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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 02:47

Cette promesse, comme tout ce qui contribue ef­ficacement au salut des hommes, ne manqua pas, ainsi que nous l'avons déjà dit, d'exciter la haine de l'enfer. On vit bientôt surgir de toutes parts, et même au sein de l'Église, une foule d'objections spécieuses qui furent victorieusement réfutées. Pour illustrer la portée de la promesse du scapulaire et éviter toute confusion dans les esprits, nous citerons quelques témoi­gnages qui fortifieront notre croyance.

 

L'erreur de beaucoup de chrétiens et ce qui fait leur difficulté à réaliser la puissance de Marie et à admettre sa promesse admirable et vraiment extraordinaire du scapulaire, c'est qu'ils séparent l'action de Marie de celle de son divin Fils. Ils ne supposent ni assez étroite ni assez constante l'union de ces deux vo­lontés inséparables. Quand la Vierge promet le ciel à quiconque meurt revêtu du scapulaire du Carmel, sa promesse est l'effet de son intercession déjà exaucée. C'est Marie qui parle, mais c'est Jésus qui l'inspire ou plutôt elle n'est que l'écho fidèle de son Fils. D'ailleurs, c'est la sainte Église elle-même qui nous apprend à re­courir à Marie avec la plus grande confiance ; elle nous presse même de le faire par la voix de ses saints et de ses Docteurs, fidèles interprètes de la tradition.

 

En voici quelques-uns :

«Quelque coupable que soit un pécheur, s'il est dévot à Marie, il ne périra pas éternellement. »  (Saint Hilaire.)

 

«Vierge bénie, il est impossible que celui qui se tourne vers vous et que vous regardes, périsse à ja­mais. » (Saint Anselme.)

 

«Celui qui espérera en Marie verra s'ouvrir un jour devant lui les portes du ciel.» (Saint Bonaventure.)

 

Voici ce texte du Bx Claude de la Colombière : «La promesse que fait Marie de protéger les confrères du scapulaire ne renferme aucune condition ; la sainte Vierge s'est engagée à ne point souffrir qu'ils soient éternellement malheureux, c'est-à-dire qu'Elle leur don­ne toutes les assurances de salut que l'on peut avoir en cette vie.

 

« S'ils persévèrent dans son service, ils seront in­failliblement dans la grâce, à l'heure de la mort. Mais quoi, me dira peut-être quelqu'un, la Vierge me viendra-t-elle retirer de l'enfer, après que mes désordres m'y auront précipité ? Portera-t-elle au ciel une âme impure et souillée ? M'obtiendra-t-elle le privilège de revenir sur la terre pour me purifier par la pénitence ?

 

« Le récit de quelques exemples authentiques font voir qu'en faveur du scapulaire, Marie a quelquefois arrêté des âmes impénitentes dans des corps épuisés de sang et percés de coups, pour leur donner le loisir de se réconcilier avec Dieu. Mais, il serait téméraire de s'attendre à des miracles de ce genre. Marie a des moyens de nous sauver qui sont plus naturels et plus conformes à la conduite ordinaire de la Providence ; « Elle a entre les mains toutes les grâces et miséricordes du Sei­gneur », dit saint Pierre Damien...

 

« Elle choisira une grâce douce et puissante qui changera votre coeur, le remplira de componction... Lorsque vous y penserez le moins, elle fera luire sur votre âme un rayon surnaturel qui vous dégoûtera de la vanité du monde et vous fera voir le malheur d'une âme qui n'aime pas Dieu... »

 

« Mais enfin, si nonobstant toutes ces grâces, je m'obstine à ne point changer de vie, si je ferme les yeux à tant de lumière, si de plein gré, je me livre moi même à mon ennemi, en un mot, si je veux mourir dans mon péché ? — Vous y mourrez;  car Dieu même, dit saint Augustin, ne peut forcer une volonté mauvaise et déterminée à se perdre. Oui, vous mourrez; dans l'impénitence, vous mourrez; dans votre péché, mais vous ne mourrez; pas avec votre scapulaire. Si Marie ne peut vous retirer de vos désordres, elle trouvera bien moyen de vous arracher sa livrée : vous-même, oui vous-même vous vous dépouillerez; de ce saint habit plutôt que d'y mourir en réprouvé. »

 

La dévotion au scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel est encore bien vivante de nos jours et avec le renouveau marial qui s'épanouit de tous cotés, nul doute qu'elle ne prenne un plus vigoureux essor dans le coeur de tous les fidèles. Le scapulaire, effectivement, est un des derniers signes religieux que quitte le chrétien négligent. Pendant la vie, ce saint habit fait l'espoir du pécheur repentant, mais faible ; après la mort, il demeure un indice de salut pour celui qu'on en trouve revêtu.

 

 C'est si vrai, que l'Église ne fait aucune difficulté pour accorder les honneurs de la sépulture ecclésiastique à la dépouille mortelle de l'in­connu portant le scapulaire, tant elle est persuadée que cette livrée sainte est l'emblème du catholique et de l'enfant de Marie.

 

Depuis bientôt sept cents ans, la terre voit la réalisation des promesses de la Vierge. Des miracles de tout ordre et en nombre incalculable attestent que la Reine du ciel suit du regard ceux qui ont confiance en sa parole et portent fidèlement le gage de sa maternelle protection.

 

C'est la nature qui suspend le cours de ses lois pour protéger ceux que marque ce signe marial : le feu ne brûle plus, les torrents arrêtent leurs flots dévastateurs, la mer calme ses flots courroucés, les balles et les obus épargnent ceux qui semblaient devoir être leurs victimes, les maladies respectent ou délivrent ceux que protège la vertu de cet habit céleste ; les passions déchaînées s'apaisent au contact de ce vêtement sacré ; les adversaires se sentent impuissants, le démon lui même s'avoue désarmé devant ce talisman du ciel.

 

Le Vénérable François Yépès, frère de saint Jean de la Croix, fut en butte aux vexations diaboliques à cause de son grand zzèle à répandre la dévotion au saint scapulaire du Carmel. Un jour que le pieux tertiaire prenait une rude discipline, son scapulaire tomba par terre, mais il s'en revêtit aussitôt. Ce fut un bonheur pour lui, car les démons accouraient en fureur et lui criaient : « Ôtes, ôtez cet habit qui nous enlève tant d'âmes ; toutes celles qui en sont revêtues, meurent pieusement et nous échappent. » Ils ajoutèrent que trois choses surtout les tourmentaient : « La première c'est le nom de Jésus ; la deuxième, le nom de Marie et la troisième, le scapulaire du Carmel. » (Savaria, opus cit., p. 179.)

 

On pouvait lire dans une revue missionnaire le récit d'un fait bien émouvant dans sa simplicité. Un condamné à mort — nouvellement baptisé — au moment où le bourreau allait déclencher la bascule, se tourna tranquillement vers le missionnaire qui l'assistait et lui dit : « Père, vois, mon scapulaire est accroché dans la corde et dans ma chute, il va se rompre. Je ne voudrais pas pourtant paraître devant Dieu sans cet habit protecteur. » Tout ému, le bourreau démêla les cordons du scapulaire tandis que le geôlier, un Européen protestant, exprimait sa stupéfaction au missionnaire ; « Mon Père, de quels charmes usez vous donc pour rendre vos gens si insensibles devant la mort ? De ma vie je n'ai vu chose semblable. »

 

C'était la scène touchante du Calvaire sous une autre forme, en faveur d'un criminel qui, absous par Dieu et muni du précieux gage de salut qu'est le scapulaire, attendait en paix l'heure de la justice humaine avant d'aller recueillir le fruit de la réhabilitation divine en paradis.

 

Béringer, dans son traité des indulgences dit que pour obtenir la grâce d'une bonne mort, c'est-à-dire pour être préservé des feux de l'enfer, « il faut : 1 °) appartenir à la confrérie du scapulaire du Carmel ; 2°) porter toujours le scapulaire avec piété (c'est-à-dire en s'appliquant à mener une vie chrétienne), et en être revêtu au moment de la mort. « Sans doute, ajoute-t-il, les efforts que l'on fait pour mener une vie chrétienne sont déjà une garantie contre le feu de l'enfer, mais la persévérance finale n'en est pas moins une grâce spéciale que la Très Sainte Vierge, selon sa promesse, met toute sa sollicitude à obtenir aux membres de la Confrérie du scapulaire. »

 

Le scapulaire est plus qu'une dévotion mariale c'est le don de Marie elle même à ses enfants. Marie est vraiment là. Dans la préface de la messe spéciale de Notre Dame du Mont Carmel, l'Église chante ces paroles : « Per sacrum scapulare filios dilectionis assumpsit », ceux que la bienheureuse Vierge a adoptés (en ce jour) par le saint scapulaire comme enfants de prédilection. Or une mère appartient à ses enfants. Quand elle leur donne naissance, elle devient leur mère, leur nourrice, leur protectrice, elle leur appartient réellement. Ainsi, par le fait que Marie nous prend sous son manteau pour assurer notre salut, nous pouvons conclure que Marie se donne à nous, ouvrant ses bras tout grands pour nous presser sur son coeur.

 

Un jour, elle apparut à la bienheureuse Angèle d'Arena, vêtue de l'habit du Carmel, portant le grand scapulaire brun. Autour d'elle se trouvaient groupés tous les saints qui lui avaient voué une particulière dévotion durant leur vie. Aucun enfant du Carmel ne se trouvait là. «Chère Mère, mais où sont donc vos Carmélites ? » de s'exclamer la Bienheureuse. Alors la sainte Vierge, repoussant vivement les bords de son manteau blanc, lui fit voir une touffe de roses magnifiques reposant sur son sein, « Voici mes enfants du Carmel », dit la Mère de Dieu, dans un ravissant sourire.

 

Les objets qui ont appartenu aux saints nous deviennent choses sacrées du fait qu'ils semblent les rapprocher de nous et nous donner un droit spécial à leur intercession. Ces reliques qui sont le véhicule de nombreux miracles sont avidement recherchées et vivement estimées.

 

Une relique, donnée par la Reine du ciel elle-même, a naturellement été le véhicule de plus de miracles que n'importe quelle autre relique de saints que la terre a possédée. Cette relique unique, incomparable, et que chaque enfant de Marie peut avoir en sa possession ; cette relique qui se multiplie à l'infini et qui, depuis plus de sept siècles, a ébloui le monde par d'innom­brables et incessants miracles, c'est le saint scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel.

 

Par son scapulaire Marie a opéré des prodiges semblables à ceux que son divin Fils a opérés durant sa vie mortelle comme la résurrection des morts, la guérison des aveugles, des sourds, des muets, etc... délivrance des démoniaques, secours de toutes sortes, merveilles de tous genres.

 

En 1830, on fit la reconnaissance des restes du pape Grégoire X décédé en 1276, afin de les placer dans un autre tombeau ; on retrouva, intact, un petit scapulaire reposant sur les épaules du pontife. Aujourd'hui encore, il est dans un état de parfaite conservation et est considéré comme un des plus grands trésors du célèbre musée d'Arezxo. On retrouva également intact le scapulaire de Dom Bosco, lorsqu'on procéda à l'ouverture de son cercueil, après plusieurs années d'inhumation.

 

Extrait de : LE    SCAPULAIRE DE NOTRE-DAME DU MONT-CARMEL

                      Par une Carmélite de Montréal. (1955)

 

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 23:28

Il n'est que trop ordinaire de se former une fausse idée de la vie chrétienne et de la regarder comme une vie triste, gênante et désagréable. Rien n'est plus faux, rien n'est plus injuste que ce préjugé si répandu contre la vertu et la piété.

 

Il est important, chers enfants, de vous protéger de cette erreur dangereuse ou de vous détromper si vous y étiez déjà engagés ; il est important de vous convaincre que le bonheur est le partage de la vertu ; si vous en dou­tez, écoutez le Saint-Esprit qui vous assure en mille en­droits de l'Écriture, que la justice, c'est-à-dire l'exacte ob­servation de la loi de Dieu, est toujours accompagnée de la paix de l'âme, de ce sentiment délicieux que produit une bonne conscience et, par conséquent, que la vertu et la vertu seule, rend l'homme véritablement heureux.

 

Partout où il est parlé de la fidélité à observer la loi de Dieu, il est aussi parlé de la paix, comme inséparable de la justice. Et avec quelle énergie le Saint-Esprit ne s'explique-t-il pas sur cet article ! « O mon fils ! Vous dit-il, soyez fidèle à garder mes préceptes ; ils seront pour vous une  source de joie et de paix ; celui qui observe la loi du  Seigneur fera sa demeure dans la paix." (Prov., XIII). Remarquez qu'il ne dit pas seulement : " Il trouvera la paix, il jouira de la paix " ; mais " il fera sa demeure de la paix, il y établira son séjour ; il y sera comme environné des avantages de la paix," et cette paix sera une paix pro­fonde, une paix abondante, qu'il compare à un fleuve dont les eaux salutaires ne tarissent jamais. De là cette joie vive et pure, ce plaisir intime, solide et durable, que goû­tent les justes. Heureux donc l'homme qui met son affection dans la loi du Seigneur ! Il sera comme un arbre qui planté sur le bord des eaux, porte un fruit excellent et dont le feuillage ne se flétrit jamais. Ce sont les paroles du prophète.

 

La promesse de Jésus-Christ, dans l'Évangile, n'est pas moins formelle ni moins positive : il déclare en termes clairs et précis que son joug est doux et que son fardeau est léger; que ceux qui le portent y trouvent la paix de l'âme. C'est donc une vérité fondée sur la parole de Dieu qu'une vie chrétienne est une vie heureuse ; qu'il n'y a de véritable bonheur que dans la fidélité à accomplir la loi de Dieu.

 

Cette vérité est encore fondée sur l'expérience. Je vais vous citer un témoin qui n'est point suspect, un témoin qui a éprouvé l'une et l'autre situation, celle du pécheur et celle de l'homme vertueux, c'est saint Augustin. Avant sa con­version, il avait mené une vie toute mondaine, une vie sen­suelle ; il avait passé un grand nombre d'années dans l'ou­bli de Dieu et dans le dérèglement des passions. Rappelé enfin à la vertu, voici comment il s'explique dans le livre de ses Confessions : « Mon Dieu, vous avez rompu mes liens ; que mon cœur et ma langue vous louent à jamais de ce que vous m'avez fait recevoir votre joug si aimable et le fardeau si léger de votre loi. Combien ai-je trouvé de dou­ceur et de plaisir à renoncer aux vains plaisirs du monde ! Combien ai-je ressenti de joie à abandonner ce que j'avais craint de perdre ! Car vous qui êtes le seul véritable plai­sir capable de remplir une âme, en éloignant de moi tous ces faux plaisirs, vous entriez en leur place, vous qui êtes la véritable et souveraine douceur ; mon esprit était bien délivré des chagrins cuisants que donnent l'ambition, l'a­mour des richesses et le désir de se plonger dans la fange des voluptés criminelles, et je commençais a goûter le plai­sir de m'entretenir avec vous, ô mon Dieu ! Qui êtes ma lumière, mon bien et mon salut."

 

Vous l'entendez, chers enfants, une vie de péché et de désordres est un dur esclavage, où l'on est déchiré par des inquiétudes continuelles ; une vie vertueuse, au contraire, est une vie tranquille et pleine de consolation. Il est vrai qu'il faut se faire violence et résister à ses passions, mais cette résistance coûte peu à une âme qui a goûté Dieu ; les sacrifices qu'il faut faire sont bien payes par le témoignage de la conscience et par l'espérance d'un bonheur éternel qui remplit l'âme de joie. Ce que saint Augustin avait éprou­vé, tous ceux qui servent Dieu avec fidélité l'éprouvent comme lui. N'en, connaissez-vous pas plusieurs, de ces âmes fidèles à remplir leurs devoirs !  Voyez cette joie pure et innocente, cette gaieté simple et modeste, cette égalité d'humeur qui les accompagne partout. La sérénité de leur âme est peinte sur leur visage, le calme profond dont ils jouissent, la paix de leur cœur brillent pour ainsi dire sur leur front. N'en doutez pas : ce calme, cette paix est le fruit de la vertu.

 

Mais pourquoi recourir à des exemples étrangers ? Vous-même, vous-même n'avez-vous pas senti ce bonheur qui ac­compagne la vertu ? Rappelez-vous, cette époque de votre jeunesse où, touché de Dieu, vous vous êtes purifié de tou­tes vos fautes ; où, admis pour la première fois à la table sainte, vous avez éprouvé combien le Seigneur est bon pour ceux qui l'aiment. Alors votre cœur, dégagé des liens des passions, votre cœur, pur aux yeux de Dieu, ne goûtait que lui, ne désirait que lui, ne soupirait que pour lui. De quelle joie ce cœur ne fut-il pas alors inondé ! Quelle paix délicieuse remplissait alors votre âme ! Qu'elles étaient dou­ces les larmes que vous répandiez dans le sein d'un si bon père que vous désiriez alors d'être toujours dans cet état, de n'en jamais sortir! Avouez-le, rendez cet hommage à la religion: jamais non, jamais vous n'avez passé des moments plus doux; ce jour a été le plus beau de votre vie. Alors vous compreniez cette vérité, que l'on n'est heureux qu'en servant le Seigneur ; alors vous étiez pénétré des senti­ments qui animaient le prophète quand il disait : " Oui, mon Dieu, un seul jour passé à votre service est bien  préférable à des années entières passées dans la compagnie des pécheurs."

 

Si vous avez conservé ces sentiments de piété, ce goût précieux de la vertu, bénissez-en le Seigneur. Vous enten­dez aisément tout ce qui vient de vous être dit sur le bon­heur de la vie chrétienne ; si au contraire, la vertu qui au­trefois avait pour vous tant de charmes vous paraît aujour­d'hui importune, ennuyeuse, n'en accusez que votre infidélité à remplir vos devoirs. Si vous aviez marché constamment dans la voie de Dieu, vous auriez joui d'une paix inaltérable. Il vous reste une ressource, c'est de prendre une généreuse résolution d'observer exactement la loi du Seigneur et de vaincre les premiers dégoûts. Revenez à votre père ; un soupire le désarme, une larme l'apaise. Bientôt vous sentirez dans votre âme ces consolations inté­rieures et ces délices ineffables qui ont fait votre bonheur dans les jours de votre innocence.

 

Peut-on être malheureux en vous servant, ô mon   Dieu, vous qui êtes la source de tous les biens?   Non, Seigneur, non; votre joug est doux et votre fardeau est léger.    Vous nous avez créés pour vous et notre cœur est dans une con­tinuelle agitation jusqu'à ce qu'il se repose en vous.    En vain chercherai-je mon bonheur hors de Vous, je ne trouve­rais que faux biens qui laisseraient mon cœur vide, ou des maux réels qui le rempliraient de trouble et d'inquiétude. Vous l'avez dit, ô mon Dieu ! Il n'y a point de paix pour les méchants :   des remords cuisants,   des alarmes  conti­nuelles, des chagrins dévorants, voilà leur partage.    Celui qui porte l'iniquité dans son sein y porte aussi le trouble et la frayeur.    Mais que le sort d'une  âme qui   vous sert est différent, ô mon Dieu !   Elle est toujours tranquille,  tou­jours contente, toujours heureuse.    Elle  a sans doute des sacrifices à faire, mais l'onction de votre grâce rend ces sa­crifices faciles, agréables même ; elle a des peines à souffrir; mais que ces peines sont légères au milieu des consolations dont vous la remplissez ! Je n’hésite pas, Seigneur, à em­brasser le parti de la vertu, persuadé que la vie des gens de bien est mille fois plus douce que celle  des pécheurs.    Je serai fidèle à observer votre sainte loi et par cette fidélité je me procurerai tout le bonheur dont on peut jouir sur la terre et une félicité parfaite dans le ciel, que vous réservez à ceux qui auront mené une vie chrétienne.

 

Histoire. Dans un temps ou une fièvre pourprée désolait dans la capitale les pauvres qui n'avaient pas eu le temps de se traîner à l'Hôtel Dieu, la communauté des prêtres de Saint Marcel, ne pouvant plus suffire à exhorter les mourants, avait demanda un secours aux religieux mendiants. Vint un capucin vénérable ; il entra dans une écurie basse, où souffrait une victime de la contagion. Il y voit un vieillard moribond, étendu sur des haillons dégoûtants. Il était seul. Un tas de foin lui servait de lit : pas un meuble, pas une chaise, il avait tout vendu, dès les premiers jours de sa maladie, pour quelques gouttes de bouillons.

 

Aux murs noirs et dépouillés pendaient un crucifix, une hache et deux scies : c'était là toute sa fortune, avec ses bras quand il pouvait les faire mouvoir ; mais alors il n'avait pas la force de se soulever. «Prenez courage, mon ami, lui dit le confesseur ; c'est une grande grâce que Dieu vous fait aujourd'hui : vous allez, incessamment sortir de ce monde où vous n'avez eu que des peines.» Que des peines ! Reprit le moribond d'une voix éteinte: Vous vous trompez, je ne me suis jamais plaint de mon sort, la vue de mon crucifix me consolait au milieu de mes travaux, la religion a fait mon bonheur ; j'ai vécu content. Les outils que vous voyez me procuraient du pain que je mangeais avec délices et je n'ai ja­mais été jaloux des tables que j'ai pu entrevoir. J'étais pauvre, mais avec la santé et la crainte de Dieu, je n'ai jamais manqué du nécessaire. Si je reprends la santé, ce que je ne crois pas, j'irai au chantier et je continuerai de bénir la main de Dieu qui jusqu'à présent a pris soin de moi. O mon Père, que la religion est aimable ! Qu’elle renferme de précieux trésors ! La paix, le contentement, le bonheur sont le partage de ceux qui l'aiment."

 

Le confesseur, aussi édifié que surpris d'un tel langage, ne put s'empêcher d'en témoigner son étonnement et après avoir rendu grâces à Dieu de la faveur qu'il lui avait faite en l'ame­nant clans ce pauvre réduit, il dit au malade : «Quoique cette vie ne vous ait pas été fâcheuse, vous ne devez pas moins vous résoudre à la quitter, car il faut se soumettre à la volonté de Dieu.» « Sans doute, reprit le moribond, d'un ton de voix ferme et d'un œil assuré, tout le monde doit y passer à son tour ; j'ai su vivre, je saurai mourir : je rends grâce à Dieu de m'a­voir donné la vie et de me faire passer par la mort pour arriver à lui. Je sens le moment s'approcher, accordez-moi les se­cours de l'Église, c'est la seule chose dont j'ai besoin en ce moment.» Cet homme mourut comme il avait vécu, en pré­destiné, laissant son confesseur et ses voisins dans l'admiration de ce que peut la religion sur un cœur docile aux sentiments de la grâce.

 

Extrait de : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU  (1860)

 

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 11:38

Est-ce qu’il est contraire à la per­fection chrétienne d'avoir ses idées, ses opinions, ses ma­nières de voir ?

 

A ces questions, on peut répondre que c'est une chose qui n'est ni bonne ni mauvaise, parce que c'est tout naturel. Chacun a les siennes. Ce qu'il faut éviter, c'est de s'y attacher et de les aimer, parce que cette attache et cet amour sont très contraires à la perfection ; l'amour de notre propre jugement et l'estime que nous en faisons sont en effet la cause qu'il y a si peu de chrétiens parfaits.

 

Il se trouve beaucoup de personnes qui renoncent à leur propre volonté, les unes pour une raison, les autres pour une autre ; je ne dis pas seulement en religion, mais parmi les séculiers, et même dans les cours des princes. Si un prince commande quelque chose à un courtisan, il ne refusera ja­mais d'obéir ; mais d'avouer que le commandement soit bien fait, cela arrive rarement. Nul ne peut douter que ce ne soit fort contraire à la perfection, parce qu'il en résulte pour l'ordinaire des inquiétudes d'esprit, des bizarreries, des murmures ; et qu'on nourrit ainsi l'amour de son propre estime.

 

Le grand saint Thomas, qui avait un des plus solides es­prits qu'on puisse avoir, quand il disait son avis, l'appuyait sur les raisons les plus pressantes qu'il pouvait ; et néan­moins, s'il se trouvait quelqu'un qui n'approuvât pas ce qu'il avait jugé être bon, ou y contredît, il ne disputait point et ne s'en offensait point, mais souffrait cela de bon cœur : En quoi il témoignait qu'il n'était point attaché à ses propres opinions, quoiqu'il ne les désapprouvât pas non plus. Il laissait les choses ainsi, qu'on le trouvât bon ou non ;  après avoir fait son devoir, il ne se mettait pas en peine du reste.

 

Si les supérieurs voulaient changer d'opinions en toutes rencontres, ils seraient estimés légers et imprudents en leur gouvernement ; mais d'autre part, si ceux qui n'ont point de charge voulaient être attachés à leurs opinions, les vou­lant maintenir et faire recevoir, ils seraient tenus pour opiniâtres. Car c'est une chose bien assurée, que l'amour de la propre opinion dégénère en opiniâtreté, s'il n'est fidèlement mortifié et retranché.

 

Toute la différence qu'il y a entre ceux qui ont autorité sur les autres, et ceux qui ne l'ont point, c'est que les pre­miers peuvent et doivent former des opinions, afin de tenir une conduite uniforme, et que les seconds peuvent s'en dis­penser, n'ayant rien à faire que d'obéir : mais s'ils en for­ment, ils ne doivent point s'y attacher, non plus que les premiers.

 

Il y a de grands esprits qui sont fort bons, mais qui sont tellement engoués de leurs opinions, et les estiment si bonnes, que jamais ils n'en veulent démordre. Il se trouve aussi d'excellents esprits qui ne sont point sujets à ce défaut, et qui renoncent fort volontiers à leurs opinions, quoiqu'elles soient très bonnes : ils ne s'arment point pour les défendre quand on les contredit. Les personnes mélancoliques y sont d'ordinaire plus sujettes que les personnes d'une hu­meur gaie.

 

Pour mortifier cette inclination, il faut lui retrancher son aliment. Il est bien vrai que nous ne pouvons pas em­pêcher ce premier mouvement de complaisance qui nous vient, quand notre opinion est approuvée et suivie ; mais il ne faut pas s'amuser à cette complaisance : il faut bénir Dieu, puis passer outre sans se mettre en peine de la com­plaisance, non plus que d'un petit ressentiment de douleur qui nous viendrait, si notre opinion n'était pas suivie ou trouvée bonne.

 

Il faut, quand on est requis par la charité ou par l'obéis­sance de proposer son avis sur le sujet dont il est question, le faire simplement ; se rendre au surplus indifférent s'il sera reçu ou non. Il peut même quelquefois être nécessaire de dire son sentiment sur les opinions des autres, et de mon­trer les raisons sur lesquelles nous appuyons les nôtres : mais il faut que cela se fasse modestement et humblement, sans mépriser l'avis des autres, ni contester pour faire recevoir le nôtre.

 

La chose étant réglée, il n'en faut plus parler, surtout avec ceux qui ont été de notre avis ; car ce serait nourrir ce dé­faut, et marquer que l'on n'est pas bien soumis à l'avis des autres, et que l'on préfère toujours le sien. Il ne faut plus même y penser, à moins que la chose résolue ne fût nota­blement mauvaise ; car alors si l'on pouvait trouver encore quelque moyen pour en empêcher l'exécution, ou y apporter remède, il le faudrait faire le plus charitablement et le plus insensiblement qu'il se pourrait, afin de ne troubler per­sonne, ni mépriser ce qu'ils auraient trouvé bon.

 

L'amour de notre propre jugement est la dernière chose que nous quittons ; et toutefois, c'est une chose des plus nécessaires à quitter pour l'acquisition de la vraie perfec­tion : car autrement nous n'acquerrons pas la sainte humi­lité, qui nous empêche et nous défend de faire aucune estime de nous, et de tout ce qui en dépend ; et par consé­quent, si nous n'avons la pratique de cette vertu en grande recommandation, nous penserons toujours être quelque chose de meilleur que nous ne sommes, et que les autres nous en doivent de reste.                                                      S. françois de sales.

 

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 08:51

 


Quitter ce monde est une pensée qui fait frémir d'hor­reur sans le souvenir de notre Dieu, de notre Dieu si bon, de notre consolateur suprême, résidant au foyer domestique et vivant jour et nuit avec nous.

 

Mourir !... Comment est-il possible de se résigner à cet immense et irrévocable abandon de tous ceux qu'on aime, si la séparation n'a pas lieu sous les yeux de Dieu, aux pieds mêmes de Dieu, nous assurant qu'il ne s'agit que d'un court voyage, et que la rencontre, avec la réunion éternelle, comblera bientôt tous nos voeux ?

 

Mais avec ce Père adoré, que nous voyons au chevet du malade, un rayon divin illumine la mort, tout change d'as­pect.

 

Oui, il se tient là, le Dieu en qui rien ne meurt, il nous mon­tre le ciel, et l'espérance renaît dans les âmes, la paix y rentre.

 

Sans doute, la mort reste encore la mort, de même que la douleur est la douleur. Dans les premiers moments, lorsque la maladie entre sous son toit, la famille, si pieuse qu'elle soit, se sent en présence d'un événement terrible ; elle se recueille tremblante, elle s'adresse à Celui qui l'aime et qui tient toutes choses dans ses mains.

 

Quelles prières s'échap­pent alors de ces cœurs angoissés ! Comme on implore la délivrance ! Et, quand nous avons prié, pleuré, en nous tenant bien près de ce visage chéri, de cette bouche qui parle en­core ; quand nous avons entendu cet adieu qui maintenant retentira toujours à nos oreilles ; quand les solennités iné­narrables du départ ont passé devant nous ; quand avec cette âme qui nous quitte nous avons entr'ouvert les portes de l'éternité ; nous tombons comme morts nous-mêmes en pré­sence de Dieu : alors nous avons vidé une coupe d'affliction dont l'amertume se fera sentir jusqu'à notre dernier souffle.

 

Elle est immense la douleur des séparations chrétiennes, car combien ne s'aimait-on pas ! Avoir vécu avec cet époux, ce père, et survivre ! Avoir mis tout en commun, les joies, les chagrins, les difficultés de la vie, et se trouver seul ! Seul ! Poursuivre seul sa route ; chercher en vain quelqu'un à ses côtés ! Écouter, et ne rien entendre ! Sentir retomber sur son cœur le poids du silence, du silence absolu, implacable de la mort !

 

C'est trop ;... ce serait trop, voulons-nous dire, si Dieu n'était pas de la famille. Mais, encore une fois, avec Lui, une invincible confiance revient aussitôt dans l'âme un instant anéantie et fait contrepoids à la douleur.

 

Heureux donc les fidèles enfants du Seigneur puisqu'ils, ont un pareil contrepoids ! Certes leur entourage s'efforce de les encourager, mais chacun a besoin d'un encouragement réciproque, car, dans la maison où Dieu habite, tous se sentent   atteints   lorsque   la   mort   accomplit   son   œuvre.

 

Il arrive assurément, qui ne l'a vu ? Que la loi et la grâce remportent de magnifiques triomphes, qu'une paix ineffable se fait sentir, que l'enfant de Dieu, appelé par son Père, n'é­prouve en s'acheminant vers lui aucune crainte de quelque genre que ce soit; il lui confie ceux qu'il quitte et s'en va dans la certitude absolue d'un prochain revoir.

 

Nous savons entre autres un aimable jeune homme, retiré l'autre jour, au matin de la vie, qui ne se lassait pas de louer Dieu, qui contem­plait avec ravissement les plages lumineuses où il allait abor­der, tendre, heureux, chérissant plus que jamais ceux qu'il laissait derrière lui, et leur parlant du ciel dans un tel langage qu'eux aussi croyaient le voir, qu'eux aussi éprouvaient presque un ravissement divin, que sa mère elle-même, sa pau­vre mère baignée de larmes, devenait capable de joindre sa voix au chant des cantiques d'action de grâces.

 

Mais d'ordinaire, les âmes les plus pures, par une sage per­mission de Dieu, éprouvent à certains moments, — et sans que la fermeté de leur espérance subisse pourtant aucune éclipse — des terreurs secrètes, du trouble, de l'agitation, une profonde tristesse de quitter la famille, une sorte de stupeur inquiète à la perspective des grandes choses si nouvelles et si prochaines qui vont se passer pour elles, enfin, cette frayeur de la mort qui est dans le fond de notre nature et qui fait qu'instinctivement nous nous cramponnons toujours à la vie.

 

Eh bien, pour ces moments-là, qui du reste ne sont que passagers et fugitifs, c'est une immense consolation de se rappeler qu'on a toujours vécu cœur à cœur avec Dieu, qu'on appartient à une famille dont il était le Chef et qu'après tout on se prépare à passer des bras de ses proches dans les bras du Seigneur!

 

Quoiqu'il en soit, c'est une chose sérieuse que la mort, et je frissonne chaque fois que j'entends les gens du monde en parler en riant.

 

Combien l'Église a été ad­mirablement inspirée de créer les retraites, les missions et tous les exercices religieux dans lesquels on nous avertit de penser à la mort, de ne pas perdre de vue qu'on ne meurt qu'une fois, qu'une mauvaise mort est irréparable et qu'ainsi toute notre vie ne devrait être qu'une continuelle préparation à la mort ! Certes, malgré tout, on y pense beaucoup trop peu !

 

Aux yeux de quiconque croit au Dieu trois fois saint, le départ d'ici-bas est toujours une chose capitale et saisissante. Moi pécheur, moi souillé, je vais me trouver là ! L'éternité, ce grand mystère, va se révéler à mes regards !

 

A cette pen­sée, un saint tremblement nous envahit, alors même qu'une tendre confiance écarte les terreurs serviles. Les enfants ont aussi leurs craintes.

 

Non, ce n'est pas l'Évangile qui nous apprend à aborder sans frémir « la sombre vallée de l'ombre de la mort ; » ce n'est pas lui qui écarte les saintes frayeurs. «Vous devrez rendre compte, nous dit Jésus-Christ, même d'une parole inutile » et l'Église ajoute : «Celui qui vous jugera trouve des souillures jusque dans ses anges. » N'y a-t-il pas là de quoi frémir et trembler ? Les saints, gens plus avisés que nous, ont plus d'une fois tremblé à la pensée de la mort ; et nous n'aurions aucune crainte ?

 

Craignons donc, mais d'une crainte toute filiale et qui s'allie avec une inébranlable confiance. Craignons, mais que notre sainte intimité avec les membres d'une famille qui vit toute en Dieu nous donne cette douce paix, ce calme pro­fond et serein qui doit caractériser les enfants du Seigneur.

 

Ainsi soit-il !

 

Extrait de : Lectures Méditées (1933)

 

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 12:37

 

sainte Anne, épouse de saint Joachim, fut choisie par Dieu pour être la mère de Marie, mère de Nôtre Seigneur Jésus-Christ.

 

Anne et Joachim étaient tous deux de la famille royale de David, et tous deux passaient leur vie dans la prière et la pratique des bonnes œuvres.

 

Le bonheur de leur union n'é­tait cependant pas complet ; ils étaient sans enfants, et pour des Juifs c'était la plus cruel des infortunes, car ils perdaient ainsi tout espoir de donner au monde le Messie Rédempteur.

 

Pendant de longues années, sainte Anne de­manda au ciel de lui accorder les joies de la maternité ; en­fin dans sa vieillesse elle donna le jour à Marie, enfant de la grâce plutôt que de la nature, fille de Dieu plutôt que fille des hommes.

 

A la naissance de Marie, la vie d'Anne fut une vie nouvelle ; tendrement attentive aux moindres mouve­ments de Marie, elle se sentait sanctifiée par la seule présence de l'enfant immaculée.

 

Mais Anne avait voué sa fille au Sei­gneur ; Marie s'était elle-même consacrée à Dieu, et bientôt ils durent se séparer.

 

Marie n'avait que trois ans, lorsque Anne et Joachim lui firent monter les degrés du Temple, et la lais­sèrent dans l'asile du Sanctuaire pour ne plus la posséder.

 

C’est le 26 juillet que l’on fête cette Grande Sainte, la grande mère de notre Divin Sauveur.

 

Extrait de : Lectures Méditées  (1933)

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 00:41
Ces chrétiens qui ne sont chrétiens que de nom ; qui font leur devoir de chrétiens d’une manière si misérable, qu’ils vous feraient mourir de compassion. Voyez-en un, pendant sa prière faite avec ennui, dissipation, sans respect. Voyez-les à l’église, sans dévotion : l’office commence toujours trop tôt, et finit toujours trop tard ; le prêtre n’est pas encore descendu de l’autel, qu’ils sont déjà dehors. Pour la fréquentation des Sacrements, il ne faut pas leur en parler : s’ils s’en approchent quelquefois, c’est avec une certaine indifférence qui annonce qu’ils ne connaissent nullement ce qu’ils font. Tout ce qui a rapport au service de Dieu est fait avec un dégoût épouvantable. Mon Dieu ! Que d’âmes perdues pour l’éternité ! Ô mon Dieu ! Que le nombre de ceux qui entreront dans le royaume des cieux est petit, puisqu’il y en a si peu qui font ce qu’ils doivent pour le mériter ?
Mais, me direz-vous maintenant : Qui sont donc ceux qui se rendent coupables de respect humain ? Écoutez-moi un instant, et vous allez le savoir. D’abord, je vous dirai avec saint Bernard que, de quelque côté que nous considérions le respect humain, qui est la honte de remplir ses devoirs de religion à cause du monde, tout nous démontre en lui le mépris de Dieu et de ses grâces et l’aveuglement de l’âme. Je dis en premier lieu, que la honte de faire le bien, de crainte d’être méprisé ou raillé de la part de quelques malheureux impies, ou de quelques ignorants, est un mépris affreux que nous faisons de la présence du bon Dieu devant lequel nous sommes et qui pourrait à l’heure même nous jeter en enfer.
Pourquoi est-ce que ces mauvais chrétiens vous raillent et tournent en ridicule votre dévotion ? Hélas ! en voici la véritable raison : c’est que n’ayant pas la force de faire ce que vous faites, ils vous en veulent de ce que vous réveillez les remords de leur conscience ; mais, soyez bien sûrs que dans le cœur ils ne vous méprisent pas, au contraire, ils vous estiment beaucoup. S’ils ont un bon conseil à prendre, ou à demander une grâce auprès du bon Dieu, ce n’est pas à ceux qui font comme eux qu’ils auront recours, mais à ceux qu’ils ont raillés, du moins en paroles. Vous avez honte, mon ami, de servir le bon Dieu, par crainte d’être méprisé ? Mais, mon ami, regardez donc Celui qui est mort sur cette croix ; demandez-lui donc s’il a eu honte d’être méprisé, et de mourir de la manière la plus honteuse sur cette croix infâme. Ah ! Ingrats que nous sommes envers Dieu, qui semble trouver sa gloire à faire publier de siècle en siècle qu’il nous choisit pour ses enfants.
Ô mon Dieu ! Que l’homme est aveugle et méprisable de craindre un misérable qu’en-dira-t-on, et de ne pas craindre d’offenser un Dieu si bon. Je dis encore que le respect humain nous fait mépriser toutes les grâces que le bon Dieu nous a méritées par sa mort et sa passion. Oui, par le respect humain, nous anéantissons toutes les grâces que le bon Dieu nous avait destinées pour nous sauver. Oh ! Maudit respect humain, que tu entraînes d’âmes en enfer !
En deuxième lieu, je dis que le respect humain renferme l’aveuglement le plus déplorable. Hélas ! Nous ne faisons pas attention à ce que nous perdons. Ah ! Quel malheur pour nous ! Nous perdons notre Dieu, que nul ne pourra jamais remplacer. Nous perdons le ciel avec tous ses biens et ses plaisirs ! Mais un autre malheur, c’est que nous prenons le démon pour notre père, et l’enfer avec tous ses tourments pour notre héritage et notre récompense. Nous changeons nos douceurs et nos joies éternelles contre des souffrances et des larmes. Ah ! Mon ami, à quoi pensez-vous ? Quels seront vos regrets pendant toute l’éternité ! Ah ! Mon Dieu ! Peut-on bien y penser et vivre encore esclave du monde ?
Il est vrai, me direz-vous, que celui qui craint le monde pour remplir ses devoirs de religion est bien malheureux, puisque le bon Dieu nous a dit que celui qui aura honte de le servir devant les hommes, il ne voudra pas le reconnaître devant son Père au jour du jugement. Mais mon Dieu ! Craindre le monde, pourquoi donc ? Puisque nous savons qu’il faut absolument être méprisé du monde pour plaire à Dieu. Si vous craigniez le monde, il ne fallait pas vous faire chrétien. Vous saviez bien que sur les fonts sacrés du baptême, vous prêtiez serment en présence de Jésus-Christ même ; que vous renonciez au démon et au monde ; que vous vous engagiez à suivre Jésus-Christ portant sa croix, chargé d’opprobres et de mépris. Si vous craignez le monde, eh bien ! Renoncez à votre baptême et donnez-vous à ce monde à qui vous craignez tant de déplaire.
Mais, me direz-vous, quand est-ce que nous agissons par respect humain ? Mon ami, écoutez-moi bien. C’est un jour que vous étiez à la foire, ou dans une auberge où l’on mangeait de la viande un jour défendu et que l’on vous pria d’en manger ; que, vous contentant de baisser les yeux et de rougir, au lieu de dire que vous étiez chrétien, que votre religion vous le défendait, vous en mangeâtes comme les autres, en disant : Si je ne fais pas comme les autres, on se moquera de moi. – On vous raillera, mon ami ? Ah ! Certes, c’est bien dommage ! – Eh ! Me direz-vous, je ferai bien plus de mal, en étant la cause de toutes les mauvaises raisons que l’on dira contre la religion, que j’en ferais en mangeant de la viande. – Dites-moi, mon ami, vous ferez plus de mal ? Si les martyrs avaient craint tous ces blasphèmes, tous ces jurements, alors ils auraient donc tous renoncé à leur religion ? C’est tant pis pour ceux qui font mal.
Hélas ! Disons mieux : ce n’est pas assez que les autres malheureux aient crucifié Jésus-Christ par leur mauvaise vie ; il faut encore vous unir à eux pour faire souffrir Jésus-Christ davantage ? Vous craignez d’être raillé ? Ah ! Malheureux, regardez Jésus-Christ sur la croix, et vous verrez ce qu’il a fait pour vous. Vous ne savez pas quand vous avez renié Jésus-Christ ? C’est un jour qu’étant avec deux ou trois personnes, il semblait que vous n’aviez point de mains, ou que vous ne saviez pas faire le signe de la croix, et que vous regardiez si l’on avait les yeux sur vous, et que vous vous êtes contenté de dire votre Bénédicité ou vos grâces dans votre cœur, ou bien que vous allâtes dans un coin pour les dire. C’est lorsque, passant vers une croix, vous fîtes semblant de ne pas la voir, ou bien vous disiez que ce n’est pas pour nous que le bon Dieu est mort.
Vous ne savez pas quand vous avez eu du respect humain ? C’est un jour que vous trouvant dans une société, où l’on disait de sales paroles contre la sainte vertu de pureté, ou contre la religion, vous n’osâtes pas reprendre ces personnes, et bien plus, dans la crainte que l’on vous raille, vous en avez souri.- Mais, me direz-vous, l’on est bien forcé, sans quoi l’on serait trop souvent raillé. – Vous craignez, mon ami, d’être raillé ? Ce fut bien aussi cette crainte qui porta saint Pierre à renier son divin Maître ; mais cela n’empêcha pas qu’il commît un gros péché qu’il pleura toute sa vie.
Vous ne savez pas quand vous avez eu du respect humain ? C’est un jour que le bon Dieu vous donna la pensée d’aller vous confesser, vous sentiez que vous en aviez bien besoin, mais vous pensâtes que l’on se moquerait de vous, que l’on vous traiterait de dévot. C’est une fois que vous aviez la pensée d’aller à la sainte Messe dans la semaine, et que vous pouviez y aller ; vous avez dit en vous-même que l’on se moquerait de vous et que l’on dirait : C’est bon pour ceux qui n’ont rien à faire qui ont de quoi vivre de leurs rentes. Combien de fois ce maudit respect humain vous a empêché d’assister au catéchisme, à la prière du soir !
Combien de fois, étant chez vous, et faisant quelques prières ou quelques lectures de piété, vous êtes-vous caché voyant venir quelqu’un ! Combien de fois le respect humain vous a fait violer la loi du jeûne ou de l’abstinence, et n’oser pas dire que vous jeûniez, ou que vous ne faisiez pas gras ! Combien de fois vous n’avez pas osé dire votre Angelus devant le monde, ou vous vous êtes contenté de le dire dans votre cœur, ou vous êtes sorti pour le dire dehors ! Combien de fois vous n’avez point fait de prières le matin où le soir, parce que vous vous êtes trouvé avec des personnes qui n’en faisaient point ; et tout cela, de crainte que l’on ne se moquât de vous !
Allez, pauvre esclave du monde, attendez l’enfer où vous serez précipité ; vous aurez bien le temps de regretter le bien que le monde vous a empêché de faire. Ah ! Mon Dieu, quelle triste vie mène celui qui veut plaire au monde et au bon Dieu ! Non, mon ami, vous vous trompez. Outre que vous vivrez toujours malheureux, vous ne viendrez jamais à bout de plaire au monde et au bon Dieu ; cela est aussi impossible que de mettre fin à l’éternité. Voici le conseil que j’ai à vous donner, et vous serez moins malheureux : ou donnez-vous tout au bon Dieu, ou tout au monde ; ne cherchez, et ne suivez qu’un maître, et, une fois à sa suite, ne le quittez pas.
Saint curé d’Ars (1786 – 1859) – Sermon sur le respect humain

http://bibliothequedecombat.wordpress.com/2013/07/21/le-respect-humain-mene-en-enfer/comment-page-1/#comment-2457

 

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 01:12

Tout pouvoir vient d’en Haut : P. Bail  (1610-1669)

Toujours d’actualité, méditation sur la légitimité des pouvoirs spirituels et temporels. Extrait des commentaires de la Somme théologique de St Thomas sur les grands principes du gouvernement Divin : communication, participation, miséricorde et justice.

 

«  Considérez que Dieu après la création des premières et comme fondamentales pièces de ce monde qu’Il a produit immédiatement par Soi-même, se sert des causes secondaires pour gouverner et conduire les autres à leur fin, et spécialement les hommes.

 

Bien que Dieu gouverne encore toutes choses immédiatement, Il a pourtant voulu communiquer à plusieurs créatures la vertu et la puissance d’en gouverner d’autres.

 

Le gouvernement de Dieu, dit Saint Thomas d’Aquin, conduit les choses à leur plus grande perfection, et c’est en quoi consiste Sa principale excellence qui est de communiquer aux êtres qu’Il gouverne une plus grande perfection ; or, c’est une plus grande perfection d’avoir de la bonté en soi-même, et de pouvoir la donner à d’autres, que de l’avoir seulement en soi-même.

 

C’est pourquoi Dieu gouverne tellement, qu’Il fait aussi part à d’autres du pouvoir de gouverner comme un maître, qui instruit si bien ses disciples qu’il les rend aussi Docteurs et capables d’enseigner les autres.

 

C’est par cette conduite que le soleil et tous les cieux servent au gouvernement de toutes les choses corporelles de ce monde, que les anges sont employés à « faire mouvoir l’univers», à illuminer leurs inférieurs, et à assister les âmes diversement, et que les hommes ont des pouvoirs temporels ou spirituels sur les autres hommes qui leur sont soumis, pour recevoir leurs ordres et les exécuter, c’est pourquoi encore Jésus-Christ, en tant qu’homme, mais Fils de Dieu et Roi des rois, le grand Prêtre et très grand Chef des hommes possède la fin bienheureuse de la béatitude accomplie.

 

Tout vise à cette fin diversement, les uns de plus près comme les supérieurs  spirituels, les autres de plus loin comme les princes temporels, Dieu ayant fait « toutes choses pour les élus ». (Saint Paul) Les hommes ne reçoivent tous Ses secours que pour les employer à Son service et s’acquérir la fin de la béatitude.

 

               Par-dessus tout Jésus Christ le Fils de Dieu, est le Chef suprême de ceux qu’il plait à Dieu d’employer à diriger les âmes dans la voie du salut. Toute puissance, pour ce sujet Lui a été donnée au Ciel et sur la terre ; Il est le soleil spirituel, le Docteur de justice, le Juge des vivants et des morts, le grand Pontife et le Médiateur, à qui Dieu le Père a donné toutes les nations en partage, pour recevoir Ses ordres et être gouvernées par des lois inflexibles et immuables, selon qu’il a été dit : « Tu les gouvernera avec une verge de fer. » c'est-à-dire, avec une loi qui ne plie pas au gré des hommes, mais sous la quelle les hommes doivent plier sans exception, sous peine d’être brisés par Sa Puissance.  L’Écriture contient de très grandes menaces contre les puissances spirituelles ou temporelles qui ne s’appliquent pas légitimement de leur devoir. « Les puissants, dit elle, seront puissamment tourmentés » Malheur à ceux qui font mauvais usage de l’autorité que Dieu a daigné leur départir…. !

 

Car une seconde maxime du gouvernement divin est de procéder en tout par miséricorde d’abord, puis par justice et sévérité ensuite, comme dit le psaume XXIV de David : «  Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et justice »

 

Ainsi donc, O Dieu infini en grandeur, en bonté et en magnificence, Vous régissez et Vous dirigez tellement toutes choses, que Vous associez avec Vous, d’une certaine manière, et rendez participants de Votre autorité des Anges et de faibles hommes. Vous le faites, Seigneur ! Non que Vous ayez besoin de leur secours, Vous qui êtes infiniment sage et puissant, mais pour les rendre plus honorables et que Vous les combliez de toute perfection. De là vient que les choses sont dans la subordination, que les unes sont dépendantes plus que les autres et que de cette inégalité résulte une plus grande utilité. Mais Vous, O gouverneur admirable, vous ne prétendez à rien d’autre chose, sinon qu’en Vous rendant le culte qui Vous convient, ils Vous soient semblables dans la gloire immortelle. »    Deo Gratias.

http://amdg.over-blog.fr/

 

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