Les moucherons qui voltigent dans un dernier rayon de soleil, au crépuscule, peuvent s'imaginer qu'ils pourront ainsi tournoyer sans fin. Cependant, le soleil ne cesse de décliner à l'horizon; peu à peu l'obscurité grandit, le froid se fait sentir :"assez de valses, assez dit cette farandole et de votre musique" Voici la nuit"'.
A quelque chose près, n'est-ce pas là l'avertissement que la nature adresse chaque jour aux humains qui, pour la plupart, ne réfléchissent pas plus que les moucherons, tant ils sont absorbés par leurs occupations, préoccupations, quand ce ne sont pas par leurs plaisirs.
Quant aux pécheurs, au milieu des délices que leur apporte le mal, ils oublient que toute fête ici-bas est courte, et qu'il faut la payer, au début, quand on se présente pour y prendre part, ou dans le dernier quart d'heure.
Les avertissements pourtant ne leur manquent pas. Chaque matin le journal offre à discrétion des récits d'accidents et de catastrophes. De temps en temps, une lettre bordée de noir nous annonce qu'un ami, un proche, ont quitté ce monde...
Telle est la loi promulguée par Dieu en sanction du péché originel : "Les hommes mourront, écrit St Paul, et leur mort sera suivie du jugement" (Hébr. lX, 27). C'est alors que retentira à l'oreille de chacun l'ordre que le Maître adressait à son économe infidèle : "Rendez compte de votre gestion". Scène terrible sur terre et dans l’éternité !
LA MORT
Le moribond vient de rendre !e dernier soupir. Les parents et les amis en pleurs s'empressent autour de la couche funèbre. On écoute s'il n'y a pas un ultime battement de coeur, un léger souffle, une vibration du pouls Non ! C'est bien fini!... On presse les lèvres du défunt, on baisse ses paupières pour toujours. Et tandis que se fait la lugubre et ultime toilette, des voix feutrées évoquent la vie du Mort : "II était courageux, dur à la peine; il fut héroïque dans sa souffrance; tout de dévouement pour sa famille..." Tel est le jugement des hommes qui ne veulent retenir, quand ils ne les imaginent pas, que les mérites du Défunt.
N'est-ce pas là une façon parfaitement inconsciente, chez ceux qui publient les louanges du Défunt, de se bercer d'illusions sur leur propre vie; car cette mort a laquelle ils viennent d'assister est un rappel cruel du jugement qui nous attend tous au seuil de l'éternité.
LE JUGEMENT
Et comment se passe ce jugement ? Voici : Durant sa vie terrestre, le Défunt a "écrit" sur la "toile de sa mémoire" des pensées, enregistré des paroles, des actions, laissé des "espaces blancs" d'omissions coupables... L'oeuvre est finie, fixée à jamais comme la statue de plâtre humide que le soleil va durcir...
La volonté du Défunt est immuablement figée : dans le bien, s'il est mort en état de grâce; dans le mal, s'il est mort en révolté, c'est-à-dire coupable d'au moins un péché mortel.
Et cette volonté ainsi fixée, ne peut vouloir que ce que veut la justice souveraine de Dieu. Et de même que les corps plus lourds que l'air tombe, les morts, privés de la grâce, tombent dans les enfers.
Soulevés par la vie divine qui les anime, les Défunts en état de grâce, s'élèvent vers Dieu, pour jouir du bonheur du Ciel s'ils se sont ici-bas purifiés de tout péché, et de tout reste de péché, même véniel...
Quant à ceux qui n'ont pas purifié complètement leur âme, bien qu'ils aient gardé l'amitié divine, ils vont au Purgatoire.
Les artistes se sont plu à imaginer te jugement particulier semblable à l'un de ceux de nos tribunaux humains, Satan étant l'accusateur, notre ange gardien jouant le rôle de l'avocat. Pure fantaisie humaine de peintre !
Dieu n'a nul besoin de délibération; il n'a que faire d'avocat et accusateur !
Au nom de sa justice souveraine et infaillible, il décide et fixe le sort éternel du Défunt.
La cause est définitivement entendue, il n’y a pas d’appel possible, le Trépassé prend lui-même le chemin du Ciel, du Purgatoire ou de l'Enfer.
Est-ce à dire que notre Ange gardien, notre Patron, la Sainte Vierge n’ait aucun rôle à remplir dans notre destinée éternelle ?
Le penser serait un blasphème.
Mais leur action bénéfique se situe au moment de l'agonie.
Extrait du B.C. no 109
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