Le dogme de la vie future, et de l'immortalité de l'âme, fut-il toujours un des articles fondamentaux de la religion primitive …
Dieu, voulant distinguer l'homme du reste des créatures visibles, sembla se recueillir en lui-même avant de le créer : Faisons l'homme, dit-il, à notre image et à notre t es semblance. Il forma son corps de terre et le rendit vivant et animé en lui donnant une âme intelligente capable d'aimer, de vouloir et de penser ; et c'est en cela que l'homme est fait à l'image de Dieu et capable de le posséder éternellement, s'il se rend digne de ce bonheur par la pratique des vertus qui lui sont commandées.
Il fallait au premier homme une compagne : elle fut tirée de lui-même et reçut le nom d'Ève : ainsi fut institué le mariage. Tous les hommes sont nés de ces premiers parents : ils doivent donc être à jamais une seule et même famille et s'aimer comme les enfants d'un même père.
L'homme n'est pas seulement corps ; il a une âme capable de penser et d'aimer, une âme qui de sa nature est incorruptible et immortelle.
histoire: Un empereur romain avait un cerf qu'on était venu à bout d'apprivoiser. Il était nourri au palais et y revenait tous les jours après avoir visité les forêts voisines. Cet animal était cher à l'empereur. Craignant que dans les courses qu'il faisait au dehors, quelqu'un ne le poursuivît et le blessât, il fit graver sur un collier d'or, qu'on lui mit, ces paroles : Ne me touches pas, j'appartiens à César.
Nous venons de Dieu, nous appartenons a Dieu, nous sommes à Dieu, nous sommes le bien de Dieu ; il nous a marqués de son sceau : notre âme et ses facultés, notre corps et les organes de nos sens portent l'empreinte de la Divinité. Ne nous laissons donc pas séduire par les mauvais exemples, entraîner par les passions et réduire en servitude par l'esprit de malice, qui est notre grand ennemi.
De la spiritualité et de l'immortalité de l'âme
Les fidèles de la nouvelle Loi ne sont pas les seuls qui fassent profession de croire à l'immortalité de notre âme ; les anciens patriarches, les prophètes, tous les adorateurs du vrai Dieu y ont également cru et en ont fait le motif de leur conduite. Les grands génies de l'antiquité, Platon, Aristote, Cicéron et une infinité d'autres ont, par les lumières de la raison, aidée de quelques souvenirs traditionnels, reconnus que la mort n'est pas la fin de tout homme, mais qu'il se survit encore à lui-même, après avoir éprouvé cette catastrophe, qui n'est autre chose que la séparation des deux substances, l'âme et le corps qui constituent sa nature.
Et, en effet, nous ne pouvons pas plus douter qu'il y ait en nous deux substances que nous ne pouvons douter de notre propre existence ; car ce qui pense dans nous, ce qui médite, calcule, compare, réfléchit, ce qui est capable d'une si grande variété de connaissances et de sentiments ne peut être matière. Mais le dogme de l'immortalité de l'âme n'est pas seulement fondé sur de simples conjectures, sur quelques vraisemblances : la révélation primitive, la persuasion générale du genre humain, les idées que Dieu nous a données de sa bonté, de sa puissance, de sa justice, tels sont les fondements d'une vérité aussi consolante pour l'homme de bien qu'effrayante pour l'impie.
Après son péché, l'homme a été condamné à mort ; son corps doit redevenir de la poussière, d'où il a été tiré ; mais si son âme devait périr avec son corps, si ce principe de vie émané du Créateur devait être anéanti, la promesse d'un rédempteur était absurde et sans motif. Aussi le dogme de la vie future, et par conséquent de l'immortalité de l'âme, fut-il toujours un des articles fondamentaux de la religion primitive; il fut l'espoir de nos premiers parents, comme il sera le nôtre, si nous observons avec fidélité les préceptes que le Seigneur nous a donnés.
Le dogme de la vie future, et par suite nécessaire de l'immortalité de l'âme, a été généralement reçu par tous les peuples de l'univers; l'idolâtrie, loin de la détruire, lui avait donné une nouvelle force, ou plutôt ce fut même l'abus de cette croyance qui fut une des sources de l'idolâtrie ; l'apothéose des grands hommes et l'usage de leur rendre des honneurs divins après leur mort, ne se seraient jamais établis si l'on avait cru que l'homme meurt tout entier.
En créant un être d'une capacité aussi vaste que celle que possède notre âme, Dieu n'a pu avoir d'autre fin que celle de la rendre heureuse par la possession d'un bien digne d'elle, digne de ses œuvres. Peut-on trouver le bonheur en ce monde ! L'homme le plus vertueux y est-il toujours le plus heureux ? Hélas ! L'expérience de tous les jours ne nous apprend que trop le contraire.
La justice divine est encore une preuve de l'immortalité de l'âme : on voit souvent en ce monde le vice triomphant et la vertu humiliée ; l'impie heureux et le juste malheureux. Il est donc nécessaire que l'ordre soit rétabli, que le vice soit puni et la vertu récompensée. Mais comment cet ordre serait-il rétabli, et comment la justice divine exercerait-elle ses droits, si l'âme n'était pas immortelle ?
On dira peut-être que le remords est la punition du crime ; mais que serait le remords sans la foi ? Disons donc hardiment que nier la spiritualité de l'âme, et par conséquent, son immortalité, c'est non seulement donner le démenti à la croyance et au sentiment de tous les peuples, mais encore à la sainte raison et au sens commun.
Cette vérité, professée dans tous les temps, et par presque tous les peuples de l'univers, est sans doute terrible pour l'impie ; elle le poursuit partout et lui déchire le cœur, malgré les efforts qu'il fait pour se tranquilliser. Le libre cours qu'il donne à ses passions lui fait redouter l'éternité, parce qu'il n'a rien à attendre qui lui soit avantageux ; il voudrait ne pas croire, mais le remords le poursuit ; il doute, ou plutôt il croit malgré lui. Son incrédulité souvent affectée décèle un cœur coupable. "Quand la pensée de l'avenir visite les incrédules, dit Young, ils rampent, ils tremblent, ils doutent, ils croient. "
Le juste, au contraire, trouve dans cette vérité la force dont il a besoin pour souffrir avec résignation les maux de la vie présente ; elle est de plus son espoir pour l'éternité.
Extrait de : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU. (1860)
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