Les preuves de la religion mises à la portée des enfants… (10)
L'homme présente à chaque pas un si étrange mélange de noblesse et de dégradation, de grandeur et d'abaissement, de bien et de mal, qu'il n'est pas facile de concevoir comment un être d’une telle nature a été l'ouvrage de Dieu.
En effet, tandis qu'à l'aide de son intelligence il embrasse, pour ainsi dire, le ciel et la terre, tandis qu'il découvre le cours des astres et pénètre dans les secrets les plus profonds de la nature, nous le voyons en même temps tout plein de doutes, d'ignorance, d'erreurs; il a un cœur noble, ami de la vertu, s'enthousiasmant au seul souvenir d'une action généreuse, et ce cœur s'attache aux choses les plus viles et devient l'asile de la cruauté, de la trahison et de la perfidie ; il est capable de concevoir et de réaliser des projets gigantesques, et de braver sans peur toute espèce de périls, et peut-être tremble-t-il effrayé à la vue d'un danger méprisable, et perd-il courage pour s'être heurté à la difficulté la plus légère ; il soupire sans cesse après le bonheur, et il vit accablé d'infortunes; en un mot, quel que soit l'endroit par lequel nous considérons l'homme, nous y trouvons un contraste étrange, qui afflige et confond.
Si nous faisons un moment de réflexion sur nous-mêmes, nous ne manquerons pas de voir que tout le cours de notre vie est une lutte continuelle entre la vérité et l'erreur, la vertu et le vice, l'amour du bonheur et l'infortune. L'accomplissement de nos obligations d'une part, et la paresse et toutes les passions de l'autre, tiennent notre âme dans une torture de tous les instants; de façon que l’on dirait qu'il y a au-dedans de chacun de nous deux hommes qui se contredisent et se font une guerre sans relâche, l'un bon et l'autre mauvais, l'un sage et l'autre insensé.
Et pour ce qui touche au bonheur, qui peut se glorifier d'en jouir, de l'avoir à peine goûté ? Comment est-il possible, diront les incrédules, qu'une telle monstruosité soit sortie des mains d'un Dieu infiniment sage, infiniment bon ? C'est ici cependant, c'est en répondant à cette difficulté, que la Religion catholique montre toute sa sublimité, c'est ici qu'elle manifeste un de ses titres les plus irrécusables pour prouver qu'elle, et elle seule, est la vérité.
La Religion ne nie pas qu'il existe dans l'homme des contradictions palpables, qu'on remarque dans son être et dans sa conduite des écarts monstrueux; elle ne cherche à diminuer en rien la réalité du fait sur lequel est fondée la difficulté, parce que se sentant la force de la résoudre complètement, elle n'éprouve aucune nécessité ni de l'atténuer, ni de la tourner, ni de l'éluder.
Mais dès que la difficulté se montre, qu'elle se présente avec cette apparence grandiose et robuste qui a suffi pour confondre les plus grands philosophes de l'antiquité, la Religion lui barre le chemin, et lui dit en face : « Oui, l'homme gît dans l’erreur et dans la corruption. Mais veux-tu en comprendre le secret? Le voici: il est dans un des dogmes que j'enseigne, dans le péché originel. L'homme d'à présent n'est pas tel que Dieu l’a créé, mais c'est un homme dégénéré. Dieu l'avait créé innocent et heureux; son intelligence était éclairée par la lumière de la vérité, sa volonté en harmonie avec toutes les prescriptions de la raison et de la loi divine; sa vie s'écoulait dans un repos agréable, dans un bien-être paisible, son cœur surabondait de félicité. Ce bonheur si grand eût passé à sa descendance, s'il s'était conservé dans la soumission aux ordres de Dieu; mais l'homme a péché ; et par un dessein impénétrable du Très-Haut, toute la race d'Adam est restée infectée de la faute et soumise à la peine. Et ainsi est éclairci le mystère des contradictions de l'homme : cette noble créature est l'image et la ressemblance de Dieu même, mais la flétrissure du péché a défiguré cette belle image ; quand nous considérons l'homme intelligent, incliné à la vertu, élevant son noble front pour contempler le ciel, nous considérons en lui l'image de Dieu; quand nous le considérons dans les ténèbres de l'erreur, dans la fange du vice, dans les angoisses du malheur, nous voyons les ravages exercés sur cette belle image par le fléau du péché. »
C'est ainsi que la Religion explique les contradictions monstrueuses de l'homme ; et bien qu'il soit vrai que cette explication elle-même est un mystère beaucoup au-dessus de la portée de l'intelligence, on ne peut cependant nier qu'à travers les nuages qui entourent ce secret auguste , on ne découvre un tel fond de raison et de vérité, et que le mystère du péché originel ne projette une telle abondance de clarté, que l'univers tout entier en est illuminé, et que notre intelligence satisfaite se dit à elle même : « Ce mystère est supérieur à ta raison, mais il ne lui est point contraire. »
Extrait de : Les preuves de la religion mises à la portée des enfants. Dr Jacques Balmès. (1869)
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