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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 10:44

"Notre-Seigneur arrive près de Jéricho avec ses disciples ; et un grand attroupement se forme. Voici qu'un aveugle, un de ces mendiants qui essayent d'émouvoir les passants de leur complainte lamentable, a deviné ce mouvement de foule et tout ce remue-ménage. Il interroge. On lui dit : «C'est Jésus de Nazareth. » Comme il a entendu dire sur le prophète de Galilée des choses extraor­dinaires, une grande flambée de désir monte en lui. Jésus, c'est peut-être pour lui la guérison, la fin de la longue nuit pesante, la vie normale qui re­commencera sous le grand soleil de Dieu. Toute son espérance s'est tendue. Et, malgré ses voisins qui lui disent: « Tiens-toi tranquille ! » il se met à crier : « Jésus, fils de David, ayez pitié de moi! » Le Christ s'arrête; et un dialogue s'engage, déci­sif : « Que veux-tu que je te fasse ? » Spontané­ment, la réponse a jailli : « Seigneur, que je voie ! » Le miracle s'accomplit ; le pauvre homme a retrouvé la lumière et de toute son âme il clame sa joie.

Cette prière : « Seigneur, que je voie! » n'a été adressée à Jésus que par quelques aveugles. Beau­coup d'autres ont refusé de la lui faire, ceux dont l'âme était dans la nuit et ne voulait pas la lumière, ces pharisiens qui disaient au Maître : « Sommes-nous des aveugles, nous aussi ? » et auxquels il répondait : ce Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché; mais vous dites « Nous voyons », votre péché demeure. » La vraie lumière est celle de la foi ; et les aveugles vraiment pitoyables sont ceux qui ne veulent pas croire, qui, en pleine liberté, refusent la lumière.

Avons-nous à dire nous-mêmes à Jésus : « Sei­gneur, que je voie ! » ? Certes, nous avons la foi ; nous l'avons reçue, pour la plupart, dès le berceau et sans effort douloureux de recherche ; et plus tard nous avons accepté volontairement le Christ et sa lumière. Et cependant nous pouvons, nous devons adresser à Notre-Seigneur la prière émouvante de l'aveugle. Car nous avons toujours à demander une foi plus perspicace et lumineuse. Qui donc oserait prétendre qu'il voit suffisamment, qu'il voit Dieu, qu'il voit les autres, qu'il se voit lui-même?

Nous croyons sans doute à l'existence de Dieu, nous affirmons qu'il est le Maître Souverain et le Père et par conséquent qu'il est partout, qu'il est près de nous et qu'il nous aime. Mais cette foi ne reste-t-elle pas un théorème abstrait et sans grande influence sur notre vie? Peut-être l'Infini nous semble-t-il je ne sais quel être indécis et vague, lointain surtout, dans un au-delà brumeux. Dès lors, Celui qui est partout risque d'être l'ab­sent des vies humaines ; Celui qui est présent dans l'univers risque d'être universellement oublié. Peut-être Dieu est-il Celui que nous prions peu, Celui à qui nous pensons rarement, Celui qui au lieu d'être en plein centre de notre vie reste comme en marge et aux frontières de cette existence. Sans doute Dieu étant l'Esprit pur, nous ne pouvons le voir ici-bas de nos yeux mortels. Mais la foi nous est donnée précisément pour que, dès main­tenant, nous vivions avec lui. Abraham, le père des croyants, avait reçu de Dieu lui-même cette consi­gne : « Marche en ma présence ! » Et je me sou­viens de cette parole du Curé d'Ars : « La foi, c'est parler à Dieu comme avec un homme. » Nous devons donc demander cette grâce essentielle, l'es­prit de foi, c'est-à-dire le regard pénétrant qui nous fera découvrir la présence de Dieu et son amour qui enveloppe notre vie. Seigneur, faites que je vous voie!

Et, aussi, que je voie les autres ! La demande paraît d'abord superflue : alors que Dieu est invi­sible, les autres sont faciles à voir. Et cependant il arrive que nous ne les voyons pas plus que l'aveugle de Jéricho n'apercevait les passants au­près de lui. L'égoïsme est une puissance d'aveu­glement, par conséquent la plus épaisse des mu­railles, la plus verrouillée des prisons. Nous pou­vons fort bien côtoyer de grandes misères, des souffrances poignantes, sans même songer à nous apitoyer, tout simplement parce que nous ne les voyons pas. Combien de drames intérieurs, les vrais drames, combien de drames autour de nous et qui demeurent inaperçus! Que d'incompris, qui sont tout près de nous matériellement, mais en réa­lité très loin ! On a dit : « Aimer, c'est comprendre; haïr, c'est ne pas voir. » Seule la foi est clair­voyante, avec la charité qui l'accompagne. Et c'est la foi et la charité qui sont en nous insuffisantes. Quand nous pensons voir les autres, quand nous avons même l'impression que nous les voyons trop, quand nous nous hypnotisons sur des défauts qui nous semblent exaspérants, nous oublions jus­tement de les voir dans leur réalité profonde, c'est-à-dire tels que Dieu les voit, comme des êtres créés par lui, aimés de lui, sauvés par le Christ, pos­sédant la vie divine ou du moins appelés à la pos­séder, nos frères, nos compagnons de route, auprès desquels ils nous a placés pour les soutenir et les aimer, pour que tous ensemble nous marchions vers lui. Seigneur, faites que je voie, que je voie les autres comme vous les voyez !

Est-il nécessaire de demander que nous sachions nous voir nous-mêmes? Oui, car là aussi nous pouvons vivre dans l'illusion. Mon égoïsme me trompe en faisant de moi comme le centre du monde, en m'attribuant des qualités rares qui mé­riteraient tous les hommages, en me faisant exiger des autres tous les services, en me faisant consi­dérer mes souffrances comme des injustices, mes épreuves comme des attentats et presque des crimes de lèse-majesté. Seigneur, faites que je me voie, dans votre lumière, tel que je suis, ni un saint, ni un criminel, mais un médiocre, un serviteur assez lâche ne méritant guère de prix d'excellence, mais aussi un fils que vous aimez et que vous n'éprouvez jamais que pour le rendre meilleur et lui préparer la vraie joie.

Nous le constatons, contre l'oubli de Dieu, contre la méconnaissance des autres, contre les illusions sur nous-mêmes la foi est la grande lumière indispensable. Autrefois, au temps de l'Évangile, un pauvre homme disait au Christ : «Oui, Seigneur, je crois ; aidez mon incrédulité ! » Nous aussi, nous sommes tout ensemble croyants et incroyants, nous croyons mais nous croyons mal, nous avons des yeux mais notre vue est faible ou brouillée. Puisque le Christ est la lumière, une lumière qui ne se contente pas d'éclairer au dehors, mais qui inspire le désir de voir et qui donne la vue elle-même, demandons à ce Christ de rendre plus perspicace le regard de notre foi. En ce mo­ment où Jésus passe auprès de nous, essayons de lui redire avec toute la sincérité de notre désir et de notre espoir : « Seigneur, faites que je voie ! »

Extrait de : PLUS PRÈS DE TOI MON DIEU. Gaston Salet S.J.

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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 06:54

Souffrir toutes sortes de croix.

10° Résolvez-vous, chers Amis de la Croix, à souffrir toutes sortes de Croix sans exception et sans choix: toute pau­vreté, toute injustice, toute perte, toute maladie, toute humiliation, toute contra­diction, toute calomnie, toute sécheresse, tout abandon, toute peine intérieure et extérieure, disant toujours : Mon cœur est préparé, mon Dieu; mon cœur est pré­paré. Préparez-vous donc à être délaissés des hommes et des anges, et comme de Dieu même; à être persécutés, enviés, trahis, calomniés, discrédités et abandon­nés de tous ; à souffrir la faim, la soif, la mendicité, la nudité, l'exil, la prison, la potence et toutes sortes de supplices, quoique vous ne l'ayez pas mérité pour les crimes qu'on vous impose. Enfin ima­ginez-vous qu'après avoir perdu vos biens et votre honneur; qu'après avoir été jetés hors de votre maison comme Job et sainte Elisabeth, reine de Hon­grie..., on vous jette, comme cette sainte, dans la boue ; on vous traîne, comme Job sur un fumier, tout puant et couvert d'ul­cères, sans qu'on vous donne du linge pour mettre sur vos plaies, ni un morceau de pain à manger qu'on ne refuserait pas à un cheval ou à un chien; qu'avec tous ces maux extrêmes Dieu vous laisse com­me en proie à toutes les tentations des dé­mons, sans verser dans votre âme la moindre consolation sensible. Croyez fer­mement que voilà le souverain point de la gloire divine et de la félicité véritable d'un vrai et parfait Ami de la Croix.

Regarder habituellement ces quatre choses:

11° Pour vous aider à bien souffrir, faites-vous une sainte habitude de re­garder quatre choses :

Premièrement, l'œil de Dieu, qui, com­me un grand roi, du haut d'une tour, regarde son soldat dans la mêlée, avec com­plaisance et avec louange de son courage. Qu'est-ce que Dieu regarde sur la terre ? Les rois et les empereurs sur leurs trô­nes ? Il ne les regarde souvent qu'avec mépris. Les grandes victoires des armées de l'État, les pierres précieuses, les cho­ses, en un mot, qui sont grandes aux yeux des hommes? Ce qui est grand aux yeux des hommes est une abomination devant Dieu. Qu'est-ce donc qu'il regarde avec plaisir et complaisance, et dont il deman­de des nouvelles aux anges et aux dé­mons mêmes? C'est un homme qui se bat pour Dieu avec la fortune, avec le monde, avec l'enfer et avec soi-même, un hom­me qui porte joyeusement sa Croix. N'as-tu pas vu sur la terre une grande mer­veille que tout le Ciel regarde avec admi­ration ? dit le Seigneur à Satan. N'as-tu pas vu mon serviteur Job qui souffre pour moi ?

Secondement, considérez la main de ce tout-puissant Seigneur, qui fait tout le mal de la nature qui nous arrive, depuis le plus grand jusqu'au moindre. (Ce mal de la nature désigne les maux natu­rels qui sont la conséquence de l'activité naturel­le des choses, comme les cataclysmes, les mala­dies, et beaucoup d'infirmités ou d'accidents. Cet­te activité naturelle des éléments peut avoir des effets désastreux, mais en elle-même, elle n'a rien de répréhensible ; et, comme les qualités naturelles proviennent de Dieu, ainsi que leur exercice, on peut dire que Dieu lui-même les fait par les causes naturelles qu'il a créées. Il faut donc toujours savoir s'élever au-dessus des mal­heurs de ce genre, pour adorer la Providence.

Quant au mal moral, les péchés, etc., Dieu ne les fait en aucune façon ; il permet cependant qu'ils arrivent, comme une conséquence de la liberté humaine ici-bas. )

La même main qui a mis une armée de cent mille hommes sur le carreau, a fait tomber la feuille de l'arbre et le cheveu de votre tête ; la main qui avait touché Job rudement, vous touche doucement par le petit mal qu'elle vous fait. De la mê­me main, il forme le jour et la nuit, le soleil et les ténèbres, le bien et le mal ; il a permis les péchés qu'on commet en vous choquant, il n'en a pas fait la ma­lice, mais il en a permis l'action. Ainsi quand vous verrez un Semeï vous dire des injures, vous jeter des pierres comme au Roi David, dites en vous-mêmes : « Ne nous vengeons point, laissons-le fai­re, car le Seigneur lui a ordonné d'en agir ainsi. Je sais que j'ai mérité toutes sortes d'outrages, et que c'est avec jus­tice que Dieu me punit. Arrêtez-vous, mes bras ; vous, ma langue, arrêtez-vous, ne frappez point, ne dites mot. Cet hom­me ou cette femme me disent ou font des injures: ce sont les ambassadeurs de Dieu, qui viennent de la part de sa misé­ricorde pour tirer vengeance à l'amiable. N'irritons pas sa justice en usurpant les droits de sa vengeance; ne méprisons pas sa miséricorde, en résistant à ses coups de fouet tout amoureux, de peur qu'elle ne nous renvoie, pour se venger, à la pure justice de l'éternité. »

Regardez une main de Dieu toute puis­sante et prudente, qui soutient, tandis que son autre vous frappe; il mortifie d'une main, et vivifie de l'autre ; il abaisse et il relève, et de ses deux bras il atteint d'un bout à l'autre de votre vie doucement et fortement : doucement, en ne permettant pas que vous soyez tentés et affligés au-dessus de vos forces ; fortement, en vous secondant d'une grâce puissante, qui cor­respond à la force et à la durée de la ten­tation et de l'affliction ; fortement encore, en devenant lui-même, comme il le dit par l'esprit de sa sainte Église, votre ap­pui sur le bord du précipice auprès duquel vous êtes, votre compagnon dans le chemin où vous vous égarez, votre om­brage dans le chaud qui vous brûle, votre vêtement dans la pluie qui vous mouille et le froid qui vous glace, votre voiture dans la lassitude qui vous accable, votre secours dans l'adversité qui vous arrive, votre bâton dans les pas glissants, et vo­tre port au milieu des tempêtes qui vous menacent de ruine et de naufrage.

Troisièmement, regardez les plaies et les douleurs de Jésus-Christ crucifié. Il vous le dit lui-même : « O vous tous, qui passez par la voie épineuse et crucifiée par laquelle j'ai passé, regardez et voyez; regardez des yeux mêmes de votre corps, et voyez, par les yeux de votre contem­plation, si votre pauvreté, votre nudité, votre mépris, vos douleurs, vos abandons, sont semblables aux miens; regardez-moi, moi qui suis innocent, et plaignez-vous, vous qui êtes coupables.» Le Saint-Esprit nous ordonne, par la bouche des Apôtres, ce même regard de Jésus-Christ crucifié; il nous commande de nous armer de cette pensée plus perçante et plus terrible à tous nos ennemis que toutes les autres armes. Quand vous serez attaqués par la pauvreté, l'abjection, la douleur, la tentation et les autres croix, armez-vous d'un bouclier, d'une cuirasse, d'un casque, d'une épée à deux tranchants : savoir, de la pensée de Jésus-Christ crucifié; voilà la solution de toute difficulté et la victoi­re de tout ennemi.

Quatrièmement, regardez en haut la belle couronne qui vous attend dans le ciel, si vous portez bien votre croix. C'est cette récompense qui a soutenu les Pa­triarches et les Prophètes dans leur foi et leurs persécutions, qui ont animé les Apô­tres et les Martyrs dans leurs travaux et leurs tourments. Nous aimons mieux, di­saient les Patriarches avec Moïse nous aimons mieux être affligés avec le peuple de Dieu, pour être heureux éternellement avec lui, que de jouir pour un moment d'un plaisir criminel. Nous souffrons de grandes persécutions à cause de la récom­pense, disaient les Prophètes avec David. Nous sommes des victimes destinées à la mort, comme un spectacle au monde, aux Anges et aux hommes par nos souffran­ces, et comme la balayure et l'anathème du monde, disaient les Apôtres et les Martyrs avec saint Paul, à cause du poids immense de la gloire éternelle, que ce mo­ment d'une légère souffrance produit en nous. Regardons sur notre tête les Anges qui nous crient : « Prenez garde de per­dre la couronne marquée pour la Croix qui vous est donnée, si vous la portez bien. Si vous ne la portez pas bien, un autre la portera comme il faut et ravira votre couronne. » « Combattez fortement en souffrant patiemment, nous disent tous les saints, et vous recevrez un royaume éternel. » Écoutons enfin Jésus-Christ, qui nous a dit : « Je ne donnerai ma ré­compense qu'à celui qui souffrira et vaincra par la patience. »

Regardons en bas la place que nous méritons, et qui nous attend dans l'enfer avec le mauvais larron et les réprouvés, si nous souffrons comme eux avec mur­mure, avec dépit et avec vengeance. Écrions-nous avec saint Augustin : Brû­lez, Seigneur, coupes, tailles, tranchez en ce monde-ci pour punir mes péchés, pour­vu que vous les pardonniez dans l'éter­nité.

Ne pas se plaindre volontai­rement et avec murmure.

12° Ne vous plaignez jamais volontai­rement et avec murmure des créatures dont Dieu se sert pour vous affliger. Dis­tinguez pour cela trois sortes de plaintes dans les maux. La première est involon­taire et naturelle: c'est celle du corps qui gémit, qui soupire, qui se plaint, qui pleure, qui se lamente: quand l'âme, comme j'ai dit, est résignée à la volonté de Dieu dans sa partie supérieure, il n'y a aucun péché. La seconde est raisonna­ble: c'est quand on se plaint et découvre son mal à ceux qui peuvent y mettre or­dre, comme un supérieur, un médecin ; cette plainte peut être imparfaite quand elle est trop empressée, mais elle n'est pas péché. La troisième est criminelle (C’est-à-dire, péché ; mais péché dont la gra­vité reste proportionnée à la malice de la plainte.) : C’est lorsqu'on se plaint du prochain pour s'exempter du mal qui nous fait souffrir ou pour se venger, ou qu'on se plaint de la douleur que l'on souffre, en consentant à cette plainte et y ajoutant l'impatience et le murmure.

Recevoir les croix avec re­connaissance et remercier Dieu.

13° Ne recevez jamais aucune croix sans la baiser humblement, avec reconnaissance; et, quand Dieu tout bon vous aura favorisé de quelque croix un peu considérable, remerciez-l'en d'une ma­nière spéciale et l'en faites remercier par d'autres, à l'exemple de cette pauvre fem­me qui, ayant perdu tout son bien par un procès injuste qu'on lui suscita, fit aussi­tôt dire une messe, d'une pièce de dix sous qui lui restait, afin de remercier Dieu de la bonne aventure qui lui était arrivée.

Se charger soi-même de croix volontaires.

14° Si vous voulez vous rendre dignes de recevoir les croix qui vous viendront sans votre participation, et qui sont les meilleures, chargez-vous-en de volontai­res, avec l'avis d'un bon directeur. Par exemple, avez-vous chez vous quelque meuble inutile auquel vous avez quelque affection ? donnez-le au pauvre en disant : « Voudrais-tu avoir du superflu, quand Jésus est si pauvre ! » Avez-vous hor­reur de quelque nourriture, de quelque acte de vertu, de quelque mauvaise odeur? Goûtez, pratiquez, sentez, vain­quez-vous. Aimez-vous avec un peu trop de tendresse et empressement quelque personne, quelques objets? Abstenez-vous, privez-vous, éloignez-vous de ce qui vous flatte. Avez-vous quelque saillie de nature pour voir, pour agir, pour paraître, pour aller en quelque endroit? Arrêtez-vous, taisez-vous, cachez-vous, détournez vos yeux. Haïssez-vous naturellement un tel objet, une telle personne? Allez-y fréquemment, surmontez-vous.

En conclusion.

Si vous êtes vraiment Amis de la Croix, l'amour, qui est toujours indus­trieux, vous fera trouver ainsi mille pe­tites croix dont vous vous enrichirez insensiblement, sans crainte de la vanité, qui se mêle souvent dans la patience avec laquelle on endure les croix éclatantes ; et, parce que vous aurez été ainsi fidèles en peu de chose, le Seigneur, comme il l'a promis, vous établira sur beaucoup, c'est-à-dire sur beaucoup de grâces qu'il vous donnera, sur beaucoup de croix qu'il vous enverra, sur beaucoup de gloire qu'il vous préparera. (Fin)

Mon Dieu, je Vous aime, je Vous adore et je Vous remercie.

Extrait de : Lettres aux amis de la Croix. L.M. De Montfort.

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 19:29

D. — Porter sa croix comme Jésus-Christ.

Règles pour bien la porter:

Mais il ne suffit pas de souffrir: le dé­mon et le monde ont leurs martyrs, mais il faut souffrir et porter sa croix sur les traces de Jésus-Christ, qu'il me suive, c'est-à-dire de la manière qu'il l'a portée, et voici pour cela les règles que vous devez garder.

Ne point se procurer de croix exprès.

1° Ne vous procurez point exprès et par votre faute des croix: il ne faut pas faire du mal pour qu'il en arrive du bien ; il ne faut pas, sans une inspiration spé­ciale, faire les choses d'une mauvaise ma­nière, pour s'attirer le mépris des hom­mes ; il faut plutôt imiter Jésus-Christ, dont il est dit qu'il a bien fait toutes cho­ses, non par amour-propre ou par vanité, mais pour plaire à Dieu et pour gagner le prochain. Et si vous vous acquittez le mieux que vous pouvez de vos emplois, vous n'y manquerez pas de contradic­tions, de persécutions, ni de mépris que la divine Providence vous enverra, contre votre volonté et sans votre choix.

Éviter le scandale des petits.

2° Si vous faites quelque chose d'indif­férent, dont le prochain se scandalise, quoique mal à propos, abstenez-vous-en par charité, pour faire cesser le scandale des petits ; et l'acte héroïque de la charité que vous faites en cette occasion, vaut infiniment mieux que la chose que vous faisiez ou que vous vouliez faire. Si ce­pendant le bien que vous faites est néces­saire ou utile au prochain, et que quelque pharisien ou mauvais esprit s'en scanda­lise mal à propos, consultez un sage pour savoir si la chose que vous faites est né­cessaire ou beaucoup utile au commun du prochain; et s'il la juge telle, continuez-la et laissez dire, pourvu qu'ils vous lais­sent faire, et répondez en cette occasion et que répondit Nôtre-Seigneur à quel­ques-uns de ses disciples, qui vinrent lui dire que les Scribes et les Pharisiens étaient scandalisés de ses paroles et de ses actions : Laissez-les, ce sont des aveugles.

Ne pas viser aux croix extraordinaires.

3° Quoique quelques saints et grands personnages aient demandé, recherché et même se soient procuré, par des actions ridicules, des croix, des mépris et des humiliations, adorons et admirons seule­ment l'opération extraordinaire du Saint-Esprit dans leur âme, et humilions-nous à la vue d'une si sublime vertu, sans oser voler si haut, n'étant, auprès de ces aigles rapides et de ces lions rugissants, que des poules mouillées et des chiens morts.

Demander la sagesse de la Croix.

4° Vous pouvez cependant, et même vous devez demander la sagesse de la Croix, qui est une science savoureuse et expérimentale de la vérité, qui fait voir dans le jour de la foi les mystères les plus cachés, entre autres celui de la Croix, ce qu'on n'obtient que par de grands tra­vaux, de profondes humiliations et des prières ferventes. Si vous avez besoin de cet esprit principal, qui fait porter les croix les plus lourdes avec courage; de cet esprit bon et doux, qui fait goûter dans la partie supérieure de l'âme les amertumes les plus dégoûtantes; de cet esprit sain et droit, qui ne cherche que Dieu; de cette science de la Croix, qui renferme toutes choses ; en un mot, de ce trésor infini dont le bon usage rend une âme participante de l'amitié de Dieu : demandez-la (cette sagesse de la Croix) incessamment et fortement, sans hésiter, sans crainte de ne la pas obtenir, et vous l'aurez immanquablement, et puis vous verrez clairement, par expérience, com­ment il peut se faire qu'on désire, qu'on recherche et qu'on goûte la Croix. (Par esprit principal, Montfort entend un esprit de bonne volonté, résolu, généreux. Il emprunte le qualificatif, et ceux qui suivent, au Psaume « Miserere ». )

Profiter de ses fautes.

5° Quand vous aurez, par ignorance ou même par votre faute, fait quelque bévue qui vous procure quelque croix, humiliez-vous-en aussitôt en vous-mêmes, sous la main puissante de Dieu, sans vous en troubler volontairement, disant, par exemple, intérieurement: Voilà, Sei­gneur, un tour de mon métier; et s'il y a eu péché dans la faute que vous avez faite, prenez l'humiliation qui vous en revient comme son châtiment; et, s'il n'y a point péché, comme une humiliation de votre orgueil. Souvent, et même très souvent, Dieu permet que ses plus grands serviteurs, qui sont les plus élevés en sa grâce, fassent des fautes des plus humi­liantes, afin de les humilier à leurs yeux et devant les hommes, afin de leur ôter la vue et la pensée orgueilleuse des grâces qu'il leur donne et du bien qu'ils font, afin qu'aucune chair, comme dit le Saint-Esprit, ne se glorifie devant Dieu.

Voir Dieu qui conduit, par la croix, à l'humilité et à la sainteté.

Soyez bien persuadés que tout ce qui est en nous est tout corrompu par le péché d'Adam et par les péchés actuels, et non seulement les sens du corps, mais toutes les puissances de l'âme ; et que, dès lors que notre esprit corrompu regarde quelque don de Dieu en nous avec ré­flexion et complaisance, ce don, cette ac­tion, cette grâce devient toute souillée et corrompue, et Dieu en détourne ses yeux divins. Si les regards et les pensées de l'esprit de l'homme gâtent ainsi les meil­leures actions et les dons les plus divins, que dirons-nous des actes de la volonté propre, qui sont encore plus corrompus que ceux de l'esprit? Après cela il ne faut pas s'étonner si Dieu prend plaisir à cacher les siens dans le secret de sa face, afin qu'ils ne soient point souillés par les regards des hommes et par leur propre connaissance ; et, pour les cacher ainsi, que ne fait point ce Dieu jaloux ! Combien d'humiliations leur procure-t-il? En combien de fautes les laisse-t-il tom­ber ? De quelles tentations permet-il qu'ils soient attaqués, comme saint Paul ? En quelles incertitudes, ténèbres, perplexités, les laisse-t-il ! Oh ! Que Dieu est admira­ble dans ses Saints et dans les voies qu'il tient pour les conduire à l'humilité et à la sainteté !

Veiller aux illusions.

7° Prenez donc bien garde de croire, comme les dévots orgueilleux et pleins d'eux-mêmes, que vos croix sont grandes, qu'elles sont des épreuves de votre fidélité et des témoignages d'un amour singulier de Dieu en votre endroit : ce geste d'or­gueil spirituel est fort fin et délicat, mais plein de venin.

Vous devez croire: que votre orgueil et votre délicatesse vous font prendre pour des poutres, des pailles ; pour des plaies, des piqûres ; pour un éléphant, un rat; pour une injure atroce et un abandon cruel, une petite parole en l'air, un petit rien dans la vérité; que les croix que Dieu vous envoie sont plu­tôt des châtiments amoureux de vos pé­chés, comme il est en effet, que des mar­ques d'une bienveillance spéciale; que, quelque croix et quelque humiliation qu'il vous envoie, il vous épargne infiniment, vu le nombre et l'énormité de vos crimes, que vous ne devez regarder qu'à travers la sainteté de Dieu, qui ne souffre rien d'impur, et que vous avez attaqué; à tra­vers un Dieu mourant et accablé de dou­leurs à cause de l'apparence de votre pé­ché; et à travers un enfer éternel que vous avez mérité mille et peut-être cent mille fois ; que, dans la patience avec laquelle vous souffrez, vous y mêlez plus d'humains et de naturel que vous ne pen­sez: témoins ces petits ménagements, ces secrètes recherches de la consolation, ces ouvertures de cœur si naturelles à vos amis, peut-être à votre directeur; ces ex­cuses si fines et si promptes ; ces plaintes, ou plutôt ces médisances de ceux qui vous ont fait le mal, si bien tournées, si chari­tablement prononcées, ces retours et ces complaisances délicates en vos maux; cette croyance de Lucifer, que vous êtes quelque chose de grand, etc. Je n'aurais jamais fait, s'il fallait ici décrire les tours et les détours de la nature, même dans les souffrances.

Préférer les petites croix aux grandes.

Faites profit, et même davantage, des petites souffrances, que des grandes. Dieu ne regarde pas tant la souffrance que la manière avec laquelle on souffre. Souf­frir beaucoup et souffrir mal, c'est souffrir en damné ; souffrir beaucoup et avec cou­rage, mais pour une mauvaise cause, c'est souffrir en démon ; souffrir peu ou beau­coup, et souffrir pour Dieu, c'est souffrir en saint. S'il est vrai de dire qu'on peut faire choix des croix, c'est particulière­ment des petites et obscures quand elles viennent en parallèle avec les grandes et éclatantes. L'orgueil de la nature peut demander, rechercher, et même choisir et embrasser les croix grandes et éclatantes; mais de choisir, et de bien joyeusement porter les croix petites et obscures, ce ne peut être que l'effet d'une grande grâce et d'une grande fidélité à Dieu. Faites donc comme le marchand au regard de son comptoir : faites profit de tout, ne laissez pas perdre la moindre parcelle de la vraie Croix, quand ce ne serait qu'une piqûre de mouche ou d'épingle, qu'un petit travers d'un voisin, qu'une petite injure par méprise, qu'une petite perte d'un denier, qu'un petit trouble dans l'âme, qu'une petite lassitude dans le corps, qu'une petite douleur dans un de vos membres, etc. Faites profit de tout, comme l'épicier de sa boutique, et vous deviendrez bientôt riches en Dieu, com­me il devient riche en argent, en mettant denier sur denier dans son comptoir.

A la moindre petite traverse qui vous ar­rive, dites : Dieu soit béni! — Mon Dieu, je vous remercie; puis cachez dans la mé­moire de Dieu, qui est comme votre comptoir, la Croix que vous venez de gagner, et puis ne vous en souvenez plus que pour dire : Grand merci, ou : Miséri­corde.

Aimer la croix d'un amour « non pas sensible, mais raisonnable, mais fidèle et suprême. »

Quand on vous dit d'aimer la Croix, on ne parle pas d'un amour sensible, qui est impossible à la nature; distinguez donc bien trois amours : l'amour sensible, l'amour raisonnable, l'amour fidèle et su­prême, ou autrement: l'amour de la par­tie inférieure qui est la chair, l'amour de la partie supérieure qui est la raison, et l'amour de la partie suprême, ou cime de l'âme, qui est l'intelligence éclairée de la foi.

Dieu ne vous demande pas que vous aimiez la Croix de la volonté de la chair: comme elle est toute corrompue et crimi­nelle, tout ce qui en naît est corrompu, et même elle ne peut être soumise par elle-même à la volonté de Dieu et à sa loi crucifiante. C'est pourquoi Nôtre-Sei­gneur, parlant d'elle au jardin des Olives, s'écria : Mon Père, que votre volonté soit faite et non la mienne! Si la partie infé­rieure de l'homme en Jésus-Christ quoi­qu'elle fût sainte, n'a pu aimer la Croix sans aucune interruption, à plus forte rai­son la nôtre, qui est toute corrompue, la repoussera-t-elle. Nous pouvons, à la vé­rité, éprouver quelquefois une joie même sensible de ce que nous souffrons, comme plusieurs Saints ont ressenti ; mais cette joie ne vient pas de la chair, quoiqu'elle soit dans la chair ; elle ne vient que de la partie supérieure qui est si remplie de cette divine joie du Saint-Esprit, qu'elle la fait rejaillir jusque sur la partie infé­rieure, en sorte qu'en ce moment la per­sonne la plus crucifiée peut dire: Mon cœur et ma chair ont tressailli d'allégresse dans le Dieu vivant.

Il y a un autre amour de la Croix que j'appelle raisonnable, et qui est dans la partie supérieure qui est la raison : cet amour est tout spirituel; et comme il naît de la connaissance du bonheur qu'on a de souffrir pour Dieu, il est perceptible et même aperçu par l'âme, il la réjouit inté­rieurement et la fortifie. Mais cet amour raisonnable et aperçu, quoique bon et très bon, n'est pas toujours nécessaire pour souffrir joyeusement et divinement.

C'est pourquoi il y a un autre amour de la cime et de la pointe de l'âme, disent les maîtres de la vie spirituelle, ou de l'intelligence, disent les philosophes, par lequel, sans ressentir aucune joie dans les sens, sans apercevoir aucun plaisir raisonnable dans l'âme, on aime cepen­dant et on goûte, par la vue de la pure foi, la Croix qu'on porte, quoique sou­vent tout soit en guerre et en alarme dans la partie inférieure, qui gémit, qui se plaint, qui pleure et qui cherche à se sou­lager, en sorte qu'on dise avec Jésus-Christ : Mon Père, que votre volonté soit faite et non la mienne; ou avec la sainte Vierge : Voici l'esclave du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. C'est de l'un de ces deux amours de la partie su­périeure, que nous devons aimer et agréer la Croix.

(A suivre)

Extrait de : Lettres aux amis de la Croix. L.M. De Montfort. Elogofioupiou.over-blog.com

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 08:17

DEUXIÈME PARTIE

LA CROIX : CODE DE PERFECTION CHRÉTIENNE

Les quatre règles de la per­fection chrétienne:

Méditons bien ces admirables paroles de notre aimable Maître, qui renferment toute la perfection de la vie chrétienne.

Toute la perfection chrétienne, en effet, consiste:

1° à vouloir devenir un saint : Si quelqu'un veut venir après moi;

2° à s'abstenir: qu'il renonce à soi-même;

3° à souffrir: qu'il porte, sa croix;

4° à agir: et qu'il me suive.

A. — Vouloir se conformer à J.-C. crucifié.

Si quelqu'un, quelqu'un et non pas quelques-uns, pour marquer le petit nombre des élus qui veulent se conformer à Jésus-Christ crucifié en portant leur Croix. Il est si petit, si petit, que, si nous le connaissions, nous nous en pâme­rions de douleur. Il est si petit que si Dieu voulait les assembler, il leur crie­rait, comme il fit autrefois par la bouche d'un prophète : Assemblez-vous un à un, un de cette province, un de ce royaume. (Le Saint ne parle ici que des chrétiens qui suivent plus parfaitement Jésus-Christ en por­tant toujours leurs croix avec courage; il n'a pas l'intention de mettre au rang des réprouvés les chrétiens moins parfaits, dont le nombre est bien grand.)

Le vouloir d'une volonté vraie, courageuse.

Si quelqu'un a une vraie volonté, une volonté entière, déterminée non par la nature, la coutume, l'amour-propre, l'intérêt ou le respect humain, mais par une grâce toute victorieuse du Saint-Esprit, qui ne se donne pas à tout le monde: La connaissance du mystère de la Croix dans la pratique n'est donnée qu'à peu de gens ; il faut qu'un homme, pour monter sur le Calvaire et s'y laisser mettre en Croix avec Jésus, au milieu de son propre pays, soit un courageux, un héros, un déterminé, un homme élevé en Dieu, qui fasse litière du monde et de l'enfer, de son corps et de sa propre vo­lonté, un déterminé à tout quitter, à tout entreprendre et tout souffrir pour Jésus-Christ. Sachez, chers Amis de la Croix, que ceux parmi vous qui n'ont pas cette détermination ne marchent que d'un pied, ne volent que d'une aile, et ne sont pas dignes d'être parmi vous, parce qu'ils ne sont pas dignes d'être nommés Amis de la Croix qu'il faut aimer avec Jésus-Christ : Il ne faut qu'une demi-volonté de cette ma­nière pour gâter tout le troupeau, comme une brebis galeuse. S'il y en a déjà quel­qu'une d'entrée par la mauvaise porte du monde dans votre bergerie, au nom de Jésus-Christ crucifié, qu'on la chasse comme une louve entrée parmi les brebis.

Exemple de Jésus-Christ.

Si quel­qu'un veut venir après moi, qui me suis si humilié et si anéanti, que je suis deve­nu plutôt un vermisseau qu'un homme ; après moi qui ne suis venu au monde que pour em­brasser la Croix ; que pour la placer dans le milieu de mon cœur, que pour l'aimer, dès ma jeunesse, que pour soupirer après elle pen­dant ma vie, que pour la porter avec joie en la préférant à toutes les joies et les délices du ciel et de la terre, et enfin qui n'ai été content que lorsque je suis mort dans ses divins embrassements.

B. — Renoncer à soi-même.

Si quelqu'un donc veut venir après moi ainsi anéanti et crucifié, qu'il ne se glorifie comme moi que dans la pauvreté, les humiliations et les douleurs de ma Croix, qu'il renonce à soi-même.

Loin de la compagnie des Amis de la Croix, ces souffrants orgueil­leux, ces sages du siècle, ces grands gé­nies et ces esprits forts qui sont entêtés et bouffis de leurs lumières et de leurs talents ; loin d'ici ces grands babillards, qui font grand bruit et point d'autre fruit que celui de la vanité; loin d'ici ces dévots orgueilleux qui portent partout le quant à moi de l'orgueilleux Lucifer, qui ne peuvent souf­frir qu'on les blâme sans s'excuser, qu'on les attaque sans se défendre, et qu'on les abaisse sans se relever ! Prenez bien gar­de d'admettre en votre compagnie de ces délicats et sensuels qui craignent la moin­dre piqûre, et qui s'écrient et se plai­gnent à la moindre douleur, qui n'ont ja­mais goûté de la haire, du cilice et de la discipline, et des autres instruments de pénitence, et qui, parmi leurs dévotions à la mode, mêlent une délicatesse et une immortification la plus plâtrée et la plus raffinée.

C. — Porter sa croix.

Sa croix.

Qu'il porte sa Croix..., la sienne. Que celui-là, que cet homme, que cette femme rare, que toute la terre d'un bout à l'autre ne saurait payer, prenne avec joie, embrasse avec ardeur, et porte sur ses épaules avec courage sa Croix, et non celle d'un autre; sa Croix, que par ma sagesse je lui ai faite avec nombre, poids et mesure ; sa Croix, à laquelle j'ai de ma propre main mis ses quatre dimensions dans une grande jus­tesse, savoir: son épaisseur, sa longueur, sa largeur et sa profondeur; sa Croix, que je lui ai taillée d'une partie de celle que j'ai portée sur le Calvaire, par un effet de la bonté infinie que je lui porte; sa Croix, qui est le plus grand présent que je puisse faire à mes élus sur la terre; sa Croix, composée en son épais­seur des pertes de biens, des humiliations, des mépris, des douleurs, des maladies et des peines spirituelles, qui doivent, par ma Providence, lui arriver chaque jour jusqu'à sa mort; sa Croix, composée en sa longueur d'une certaine durée de mois ou de jours qu'il doit être accablé de la calomnie, être étendu sur un lit, être ré­duit à l'aumône, et être en proie aux ten­tations, aux sécheresses, abandons et autres peines d'esprit; sa Croix, compo­sée en sa largeur de toutes les circons­tances les plus dures et les plus amères, soit de la part de ses amis, de ses domes­tiques, de ses parents; sa Croix enfin, composée en sa profondeur des peines les plus cachées dont je l'affligerai, sans qu'il puisse trouver de consolation dans les créatures, qui même, par mon ordre, lui tourneront le dos et s’uniront avec moi pour les faire souffrir.

La porter.

Qu'il la porte ! Et non pas qu'il la traîne, et non pas qu'il la secoue, et non pas qu'il la retranche, et non pas qu'il la cache ! C'est-à-dire: qu'il la porte haute à la main, sans impatience ni chagrin, sans plainte ni murmure volontaire, sans partage et ménagement naturel, sans honte et sans respect humain.

Qu'il la place sur son front, en disant avec saint Paul: A Dieu ne plaise que je prenne ma gloire en autre chose que la Croix de Jésus-Christ mon Maître!

Qu'il la porte sur ses épaules à l'exemple de Jésus-Christ, afin que cette croix lui devienne l'arme de ses conquêtes et le sceptre de son empire. Enfin, qu'il la mette dans son cœur par l'amour, pour la rendre un buisson ardent qui brûle jour et nuit du pur amour de Dieu sans se consumer!

Pourquoi la porter :

La croix, qu'il la porte, puisqu'il n'y a rien de si nécessaire, de si utile et de si doux, ni de si glorieux que de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ.

Parce que pécheurs.

En effet, chers Amis de la Croix, vous êtes tous pécheurs; il n'y en a pas un parmi vous qui ne mérite l'enfer, et moi plus que personne. Il faut que nos péchés soient punis en ce monde ou dans l'autre; s'ils le sont en celui-ci, ils ne le seront pas dans l'autre.

Si Dieu les punit en celui-ci de concert avec nous, la punition sera amoureuse: ce sera la miséricorde, qui règne en ce monde, qui châtiera, et non la justice rigoureuse; le châtiment sera léger et passager, accompagné de douceurs et de mérites, suivi de récompenses dans le temps et l'éternité.

Mais si le châtiment nécessaire aux péchés que nous avons commis est réservé dans l'autre monde, ce sera la justice vengeresse de Dieu, qui met tout à feu et à sang, qui fera ce châtiment ! Châtiment épouvantable, ineffable, incompréhensible ? Châtiment sans miséricorde, sans pitié, sans soulagement, sans mérites, sans bornes et sans fin.

Oui, sans fin, ce péché mortel d'un moment que vous avez fait, cette pensée mauvaise et volontaire qui a échappé à votre connaissance, cette parole que le vent a emportée, cette petite action contre la loi de Dieu, qui a si peu duré, sera punie une éternité, tant que Dieu sera Dieu, avec les démons dans les enfers, sans que ce Dieu des vengeances ait pitié de vos effroyables tourments, de vos sanglots et de vos larmes capables de fendre les rochers !

A jamais souffrir, sans mérite, sans miséricorde et sans fin !

Y pensons-nous, mes chers Frères et Sœurs, quand nous souffrons quelque peine en ce monde? Que nous sommes donc heureux de faire un si heureux échange d'une peine éternelle et infructueuse en une passagère et méritoire, en portant cette croix avec patience!

Combien avons-nous de dettes non payées!

Combien avons-nous de péchés commis pour l'expiation desquels, même après une contrition amère et une confession sincère, il faudra que nous souffrions dans le purgatoire des siècles entiers, parce que nous nous sommes contentés en ce monde de quelques pénitences fort légères! Ah! Payons dans ce monde à l'amiable, en portant bien notre croix !

Tout est payé à la rigueur jusqu'au dernier denier, jusqu'à une parole oiseuse dans l'autre. Si nous pouvions seulement ravir au démon le livre de mort, où il a marqué tous nos péchés et la peine qui leur est due, que nous trouverions un grand débit du compte, et que nous serions ravis de souffrir des années entières ici-bas, plutôt que de souffrir une seule journée en l'autre !

Parce qu’amis et enfants de Dieu.

Ne vous flattez-vous pas, mes Amis de la Croix, d'être les amis de Dieu, ou de vouloir le devenir ? Résolvez-vous donc à boire le calice, qu'il faut boire nécessairement pour être fait ami de Dieu. Le bien-aimé Benjamin eut le calice, et ses autres frères n'eurent que le froment. Le grand favori de Jésus-Christ a eu son cœur, a monté au Calvaire et a bu au calice. Il est bon de désirer la gloire de Dieu; mais la désirer et la demander sans se résoudre à tout souffrir, c'est une folle et extravagante demande: il faut, c'est une nécessité, c'est une chose indispensable; il faut que nous entrions dans le royaume des cieux par beaucoup de tribulations et de croix.

Vous vous glorifiez avec raison d'être les enfants de Dieu. Glorifiez-vous donc des coups de fouet que ce bon Père vous a donnés et vous donnera dans la suite, car il fouette tous ses enfants.

Si vous n'êtes pas du nombre de ses fils bien-aimés, vous êtes, oh! Quel malheur ! Oh ! Quel coup de foudre ! Vous êtes, comme dit saint Augustin, du nombre des réprouvés. Celui qui ne gémit pas dans ce monde, comme un pèlerin et un étranger, ne se réjouira pas dans l'autre monde comme un citoyen du ciel, dit le même saint Augustin. Si Dieu le Père ne vous envoie pas de temps en temps quelques bonnes croix, c'est qu'il ne se soucie plus de vous, c'est qu'il est en colère contre vous; il ne vous regarde plus que comme un étranger hors de sa maison et de sa protection, ou comme un enfant bâtard qui ne méritant pas d'avoir sa portion dans l'héritage de son père, n'en mérite pas les soins et la correction.

A suivre

Extrait de : Lettre aux Amis de la Croix. L.M. de Montfort. Éditions Monfortaines. Montréal. (1957)

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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 17:30

INTRODUCTION But de la lettre.

Aujourd'hui, dernier jour de ma re­traite, je sors, pour ainsi dire, de l'at­trait de mon intérieur afin de former sur ce papier quelques légers traits de la croix, pour en percer vos bons cœurs. Plût à Dieu qu'il ne fallût pour les aiguiser, que le sang de mes veines au lieu de l'encre de ma plume ! Mais hélas ! Quand il serait nécessaire, il est trop criminel. Que l'esprit donc du Dieu vi­vant soit comme la vie, la force et la teneur de cette lettre ; que son onction soit comme l'encre de mon écritoire; que la divine Croix soit ma plume, et que votre cœur soit mon papier.

A. — Ce qu'ils sont :

Une association de vaillants.

Vous êtes unis ensemble, Amis de la Croix, comme autant de soldats crucifiés pour combattre le monde, non en fuyant comme des religieux et religieuses, de peur d'être vaincus, mais comme de vail­lants et braves guerriers sur le champ de bataille, sans lâcher le pied et sans tourner le dos. (L’expression «fuir le monde», assez fréquente chez les auteurs spirituels, signifie: ou bien embrasser la vie religieuse pour tendre à la perfection; ou bien, en certains cas, l'em­brasser par crainte de ne pas faire son salut dans le monde.

C'est dans ce dernier sens que l'entend le Saint, qui s'adresse à un auditoire déterminé.)

Courage et combattez vaillamment. Unissez-vous fortement de l'union des es­prits et des cœurs, infiniment plus forte et plus terrible au monde et à l'enfer, que ne le sont aux ennemis de l'État, les forces intérieures d'un royaume bien uni. Les démons s'unissent pour vous perdre, unissez-vous pour les terrasser ; les ava­res s'unissent pour trafiquer et gagner de l'or et de l'argent, unissez vos travaux pour conquérir les trésors de l'éternité, renfermés dans la Croix; les libertins s'unissent pour se divertir, unissez-vous pour souffrir.

Leur nom est grand.

Vous vous appelez Amis de la Croix. Que ce nom est grand ! Je vous avoue que j'en suis charmé et ébloui. Il est plus brillant que le soleil, plus élevé que les cieux, plus glorieux et plus pompeux que les titres les plus magnifiques des rois et des empereurs. C'est le nom de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme tout ensemble; c'est le nom sans équi­voque d'un chrétien.

Leurs obligations sont nom­breuses.

Mais si je suis ravi de son éclat, je ne suis pas moins épouvanté de son poids. Que d'obligations indispensables et diffi­ciles, renfermées en ce nom, et exprimées par ces paroles du Saint-Esprit : Un Ami de la Croix est un homme choisi de Dieu entre dix mille qui vivent selon les sens et la seule raison, pour être un homme tout divin ; élevé au-dessus de la raison, et tout opposé aux sens par une vie et une lumière de pure foi, et un amour ardent pour la Croix. Un Ami de la Croix est un roi tout-puissant et un héros triom­phant du démon, du monde et de la chair dans leurs trois concupiscences: par l'amour des humiliations, il terrasse l'or­gueil de Satan ; par l'amour de la pau­vreté, il triomphe de l'avarice du monde ; par l'amour de la douleur, il amortit la sensualité de la chair. Un Ami de la Croix est un homme saint et séparé de tout le visible, dont le cœur est élevé au-dessus de tout ce qui est caduc et péris­sable, et dont la conversation est dans les cieux, qui passe sur la terre comme un étranger et un pèlerin, et qui, sans y donner son cœur, la regarde de l'œil gauche avec indifférence et la foule de ses pieds avec mépris. Un Ami de la Croix est une illustre conquête de Jésus-Christ crucifié sur le Calvaire en union de sa sainte Mère; c'est Bénoni ou Ben­jamin, fils de la douleur et de la droite, enfanté dans son cœur douloureux, venu au monde par son côté droit percé, et tout empourpré de son sang ; tenant de son extraction sanglante, il ne respire que croix, que sang et que mort au mon­de, à la chair et au péché, pour être tout caché ici-bas avec Jésus-Christ en Dieu. Enfin, un parfait Ami de la Croix est un vrai porte-Christ, ou plutôt un Jésus-Christ, en sorte qu'on peut dire avec vé­rité : Je vis; non, je ne vis plus, mais Jésus-Christ vit en moi.

B. — Comment ils doivent vivre.

En séparés du monde et en disciples de Jésus-Christ.

Êtes-vous par vos actions, mes chers Amis de la Croix, tels que votre grand nom signifie ou du moins avez-vous un vrai désir et une volonté véritable de le devenir avec la grâce de Dieu, à l'ombre de la Croix du Calvaire et de Notre-Dame de Pitié ? Prenez-vous les moyens nécessaires pour cet effet? Êtes-vous entrés dans la vraie voie de la vie, qui est la voie étroite et épineuse du Calvaire ?

N'êtes-vous point, sans y penser, dans la voie large du monde, qui est la voie de la perdition ? Savez-vous bien qu'il y a une voie qui paraît droite et sûre à l'homme et qui conduit à la mort ? Dis­tinguez-vous bien la voix de Dieu et de sa grâce d'avec celle du monde et de la nature ? Entendez-vous bien la voix de Dieu, notre bon Père, qui, après avoir donné sa triple malédiction à tous ceux qui suivent les concupiscences du monde : Vous crie amoureusement, en vous tendant les bras: Sépa­rez-vous, mon peuple choisi, chers Amis de la Croix de mon Fils ; séparez-vous des mondains, maudits de ma Majesté, excommuniés de mon Fils et condamnés de mon Esprit-Saint ? Prenez garde de vous asseoir dans leur chaire tout empes­tée ; n'allez point dans leurs conseils, ne vous arrêtez pas même dans leurs che­mins. Fuyez du milieu de la grande et infâme Babylone ; n'écoutez que la voix et ne suivez que les traces de mon Fils bien-aimé, que je vous ai donné pour être votre voie, votre vérité, votre vie et votre modèle. » L'écoutez-vous cet aimable Jésus qui vous crie, chargé de sa Croix : «Venez après moi ; celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres : Confiez-vous, j'ai vain­cu le monde ? »

Les deux partis.

Voilà, mes chers Confrères, voilà deux partis qui se présentent tous les jours : celui de Jésus-Christ et celui du monde. Celui de notre aimable Sauveur est à droite, en montant, dans un chemin étroit et rétréci plus que jamais par la corrup­tion du monde. Ce bon Maître y est en tête, marchant les pieds nus, la tête cou­ronnée d'épines, le corps tout ensanglanté et chargé d'une lourde Croix ; il n'y a qu'une poignée de gens, mais des plus vaillants, à le suivre, parce qu'on n'entend pas sa voix si délicate au milieu du tu­multe du monde, ou on n'a pas le courage de le suivre dans sa pauvreté, ses dou­leurs, ses humiliations et ses autres Croix, qu'il faut nécessairement porter à son service tous les jours de la vie.

A gauche est le parti du monde ou du démon, lequel est le plus nombreux, le plus magnifique et le plus brillant, du moins en apparence. Tout le plus beau monde y court, on y fait presse quoique les chemins soient larges et plus élargis que jamais par la multitude qui y passe comme des torrents ; ils sont jonchés de fleurs, bordés de plaisirs et de jeux, cou­verts d'or et d'argent.

A droite, le petit troupeau qui suit Jésus-Christ ne parle que de larmes, de pénitences, d'oraisons et de mépris du monde; on entend continuellement ces paroles entrecoupées de sanglots : « Souf­frons, pleurons, jeûnons, prions, cachons-nous, humilions-nous, appauvrissons-nous, mortifions-nous, car celui qui n'a pas l'esprit de Jésus-Christ, qui est un esprit de Croix, n'est point à lui : ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec leurs concupiscences ; il faut être conforme à l'image de Jésus-Christ ou être damné. Courage, s'écrient-ils, courage; si Dieu est pour nous, en nous et devant nous, qui sera contre nous? Celui qui est en nous est plus fort que celui qui est dans le monde; le serviteur n'est pas plus que le maître; un moment d'une légère tribulation produit un poids éternel de gloire; il y a moins d'élus qu'on ne pense ; il n'y a que les courageux et les violents qui ravissent le ciel de vive force; personne n'y sera couronné que celui qui aura combattu légitimement selon l'Évangile, et non pas selon le monde. Combattons donc avec force, cou­rons bien vite afin que nous atteignions le but, afin que nous gagnions la cou­ronne. »

Voilà une partie des paroles divines dont les Amis de la Croix s'animent mu­tuellement.

Les mondains, au contraire, pour s'animer à persévérer dans leur ma­lice sans scrupule, crient tous les jours : « La vie, la vie, la paix, la paix, la joie, la joie! Mangeons, buvons, chantons, dansons, jouons : Dieu est bon, Dieu ne nous a pas faits pour nous damner, Dieu ne défend pas de se divertir; nous ne se­rons pas damnés pour cela ; point de scru­pule, etc. »

Appel de Jésus.

Souvenez-vous, mes chers Confrères, que notre bon Jésus vous regarde à pré­sent, et vous dit à chacun en particulier: « Voilà que quasi tout le monde m'aban­donne dans le chemin royal de la Croix : les idolâtres aveugles se moquent de ma Croix comme d'une folie, les Juifs obstinés s'en scandalisent comme d'un objet d'horreur, les hérétiques la brisent et l'abattent comme une chose digne de mé­pris; mais, ce que je ne puis dire que les larmes aux yeux et le cœur percé de douleur, mes enfants que j'ai élevés dans mon sein et que j'ai instruits en mon école, mes membres que j'ai animés de mon esprit, m'ont abandonné et méprisé, en devenant les ennemis de ma Croix.

Ne voulez-vous point aussi, vous autres, m'abandon­ner en fuyant ma Croix, comme les mon­dains, qui sont en cela autant d'Antéchrists ? Voulez-vous, afin de vous conformer à ce siècle pré­sent, mépriser la pauvreté de ma Croix pour courir après les richesses, éviter la douleur de ma Croix pour rechercher les plaisirs, haïr les humiliations de ma Croix pour ambitionner les honneurs ? J'ai beaucoup d'amis en apparence qui protestent qu'ils m'aiment, et qui, dans le fond, me haïssent, parce qu'ils n'ai­ment pas ma Croix, beaucoup d'amis de ma table et très peu de ma Croix. »

Notre réponse.

A cet appel amoureux de Jésus, éle­vons-nous au-dessus de nous-mêmes; ne nous laissons pas séduire par nos sens, comme Êve ; ne regardons que l'auteur et le consommateur de notre foi, Jésus crucifié ; fuyons la corruption de la con­cupiscence du monde corrompu; aimons Jésus-Christ de la belle manière, c'est-à-dire au travers de toutes sortes de Croix.

(A suivre)

Extrait de : Lettre aux Amis de la Croix. L.M. de Montfort. Éditions Monfortaines. Montréal. (1957)

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 19:27

PRÉFACE

L'auteur du présent opuscule, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, est surtout connu par sa parfaite dévotion à la Sainte Vierge et son grand zèle à la prêcher. Lui-même nous a laissé la subs­tance de son enseignement marial dans ces deux ouvrages de plus en plus répan­dus: le « Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge » et le « Secret de Marie », qui en est l'abrégé.

Mais sa prédication ne s'est pas limitée à ce point capital de la doctrine catholi­que. Quand un siècle et demi après sa mort, les Pères du Concile de Poitiers voulurent définir son œuvre: « C'est au vénérable Louis-Marie Grignion de Montfort, dirent-ils, que l'on doit, dans les con­trées de l'Ouest (de la France), d'avoir conservé une foi vive, l'amour de la Croix et la dévotion à la Sainte Vierge ». « Défenseur de la foi catholique », « prédica­teur éloquent de la Croix », « dévot escla­ve de Jésus en Marie », et propagateur infatigable de cet esclavage d'amour: voilà résumés la vie de Montfort, son œuvre et son enseignement.

Sa dévotion pour Jésus en croix n'est pas moins étonnante que son amour et son zèle pour Marie. Ce divin Crucifié, il l'aimait passionnément, il le prêchait avec jeu, comme le démontrent ses irrésistibles sermons sur l'amour de la Croix, ses tou­chants cantiques à la Croix, ses planta­tions de croix, ses érections de calvaires par où se terminaient toutes ses missions. « Vive Jésus! Vive sa Croix! »: C’était son chant de triomphe...

Un jour, ses en­nemis obtiennent que n'ait pas lieu la plantation de croix projetée. « Mes Frères, s'écrie-t-il dans un saint enthou­siasme, nous nous disposions à planter une croix à la porte de cette église; Dieu ne l'a pas voulu, nos supérieurs s'y oppo­sent: plantons-la dans nos cœurs, elle v sera mieux que partout ailleurs ». Tel était son désir de ressembler à Jésus cru­cifié, qu'il lui arrivait parfois de laisser échapper cette plainte qui trahit bien l'ardeur brûlante de son amour: « Point de croix, quelle croix ! »

A cette époque, une association, celle des AMIS DE LA CROIX, groupait les fidèles vraiment exemplaires qui, voulant vivre en parfaite conformité des maximes de l'Évangile, suivaient vaillamment la parole de Jésus: « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et me suive ».

Cette Association s'était organisée vers 1700, dans plusieurs diocèses de France. Connaissant les fruits de salut qu'elle produisait dans les âmes, Montfort s'ap­pliquait à l'établir dans les paroisses où il donnait des missions. Il en établit une à Saint-Similien de Nantes, à laquelle il donna des règlements pleins de sagesse. Quand les circonstances le ramenaient à Nantes, il ne manquait point d'y venir réchauffer de ses exhortations, une géné­rosité de vie chrétienne qui faisait l'édi­fication de la grande ville.

Mais voici qu'en 1714, intrigues et ca­lomnies aidant, on lui défend tout minis­tère dans le diocèse. Il part pour Rennes. Même refus. Il s'enferme alors chez les Pères Jésuites, et, huit jours durant, il médite sur la Passion. Le dernier jour, il-écrit sa LETTRE AUX AMIS DE LA CROIX.

Cette lettre, dont Mgr Freppel a dit qu'elle est « chef-d'œuvre d'éloquence qu'on tenterait vainement de surpasser », garde, après plus de deux siècles, toute sa valeur et tout son à-propos. Car les maux, les abus et les désordres contre lesquels se proposaient de réagir les « Amis de la Croix », existent aussi de nos jours: crainte du sacrifice, de tout sacrifice, allant même jusqu'à la trahison des devoirs les plus sacrés; intempérance dans l'usage des biens terrestres quels qu'ils soient; recherche aveugle des plai­sirs sensuels.

Il y a donc, aujourd'hui, comme alors, la même nécessité d'opposer aux mêmes tendances païennes, des remèdes efficaces. Montfort y oppose celui de la mortifica­tion chrétienne. Il vient de signaler les deux partis toujours en présence: celui de Jésus-Christ et celui du monde. « A droite, écrit-il, — c'est le parti du Christ, — on entend continuellement ces paroles entrecoupées de sanglots: « Souffrons, pleurons, jeûnons, prions, cachons-nous, humilions-nous, appauvrissons-nous, mortifions-nous; car celui qui n'a pas l'esprit de Jésus-Christ, qui est un esprit de croix, n'est point à lui: ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec leurs concupiscences ».

Dans leur lettre du 4 octobre 1938, les Évêques de la province de Québec signa­lant le fléau de l'intempérance, (fléau d'or­dre moral tout autant que d'ordre social et économique), recommandent aussi, pour le combattre efficacement, la pratique de la mortification et la rénovation dans les âmes des vertus évangéliques. Ils veu­lent même qu'on inculque aux enfants, qu'on développe chez eux le sens chrétien de cette mortification qui est, dit l'apôtre saint Paul, le signe de notre appartenance au Christ: « Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises ».

C'est donc bien dans les principes mieux compris de l'Évangile et ses maxi­mes plus fidèlement suivies, qu'il faut chercher le remède tout-puissant aux maux actuels. Or, ces principes et ces maximes, nul ne les rappelle avec plus de clarté, ne les présente avec plus de fran­chise, n'en montre mieux l'absolue néces­sité, que Montfort dans sa « Lettre aux Amis de la Croix ».

La dernière partie de cette «Lettre» contient, tracées avec une prudence con­sommée, les règles qui nous apprennent à supporter les souffrances, les croix de chaque jour, de la manière que Dieu veut, pour qu'il les puisse accueillir et béatifier. Et ces règles valent pour tous, — elles valent surtout, — pour les prêtres, religieux et religieuses qui, en vertu de leur état, de leurs jonctions et de leur mission, doivent tendre à une perfection plus grande.

Pénétrées de la nécessité de la croix; stimulées par les heureux effets qu'elle produit; guidées par les règles sages que donne le Saint dans sa « Lettre », les âmes craindront moins l'effort, elles accepteront mieux le renoncement, le sacrifice; elles se livreront même à toutes les suggestions généreuses que fera naître la méditation de la parole de Jésus-Christ, si amoureuse­ment commentée par saint Montfort: « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix chaque jour et me suive ». (A suivre)

Les ÉDITEURS

Extrait de : Lettre aux Amis de la Croix. L.M. de Montfort. Éditions Monfortaines. Montréal. (1957)

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 21:03

Priez, mais priez donc, mes enfants… (Notre Dame de Pontmain)

Le 3 Mai - Solennité de la Découverte de la Sainte Croix.

Le 5 Mai, fête de Saint Pie V « Mes enfants, priez, mais priez donc...! » (N. D. de Pontmain)

« Père Céleste, S.S. Paul VI, le Vicaire de Votre Fils sur la terre, malgré son exil, est et reste le Chef de l'Église, à travers les terribles tempêtes qui menacent la barque de Pierre.

La haine de ses ennemis, à l'extérieur, la trahison de ses ennemis à l'intérieur menacent notre Saint-Père et l'empêchent d'exercer publiquement son office de successeur de Pierre.

Son appel à l'aide: «Sauvez-nous, Seigneur, nous périssons!» bouleverse nos cœurs de la même manière que le cri de l'Apôtre Pierre toucha le Cœur de JÉSUS-CHRIST.

Père miséricordieux, nous Vous supplions par le Cœur Sacré de JÉSUS et par le Cœur Douloureux et Immaculé de MARIE de délivrer notre Pape de ses liens, de libérer Votre Église, de lui donner à nouveau la paix et l'ordre, à mesure que Vous commanderez aux vents déchaînés et que la mer sera par Vous seul fermement réduite au calme de Vos lois.

Très Sainte Trinité, ayez pitié du Pape Paul. Sainte Vierge MARIE, Très Puissante Mère de l'Église, Saint Joseph, Saint Michel Archange, Saint Jean Baptiste et vous les Anges et les Saints, intercédez pour SS Paul VI. Saint Pierre et Saint Paul et vous les Saints Apôtres, Saint Pie V et les Saints Pontifes romains qui êtes dans les Cieux, bénissez, protégez, fortifiez et guidez le Vicaire de JÉSUS-CHRIST, qui peine sur la terre! Amen.

Inspiré du blog. AMDG

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