C'est un mot trop fréquent que celui-ci: « Je n'y ai pas pensé ! »
Que de choses auxquelles il y a un grave devoir de penser !
Au point de vue purement humain, il y aurait beaucoup à dire !.... Par ce manque de réflexion, on négligera les devoirs de la piété filiale; on se privera d'une partie des joies fraternelles; on perdra la moitié de son bonheur; on soumettra à une épreuve dangereuse le cœur le plus fidèle. Près de vous, combien de personnes souffriront de ce manque de réflexion !
Près d'un malade, la femme qui pense est un auxiliaire précieux pour le médecin: on peut même dire que son absence compromettrait la guérison: que de soins à prévoir! Que d'imprudences à éviter ! Si vous êtes reconnues comme quelqu’un qui pense et sait bien réfléchir, vous obtiendrez la confiance, quel que soit votre âge.
Mais, dans les relations avec Dieu, il importe encore plus de bien penser ! Penser, lorsqu'il s'agit des choses de l'âme, c'est acquérir une multitude de mérites, c'est pratiquer à chaque instant les petites vertus, c'est éviter de nombreuses fautes. Vous savez ce que disait David après son péché : « Pardonnez-moi, Seigneur, car j'avoue que j'ai agi comme un insensé ! » Pourquoi cela ? Parce qu'il avait négligé de rentrer en lui-même et de réfléchir.
Le monde se sépare en deux groupes, ceux qui pensent et ceux qui ne pensent pas. Eh bien ! Vous devez penser; il le faut absolument. Si vous prenez cette bonne habitude, si vous ne l'avez pas eue jusqu'ici, vous ne comprendrez bientôt pas comment vous avez mis autant de temps à l'acquérir, et si un jour, ce qui serait bien injuste, on venait à vous négliger, votre consolation sera de penser aux autres. Faire plaisir, provoquer le sourire d'un enfant, le remercîment d'un inconnu qu'on ne reverra jamais, par une prévenance, par une parole aimable, par un rien dont l’à-propos fait tout le mérite, n'est-ce pas un acte aussi facile que charitable ?
Que personne n’ose dire : Plus tard, plus tard ! Eh bien non, ne croyez pas que l'esprit se soumette tout d'un coup à la réflexion. Il faut le plus souvent l'y contraindre. A un certain âge, la réflexion est douce, elle ne laisse pas de trace. Si vous réfléchissez alors, vous réfléchirez toujours. Il faut bien le dire, toutes les personnes n'ont pas la raison de leur âge. Il y en a qui traversent la vie sans réflexion, avec une indifférente légèreté, et, souvent, malgré des événements douloureux dont on aimerait au moins à trouver un reflet sur leur visage mûri par le temps.
Il y a aussi beaucoup de jeunes personnes plus réfléchies qu'on ne croit. Donc, ne vous laissez pas prévenir contre la réflexion. C'est une bonne amie, sage, prudente, et dont la gravité n'exclut pas les consolations et les espérances. Sans elle il n'y a ni sérieux dans la vie, ni piété possible. Sans elle, le salut lui-même n'est plus en sûreté.
Quel regret ce serait pour nous de devoir dire au dernier jour: « Tel devoir m'a échappé : je n'y ai pas pensé ; je me suis laissé entraîner à telle faute : je n'ai pas réfléchi ! » Mais ce regret serait alors stérile et sans fruit. Corrigeons-nous de notre légèreté tandis qu'il en est temps...
Pour bien réfléchir, il faut vivre dans un certain recueillement. Ni la vie intellectuelle ni la vie morale ne sauraient, sans ce recueillement, être ce qu'elles doivent être.
Ne soyons donc pas de ces âmes qui sont toujours « hors de chez elles », comme quelqu'un le disait finement. Sachons, aucontraire, nous faire en nous-mêmes un refuge, un foyer et comme un sanctuaire, où nous nous retrouvons et où les nôtres sont toujours sûrs de nous retrouver, nous et nos sentiments les plus chers, nous et nos pensées les plus intimes, nous et notre affection pour eux.
Catherine de Sienne rencontrait tous les obstacles imaginables à la sainte vie qu'elle désirait mener. Ses parents, la trouvant trop pieuse, voulurent l'occuper aux soins du ménage et ne lui laissèrent plus un moment pour aller prier Dieu. La sainte se soumit avec une docilité parfaite ; mais voyant que son cher oratoire lui était fermé, elle se fit un autre oratoire dans son propre cœur, une cellule où elle s'entretenait affectueusement avec Jésus-Christ. Bien mieux, elle s'appliqua à voir Jésus-Christ dans la personne de son père, la Sainte Vierge dans celle de sa mère ; et grâce à ces pensées de foi, elle les entoura de la plus profonde vénération, tout en faisant chaque jour elle-même de nouveaux progrès dans le recueillement.
Chrétiens et chrétiennes, vous qui vivez aujourd’hui au milieu du monde, faites en votre cœur, un foyer domestique sur lequel le monde n'aura jamais aucun droit.
EXTRAIT DE : LECTURES MÉDITÉES (1933)
elogofioupiou.over-blog.com