède la mort. Après la mort viennent 1'ensevelissement et la sépulture. La sépulture est bientôt suivie de la corruption.

 

Lazare commence par être dans un état de langueur. Le mort, qu'était-il, peu de temps auparavant ? C'était un jeune homme à la fleur de 1'age. Qu'étiez-vous peut-être, vous-même ? Un modèle de vertu. Quand vous faisiez avec exactitude et ferveur vos exercices de piste, quelle paix ! Quelle joie ! Quelle félicite était la votre !...

 

La langueur et la tiédeur ont commence a s'emparer de vous ; « A quoi bon ces scrupules ? » vous ont-elles dit. Aujourd'hui, vous abrégiez, demain vous différiez, un autre jour vous omettiez la prière, la méditation, 1'examen et les exercices spirituels...

 

Ces pratiques sont bonnes pour les religieux, pour les gens oisifs... pensiez-vous. Voila 1'origine de tout le mal: Seigneur, dirai-je avec Marie, si vous fussiez demeure ici, si cette personne n'avait pas abandonne l'oraison, elle ne serait pas tombée, elle ne serait certainement pas la proie du péché. Vous trouvez-vous dans cet état ? Avez-vous déjà commence a abréger et a abandonner vos exercices de piété ? Tremblez, car c'est par la qu'on s'achemine vers la mort.

 

A la langueur succède le sommeil. « Notre ami dort ». Au commencement ces infidélités humilient, émeuvent l’âme, et la troublent par des remords salutaires. Mais bientôt elles cessent de lui faire impression. Privée des secours spéciaux de la grâce, et accoutumée a commettre des fautes volontaires, 1'ame perd peu a peu la sainte crainte de Dieu ; et a 1'exception de 1'enfer et des péchés les plus énormes et qui sont évidemment mortels, rien ne lui fait plus horreur.

 

Comme elle peut dire : « Ce n'est qu'un léger manquement, une désobéissance léger, une plaisanterie ou un murmure de peu de conséquence, une petite liberté ; en ceci il n'y a aucun scandale... » Elle se tranquillise. Une calamite publique viendra : un sermon éloquent sera prêché ; les pécheurs les plus endurcis se troubleront et se convertiront; seule elle dormira tranquille, insensible a toutes les menaces du ciel. Éprouvez-vous en vous-même une si fatale léthargie ? Est-ce que rien ne vous émeut de ce qui n'est pas évidemment grave ? Malheur a vous ! Car vous êtes exposée à mourir de la mort du péché.

 

Au sommeil succède la mort. Oui, qu'il tremble celui qui sent en lui-même cette léthargie ! Je ne parle pas de 1'aridite dont Dieu se sert pour éprouver une âme juste, mais de 1'endurcissement du coeur qui porte l’âme tiède à s'abandonner aux manquements volontaires. Tremblez, vous dis-je, parce que plus vous vous ferez illusion en disant : « Ce n'est qu'une faute légère », plus vous serez près de tomber dans une faute grave, comme il est arrive pour le sommeil de Lazare: « Jésus parlait de sa mort, alors qu'ils crurent qu'il leur parlait d’un sommeil ordinaire. »

 

En effet, la voila donc tombée dans une faute grave, cette chrétienne autrefois si fervente. Quel malheur ! Une privilégiée, devenue esclave de Satan, ennemie de Dieu, digne des peines de 1'enfer !

 

Si au moins 1'infortunée connaissait son triste état ! Mais hélas ! Le démon et les passions l’aveuglent. Son extérieur est encore composé et édifiant... peut-être même la regarde-t-on encore comme une personne pieuse ; mais a quoi cela lui servira-t-il si elle est morte devant Dieu ?

 

Après la mort viennent l'ensevelissement et la sépulture. Si cette chrétienne tombée dans le péché mortel allait de suite se confesser, on pourrait se rassurer. Mais hélas ! Le démon l’en détourne toujours. Enfin, le démon lui liant les pieds et les mains, comme on fit a Lazare, arrive a 1'enfermer dans le sépulcre des mauvaises habitudes.

 

Sa première chute, elle la voit avec horreur ; la seconde, elle la regarde seulement avec crainte ; c'est avec indifférence qu'elle voit celles qui suivent, et bientôt elle considère avec plaisir les autres dont elle se rend coupable, jusqu'a ce qu'enfin, transporte par un délire qui surpasse toute fureur, elle se jette tête baissée dans le vice, se créant une sorte de nécessite de pécher.

 

Oh ! Comme saint Augustin tremblait en considérant un si triste état ! « Combien difficilement se corrige, disait-il, celui sur qui pèse le poids énorme d'une habitude mauvaise ! Et si le démon au tribunal de la pénitence arrive a fermer l'infect sépulcre du coeur avec la pierre de la honte maudite !... Oh! Combien d'âmes, cette honte de confesser son crime, a ensevelies dans les entrailles de 1'enfer!»

 

La corruption. Peut-il exister un plus grand malheur, et une misère plus profonde ? Quelle infection est produite par le cadavre de Lazare, et aussi quel scandale ne donne pas la pauvre prodigue ! Quels regards lancent ses yeux ! Quelles paroles sa langue profère !... Quelles maximes elle répand ! Et les anges, comme ils tremblent en la voyant !

 

Vous qui lisez ces lignes, avez-vous le grand bonheur de ne pas vous trouver en cet état ? Vous tenez-vous debout à cette heure ? Remerciez humblement le Seigneur, et marchez avec crainte et circonspection, car d'autres plus saints que vous sont tombés.

 

Avez-vous eu le malheur de tomber ? Ne perdez pas courage ; Dieu a mis ces pages entre vos mains ; méditez-les posément ; Dieu vous convie au pardon ; faites avec ferveur quelques exercices spirituels ; continuez au moins ces méditations et faites une confession générale. Dieu vous recevra, si vous vous réfugiez, dans le sein de sa miséricorde !           (P. mach).

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 01:32

 

Il faudra mourir, fussiez-vous âgée de plus d'un siècle : Il vous faudra mourir, car la mort n'accepte ni otage, ni rançon, ni remplaçant : point de discussion, point de raison qui vaille ici : Que vous le vouliez ou non, le sort en est jeté: il faudra bien partir.

 

Vous mourrez, vous qui lisez ces mots, et peut-être ne pen­sez-vous pas à la mort !

 

Vous mourrez, vous qui jouissez d'une santé florissante, vous qui portez si haut la tête et qui mijotez mille projets dans votre imagination... vous mourrez : l'arrêt en est porté, et c'est un arrêt sans appel.

 

Riches, vous mourrez ; et à qui tomberont en partage ces biens que vous vous êtes amassés ? Vous devrez les abandon­ner à des étrangers, sans rien garder vous-mêmes, et le tom­beau sera votre demeure.

 

Vous qui méprisez, aujourd'hui, le pauvre Lazare et qui vous livrez tous les jours aux plaisirs de la bonne chère, vous mourrez ! Et où vous retrouverez-vous alors ? Hélas ! Peut-être en enfer avec le mauvais riche de l'Évangile.

 

Orgueilleux, vous mourrez ! Et a quoi vous serviront alors les pompes et la vanité de vos grandeurs ?

 

Voluptueux, vous mourrez ! Et privés de ce qui faisait vos délices, vous croupirez dans une tombe infecte.

 

Tous, tant que nous sommes, nous irons dans cette « de­meure de l'éternité » d'où personne ne revient.

 

L'empereur Maximilien Ier, sur le point de mourir, ordon­na qu'on exposât son cadavre en public afin, disait-il, que son exemple apprît à tous qu'il n'y a ni couronne, ni richesse, ni puissance qui affranchisse de la mort celui qui les possède.

 

Ne vous imaginez pas avoir ici-bas une demeure stable, de peur de devoir en sortir sans y être préparée.

 

La même civière qui emportait hier un vieillard a porté ce matin un florissant jeune homme : demain ce sera une mère de famille, puis une jeune fille, puis un enfant au berceau.

 

A moi aujourd'hui ! A toi demain ! C'est le dernier salut et le dernier avertissement que nous jette ce mourant sur le bord de sa tombe. « Hier, c'était notre tour, aujourd'hui c'est le vôtre : cri universel que les morts nous adressent du fond de leur tombeau. — Pensez à la mort, ajoutent-ils, pensez a l'éternité qui n'aura point de fin ni pour vous, ni pour nous, ni pour personne ! En un clin d'oeil, vous viendrez nous rejoindre. »

 

Et en effet, l'heure va venir où l'on dira de vous : « On recommande aux prières des fidèles l'âme d'une telle, décédé aujourd'hui... les funérailles auront lieu tel jour, à telle heure : De profundis!Qu'elle repose en paix!» Et cependant vous, vous laissez aveugler peut-être par votre amour-propre qui vous persuade que vous ne mourrez pas de si tôt.

 

S'il n'y avait au monde qu'une seule personne qui dût mourir et qu'informée de son arrêt, elle mît aussi peu de zèle et d'empressement à s'occuper de son âme et de son salut qui nous en manifestons nous-mêmes, mon Dieu ! Que de reproches et de remontrances n'aurait-elle point à subir ! « Ne voyez-vous pas, lui crierait-on, qu'un trait mor­tel va percer votre cœur ? Ne voyez-vous pas le tombeau et les vers qui attendent déjà leur hideuse pâture ? Ne voyez-vous pas le jugement, le compte que vous  allez avoir à rendre, compte si obscur et si chargé ? Hélas ! Vous gaspillez le temps en plaisirs, en frivolités, en vaines distractions, en entreprises de tout genre, en mille chimères, en mille rêves de succès et de bonheur ! Et la grande, l'importante affaire du salut, vous l'oubliez complètement, vous la perdez tout à fait de vue !» — Ah ! Que chacune de nous se dise ces choses à soi-même, puisque nous sommes tous condamnés à la mort par un arrêt inévitable de la justice divine.

 

Bien que la voix de Dieu nous avertisse que la mort est près de nous, le démon néanmoins nous fait accroire qu'elle est encore, bien, bien loin; il nous la représente comme un boiteux dont la marche est lente et mal assurée : et nous, pauvres insensées, nous nous la figurons comme en effet bien éloignée ! Nous voyons ses victimes autour de nous, et nous jouons avec autant de sécurité que si nous ne devions pas demain grossir leur nombre !

Dites-vous souvent : entre la mort et moi, il n'y a qu'un pas ; regardez la mort comme le seuil de l'éternité et imaginez-vous à chaque instant être sur le point de le franchir.

 

Demeurez toujours ici-bas comme si vous étiez sur le point de déménager: Que toutes vos actions portent l'empreinte de cette utile réflexion : demain, je devrai plier ma tente et la porter ailleurs ; et cet ailleurs, c'est le tombeau, c'est l'éter­nité. Mon Dieu, non, je ne veux plus rien faire que pour cette éternité : travailler pour l'éternité, parler pour l'éternité, lire, écrire pour l'éternité!... Cette vie, cela n'en vaut vraiment pas la peine !

 

Voici une bonne pratique. Lorsque vous passez devant un cimetière, que vous apprenez la mort d'une personne, que vous voyez un convoi funèbre, que vous entendez sonner le glas des trépassés, ne priez pas seulement pour le soulage­ment des pauvres âmes, mais faites aussi un retour sur vous-même, et souvenez-vous de votre fin prochaine. Demandez-vous : Si j'étais mort, en quel état serais-je aujourd'hui ! serais-je riche en bonnes œuvres ? Et peut-être je mourrai de­main ! Faites dès maintenant tout ce qu'il est en votre pou­voir de faire pour bien mourir.    (R. P. HELLEGEER.)

 

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 09:59

 

Vous mourrez bien certainement : Mais quand ? De quelle manière ? En quel endroit ? À quel âge ? En quel état Vous l'ignorez complètement.  Sera-ce  à l'improviste ou après une longue attente ? Sera-ce d'une maladie ou d'un accident ? Sera-ce privée de sentiment ou en pleine connaissance ? Nul ne le sait.

 

Il n'existe point d'horloge dans le monde, quelque artistement façonnée qu'elle soit, qui puisse vous avertir de votre dernière heure, et vous indiquer le moment de la visite du Seigneur.

 

La mort est comme un voleur, qui se gardera bien de venir vous prévenir que tel jour, à telle heure, il viendra vous dévaliser chez vous : au contraire il se glisse dans la maison au moment où l'on s'y attend le moins.

 

Quand vous jouiriez de la santé la plus florissante, soyez sur vos gardes et méfiez-vous des embûches de la mort. C'est une perfide ; elle n'a jamais su que trahir.

 

Il y avait, dans un couvent, un cimetière où se trouvait tou­jours une fosse ouverte, pour le premier religieux qui viendrait à mourir : Et chaque jour tous les frères visitaient cette fosse que chacun regardait comme destinée à lui-même. Voilà des gens avisés !

 

Mais vous, qui vous bercez de l'espoir d'une longue vie et qui n'êtes pas un jour, pas une seconde à l'abri des coups de la mort, êtes-vous sage ? Combien d'autres qui partageaient votre sécurité, et qui ont été surprises par une mort soudaine !

 

Croyez-vous que de tous ceux qui sont morts cette année il y en ait eu beaucoup qui s'y attendissent ? Et que d'autres doi­vent mourir aujourd'hui même et qui ne le soupçonnent pas !

 

Est-il une heure, une minute, dont Vous puissiez dire avec assurance : Ce ne sera pas la dernière pour moi ? Des milliers d'heures ont passé sur vous, et vous ont épargnée ; mais vous avez beau faire : une seule vous terrassera et ce sera celle que vous redoutez le moins, celle peut-être où vous serez exposée à offenser Dieu !

 

Car la mort est partout : Elle peut vous être occasionnée par un homme, par un animal, par le feu, par l'eau, en un mot, par mille accidents.

Comme la rouille détruit le fer, et la vermoulure le bois, l'homme porte, en lui-même le principe de sa propre dissolu­tion. Oui, nous portons la mort dans nos flancs et elle som­meille pour ainsi dire en nous ! La mort surprend l'homme de mille manières : elle se tient à la porte des vieillards, elle dresse aux jeunes gens des embûches secrètes : Tel entrait hier dans une salle de festin, qui est aujourd'hui frappé par la mort ; tel aujourd'hui paraît à tout le monde plein de vigueur et de santé, dont on emportera dans trois jours peut-être la dépouille au champ des morts.

 

Que d'hommes sont précipités par la mort dans les flammes éternelles sans pouvoir même se reconnaître ! Arrachés de la vie, les uns à table, au bal, au jeu, dans l'ivresse, les autres en dormant, d'autres en voyageant ou en travaillant, ils descen­dent subitement dans la mort.

 

Quel serait votre désespoir si vous deviez être de ce nombre ! Soyez donc toujours prête et vivez de telle sorte que la mort ne vous prenne à l'improviste en aucun temps, ni en aucun lieu. Puisque la mort vous guette partout, soyez aussi toujours en garde contre ses pièges.

 

C'est en vain que vous vous fieriez à votre âge, à vos forces, à votre santé : la faux de la mort tranche le fil de la vie la plus vigoureuse comme de la plus débile et de la plus languissante !

 

Dieu ne vous a pas donné la vie en propriété, mais il vous l'a confiée comme un dépôt, qu'il est en droit de vous redemander à toute heure : Heureux qui peut dire aussi en tout temps: « Mon cœur est prêt, et Dieu seul est mon attente ! »

 

Qui peut vous assurer d'ailleurs que vous ne mourrez pas demain? Si le jour présent devait être votre dernier jour, se rait-il pour vous le commencement de l'éternité bienheureuse? Certes, si vous saviez devoir mourir aujourd'hui, vous vous abstiendriez avec soin de commettre la moindre faute. Donc si vous voulez mourir, bien préparée, passez chaque jour comme s'il devait être le dernier de votre existence.

 

Quelle salutaire réflexion serait celle-ci : Cette messe, cette confession, cette communion, cette affaire est peut-être la der­nière de ma vie ! Avec quelle ferveur et quelle attention sou­tenue nous accomplirions tous les actes, grâce à cette pensée !

 

Et cependant il y aura une messe, une communion, une confession, qui sera bien la dernière de notre vie !

 

Si un médecin vous affirmait que vous n'avez plus que deux heures à vivre, comment les emploieriez-vous ? Et vous qui n'êtes pas sûre d'en avoir seulement encore une, car vous ne connaissez ni le jour ni l'heure, vous paraissez néanmoins aus­si peu inquiète de votre âme que si vous étiez assurée de vivre encore un siècle... N'est-ce pas le comble de l'aberration !

 

Nous vous conseillons la pratique suivante : dites en vous levant : « Peut-être n'irai-je pas jusqu'au soir », et priez Dieu de passer la journée comme si elle devait être la dernière de votre vie.

 

Dites avec saint Jean Berchmans, en vous couchant : « Incertaine de ma vie et de mon salut, j'entre dans le tom­beau ; ces draps dans lesquels je vais dormir seront peut-être le linceul où l'on m'ensevelira. »

 

O Dieu très sage, qui avez voulu dans votre amour paternel me cacher le jour, l'heure et le genre de mort qui me sont réservés, afin que je veille sans cesse sur moi-même, accordez-moi la grâce de passer tous les jours de ma vie dans une telle sollicitude pour mon salut que ma dernière heure soit bénie et heureuse et que je mérite d'être un jour comptée au nombre des serviteurs vigilants qui auront attendu votre visite.        Ainsi soit-il.                (R. P. hillegeer.)

 

 

FÊTE DU JOUR, (20 décembre) : Saint Dominique de Silos, confesseur.

A près de sérieuses études théologiques, Dominique fut ordonné prêtre et chargé d'administrer la paroisse de Santa-Maria, en Espagne, qui dépendait de son couvent. Ses succès dans cette paroisse le firent choisir comme prieur du couvent de Saint-Millano.

Peu après, Garcia, roi de Navarre, ayant osé par cupidité piller l'église et la sacristie de ce cou­vent, saint Dominique lui reprocha cette faute avec tant de fermeté que le roi l'exila avec quelques-uns de ses religieux.

Dominique trouva un asile auprès de Ferdinand Ier, roi de Castille, qui le nomma abbé du monastère de Silos, jadis très florissant, mais alors presque en ruine. Par son habile direc­tion, l'abbaye de Silos retrouva la splendeur et la ferveur des anciens jours. Toutefois le zèle de saint Dominique ne pouvait se restreindre dans les étroites limites de son monastère ; sa charité s'étendait à tous les pécheurs, à tous les pauvres et surtout aux chrétiens captifs des Maures.

Rien ne lui coûtait pour rendre à la liberté ces malheureux esclaves, et Dieu lui-même l'aida plus d'une fois par des miracles à les délivrer. Le saint abbé de Silos mourut le 20 décembre de l'an 1153.

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 09:57

Versla fin du quatrième siècle, un jeune chrétien retenu en captivité gardait les troupeaux dans les montagnes d'Antrim et de Down en Irlande.

 

C’était Patrice, noble descendant d'une famille romaine. Son temps se consumait dans la prière et la pénitence. Les psaumes de David et les hymnes les plus belles de 1'eglise étaient ses formules quotidiennes de prière, et Dieu 1'avait favorise du don des miracles.

 

A vingt-deux ans, Patrice, rendu à la liberté, reçut du ciel l'inspiration de se consacrer à la conversion des peuples de 1'Irlande. Il passa d'abord vingt ans à l'école de Saint Martin de Tours, sollicita du pape Célestin les pouvoirs nécessaires, reçut le caractère épiscopal, et fit voile vers l’Irlande.

 

Le résultat de soixante ans de la prédication de saint Patrice est connu du monde entier. Il avait trouve l’Irlande païenne, il la laissa chrétienne.

 

Les Druides de, Tara virent leurs superstitions abolies; les chefs et les prin­ces belliqueux du pays furent convertis et baptises, avec des milliers de leurs sujets, dans les sources bénies qui portent encore le nom de Puits de saint Patrice.

 

Des multitudes de jeunes gens et de vierges embrassèrent 1'etat religieux et de toutes parts on vit s'élever des églises, des écoles et des monastères. Du milieu de ces prodigieux succès, Patrice, de plus en plus humble à mesure qu'il avançait en age, continuait son premier genre de vie, de prière et de mortifica­tion. Il mourut plein de joie et de travaux en 492.

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 14:30

 


Dans le portefeuille d'un jeune homme vivant au milieu du monde on a trouvé la règle de conduite  suivante, qui est de sainte Thérèse. Cette règle ne le quittait jamais : Il en faisait le directoire de sa vie journalière : exem­ple bien digne d'être imité. Nous ne pensons pas qu'on puisse trouver nulle part une formule plus sage, plus précise, plus complète dans sa brièveté.

 

Parlez peu, quand vous serez avec plusieurs personnes, ne contestez jamais, principalement en des choses peu importantes.

Accoutumez-vous à l'humeur des personnes auxquelles vous avez affaire. Soyez joyeux avec ceux qui sont joyeux, triste avec ceux qui sont dans la tristesse ; faites-vous tout à tous pour les gagner tous.

Ne vous excusez jamais, à moins qu'il n'y ait grande raison de le faire.

Ne dites ja­mais de bien de vous, soit pour l'esprit, soit pour la vertu, soit pour la naissance, à moins que vous n'ayez sujet d'espérer que cela pourra être de quelque utilité aux personnes à qui vous le direz ; encore faut-il alors le dire avec humilité, vous souvenant que ce sont de purs dons du ciel.

Ne parlez jamais avec exagération ; mais dites simplement, sans chaleur, ce que vous pensez.

N'assurez jamais rien sans le bien savoir.

Faites toutes choses comme si vous voyiez véritablement Dieu pré­sent devant vous : c'est un moyen sûr de faire de grands pro­grès dans la vertu.

N'écoutez jamais ceux qui disent du mal des autres ; n'en dites jamais de personne, si ce n'est de vous-même ; encore le mal qu'on dit de soi est-il souvent un acte de vanité déguisée.

Lorsque vous serez dans la joie, ne vous laissez pas empor­ter par des rires immodérés ; mais que votre joie soit humble, douce, modeste et édifiante...

Ne pensez point aux imperfec­tions des autres, mais seulement à leurs vertus ; pour ce qui vous regarde, ne pensez qu'à vos défauts. Détachez votre cœur de toutes les choses de ce monde ; recherchez Dieu, vous le trouverez.

Fuyez toujours la singularité, autant qu'il vous sera possi­ble : c'est un mal fort dangereux dans toute société. Ne faites point paraître la dévotion que vous avez dans le cœur, si quelque grande nécessité ne vous y engage. « Mon secret est pour moi », disaient saint Bernard et saint Fran­çois.

 

Pour ce qui regarde les mœurs, ne faites jamais rien qui ne puisse se faire devant tout le monde. Ne faites jamais de com­paraisons entre les personnes, parce que les comparaisons sont odieuses.

Fuyez la curiosité dans les choses qui ne vous regardent point ; évitez d'en parler et de vous en informer.

Faites souvent des actes d'amour, parce qu'ils enflamment et attendrissent le cœur.

Soyez doux envers les autres et ri­goureux à vous-même.

Ayez grand soin d'examiner tous les soirs votre conscience.

Lorsque vous serez en colère, ne reprenez jamais personne, mais attendez que vous n'y soyez plus, si vous voulez que votre correction soit utile...

Songez que vous n'avez qu'une âme, que vous ne mourrez qu'une foie, que vous n'avez qu'une vie qui est courte et qu'il n'y a qu'une vie qui est éternelle. Cette pensée vous détachera de beaucoup de choses. Que votre désir soit de voir Dieu, que votre crainte soit de le perdre, votre douleur de ne pas le pos­séder encore, et votre joie de ce qu'il peut vous tirer a lui ; par là, vous vivrez dans un grand repos... Cette heureuse pau­vreté est un si grand bien qu'il renferme tous les biens du inonde ; oui, je le redis encore, il renferme tous les biens du inonde, puisque mépriser le monde, c'est être le maître du inonde.

 

Voici encore le programme d'une autre personne du monde, résumé, comme elle le disait plaisamment, en trois conseils, six avis et dix recommandations.

 

Les trois conseils étaient les suivants :

 

1. Veillez avec soin sur vos regards.

2. Tâchez d'acquérir l'habitude des prières jaculatoires.

3. A chaque peine, chaque épreuve, chaque humiliation, faites monter vers le ciel un merci.

 

La première de ces choses conserve la vertu.

La deuxième procure le recueillement et l'amour de Dieu.

La troisième fait de nous des Saints.

 

Venaient ensuite six avis ; ceux-ci ne regardaient pas le perfectionnement moral, mais simplement la bonne organisation à l'intérieur de la maison :

 

1. Mettre chaque chose à sa place.

2. Ne pas laisser les portes ouvertes.

3. Ne pas les claquer en les fermant.

4. Ne pas courir dans les escaliers.

5. Ne jamais crier, ni rire aux éclats.

6. Tout tenir dans un tel état de convenance et de propreté que, si un étranger pénétrait subitement à l'intérieur de la maison, nous n'ayons pas à rougir.

 

Enfin, les dix recommandations :

 

Faire du bien à tout le monde ; — ne dire du mal de personne ; — écouter avant de se prononcer ; — ne jamais parler lorsqu'on est en colère ; — ne jamais refuser un service qu'on peut rendre; — être secourable aux malheureux; —conve­nir de ses torts ; —être patiente pour tout le monde ; — ne pas encourager les racontars, se défier de tous les rapports malveillants.

 

Le 17 janvier c’est la fête de Saint Antoine, solitaire.

Saint Antoine naquit dans la Haute Égypte, en 251. Ayant entendu un jour à la messe ces paroles de l'évangile : « Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres ». Il se dépouilla de tous ses biens, qui étaient consi­dérables, et pria un vieil ermite de lui enseigner les préceptes de la vie spirituelle. Afin de servir Dieu plus parfaitement. Antoine se retira dans le désert, se renferma dans une masure en ruine et en mura lui-même la porte pour que personne ne pût l'y venir visiter. C'est là qu'il subit ces terribles assauts du démon, qui lui apparaissait sous la forme des plus horri­bles monstres et qui le blessa même dangereusement. Mais le courage d'Antoine ne défaillit jamais, et il triompha de tou­tes ces tentations par la confiance en Dieu et la vertu du signe de la croix. Il ne se nourrissait que de pain et d'eau, encore ne mangeait-il que le soir, après le coucher du soleil, et par­fois seulement tous les deux, trois et même quatre jours. Son vêtement consistait en un sac et une peau de brebis ; il lui arrivait souvent de passer la nuit entière à genoux et en priè­re. Des foules nombreuses accouraient à lui pour lui deman­der conseil ; après vingt années de solitude, il consentit à devenir leur guide et fonda le premier des monastères. Ses miracles attirèrent à lui un tel concours de peuple qu'il s'enfuit de nouveau dans la solitude. Il y mourut paisible­ment à un âge très avancé.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 00:25

 

Lettre du Révérend Père de S... à Madame de C… (suite)

 

Que sont : l'impatience, la rudesse, la brusquerie ? Simplement le triomphe des nerfs sur la volonté...

 

Singulière faiblesse ! Abdication misérable : Le moi intellectuel cède l'empire au bouillonnement du sang, au tressaillement des fibres ! Et qu'en résulte-t-il ? Souffrance pour autrui, souffrance pour soi-même.

Rien n'est plus faible que l'homme impatient. Il est à la merci d'un mot, d'un geste, d'un incident quelconque. Le premier venu peut, en excitant sa colère, lui arracher son secret, le pousser à des résolutions folles, à des actes coupables ; en un mot, le gouverner et l'avilir.

 

Soyez donc patiente pour rester forte et maîtresse de vous-même, Henriette. Il faut aussi être patient pour demeurer juste et raisonnable. L'impatience est presque toujours une injustice absurde.

 

Si la contrariété nous vient d'un objet inerte ou d'un être inconscient, s’emporter contre cet être ou cet objet, c'est, vous en conviendrez, le superlatif de la sottise.

 

Si nous sommes contrariés par des circonstances tenant au cours providentiel des choses, l'impa­tience n'est pas moins absurde. Ces événements, Dieu les envoie ; il faut donc courber la tète avec soumission, ou bien commettre la plus insigne des folies : la révolte contre Dieu même.

 

Sommes-nous irrités, blessés par quelqu'un ? La faute qui nous offense est volontaire ou involon­taire. Involontaire, elle mérite notre pardon immé­diat ; il y a cruauté à la punir par des paroles amères.

 

Volontaire, cette faute tient à quelque tra­vers d'esprit ou de cœur chez celui qui l'a commise. L'impatience est dans ce cas une maladresse, car elle procure un moment de triomphe à ceux qui voulaient nous peiner. D'ailleurs, l'emportement ne cesse pas, même alors, d'être injuste ; car nous aussi, nous avons des travers, et nous entendons qu'on les supporte sans colère. Il faut donc accor­der aux défauts du prochain la même indulgence.

 

— Mais, me direz-vous, nul autour de moi ne souffre patiemment mes fautes.

— C'est possible ; et cependant votre impatience contre le prochain, volontairement coupable, n'en, reste pas moins injuste. Il est, en effet, quelqu'un qui supporte avec mansuétude vos erreurs et vos défauts ; ce quelqu'un, c'est Dieu ; c'est Dieu à qui vous dites chaque jour: — « Pardonnez-moi comme je pardonne. » Vous réclamez sa miséricorde, sachez remplir la condition que lui-même vous a dictée. Imitez d'ailleurs sa patience infinie à l'égard de vos frères. Pourquoi ne pourriez-vous souffrir en eux ce que Dieu supporte?

 

L'impatience a de plus l'inconvénient de n'être utile à rien ; au contraire, elle embrouille les situa­tions et aggrave les difficultés. Ceux que nous repre­nons avec rudesse seront plus insoumis ou plus maladroits ; s'ils nous aiment peu, ils nous aimeront moins ; s'ils manquaient de zèle, ils auront désor­mais de la mauvaise volonté ; si leur langage ou leurs procédés sont offensants, notre emportement provoque de nouvelles insultes.

 

D'ailleurs, on ne saurait se mettre en colère plus ou moins sans être plus ou moins ridicule. Ainsi, le soin de notre propre dignité nous défend ces intempérances de langage, ces violences du geste qui indiquent bien comme on l'a dit, l'absence de la raison, et qui décomposent souvent les traits d'une façon hideuse.

 

C'est entendu, Henriette, vous serez patiente. Vous aurez aussi compassion des souffrances et des misères autour de vous ; votre compassion sera vraie, féconde en bonnes paroles, mais surtout en douces prévenances. Dans la famille, elle s'at­tachera à guérir les froissements, les susceptibi­lités ; elle émoussera ces mille petites épines, tourment caché de la vie intime.

 

Enfin, notre douceur   sera   condescendante:

 

Ne pas avoir de volonté ; voilà le meilleur secret pour s'entendre avec tout le monde. Cédez, cédez en tout ce qui ne blesse que vos goûts personnels ; et cédez le sourire aux lèvres, n'ayez pas l'air de vous sacrifier; témoignez au contraire de l'empres­sement et du plaisir à exécuter comme s'ils étaient les vôtres, les ordres ou les projets d'autrui.

 

Si vous prenez courageusement ce parti, chère filleule, vous reconnaîtrez bientôt la douceur pour la plus sanctifiante des vertus. Nulle autre, en effet, n'est d'un usage aussi étendue ; l'occasion de la pra­tiquer se présente à chaque instant. Elle exige une vigilance et une mortification continuelles, afin d'apercevoir et de réprimer à temps tout mouvement contraire.

 

En purifiant le cœur, en le maîtrisant, la douceur devient une source abondante de grâces ; l'âme doucement, pieusement aimable, est toujours dans une excellente disposition pour bien prier. Ne prend-elle pas, jusque dans le commandement, le ton de la prière? C'est pourquoi sa prière va droit au cœur de Dieu, et lui commande la miséricorde et la bonté.

 

Heureuse vertu qu’est la douceur ! Dieu l'a pour infi­niment agréable. Il nous la prêche en toutes les pages des Livres sacrés. Lorsqu'il daigne se servir des hommes pour l'exécution de ses desseins sur le monde, son choix se fixe sur les caractères les plus doux.

 

Moïse est appelé à délivrer le peuple de Dieu, parce qu'il est le plus doux des hommes: Mitissimus hominum !  Si David a le sceptre en Israël, c'est qu'il peut se féliciter d'être très doux : « Seigneur souvenez-vous de David, et de toute sa douceur. »

 

La raison de cette prédilection divi­ne, c’est que Dieu ne peut pas ne pas s'aimer lui-même et s'aimer dans les créatures qui lui ressemblent. Saint Paul disait aux Éphésiens : « Soyez les imitateurs de Dieu. Efforcez-vous de lui ressembler comme des fils bien-aimés. »

 

Eh! bien, la vertu de douceur a des traits de res­semblance remarquables avec Dieu.

Quand je m'élève par la pensée à ce Dieu sou­verain dominateur de l'univers, ce qui m!apparaît avec plus d éclat, c'est son immutabilité. Autour de son trône tout s'agite, tout change tout passe ; Seul, il demeure immuable. Que les hommes se multiplient ou meurent, que les peuples s'élèvent ou disparaissent, que les empires fleurissent ou péris­sent, qu'importe à son immutabilité?

 

Quand les astres éteints ne laisseraient plus que des ténèbres dans la création, quand tous ces mondes brisés ne formeraient plus dans l'immensité de l'espace qu'un peu de poussière, Dieu serait toujours le même dans son essence, immuable dans sa grandeur, portant un nom incommunicable, habitant une ré­gion inaccessible au succès comme au revers. Il est immuable ! Immuable de sa nature il se conduit à l'égard des hommes avec cette immutabilité, c'est-à-dire avec la bonté miséricordieuse, avec la miséricorde pleine de douceur qui le caractérise.

 

Dieu est infini en tout ; mais la douceur semble dominer ses autres attributs. L'Écriture exalte principalement la divine mansuétude. Jésus-Christ se fait appeler par saint Jean l’Agneau de Dieu. Quoi de plus doux que cette image?

 

Et quelle douceur dans la personne de Jésus ! Saint Paul réclamait plus tard l'obéissance des Corinthiens, au nom de la douceur du Divin Maî­tre ! Il fallait que le charme en fût demeuré bien puissant dans le souvenir des premiers disciples ! Aussi pour caractériser cette mansuétude si par­ticulièrement touchante dans la parabole de l'Enfant  Prodigue et celle de la Brebis Égarée, l'Esprit-Saint voulut se montrer au baptême de Jésus-Christ sous la forme d'une colombe. La colombe est sans fiel, elle ne frappe jamais qu'avec l'aile !

 

Concluons, chère enfant : Pour le philosophe chrétien, la douceur est l'immutabilité de Dieu communiquée à l'âme. Dans la pratique journalière, cette vertu est la manifestation de la charité dans les jugements, dans le langage, dans les actions.

 

Dieu a promis à la douceur « qu'elle posséderait la terre. » C'est nous indiquer son empire sur les cœurs. Nous avons déjà effleuré ce sujet. Vous me permettrez d'y revenir.

 

Fin de ce chapitre

 

Tiré de : A VINGT ANS  MARIAGE ET BONHEUR  (Mme  E. D’Aguillon)  1924   (163-173)

 

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