Du Cambodge à l'Église « conciliaire »
Souffrez, mes Seigneurs, que je vous demande à quel moment ou à quelle étape de notre « renouveau » vous aurez la satisfaction de voir réalisées les intentions du concile. Vous me paraissez mettre en oeuvre, sur le plan spirituel, une conception analogue à celle dont le Cambodge a connu l'accomplissement physique. Dans ce pays, l'autorité décida que, pour les Cambodgiens, l'unique chance de « progrès » consistait à tout recommencer et à tout renouveler en adoptant le genre de vie le plus primitif.
A cette fin, on détruisit les villes, les temples et les écoles; on abolit brutalement les traditions ancestrales; on élimina tous les récalcitrants; on chassa de leurs habitations les petites gens; on les abandonna sans secours sur les routes ou dans la jungle, et c'est là que des millions périrent de maladie ou de faim. Résultat; on a fait du Cambodge une terre en friche. Horrible dévastation qui a décimé le peuple le plus heureux et le plus gai du sud-est de l'Asie. Tragédie d'autant plus douloureuse qu'elle eut pour complices des exécutants de l'intérieur, des concitoyens.
Je vous entends protester avec indignation contre ma comparaison entre le Cambodge et l'Église catholique. Eh bien, mes Seigneurs, n'avez-vous pas décrété notre « renouveau », que ça nous plaise ou non, même au prix du désespoir et de la perte d'une multitude d'âmes dont vous semblez vous préoccuper fort peu? A dessein d'opérer de force ce « renouveau » par un retour à des coutumes primitives, n'avez-vous pas, en somme, balayé toutes les traditions de notre Église et tout ce qu'on y respectait comme saint et sacré? N'avez-vous pas ravagé nos églises, devenues par votre industrie des lieux de rassemblement, dépourvus parfois de tout signe de la Présence eucharistique? N'avez-vous pas arraché de nos sanctuaires l'autel du sacrifice divin pour y substituer la « table du pain » (Inaestimabile Donum, n. 1) ?
N'avez-vous pas interdit sauvagement la messe millénaire, la remplaçant par un simulacre très proche, pour qui sait voir, d'un office oecuménique de prière, avec son insistance non sur le divin, mais sur l'humain? N'êtes-vous pas en train de précipiter la ruine de nos écoles catholiques par votre insouciance devant la désaffection à l'égard de nos valeurs traditionnelles?
Parallèlement, ne favorisez-vous pas une catéchèse étrangère à la plupart des parents qu'a instruits notre petit catéchisme ? N'avez-vous pas éloigné des postes d'influence et de commandement les personnes peu enthousiastes du « renouveau », écartant ainsi toute opposition à vos vues, soit dans les commissions diocésaines ou nationales, soit dans les organes catholiques de diffusion?
Et l'effet de ce prétendu « renouveau » ne fut-il pas d'évincer de nos églises des milliers de fidèles que rebute l'indigeste bavardage imposé à leur piété liturgique, au nom du nouveau rite et de la nouvelle messe? Et de la sorte, n'avez-vous pas créé dans l'Église un quasi-désert ?
A une nouvelle cruauté opposer une toujours neuve charité
Sous le prétexte cyniquement cuisiné d'une expurgation, vous avez inauguré dans l'Église une cruauté d'un genre inouï. N'avez-vous pas pour tâche fondamentale le souci et le soin de toutes vos brebis, et non pas seulement de celles qui bêlent d'approbation? N'avez-vous de charité que pour vos flagorneurs? Il y a sûrement d'autres! Agneaux précieux dans vos bergeries. En ouvrant la quatrième session du concile, le 14 septembre 1965, Paul VI déclara;
Ce concile le dit: l'Église est une société fondée sur l'amour et gouvernée par l'amour. Elle aimait, l'Église de notre concile,... elle aimait avec un coeur missionnaire. (Cf. la Documentation catholique, 3 oct. 1965, n. 1456, col. 16580
Où est cet amour ?
Où est ce zèle missionnaire ?
Pour un très grand nombre de fidèles, il est clair qu'on a traité ces paroles avec autant de cynisme et de désinvolture que les documents mêmes du concile.
Vous connaissez la boutade d'Abraham Lincoln: « On peut tromper tout le monde un certain temps, certaines gens tout le temps, mais non tout le monde tout le temps. »
Dans l'Église catholique (pardon: conciliaire), cet aphorisme de Lincoln aide à comprendre les vingt dernières années. A n'en pas douter, presque tout le monde, aux heures capiteuses du concile, s'illusionna pendant un court laps de temps. Sans doute aussi, bien des gens ne cessent d'entretenir leurs illusions, devant ce « brave nouveau monde » conciliaire. Mais, dans une lumière désormais, aveuglante, presque tout le monde perçoit, depuis longtemps déjà, qu'on l'a trompé par de fausses promesses et comment le dire autrement? Par la duplicité, l'hypocrisie pratiquées à la suite de Vatican II.
Cependant, même à cette heure démoralisante pour l'Église, il y a moyen de redresser la situation. N'avez-vous pas remarqué la réaction du peuple au cours de la visite de Jean-Paul II en notre pays? ...
On l'applaudit quand il condamna l'avortement, le divorce, la promiscuité, le commerce de la drogue, matières sur lesquelles vous avez observé un silence notoire...
N'avez-vous pas entendu avec quel élan de joie on a, dans la cathédrale de Westminster, chanté le Kyrie, le Gloria, le Credo, etc.?
Démenti vigoureux de votre opinion selon laquelle personne ne veut plus du grégorien.
Il y a donc, mes Seigneurs, motif d'espérer que, profitant de cette occasion unique, vous saurez admettre votre erreur et restaurer la paix, l'harmonie une fois de plus dans notre Église.
Vos ouailles l'ont ouvertement affiché: elles ont le goût de la vérité du Christ que vous avez l'impérieux devoir de prêcher. « Celui qui demeure en moi, avec moi, assure Jésus, porte du fruit en abondance. »
Quelle garantie plus merveilleuse pouvez-vous escompter?
Ici, l'avenir de l'Église catholique est dans vos mains. Ne trahissez pas. Fidèlement vôtre,
(L. DARROCH.) Pseudonyme du Père Joseph D’Anjou
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