Souvenons nous de l'épisode biblique de Jacob arrachant la bénédiction à Isaac extérieurement par fraude, à cause de la malice d'Ésaü qui avait irrésistiblement séduit son père, quand bien même l'acte ne fut entaché d'aucune faute ou coulpe et demeura parfaitement saint, tout inspiré qu'il était par le Saint-Esprit. Il en est un peu de même pour les décrets "mauvais" dans le bullaire papal, qui ne le sont que parce qu'il est accidentellement impossible pour le pape de se sortir d'une situation où le mal triomphe, sans poser un péché matériel...
Mais plus encore, cet épisode est une clef scripturaire lumineuse pour comprendre; la promulgation du décret D.H.P. et tout le problème moral de fond de notre Crise de l’Église.
Dans ma toute première ébauche d'étude sur le sujet, vraiment très héroïque (notamment parce que je n’avais aucune connaissance de la théologie, sans parler du reste), j'avais longuement analysé cet épisode, je m'en souviens, et, à travers beaucoup d'imperfections, de confusions, d'ignorances sur les données théologiques du problème, il y avait ce passage très émouvant maintenant que je le relis quasi vingt ans après, où je montrais qu'Isaac, représentant l'Épouse mystique ou Église, avait plus ou moins conscience d'être trompé, mais qu'il se rendait quand même à l’apparence des choses, à savoir que celui qui demandait la bénédiction ne pouvait qu'être celui à qui elle était destinée : "Tu as le corps velu d'Ésaü (Jacob conseillé par Rébecca s'était revêtu d'un manteau de poils d'animal fraîchement tué) mais la voix de Jacob" ; et Isaac donnait la bénédiction à Jacob, parfaitement trompé.
J'en faisais l'analogie avec D.H.P. où, là aussi, l'Église est trompée avec son chef le pape Paul VI : celui-ci, bien qu'ayant la conscience plus ou moins taraudée par le côté hétérodoxe de la doctrine contenue dans D.H.P., écouta, son propre esprit déformé par son éducation libérale, les Pères conciliaires progressistes qui lui disaient que ce décret servirait à libérer les chrétiens des pays de l'Est. (Note d’elogofioupiou : D.H.P. est la suite d’une trahison des Judas conciliaires…)
Il y a dans tout cela, en vérité, tout un jeu mystique de rôles à jouer, de rôles joués, de supplanteur diabolique, de juste supplantant le supplanteur, de fautes extérieures qui ne sont pas réellement, de mort mystique de la Vérité pour un plus grand triomphe de cette même Vérité, etc., qu'il serait sans doute nécessaire de bien exposer à fond. Bien noter d'autre part que Satan, par l'organe maudit de l'Antéchrist, va tâcher de son côté de supplanter le Christ, en se revêtant lui aussi d'un manteau d'innocence et de sacerdoce, comme le révèle fort bien l'Apocalypse, en disant qu'il sera un "agneau à la voix de dragon "...
…d'une erreur doctrinale ex professa, comme d'ailleurs les exemples de Boniface II, Nicolas II, Jules II et Paul IV le montrent très bien (on pourrait aussi rajouter à la série le décret du pape Étienne III déclarant au VIIIe siècle, après l'énorme scandale causé par l'intrusion sur le Siège de Pierre de l'anti-pape laïc Constantin, que serait invalide toute élection de pape qui ne serait pas tiré des clercs ou diacres de l'Église romaine, décret solennellement promulgué en concile : s'il fallait suivre le raisonnement sédévacantiste, alors, combien de papes postérieurs à ce décret, parfaitement étrangers à l'Église romaine lorsqu'ils furent élus au Siège de Pierre, seraient illégitimes !).
Et justement, d'une manière très édifiante cette fois-ci, se vérifie dans ce tournant de l'histoire ecclésiastique ce que nous avons appris ensemble plus haut quant au Magistère authentique non infaillible : le pape, dans ce genre de documents, quoiqu'il puisse se tromper accidentellement dans l'ordre des moyens employés, a TOUJOURS en vue le "Bien Fin de l’Église" (comme disait Mgr Guérard des Lauriers dans son langage ampoulé...!).
Pour en finir, que le lecteur saisisse donc bien surtout que dans la critique du très funeste § 6 de la bulle de Paul IV que nous faisons, nous n'avons nullement l'intention de discréditer la très sacrée et très sainte autorité pontificale, nous ne faisons que suivre l'exemple de l'abbé Didier et de saint Anselme, c'est-à-dire défendre le droit divin de l'Église et du Saint-Siège contre la faute de faiblesse très excusable voire même... édifiante (quant à la motivation et au contexte), de papes accidentellement défaillants pour vouloir trop humainement le Bien de l'Église (encore qu'il est capital de noter que les promulgations des bulles de Jules II et de Paul IV firent beaucoup plus de bien opéré dans l'ordre humain, à l'époque où elles parurent, que de mal opéré dans l'ordre théologique, lequel mal ne surgit... qu'à notre époque, dans les rangs sédévacantistes).
En sorte que, à propos du § 6 de la bulle de Paul IV, nous sommes plus qu'autorisés à dire et, en tant que catholique romain voulant le demeurer, nous le disons avec l'énergie invincible que donne la Foi, sans hésitation aucune, nous rangeant en particulier avec joie et fierté derrière l'héroïque et saint abbé Didier. Il sera déclaré bienheureux après sa mort, et son culte local au Mont Cassin sera confirmé en 1887 par Léon XIII. Au temps de saint Grégoire VII, il était déjà en si haute estime et réputation de vertu que lorsque ce dernier fut élu pape, il lui écrivit sans tarder une lettre personnelle pour lui annoncer son élection et l'appeler auprès de lui, en ces termes flatteurs et élogieux : "... car vous n'êtes pas sans savoir à quel point l'Église romaine a besoin de vous et a confiance en votre discernement" (Ph. Jaffé & S. Lôwenfeld, 4772).
"UN PAPE NE PEUT FAIRE VALIDEMENT UN TEL DÉCRET. SI PAUL IV L'A FAIT, IL L'A FAIT INJUSTEMENT ET IMPRUDEMMENT ; LA FAUTE D'UN HOMME NE DOIT PAS FAIRE PERDRE À L'ÉGLISE SA DIGNITÉ267. IL N'EST PAS PERMIS, MÊME À UN PAPE, DE FAIRE UN DÉCRET OÙ IL AFFIRME L'INVALIDATION RÉTROACTIVE DE L'ÉLECTION DE TOUT PAPE QU'ON DÉCOUVRIRAIT HÉRÉTIQUE PAR LA SUITE, DU SEUL FAIT DE SON HÉRÉSIE (IPSO-FACTO), À PARTIR DU MOMENT OÙ LADITE ÉLECTION A ÉTÉ DÛMENT ET LIBREMENT RECONNUE EN SON TEMPS PAR L'ÉGLISE UNIVERSELLE REPRÉSENTÉE ORDINAIREMENT PAR LES CARDINAUX : CELA, NOUS Y CONSENTIRONS JAMAIS".
Note 267 Ce genre de décret déshonore en effet Dame la Sainte Église Romaine, en ce qu'il attente à sa liberté. À propos du décret de Boniface II voulant désigner son successeur, Rohrbacher dit ceci : "Aussi ce décret fut-il cassé dans un concile qui se tint quelque temps après, comme étant au déshonneur du Saint-Siège et contraire aux saints canons. Boniface s'avoua même coupable de ce qu'il s'était nommé pour successeur Vigile, et brûla, en présence de tous les évêques, du clergé et du sénat, le décret qu'il avait fait passer pour s'autoriser à ce sujet" (Rohrbacher, t. IX, p. 88). Qu'il est à déplorer que le pape Paul IV n'en fit autant de sa bulle pareillement... DÉSHONORANTE pour Dame la sainte Église romaine !
Amen. Cette fois-ci, il semble que la question sédévacantiste soit définitivement épuisée.
Causa finita est.
Extrait de : L’IMPUBLIABLE Vincent Morlier
Note d’elogofioupiou : Le Saint Père Paul VI fut reconnu comme pape légitime par tous les cardinaux. Comme il est encore vivant, les sédévacantistes ont tort et sont donc à considérer comme une secte. Lire ou relire : http://elogofioupiou.over-blog.com/article-message-aux-sectaires-sedevacantistes-119888556.html
elogofioupiou.over-blog.com