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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 21:24


Le mauvais usage de la collégialité

Inutile, je pense, de vous rappeler que vous les êtes les successeurs des Apôtres: le dernier concile a fait de cette certitude un de ses thèmes préférés. Au coeur du schéma De Ecclesia, on avait placé le rapport des évêques au pape dans le gouvernement de l'Église. Pour ce qui concerne l'épiscopat, les Pères du concile ne cachèrent pas leur volonté d'affermir leur action: il fallait reconnaître au collège des évêques un pouvoir nouveau, une force nouvelle.

Or, qu'avez-vous obtenu? Il appert aux yeux du plus humble fidèle que non seulement vous n'avez pas acquis par collégialité une majoration de pouvoir, vous avez même perdu, en fait, le meilleur de l'autorité personnelle que vous possédiez au départ. Chacun de vous se trouve aujourd'hui lié par des décisions qu'il désapprouve cordiale­ment. Sous un tel joug, y a-t-il un seul évêque libre d'exercer, dans son diocèse, l'autorité qui lui appartient de droit? Illu­sions, rien d'autre: voilà en quoi consistèrent vos rêves de grandeur.

Vous réclamez de vos prêtres et du laïcat l'obéissance aux directives que vous votez « en collégialité ». Or, mes Seigneurs, l'autorité du collège des évêques a des limites bien définies. Hélas! Que de fois ne les avez-vous pas franchies, ces dernières années, par abus de pouvoir! J'offre ici deux exemples. Le collège des évêques, pape au sommet, a pris deux décisions qui, j'imagine, obligeaient chacun d'entre vous.

(1) L'usage du latin, sauf cas exceptionnels, doit être maintenu dans le rite latin. (Extrait des Principes généraux de la réforme approuvée par le concile.) (La même directive est consignée dans la constitution relative à la liturgie (Sacrosanctum Concilium, n. 36). Mais la traduction française en est fautive: elle dit que l'usage de la langue latine sera conservé, alors que l'original latin signifie: doit être conservé.

(2) Le Saint-Siège exhorte vivement les évêques, les prêtres et les fidèles à respecter attentivement la loi toujours en vigueur (de la réception de l'Hostie sur la langue) et qui se trouve de nouveau confirmée, en accord avec le jugement émis par la majorité de l'épiscopat catholique. (Instruction Memoriale Domini, 29 mai 1969; cf. la Documentation catholique, 20 juillet 1969, n. 1544, p. 670.)

Qu'est-il advenu depuis lors? Par groupes, — et vraisem­blablement à cause de leur interprétation de la collégialité (espèce de mini - collégialité, peut-être), — des évêques ont renversé ces décisions pour agir à leur fantaisie. Conséquemment, les malheureux laïcs que nous sommes ont enduré les grossières parodies du nouvel ordo en vernaculaire et constaté les innombrables profanations du Saint Sacrement chaque fois que les Saintes Espèces circulent de n'importe quelle main à une autre, sans même avoir, semble-t-il, passé d'abord par la main consacrée du prêtre.

Et ainsi, mes Seigneurs, vous ne pouvez ignorer que si, pour complaire aux extravagances d'une coterie (tout en invoquant, au besoin, la collégialité), vous enfreignez une directive de la majorité, c'est le principe de la collégialité que vous réduisez à une triste farce.

Comment oserez-vous encore nous prêcher l’obéissance, après avoir, par votre conduite, donné l'impression que vous méprisez l'enseignement du Saint-Père lui-même? N'auriez-vous pas pour maxime: « Faites ce que nous disons »? Plutôt que « Faites ce que nous faisons »? Peut-être avez-vous par opportunisme (ou) par vouloir délibéré), choisi d'oublier le texte suivant?

... le collège ou corps épiscopal n'a d'autorité que si on l'entend comme uni au pontife romain, successeur de Pierre, comme à son chef, et sans préjudice pour le pouvoir de ce primat qui s'étend à tous, pasteurs et fidèles. En effet, le pontife romain a sur l'Église, en vertu de sa charge de vicaire du Christ et de pasteur de toute l'Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu'il peut toujours exercer librement. — Vatican II, Lumen gentium (sur l'Église), n. 22; traduction du cardinal Garrone, Édit. du Centurion, Paris, 1967, p. 48.

Note : Sur le problème de la collégialité, rendu complexe par les équivoques conciliaires et les mésinterprétations régionales, on lira avec profit la savante étude composée par le canoniste Raymond Dulac, prêtre, la Collégialité épiscopale au deuxième concile du Vatican (Édit. du Cèdre, 13, rue Mazarine, 75006 Paris, 1979).

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