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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 03:15

Importante exhortation finale de S.S. Paul VI

La vie religieuse, est la vie d'Eglise…                          

Parlons quelque peu maintenant de la vie religieuse. Eglise, Sacerdoce, Vie religieuse, voilà de grandes et su­blimes réalités qui se tiennent intimement.

Dans la substantielle conférence donnée à des reli­gieuses à Rome, le 3 mars dernier, le regretté Cardinal Daniélou disait : « II n'y aurait pas de vie religieuse s'il n'y avait pas d'Eglise, s'il n'y avait pas de sacrements, et par conséquent s'il n'y avait pas de sacerdoce ». (Doc. C., 21-4-74).

Soyons réalistes

Dans le contexte historique actuel, il faut porter une attention spéciale à la vie religieuse. Inutile d'enchaî­ner d'interminables et stériles jérémiades sur la vie re­ligieuse ébranlée aujourd'hui. Il suffit de regarder avec réalisme et courage l'état de chose actuel chez nous. C'est l'image de ce qui se passe un peu partout dans le monde. Avec cette différence qu'au Québec nous méritons, sem­ble-t-il, une mention peu «honorable». C'est humiliant, gênant et douloureux ! Mais hélas ! C’est vrai.

Le jugement du Cardinal Daniélou à ce sujet est aus­si juste qu'accablant. Ce n'est pas le fait d'un esprit pes­simiste. Il voit les choses avec une extrême lucidité et justesse. «On ne fondera jamais, dit-il, une vie religieuse authentique sur des opinions théologiques erronées. Et il est certain qu'une des grandes menaces pour la vie religieuse, aujourd'hui, c'est un fatras d'opinions théolo­giques contestables qui, en minimisant l'aspect surnaturel du don de Dieu, par là même détruit à la base ce qui permet à l'a vie religieuse de se construire... Dans une période troublée comme la nôtre, la responsabilité de la vie religieuse dans l'Eglise est très grave. Je veux dire par là que la pire corruption est celle des choses excellentes. Corruptio optimi pessima. Autant une vie religieuse fidèle et fervente est bénéfique pour l'Eglise, autant une vie religieuse dégradée est détestable. C'est une de nos peines d'entendre dire par des évêques que c'est par des religieux et par des religieuses que le mal a commencé à se faire dans leur diocèse. » (Doc. C. 21-4-74).

Voilà des affirmations qu'on n'écrit pas à la légère. S'il faut un grand courage pour les dire, il en faut aussi pour y réfléchir salutairement, et surtout pour réagir avant qu'il ne soit trop tard.

On parle de renouveau partout dans l'Eglise, depuis 1964. En général la vie religieuse a fait des bonds en avant, mais aussi elle a subi un formidable assaut dans le domaine de ce renouveau. Nous paraissons arriver à une sorte de point mort où il faut évaluer ce renouveau. Dans beaucoup de milieux la vie religieuse s'est détério­rée en voulant se renouveler. C'est un malheur pour l'Eglise. Le Cardinal Daniélou le disait avec énergie : « Le renouveau de la vie religieuse a toujours été, dans tous les siècles, le point de départ des renouveaux de l'Eglise. Et la corruption de la vie religieuse — voyez le XVIe siècle —, a toujours été un des signes de la dé­cadence dans l'Eglise. »

Depuis quelques années, des instituts religieux pré­parent plus ou moins inconsciemment leur décadence. Qu'on relise l'histoire de la ruine de grands monastères ou de puissantes abbayes des siècles passés ! "Trop de richesses, écrit D. Rops, trop de terres à gérer, peut-être aussi trop d'études... au détriment du travail et de l'ef­fort ascétique »... Tout cela faisait dire un jour à un célèbre Abbé de Cluny, Pierre le Vénérable : « A l'ex­ception d'un petit nombre de moines, le reste n'est qu'u­ne synagogue de Satan. Que peuvent-ils revendiquer des moines, si ce n'est le nom et l'habit ? » (Vol. 3, 163). C'é­tait au Xlle siècle.

Suis-je loin de la vérité, si je dis aujourd'hui : « Trop de gros salaires, un trop large train de vie à mener, trop de réunions, cours ou sessions à suivre... N'y a-t-il pas là une porte ouverte à l'esprit du monde ? N'y a-t-il pas là une ruse du démon ? »

Le Souverain Pontife ne dit-il pas que le religieux, dans la civilisation actuelle, est exposé à se laisser « en­traîner par une recherche sans frein de ses aises ? ... Pour beaucoup le risque s'est accru d'être englué dans l'appât et la sécurité de l'avoir, du savoir et du pouvoir ». (Évang. Test, n.19).   Le danger et le mal ne sont sûre­ment pas illusoires.

Saint Bernard nous parle

Comme nous venons de faire allusion au Xlle siècle, le nom de saint Bernard vient spontanément à l'esprit : il a tellement marqué son siècle. Faisons appel à son témoignage, qui ne manque pas de valeur. Dans une homélie sur les gloires de la Vierge Marie, il en arrive à parler des moines (disons aussi des religieuses, pour notre temps) :

 « O douleur de mon âme, s'écrie saint Bernard, j'en vois beaucoup, après avoir méprisé les pompes du siècle à l'école de l'humilité, devenir de plus en plus orgueil­leux ... J'en vois d'autres qui, après s'être enrôlés dans la milice du Christ, s'engagent de nouveau dans les affaires du monde, et se replongent dans les cupidités ter­restres ... Sous prétexte de bien général, ils vendent leurs paroles aux riches et leurs salutations aux dames ». Ce qui pourrait signifier dans le langage contemporain : ils donnent de nombreux cours universitaires à gros sa­laires; ils enseignent des choses qu'ils ne croient guère et ne pratiquent peut-être pas; ils fréquentent les milieux sociaux et y rencontrent beaucoup de mondaines, etc ...

Quant à l'habit religieux, « on se met plus en peine de les soigner que d'acquérir les vertus ». S. Bernard compare certains moines à des «femmelettes», qui ne se soucient que de toilettes. Que dirait-il des religieuses sé­cularisées qui, par leurs nouveaux atours, rivalisent avec les femmes du monde ? ... « Laissant de côté toute pen­sée religieuse, ajoute-t-il, ces soldats du Christ ne voient qu'une parure, non une armure, dans l'habit qu'ils por­tent ... Ainsi ramenés aux goûts du siècle, ils deviennent semblables aux chiens de l'Écriture (Prov.26) qui retour­nent à leur vomissement » (Oeuvres de S. Bernard, vol. 2, p. 766).

Pauvres humains que nous sommes ! Par delà les siècles, nous les reconnaissons. Ils se rejoignent dans les mêmes faiblesses, les mêmes misères !

Aujourd'hui encore, dans trop de cas, l'armature du costume religieux a fait place à la parure. De tous côtés, on obéit à l'agressivité massive d'un monde sécularisé.

Le fléchissement actuel de la vie religieuse se pré­sente sous trois aspects :

Un premier celui de l'abandon total, ou du retour dans le monde. On se désengage avec une légèreté et une faiblesse qui scandalisent les bons chrétiens. N'in­sistons pas; le nombre de sécularisées est alarmant.

Un deuxième aspect celui de la vie de plus en plus mondaine de nombreuses religieuses, vivant à la manière de laïques assez relâchées. Là aussi on sème le scandale et on soulève de sérieuses critiques, qui condamnent à bon droit une vie désaxée. Et puis, le malheureux exem­ple de nombreux clercs et religieux ne fait qu'aggraver la situation.

Le troisième aspect se manifeste par le tarisse­ment des vocations. « La preuve que l'Eglise est vivante dans un pays, c'est qu'elle suscite les vocations religieu­ses. Et là où il n'y a pas de vocations religieuses, on peut dire que l'Eglise marche mal.» (Daniélou).

Quand on croit à l'Eglise et à la vraie vie religieuse, quand on aime l'Eglise et la vie religieuse, il faut faire quelque chose. Et ça presse !

Réagissons

1 Tout d'abord allons puiser aux sources. Non pas à telle citerne crevassée du Père untel ou de la Commis­sion X ou Y. Mais aux sources vives et inépuisables de l'Eglise : doctrine traditionnelle, documents pontificaux, enseignements du Magistère, esprit et écrits des Fonda­teurs. Que ceux qui s'occupent de vie religieuse soient, selon le mot du Cardinal Daniélou, « les maîtres spiri­tuels et théologiques qui représentent l'authentique pen­sée de l'Église. Il faut un souci d'unité très profond avec le Souverain Pontife et avec les orientations données par le Souverain Pontife, précisément en ce qui concerne la vie religieuse, dans Perfectae caritatis ».

Sans cesse il faut revenir à quatre documents de base : Lumen Gentium, chapitre VI; Décret Perfectae caritatis; Motu proprio Ecclesiae sanctae; l'Exhortation apostolique Evangelica Testificatio. Les ignorer est un signe d'infidélité à l'Eglise, gardienne et Mère de la vie religieuse.

2 — Il faut s'arrêter à quelques idées-clefs sur la vie religieuse. La fonction de la vie religieuse est de témoi­gner de la fécondité de la grâce communiquée par les sa­crements, «de témoigner, non pas de ce dont l'homme est capable, mais de ce dont Dieu est capable, suivant le mot de l'Évangile : « En vous voyant, ils rendront grâce à Dieu ».

On comprend dès lors la qualité de l'engagement en­vers Dieu dans la vie religieuse : un engagement total, définitif, sans retour en arrière. Les saints voeux en sont l'expression. « Tout ce qui est grand est définitif : le mariage est définif, le sacerdoce est définitif, la vie reli­gieuse est définitive. Et c'est une des aberrations de no­tre temps que de penser qu'on puisse n'être un prêtre, un époux ou un religieux que pour un certain temps. C'est la négation du don». (Gard. Daniélou).

3 — Un danger actuel pour la vie religieuse est la tendance à assimilier la religieuse au prêtre. Des reli­gieuses rêvent de devenir prêtres ! C'est vraiment du rêve ! Par leur mission, elles n'ont rien à envier au prêtre. Dans l'Eglise chaque fonction a sa nécessité et sa valeur. «Un des drames de l'Eglise, actuellement, ajoute le Cardinal, c'est que chacun veut prendre la pla­ce des autres. Les laïcs veulent jouer aux prêtres et les prêtres veulent jouer aux laïcs. A ce moment-là, rien ne marche plus et tout est confondu. »

Ce ton ne déplairait pas à sainte Catherine de Sienne !

Si les religieuses comprennent bien la finalité de leur vie consacrée, si les prêtres comprennent eux aussi la pleine fonction de leur ministère, si chacun reste à sa place à plein temps, l'Église y gagnera.

4— La vie religieuse, pas plus aujourd'hui qu'autre­fois, ne peut pactiser avec le monde. Flirter avec le mon­de, c'est flirter avec le démon. Et celui qui flirte ou « s'amuse avec le diable ne pourra se réjouir avec le Christ», selon le mot de saint Pierre Chrysologue.

Sainte Thérèse d'Avila

C'est dans un semblable contexte historique que sain­te Thérèse d'Avila, au XVIe siècle a entrepris son œuvre de réforme. La Madré Theresa nous offre le double avantage d'une réussite de quatre cents ans et d'une doctrine spirituelle sûre, sanctionnée par son récent titre de Docteur de l'Eglise. Toute vie religieuse, peu importe sa finalité apostolique, peut y recourir en toute sécurité.

En face d'un ennemi qu'elle savait ne pas vouloir désarmer, Thérèse dresse une artillerie qui ne faiblira pas : prier et se sacrifier pour l'Église et ses ministres. « Le monde est en fièvre, disait-elle à ses soeurs; les hommes semblent désirer que le Christ soit de nouveau condamné; ils veulent détruire l'Eglise, la réduire au ras du sol. Ce n'est pas le moment de prier pour les inten­tions de moindre importance ».

En Espagne, elle multiplie les fondations, véritables bastions de la chrétienté menacée. Après sa mort, la France est littéralement gagnée : 30 monastères au XVIIe siècle « Le catholicisme renaît de ses cendres, écrit Mgr Rupp, l'action centrifuge est stoppée, la sainte­té de nombreux personnages éclate, le clergé se réforme, la charité fait des miracles, des séminaires se constituent et font florès. Saint-Sulpice, l'Oratoire, La Mission et les Missions étrangères donnent à la France religieuse une armature spirituelle sans égale ». (Mgr Rupp, Docteurs, p. 127).

Il est urgent de nous mettre à l'école de sainte Thé­rèse d'Avila.

Si de nos jours quelque âme courageuse veut con­server ou redonner à la vie religieuse son vrai caractère, elle peut s'attendre à rencontrer des adversaires de tail­le. « La médiocrité universelle et le pullulement des sots » de l'époque de sainte Thérèse peuvent encore se rencon­trer aujourd'hui. La vie religieuse subit un terrible choc par l'ambiance délétère qui l'enveloppe. Même l'œuvre de sainte Thérèse est attaquée.

 « Ceux qui de nos jours, écrit Mgr Rupp, veulent détruire son œuvre au nom d'un aggiornamento mal compris, qui trahit papes et concile, ne savent pas ce qu'ils font. Ils veulent des carmélites non cloîtrées, ba­vardes, sans pénitence, sans office, vouées à je ne sais quelles tâches humanitaires assez triviales, tout le temps sur la route... Le Doctorat de Thérèse est une consé­cration, par l'Eglise infaillible, de son enseignement... Il rappelle son mot d'ordre : prière, pauvreté, solitude ... retour aux traditions primitives ... Puissent les Carmels sortis de leurs gonds y revenir et retrouver la tradition élianique... Il est temps. La santé, peut-être même la survie du monde chrétien en dépend largement ». (Doc­teurs, page 124).

Si des Carmels ont subi une telle agression, rien d'é­tonnant que « dans l'assaut livré à l'Église par Dame Folie », depuis quelques années, on voit faiblir tant d'ins­tituts religieux, qui ne possédaient pas leur armature spirituelle.

Point n'est besoin de partager les misères des hu­mains dans le monde pour connaître les nécessités spi­rituelles du peuple. Le Concile déclare nettement : « Il ne faut pas penser que les religieux (ses), du fait de leur consécration, deviennent étrangers aux hommes et inu­tiles dans la cité terrestre». (Lum. Gent. n.46). Loin de là!

Ce n'est pas des soeurs sécularisées qu'il nous faut, accomplissant des tâches de bonnes filles dans le mon­de : infirmières, assistantes sociales, professeurs, etc... . Mais des religieuses consacrées dont l'engagement est reconnaissable et reconnu. Le peuple attend des religieu­ses, non pas le témoignage d'œuvres humaines, tel le courage, la force, la générosité, l'habileté, mais le témoi­gnage d'oeuvres divines, d'œuvres de sainteté.

Voici l'exemple assez récent d'une religieuse mis­sionnaire en Palestine pendant un bon demi-siècle. Mor­te en 1927, Soeur Joséphine de Jérusalem est de l'époque que les malins appellent « avant-concile », donc de l'époque des « bonnes soeurs », conduites comme des enfants par une Règle rigide, incapables d'initiatives, formées dans le même moule ! Donc des mineures !

Cependant l'apostolat de cette religieuse a suscité le respect des foules musulmanes, des hauts fonctionnaires de l'État et des pays étrangers, et même des savants comme les Pères Lagrange et Vincent, O.P. C'est qu'elle se comportait, comme d'ailleurs des milliers d'autres, en vraie religieuse, qui ne cachait pas son identité. « Déjà au début du siècle, comme le fait remarquer justement L'A­mi du Clergé (16-5-74), par sa conduite, Sœur Joséphine dénonce à l'avance l'erreur des religieuses qui croient bien faire en se sécularisant. Elle leur rappelle cette vérité vieille comme le christianisme que la sainteté au­thentique est le meilleur garant d'un humanisme complet et équilibré. »

Comme conclusion à ces pages, l'exhortation finale de S.S. Paul VI devrait faire l'objet d'une méditation salutaire pour toute âme consacrée, désireuse de répon­dre à sa vocation :

« Nous vous supplions, nous dit le Saint-Père : gar­dez la simplicité des « tout petits » de l'Évangile. Sachez la retrouver dans le coeur à coeur secret avec le Christ, ou dans l'accueil direct de vos frères. Vous connaîtrez alors le tressaillement de joie dans l'action de l'Esprit Saint de ceux qui sont admis aux secrets du Royaume. Ne cherchez pas à devenir de ces sages et habiles que tout conspire à multiplier, auxquels ces secrets sont ca­chés. Soyez vraiment des pauvres, des doux, des affamés de sainteté, des miséricordieux, des cœurs purs, de ceux par qui le monde connaîtra la paix de Dieu ». (Évang. Test. n.54).

Pour crier ces vérités à toutes les religieuses du monde CENT MILLE LANGUES suffiraient-elles ?

Extrait de : RETOUR AU MAGISTÈRE. Mgr Joseph Louis Beaumiere (1974)

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 04:45

Savez-vous pourquoi vous vivez…

« La plupart des hommes n'ouvrent les yeux qu'une seule fois. C'est au moment de la mort... Et l'on s'empresse de les leur fermer ! (H. Bordeaux)

Cependant, il faut vivre. Dès lors, tout homme doit choisir une attitude pratique devant les problèmes de la vie.

Quelle sera l'attitude pratique de ces indifférents ? Souvent ce sera celle que leur dicte l'intérêt ou le caprice.

N'ayant pas réfléchi personnellement à la vie, ils empruntent à gauche et à droite quelques lambeaux de doctrine, les assemblent grossièrement et revêtent ce costume d'arlequin, fait de vieux res­tes de toutes couleurs.

A tout moment, ils modifient leur costume pour s'adapter au goût du jour et au rythme de leur fantaisie.

C'est ainsi qu'ils seront tantôt catholiques, tantôt protestants, aujourd'hui communistes, demain capitalistes : catholiques, parce que les traditions de famille ou les conve­nances l'exigent d'eux, à certains moments de la vie ; protes­tants parce qu'ils jugent devoir « protester » contre certaines me­sures de l'Eglise catholique à laquelle néanmoins ils désirent ap­partenir ; communistes, si le voisin est mieux loti qu'eux ; capitalistes, le jour où ils ont quelque bien à défendre.

Aujourd'hui ils se proclameront les défenseurs de la justice parce qu'ils ont été victimes des agissements d'un scélérat ; mais demain, ils jetteront par-dessus bord les plus élémentaires pres­criptions de la morale parce que cela les gêne.

Ils se plaindront que la main-d'œuvre manque ; mais ils au­ront soin de ne pas avoir d'enfants.

Leur solution est donc de vivre au jour le jour, au gré de leurs impressions agréables ou désagréables, portés par le flux des événements et le reflux des profits immédiats !

«Pour la plupart des hommes, l'essentiel de la vie, c'est le tem­porel, ce qui passe, ce qui touche les sens. Le spirituel peut être vérité en théorie mais en pratique c'est une nuée ...

Beaucoup sont dans la vie sans jamais s'être demandé pourquoi  ils vivent ? Ils obéissent à l'instinct obs­cur qui s'accroche à la vie. Mais ils n'ont pas découvert ce qu’ils doivent faire dans la vie.

Au jour le jour ils s'arrangent pour être le mieux ou le moins mal possible. Ils travaillent, si c'est nécessaire, pour vivre ; sinon ils ne font rien. Ils prévoient, dans la mesure de quelques fins immédiates. La mort, ils évitent d'y penser. Et ils y restent, parce qu'ils y sont et n'attendant rien de plus, après et après. »

(Chan. J, Leclercq, Dialogue de l'homme et de Dieu.)

c) à cause des conséquences qu'ils prépayent

Beaucoup évitent de chercher une solution parce qu'ils se ren­dent compte que la vérité, s'ils la trouvaient entraînerait avec elle certaines exigences morales qui leur font peur.

« Ce furent, je le dis franchement, la crise de l’adolescence et la honte de certains aveux Qui me firent renoncer à mes habitudes de piété. Bien des hommes nui sont dans ce cas conviendraient, s'ils étaient sincères, que ce qui les éloigna d'abord de la religion, ce fut la règle sévère qu'elle impose à tous au point de vue des sens, et qu'ils n'ont demandé que plus tard, à la raison et à la science, des arguments métaphysiques qui leur permettent de ne plus se gêner. » (François Coppée, La bonne souffrance, p. 5)

«Mon expérience de onze ans d'internat de lycée et celle de mes quatre années d'École normale m'ont montré que, dans le plus grand nombre de cas, le jeune homme cesse d'être catholique moins pour des raisons d'ordre intellectuel que pour des raisons d'ordre moral. C'est parce qu'il n'a plus le cœur pur qu'il se détourne de Dieu et qu'il se refuse à ces règlements de comptes que sont let confessions et surtout la communion pascale. »

(Jean Guiraud, Pourquoi je suis catholique.)

«Ce recul intellectuel (dans la croyance en Dieu) est ordinaire­ment la conséquence d'un déchet moral. Sous l'influence d'une passion, on en arrive à désirer que Dieu ne soit pas et, sous l'ac­tion de ce désir, on finit par se persuader que Dieu n'est pas. »  (Duplessy, Apologétique, I, 89)

 « L'homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs. Je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la pré­coce impiété des libres-penseurs en tunique, a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement, quel raisonnement !  Arri­ve ensuite et fournit des preuves à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique. »

(Bourget, Essais de psychologie contemporaine)

« L'histoire de saint Augustin se répète pour chacun de nous : la perte de la Foi coïncide toujours avec l'éveil des sens. Ce n'est pas la raison qui  détourne de Dieu l'adolescent,  c'est la chair.

L'incrédulité ne fait que fournir des excuses à la vie nouvelle qu'il mène. » (Louis Bertrand, Vie de St-Augustin)

d) à cause de leurs préoccupations matérielles

Groupons à part tous ces honnêtes gens qui, ayant reçu souvent une éducation chrétienne, ont perdu la foi parce que les nécessi­tés matérielles de la vie absorbent tout leur temps. Combien d'ou­vriers, par exemple, en sont là ? Ce n'est pas légèreté ; ce n'est pas refus des obligations qu'entraînerait la vérité ; mais c'est la dureté de l'existence qui les empêche de garder vivante leur foi.

e) à cause de l’abandon de la Vérité par la fausse église et son concile hérétique.

Cette contradiction avec ce que la sainte Église a toujours enseigné comme étant la VÉRITÉ et ne pouvait changer, les gens pensent qu’on leur a menti. Alors que c’est aujourd’hui qu’on leur ment en prétendant canoniser Luther,  un des excommuniés qui ne s’est jamais repenti... etc.

Note : cette dernière réflexion est du bloggeur.  Deo Gratias

Extrait de : La Solution du Problème de la Vie.  (F. Lelotte  S.J.)

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 03:18

Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés….

Aimez vos ennemis…                                   

Le devoir du pardon est une des formes de cette obligation de la charité envers le prochain que notre divin Sauveur Jésus a promulguée comme un précepte nouveau, son précepte à lui : Ceci est mon com­mandement, le commandement nouveau que je vous donne :  à savoir: que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés moi-même,  et dont il a pris soin, pour que nous n'en limitions pas l'exercice, de déterminer lui-même l'étendue. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis ;  faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous calomnient et vous persécutent.  (Matt., V, 44.).

Certes, ainsi formulée, la loi est claire, elle n'admet aucune réserve, aucune limita­tion, et, dès lors, nous n'avons pas besoin d'en savoir davantage ; pénible ou non, la loi est portée, il faut nous soumettre sans prétendre entrer en discussion avec Dieu, car qui es-tu, ô homme, dit saint Paul, pour entrer eh contestation avec Dieu.

Mais, d'ailleurs, Jésus ne nous défend pas de fortifier sa loi de toutes les raisons de conve­nance qui nous apparaissent et qui peuvent aider à la soumission de nos esprits et de nos cœurs.

Vous nous faites donc, ô Jésus, une loi du pardon, et vous y attachez une récompense bien digne de nous tenter, une récompense qui nous est absolument nécessaire, et en cas de violation de la loi, une sanction qui, si nous la comprenons bien, doit nous faire frémir.

Et ce prix que vous mettez à l'amour des enne­mis, au pardon des offenses nous montre assez combien vous y tenez. Mais pourquoi payez-vous de ce prix infini qu'est le ciel, puisque votre pardon à vous, c'est pour chacun de nous l'assurance du ciel, le pardon sincère que nous accordons à nos frères ? Ah ! C'est que ce par­don est, je le comprends, la condition de la paix entre les hommes qui doivent vivre ensemble, qui ne peuvent se fuir, et qui, par la faiblesse et la corruption de la nature, sous la poussée de l'intérêt, de l'ambition, de l'éosine, se heurtent, se blessent, s'opposent les uns aux autres. Il n'y a pas de paix possible dans la famille et dans la société,, si chacun s'arroge le droit de se faire justice lui-même, d'user de représailles ou même d'entretenir en son cœur des sentiments de haine et de rancune; une société où la loi du pardon n'est pas admise, observée, peut bien avoir les apparences de la civilisation ; en fait, ce que cachent ces apparences, c'est la barbarie. A l'opposé, quelle société idéale, parfaite, que celle dont tous les membres s'aimeraient les uns les autres, se supporteraient mutuellement, (Ephese., IV, 2), se pardonneraient réciproque­ment leurs torts ! Cette société idéale a existé ; cet esprit de paix a été la marque distinctive de la première communauté chrétienne, dont tous les membres ne faisaient " qu'un cœur et qu'une âme ", à la grande admiration des païens.

Et la paix sociale sera toujours, à la mesure de l'influence et de l'autorité que garde sur les mœurs publiques votre commandement: Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés!

Ainsi, ô Jésus, c'est notre bien que vous pour­suivez par cette loi qui, parfois, nous paraît si rigoureuse, quand c'est nous qui avons à pardon­ner, et que nous savons bien revendiquer dans le cas contraire.

Mais d'ailleurs, que nous demandez-vous, ô Jésus ? Est-ce de nous prouver à nous-mêmes, parfois contre l'évidence, que notre prochain ne nous a pas offensé, ne nous a pas fait tort? Non certes, vous ne nous demandez pas de justifier le prochain, puisque, s'il était innocent, il n'y aurait aucun pardon à lui accorder.

Exigez-vous que nous aimions notre ennemi pour lui-même, que nous lui pardonnions pour lui-même ? Non encore, la personne qui nous offense, si nous la considérons en elle-même, n'a rien qui puisse nous attirer, et vous ne nous demandez pas l'impossible.

Bien au contraire vous nous dites : Pardonnez à celui qui vous a offensé, non parce qu'il le mé­rite, mais parce que je le mérite moi ; aimez-le, non parce qu'il est aimable, mais parce que je le suis, moi, et que je vous ai pardonné bien plus que vous n'aurez jamais à remettre à votre frère, et que je vous ai aimé, d'un amour sans limite, alors que vous étiez mon ennemi et que cepen­dant vous n'étiez, par rapport à moi, qu'un être de néant qu'un souffle de ma colère eût suffi à renverser : oui, moi qui pouvais, en toute jus­tice, te plonger pour toujours dans les supplices de l'enfer, je t'ai pardonné, et pardonné tant de fois, moi, ton Dieu ; n'est-il donc pas souverai­nement juste que tu pardonnes, toi aussi, des offenses infiniment moins graves.

Donc, ô Jésus, le principe de cette loi du pardon, c'est la substitution que vous établissez, par rapport à chacun de nous, du prochain dans tous vos droits.

Saint Paul écrivait à son disciple Philémon, au sujet d'Onésime : «Recevez-le comme moi-même.». S'il vous a déplu, s'il a contracté quelque dette vis-à-vis de vous, impu­tez-la moi, c'est moi qui acquitterai sa dette, et souvenez-vous d'ailleurs que vous aussi êtes mon débiteur.

Ainsi envisagée, ô Jésus, quoi de plus légitime que cette loi que vous promulguez pour notre bien ? Et que ce contrat est avantageux pour nous !

Mais d'ailleurs, vous n'êtes pas seulement pour nous un maître qui ordonne, vous êtes un modèle, vous pratiquez vous-même ce que vous nous commandez pour avoir le droit de nous dire : Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez vous-même comme vous me voyez faire.

Regardez toute ma vie et vous verrez que mon Cœur n'a jamais connu l'amer­tume et le ressentiment. J'ai pardonné à tous, j'ai pardonné toujours. J'aurais pardonné à Judas lui-même, si son cœur misérable n'eût désespéré de la bonté et de la miséricorde du mien. Sous la blessure de ce baiser homicide, par lequel il me livrait à ceux qui allaient me crucifier, ai-je eu un mouvement de colère, d'indignation, de répulsion ? Non, je l'ai appelé mon ami, pour essayer d'attendrir son cœur !

Et quand sur la Croix, suspendu par ces plaies affreuses, secoué par toutes les affres d'une agonie terrible, mourant de soif, torturé dans mon corps et dans mon âme, j'entendais les provocations de ceux qui m'avaient conduit là, après m'avoir abreuvé d'outrages, qui comptaient mes souffrances et attendaient avec d'horribles désirs que la der­nière goutte de sang s'échappât de mes veines, qu'ai-je dit ? Ai-je appelé la colère, de mon père sur ce peuple ingrat qui n'avait reçu de moi que des bienfaits et qui me crucifiait ? Non, si je me suis tu, pendant ma Passion, au dernier moment, j'ai ramassé toutes mes forces pour une dernière supplication: «Père, pardonnez-leur, parce qu'il, ne savent ce qu'ils font !»

Oui, c'est bien vrai, ô Jésus, après ce pardon de vous à ces infâmes, le cœur qui ne sait pas pardonner n'est pas un cœur chrétien, il n'est pas vôtre.

Mais regardez encore. Je n'ai pas quitté la terre, je suis encore au milieu de vous, dans l'Eucharistie, et ma Passion n'a pas pris fin au Calvaire. De nouveaux Judas viennent encore m'imposer le baiser de leurs lèvres sacrilèges, de nouveaux bourreaux me crucifient ; est-ce que je les châtie, est-ce que je ne pardonne pas tous les jours, partout, tous les coupables, s'ils ne refusent pas mon pardon ? Est-il une âme, si cou­pable qu'elle fût, qui soit venue devant mon tabernacle, qui ait poussé vers moi un cri de supplication et qui n'ait pas entendu de suite, dans son cœur transfiguré, la réponse du mien ?

Oui, c'est encore vrai, ô Jésus, à vos pieds, vous contemplant, hostie adorable, et si douce, qui donc peut garder de l'amertume dans son cœur ? Celui-là ne croit pas à votre présence d'amour.

Mais vous nous donnez plus que vos exemples, ô bon Jésus, pour triompher de nos natures orgueilleuses et implacables ; vous nous donnez votre propre Cœur. Vous venez en nous, divine nourriture, fortifier tout ce qui est bon, détruire tout ce qui est mauvais ; vous venez combattre directement l'égoïsme, source de toutes les riva­lités, de toutes les contestations, de toutes les antipathies, de toutes les haines, par la puissance de votre amour qui s'empare victorieusement de nos cœurs. Et là, dans ce tête à tête, dans ce cœur à cœur, quelle n'est pas votre puissance de persuasion, de pacification! Vous parlez, ô Jé­sus, et c'est pour dire : Celui que tu hais, celui contre lequel ton cœur se soulève, je l'aime comme je t'aime, toi ; je suis à lui comme je suis à toi; il m'a reçu comme tu m’as reçu toi-même; je me suis emparé de son cœur comme du tien; il est un autre moi-même, il faut l'aimer, si tu m'aimes.

Oh ! La puissance de la communion pour trans­former les cœurs, les retourner, les dompter et leur faire en même temps bénir leur défaite ! Que d'exemples dans l'histoire de l'Eglise! Par exemple, cette coutume du moyen-âge, de scel­ler la réconciliation de deux ennemis par la com­munion reçue l'un à côté de l'autre.

Comme vous avez bien le droit, ô Jésus, de nous dire : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Vous êtes les membres d'un même corps, et ce corps, c'est mon corps mystique; vous êtes les grains de froment qui formez un même pain, et ce pain, c'est l'hostie de Dieu, ce pain, c'est vous et moi, moi en vous, vous en moi. Aimez-vous donc, pardonnez-vous, supportez-vous, servez-vous mutuellement, dé­pensez-vous les uns pour les autres. J'ai le pre­mier donné ma vie pour vous, ayant d'abord donné sans compter mon temps, mes forces, mon labeur, ma parole, ma prière et mes larmes; n'ai-je pas le droit de vous demander de faire pour vos frères qui sont les miens ce que j'ai fait, ce que je continue à faire pour vous ?

Extrait du : Pater Médité devant le très Saint Sacrement. Père Albert Bettingger. (Imprimatur 1915)

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 01:43

Si je ne pardonne pas, que va-t-il m’arriver…                                                      

Pardonnez-moi comme je pardonne…                                          

Je vous redis tous les jours, ô mon Jésus, cette prière que je tiens de vous : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; je vous la dis en communion avec l'Eglise, avec tous les chrétiens mes frères; c'est sur elle que vous me jugerez.

Si je ne pardonne pas, je vous demande donc de ne pas me pardonner; si je pardonne sans oublier, je vous demande donc de vous ressouvenir de mes crimes sans nombre ; si je pardonne en me proposant de n'avoir plus de rapports avec qui m'a offensé, je vous demande donc de me considérer comme n'existant plus ; si je pardonne, mais en refusant la bonne parole, le secours que je pourrais donner, je vous dis donc équivalemment : privez-moi de tous vos dons, refusez-moi toute faveur, tout secours, tout bien.

Et il en est vraiment ainsi. Quand mon âme s'absorbe dans la rancune et l'aigreur, elle se rend insensible à votre grâce, votre cœur n'a plus d'action sur elle, vous ne visitez pas les âmes superbes et implacables. Et alors, c'est le désert, c'est le souffle glacé qui passe sur mon âme et qui y détruit toutes les fleurs des vertus.

Ne permettez pas, Sauveur Jésus, Coeur infini­ment miséricordieux, que je ferme jamais mon cœur à vos leçons, que j'écoute jamais un autre maître, un maître tyrannique et cruel, mon orgueil excité parle prince de l'orgueil.

Faites de suite que je sentirai le trouble se faire dans mon âme, je vienne à vos pieds implorer votre secours, confesser ma faiblesse, solliciter une grâce puis­sante qui fasse la paix en moi. Vous avez commandé à la tempête et il s'est fait un grand calme. Ainsi ferez-vous en moi si j'ai recours à vous.

O Marie, mère de douleurs, qui avez, le cœur broyé et transpercé, pardonné aux bourreaux de votre divin Fils et qui les avez adoptés, veillez sur mon cœur que je vous confie ; défendez-le contre ses susceptibilités et son orgueil ; appre­nez-moi à m'oublier, à me compter pour rien, à ne me considérer jamais comme offensé, afin qu'au jour des justices, fort de l'observation, fidèle de la loi du pardon, je puisse le revendi­quer avec assurance pour moi-même et recevoir la récompense de celui qui n'a plus aucune dette à expier.

Fin de la cinquième demande du Notre Père.

Extrait du : Pater Médité devant le très Saint Sacrement. Père Albert Bettingger. (Imprimatur 1915)

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28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 01:32

J'aime mon prochain, mais je ne puis oublier…                      

Point de miséri­corde à celui qui…

Nous devons faire réparation pour ceux qui ne pardonnent pas; d'abord, par un sentiment de charité, de pitié, d'inquiétude pour le malheureux état de leur âme, puisque chaque fois qu'ils ré­pètent l'oraison dominicale, ils prononcent leur propre condamnation; puisque, selon la parole terrible de la sainte Écriture : point de miséri­corde à celui qui n'a pas fait miséricorde.  (Jac., II, 13); nous devons faire réparation pour consoler le Cœur de Jésus qui est si doulou­reusement affecté quand il voit dans des cœurs chrétiens l'esprit d'inimitié et le ressentiment.

Nous le devons aussi par un sentiment de justice, principalement quand nous sommes nous-mêmes l'objet de ce ressentiment, parce que nous ne devons pas croire qu'il est sans objet, mais penser au contraire que, par la fragilité de notre nature, nous avons été la cause du mécon­tentement, de l'aversion de notre frère et que nous devons donc l'aider de nos prières à le surmonter.

Mais, si nous faisons un examen sincère de notre âme, nous trouverons ample matière à réparer pour nous-mêmes, car il n'est peut-être pas de prescription de la loi chrétienne dans l'observation de laquelle l'illusion se glisse plus facilement que dans la loi du pardon des offenses.

Nôtre-Seigneur, sur ce sujet délicat, n'a rien laissé au hasard de nos interprétations; il nous a tracé lui-même le programme que nous devons remplir; méditons-le, et sans distinguer ce qui est de prescription absolument rigoureuse de ce qui n'est que de conseil de perfection, exami­nons-nous sur toutes les manifestations que, selon notre divin éducateur et modèle, doit revêtir notre pardon pour être sincère et parfait, et nous assurer la récompense promise.

Aimez vos ennemis (Matt., v, 44). C'est-à-dire, au minimum, ne vous réjouissez pas de ce qui les afflige. Le propre de l'affection vraie, c'est de rendre communes les joies et les peines; c'est là, dans la matière, un critérium certain : tenez pour assuré que si vous ressentez une joie maligne de voir ou éprouvé, ou humilié celui qui vous déplaît, vous n'avez pas encore commencé à observer le précepte; j'entends, bien entendu, une joie que vous ne combattez pas ; car il n'est question que de sentiments délibérés et acceptés. L'illusion se glisse ici bien facilement. Oh! certes, se dit-on, ce n'est pas par rancune que je me réjouis, mais, au contraire, par un sincère sentiment d'amitié, parce qu'une telle humiliation ne peut être que très utile à un caractère naturellement orgueil­leux, etc. A cela je réponds : Êtes-vous parfait ? Êtes-vous parvenu à ce sommet où l'âme, vivant dans la clarté de Dieu, voit de suite tous ses mo­biles intérieurs, sans pouvoir s'y tromper ? Si oui, vous pouvez peut-être tenir ce raisonne­ment, mais alors, comme instinctivement, vous y joindrez de suite la pitié sympathique et la prière pour que la grâce vienne abondante à celui que l'épreuve visite.

Autre illusion : J'aime sincèrement mon ennemi, donc je pardonne. Mais on ne peut tout de même me demander d'être avec lui, comme auparavant ; il est pour moi mon pro­chain, et rien de plus.

Je réponds que ce prétendu amour est suspect et très probablement illusoire. Sans doute, notre amour pour le prochain comporte des degrés et des préférences légitimes mais ces degrés et préférences tiennent, non point au plus ou moins de satisfaction que nous ressentons des liens avec le prochain, mais de la proximité de ces liens. Vous aimiez hier comme un frère, par exemple, parce qu'il était vraiment votre frère, selon la nature, ou selon la grâce d'une vocation commune celui qui vous a offensé ; si vous ne l'aimez plus aujourd'hui que comme votre pro­chain ordinaire, ne dites pas que vous avez par­donné, vous êtes dans l'illusion, car vous devriez dans ce cas l'aimer, comme si l'offense n'avait pas existé.

J'aime, mais je ne puis oublier. Si vous voulez dire, par là, que la sensibilité reste émue, mais que vous combattez courageusement et loyalement ses retours, ne vous inquiétez pas ; l'heure viendra de l'oubli, et la récompense de votre générosité sera une affection plus profonde qu'auparavant, mais si vous voulez vous per­suader qu'il vous suffit de cette prétendue affec­tion de volonté, sans commander à vos nerfs, à vos yeux, à votre bouche, vous êtes dans l'illu­sion, et vous y resterez.

Dites du bien de ceux et à ceux qui vous disent du mal. (Luc., VI, 28).

La bouche parle de l'abondance du cœur, dit Nôtre-Seigneur lui-même. Voilà donc un moyen de s'assurer de ce que ressent le cœur. Ce que ressent le cœur de votre ennemi n'est que trop manifeste, puisqu'il vous diffame ; si vous faites de même, comment pourriez-vous croire que vous n'avez aucun ressentiment ?  Mais il faut bien que je me défende ? Si je ne réponds du tac au tac, je serai vite perdu de réputation.  Mais la question n'est pas de savoir ce que vous devez faire au jugement du monde, mais ce que Dieu demande de vous ; vous pouvez, à coup sûr, protester contre des allégations fausses, mais rien de plus.

D'ailleurs Nôtre-Seigneur nous demande quel­que chose de plus que de ne pas maudire nous-mêmes, il nous demande de dire du bien de qui dit du mal de nous et surtout de parler douce­ment et avec bonté à qui est mal disposé pour nous. Oh ! La puissance d'une bonne parole pour dénouer les malentendus et apaiser les que­relles !

C'est ce que le Père Faber appelle " les vertus médicinales ", des paroles de bonté. Elles demandent un effort, c'est vrai, parfois un effort qui n'est pas loin de l'héroïsme, mais aussi presque toujours elles emportent la place d'assaut, car un cœur implacable, "un cœur inacces­sible au pardon est un monstre assez rare"; le cœur de notre adversaire n'est pas fait autrement que le nôtre, et nous savons bien qu'une parole de bonté n'est jamais perdue auprès de nous, qu'elle finit par triompher de nos résistances.

Que si nous ne sentons pas l'énergie intérieure pour faire cette avance, même à celui qui, à notre jugement, a eu tous les torts, humilions-nous devant Dieu et implorons son aide; nous avons encore beaucoup à faire pour pouvoir arguer devant Dieu, dans notre propre cause, d'un pardon sincère accordé à notre frère.

Que si, surtout, nous nous retranchons dans notre dignité et attendons que le coupable fasse les premiers pas, nous pouvons bien nous faire illusion, mais la vérité est que nous avons peut-être la sagesse mondaine, mais non certes pas la prudence et la générosité chrétiennes.

Faites du bien à ceux qui vous haïssent. (Matt., V, 44). Ici nous entrons plus avant dans le domaine de la per­fection, mais aussi plus grande est notre sécurité contre l'illusion, car, puisque nous dépassons ce qui est strictement exigé, c'est que nous sommes mus par le désir non seulement de pardonner sincèrement, mais de reconquérir le cœur de notre frère, non seulement pour nous, mais pour Nôtre-Seigneur. Oh! La belle entreprise ! Se dire: Voilà une âme aigrie, une âme dès lors qui ne connaît plus la paix des enfants de Dieu, qui souffre et qui pèche, qui ne sait plus prier; je veux à force de bonté, d'oubli de moi-même, la rendre à Nôtre-Seigneur. Oh! Que les chrétiens seraient puissants dans notre monde si troublé s'ils étaient bien pénétrés, bien enveloppés de la bonté et de la mansuétude du Cœur de Jésus. C'est là l'apostolat par excellence ; celui qui ne laisse après lui aucun insuccès. C'est l'honneur de l'Eglise catholique d'en manifester à tous les âges et à tous les siècles la toute-puissance sur le cœur humain.

Priez pour ceux qui vous persécutent. (Matt., V, 44.)

Tous ne peuvent pas atteindre directement ou par la bonne parole ou par le bienfait ceux qui les haïssent, les diffa­ment, les poursuivent; il y faut certaines condi­tions, mais ce que nous pouvons tous c'est prier, et du fond du cœur et avec ferveur, pour ceux contre lesquels nous sentons en nous des mou­vements de colère et de ressentiment. Oui, prier pour eux et prier pour nous en même temps, confondre aux pieds de Jésus leurs intérêts avec les nôtres, opérer dans le Cœur de Jésus cette fusion que les circonstances extérieures rendent impossible ou imprudente. Oh! Certes, ce faisant, nous accomplissons la loi dans sa plénitude, nous n'avons plus l'illusion à craindre, car enfin, nous sentons bien que nous prions sincèrement et il dépend toujours de nous, de notre volonté de le faire avec persévérance.

Et quels merveilleux résultats n'a pas la prière dans  ces conditions !  Tout  d'abord, elle nous pacifie nous-mêmes ; par un mystère où se sent l'action ineffable du Cœur de Jésus, il se fait peu à peu comme une transformation de nos senti­ments,   l'amertume   disparaît et bientôt c'est l'affection qui revient, l'affection éprouvée, vrai­ment surnaturelle. Et chose plus  merveilleuse encore et qui se vérifie bien souvent, sinon tou­jours, il y a comme une action insensible  de cette prière sur l'âme de .celui auquel nous avons ainsi pardonné ; bien souvent les torts sont réci­proques, eh bien!

Il suffit de  prier pour  un adversaire, pour celui qui nous est hostile, pour que Dieu lui inspire de prier aussi pour nous. Oh! Qu'il sera doux et beau, au dernier jour, de contempler ce monde intérieur de la grâce, d'admirer ses merveilles, de voir quelle récompense Dieu donnait à une prière sincère, quelles répercussions inconnues de nous, elle avait sur d'au­tres cœurs. Oh ! Que nous sommes puissants, sans le savoir et, hélas ! Sans excuse de nous servir de cette puissance !

Humilions-nous aux pieds de Jésus, faisons amende honorable à ce Cœur sacré qui est le lien de nos cœurs; demandons-lui pardon d’être si rebelles à ses ordres, si indifférents à ses exemples, si peu généreux, en sa société à Lui qui l'est tant, et prenons la résolution de ne jamais garder sans lutte d'aigreur contre qui que ce soit. Entre ceux qui se font gloire d'appartenir au Cœur de Jésus, de vivre en commun de Lui, il n'y a qu'un unique sentiment permis, possible : la divine charité.

Extrait du : Pater Médité devant le très Saint Sacrement. Père Albert Bettingger. (Imprimatur 1915)

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 11:51

Notre-Dame de la Merci

Dans les notes sur la vie de saint Pierre Nolasque et de saint Raymond de Pennafort on peut voir que la Sainte Vierge manifesta d'une manière authentique son désir qu'un Or­dre fût institué pour le rachat des captifs, notamment de ces malheureux chrétiens qui si souvent étaient faits prisonniers par des pirates musulmans et couraient le plus grave danger de perdre la foi et la vie.

Pour conserver le souvenir de cette faveur et en témoigner à Dieu une particulière reconnaissance, le Pape Paul V institua la fête de Notre-Dame de la Merci, ordonnant qu'elle se célébrerait dans l'Ordre de ce nom.

In­nocent XII l'a étendue à toute l'Eglise, et l'a fait insérer au martyrologe romain, en la plaçant au 24 septembre. La très sainte Vierge n'a cessé de protéger l'Ordre qu'elle avait fondé ; il produisit en effet, sous ses auspices, des hommes d'u­ne charité admirable, qui, non contents d'employer les aumô­nes des fidèles au rachat des captifs, se sont souvent donnés eux-mêmes, pour rendre la liberté à ceux dont la foi était en péril au milieu de ces peuples barbares.

Pendant de longs Siècles, Marie s'est montrée, en Afrique, la douce consola­trice des affligés et des exilés.

Extrait des Lectures Méditées (1933)

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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 01:38

Sommes nous des mé­chants serviteurs…                

Nous sommes les débiteurs de Dieu, par le fait même que nous existons, puisque nous ne sommes que des créatures, que nous n'avons pas en nous-mêmes la raison de notre existence et que nous tenons de la libéralité gratuite de Dieu tout ce que nous avons et tout ce que nous som­mes, et dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce : Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu, dit saint Paul : ( I Cor, IV, 7.).

Mais ce n'est pas de ces dettes que nous de­mandons à Dieu la remise, ce lui serait injurieux et ce serait monstrueux, car de ces dettes, nous avons toujours le moyen de nous acquitter, et c'est par la reconnaissance que nous en témoi­gnons à notre Créateur et le bon usage que nous faisons de ses dons.

Les dettes dont nous demandons la remise, ce sont les péchés dont nous sommes coupables et les peines et châtiments qu'ils méritent. Le péché, explique saint Thomas d'Aquin, est bien une dette que nous contractons envers Dieu, dans le sens strict du mot, parce que, par le péché, nous usurpons contre son droit.

Le droit de Dieu, en effet, c'est que nous accomplissions sa volonté de préférence à la nôtre, parce que nous lui appartenons tout entier ; comme créatures, nous sommes son bien, sa chose. Or, selon l'axiome de droit qui traduit un principe fondamental de justice contre lequel rien ne peut prévaloir : les fruits de toute chose appar­tiennent à son propriétaire : les fruits de notre nature, de notre personne consistent dans l'exer­cice de nos facultés; nous ne pouvons donc jamais légitimement disposer de nous-mêmes, de ce qui nous appartient contre la volonté con­nue et manifestée de Dieu ; cet usage abusif qui constitue le péché est donc bien une usurpation du droit de Dieu et crée de nous à lui une dette dont sa justice l'oblige à poursuivre contre nous le recouvrement.

Or, cette dette, qu'il s'agisse du péché mor­tel ou même du péché véniel, nous sommes, par nous-mêmes, totalement incapables de l'acquit­ter ; nous ne pouvons offrir, de ce qui nous appar­tient, une réparation adéquate, puisque, en réalité, rien ne nous appartient et que nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes ; il reste donc que le seul moyen, en notre pouvoir, c'est de sollici­ter humblement de Dieu la remise gratuite de notre dette.

Nous savons d'ailleurs par la foi que Dieu, en nous remettant nos dettes, ne lèse pas les droits de sa justice, parce qu'elle a été une fois pour toute satisfaite par une réparation d'un prix infini, par le sacrifice sanglant de la divine Victime, Nôtre-Seigneur Jésus-Christ ; donc quand nous deman­dons à Dieu la remise de notre dette, selon ce que Nôtre-Seigneur nous l'a appris lui-même, c'est équivalemment lui demander qu'il veuille bien nous appliquer les fruits de la Passion, pour  satis­faire à sa justice au moyen des mérites infinis de son divin Fils.

Et comme nous sommes tous pécheurs, que, comme nous le déclare l'apôtre saint Jean, " si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes et la vérité n'est pas en nous ", parce que " le juste lui-même tombe sept fois par jour ", que, même le péché pardonné, il reste une peine temporelle à acquit­ter en ce monde ou en l'autre, et que d'ailleurs, tant pour obtenir le pardon du péché que pour accomplir les œuvres satisfactoires qui diminue­ront la peine, nous avons besoin de la grâce de Dieu qui nous y dispose, il suit que ce sont tous les hommes sans exception qui doivent dire du fond du cœur : Pardonnez-nous nos offenses.

La prière est ainsi la première condition de la remise de nos dettes envers Dieu, et cela appa­raît si clairement aux esprits les plus bornés ou les plus infatués qu'il n'est personne qui ne se soumette facilement à cette condition si bénigne.

Mais il en est une autre condition indiquée par Nôtre-Seigneur dans la demande même que nous fai­sons du pardon, condition qui, d'après ces ter­mes, apparaît avec le caractère de condition sine qua non, en tant qu'elle constitue de Dieu à nous, comme de nous à Dieu, un véritable con­trat, à titre onéreux pourrait-on dire, qui engage les deux parties, dès que la condition est remplie, et cette condition est indiquée par les dernières paroles de notre demande : comme nous-mêmes faisons remise à nos débiteurs ; et comme la réa­lisation de cette condition ne va pas sans diffi­cultés, il s'ensuit que tout l'effort de notre esprit, pour avoir la pleine intelligence de cette prière, doit porter sur cette condition même.

C'est bien une condition que Nôtre-Seigneur nous impose, une condition stricte, indispen­sable, car ce qu'il n'a pas fait pour les autres de­mandes de sa prière, il revient sur celle-là pour la commenter, dès qu'il a indiqué les sept deman­des : " Si, en effet, vous pardonnez aux hommes leurs péchés, votre Père céleste vous pardon­nera, lui aussi, vos fautes. Mais si vous ne par­donnez pas, ne comptez pas sur le pardon de votre Père céleste. " (Math., vi, 14-15.)

C'est donc bien une condition formelle, pré­cise, indispensable, à la fois positive et négative : Pardonnez et Dieu vous pardonnera. Si vous refusez le pardon, Dieu aussi vous le refuse. Et c'est une condition uni­que; Dieu ne nous demande pas autre chose pour nous pardonner: condition positive unique.

Tout ce que nous pouvons faire, par ailleurs, sans l'accomplissement de cette condition: les prières les plus ferventes, les aumônes les plus abondantes, les mortifications les plus héroïques, rien ne peut suffire à nous obtenir le pardon : condition unique négative.

Il faut bien le reconnaître, le pardon des in­jures, des offenses du prochain est difficile, c'est ce que là religion de Jésus présente de plus hé­roïque, de plus sublime, de plus parfait, parce qu'il s'agit ici, comprenons-le bien, d'un pardon sincère, d'un pardon qui vienne vraiment du cœur: d'un pardon entier et sans réserve, d'un oubli complet des torts du prochain ; c'est une œuvre au-dessus de la nature, à l'opposé de toutes les tendances naturelles ; c'est ce qu'il y a de plus parfait dans la charité, c'en est l'épreuve aux deux sens du mot, car le pardon sincère et complet est l'exercice le plus difficile de l'amour de Dieu, et donc sa manifes­tation la plus sûre et la moins sujette à l'illusion.

Mais précisément la chose la plus désirable pour un chrétien digne de ce nom, pour celui qui pense à son salut et comprend que c'est pour lui la grande, l'unique affaire, c'est de savoir, avec la plus grande certitude qui puisse lui être donnée ici-bas, qu'il aime vraiment Dieu, d'un amour véritable et non illusoire et d'imagination, puisque à cet amour de charité que nous ressen­tons pour Dieu correspond toujours infaillible­ment l'amour de Dieu pour nous et l'abondance de ses secours de grâce. Eh bien, de tous les témoignages que nous pouvons nous donner de notre amour pour Dieu, il n'en est pas de plus sûr que le pardon sincère que nous accordons à ceux qui nous ont offensés. Et pourquoi? parce qu'il n'y a que l'amour pour Dieu et un amour déjà parfait qui puisse nous déterminer à ce par­don. Ce n'est point la nature qui nous y porte, puisqu'au contraire c'est une victoire contre la nature ; ce n'est point le monde, puisqu'il professe les maximes toutes contraires; Dieu seul est donc le motif de ce pardon, le seul amour de Dieu en est le principe, et si l'illusion est encore possible dans le pardon que nous croyons accor­der sincèrement, elle ne peut exister dans la conclusion que nous établissons du pardon dès qu'il est sincère, à l'existence en nous de la véri­table charité.

D'un autre côté, si le pardon des offenses est ce qui coûte le plus à notre nature, il faut dire aussi que, avec le secours de la grâce qui ne nous fait jamais défaut, c'est ce qui dépend le plus de nous et de notre volonté. Or, il n'y a rien de plus possible pour nous que ce qui dépend unique­ment de nous et n'est soumis à aucune autre condition de temps, de lieu, d'âge, de santé, etc. Pour pardonner, il nous suffit de le vouloir: le pardon est dans la volonté, et tous les actes qu'il entraîne ne sont que les conséquences de l'acte de volonté et en même temps des preuves de sa sincérité.

Ainsi d'une part, parce que le pardon des offenses est une victoire de la grâce sur la nature et a pour principe habituel la charité, Dieu ne déroge pas à sa justice et à ses lois, s'il est per­mis de parler ainsi, en en faisant l'unique condi­tion pour pardonner lui-même; et d'un autre côté parce que ce pardon est toujours en notre pouvoir, avec le secours assuré de sa grâce, Dieu manifeste toute l'étendue de sa miséricorde en ne posant que cette unique condition pour nous pardonner.

Car enfin, quelle proportion y a-t-il entre l'of­fense que nous recevons et l'injure que nous fai­sons nous-mêmes à Dieu par le péché? Et pour­tant !

" Nous exagérons sans mesure les fautes qu'on fait contre nous ; et l'homme, ver de terre, croit que le presser tant soit peu du pied c'est un attentat énorme, pendant qu'il compte pour rien ce qu'il entreprend hautement contre la sou­veraine majesté de Dieu et contre les droits de son empire! " (Bossuet.)

Nôtre-Seigneur a mis lui-même en lumière dans une parabole ce contraste tout à notre avantage et l'iniquité qu'il y a pour nous à ne pas souscrire à un marché qui nous est si avantatageux : c'est la parabole du roi qui fait remise de dix mille talents à l'un de ses serviteurs, touché qu'il est par ses supplications : " Mais ce servi­teur ne fut pas plutôt sorti que, trouvant un de ses compagnons qui lui devait cent deniers, il le prit à la gorge et l'étranglait en disant : Paie-moi ce que tu me dois.

Son compagnon, se jetant à ses pieds, le conju­rait en disant: Accordez-moi quelque délai et je vous paierai tout.

Mais il ne le voulut point et il alla le faire mettre en prison jusqu'à ce qu'il payât sa dette. "

Nous savons ce que pensa le prince et ce qu'il fit quand ce fait odieux lui fut rapporté : " Mé­chant serviteur, je t'avais remis toute ta dette, parce que tu m'en avais prié. Ne devais-tu donc pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j'avais eu pitié de toi ?... " (Math., XVIII, 23-35.)

Ne retenons pour le moment, de cette para­bole, que le contraste expressif qu'établit Nôtre-Seigneur entre la gravité de nos offenses envers lui et le peu de gravité que représentent toujours les offenses dont nous avons à nous plaindre de la part de nos frères et dont notre imagination, notre susceptibilité, notre orgueil font souvent tous les frais. Mais si grave relativement que puisse être l'offense que nous avons reçue, en­core est-il qu'elle est d'un homme comme nous, tandis que nos offenses vis-à-vis de Dieu revê­tent, parce qu'elles s'adressent à une majesté infinie, un caractère de malice quasi infinie que Dieu seul, parce que seul il se connaît, peut apprécier à sa juste valeur. Ainsi cette clause de pardon fait ressortir la mansuétude, la miséri­corde de Dieu qui, pouvant exiger de nous une satisfaction adéquate à l'offense, se contente d'une satisfaction si disproportionnée.

Je vous adore, divin Sauveur Jésus, comme mon souverain Maître, auquel j'appartiens, à qui je dois compte de tout ce que je suis, de tout ce que je fais, de mes pensées, de mes désirs, de mes paroles, de mes actes et qui, de tout, me demanderez un compte rigoureux au jour de vos  justices. J'adore cette justice infinie que vous avez apaisée par le sacrifice de votre précieux Sang sur la croix. J'adore votre infinie sagesse qui se manifeste si éclatante dans la condition que vous posez à votre pardon, c'est-à-dire à l'acquisition du ciel: cette condition même est aussi une preuve de votre amour pour nous; car si aujourd'hui peut-être c'est à moi de pardonner à mon frère, demain c'est lui qui devra user en­vers moi de miséricorde ; ainsi cette loi du pardon n'est qu'une manifestation de l'ardent désir de votre cœur, que vous exprimiez au soir de la Cène :

" O Père, que tous soient un, comme tu es en moi et que je suis en toi ; qu'ils soient tous un en nous... Moi en eux et toi en moi afin qu'ils soient consommés dans l'unité. "

Extrait du : Pater Médité devant le très Saint Sacrement. Père Albert Bettingger. (Imprimatur 1915)

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