Les preuves de la religion mises à la portée des enfants… (11)
L'homme tombé de l'état d'innocence et de bonheur dans lequel il avait été créé, infecté du péché, chassé du paradis, sujet à toute espèce de peines et de misères, et pour fin à la mort, eût été dans une horrible situation, si Dieu par son infinie miséricorde n'avait voulu porter remède à une si affreuse catastrophe, en envoyant son fils unique afin que tous ceux qui auront cru en lui ne périssent point, niais qu'ils aient la vie éternelle.
Sans doute Dieu aurait pu pardonner au genre humain la faute commise, et remettre la peine méritée sans exiger de satisfaction d'aucune sorte, puisque Dieu lui-même était l'offensé ; et qui peut du reste marquer des bornes à sa toute-puissance?
Il pouvait également bien exiger une satisfaction, et l'obtenir de mille manières diverses qu'il n'est pas donné à la faiblesse de l'homme de deviner, mais qui n'étaient ni un secret pour la sagesse infinie, ni une difficulté pour sa main omnipotente ; mais il a voulu que la chute même de l'homme servît à manifester encore davantage l'infinité de son pouvoir, la rigueur de sa justice, la grandeur de sa bonté, les trésors inépuisables de sa miséricorde.
Il a voulu recevoir une satisfaction, et non une satisfaction quelconque, mais une satisfaction complète. Cependant l'homme misérable, fini dans son être, limité dans ses moyens, déchu de la grâce, assis à l'ombre de la mort, comment pouvait-il donner une satisfaction semblable ?
En vain l'âme s'efforce de découvrir un moyen, elle n'y parvient pas; le cœur gémit sous le poids de sa douleur ; la raison s'affaisse et s'obscurcit. O profondeur des desseins d'un Dieu! Le Fils unique du Père, image de son Père, Dieu comme son Père, se fera homme, souffrira d'horribles tourments et mourra à la fin sur un gibet infâme; il offrira ses douleurs, ses tourments et sa mort en expiation des péchés du monde, et pour la réconciliation du genre humain; ceux qui vivront avant le Sauveur se sauveront par la foi dans le Médiateur à venir, s'unissant à Dieu par l'espérance et la charité; et ceux qui viendront après lui, se sauveront par la foi dans ce même Médiateur, unis à lui par l'espérance et la charité, en formant un troupeau qui s'appellera l'Église de Jésus-Christ, laquelle sera régie par les pasteurs désignés par l'Esprit-Saint, et principalement par un chef visible, représentant et vicaire de Jésus-Christ sur la terre.
Voilà ce qu'a décrété l'Éternel, et ce qu'il a réalisé pour sauver le genre humain. Peut-on s'imaginer quelques choses de plus grand, de plus auguste, de plus admirable? La pensée humaine était impuissante à concevoir un moyen comme celui-ci, par lequel la justice divine reste entièrement satisfaite, puisque celui qui satisfait est un Dieu; par lequel cette justice se manifeste de la manière la plus imposante et la plus terrible, puisque la victime qu'elle exige n'est rien de moins qu'un Dieu ; par lequel la miséricorde resplendit d'un éclat admirable, puisque Dieu a compassion de l’homme jusqu'à donner pour lui son Fils unique, et le livrer à la mort ; par lequel la sagesse se montre d'une façon ineffable , en conciliant des extrêmes si opposés, comme sont l'exercice simultané d'une justice infinie et d'une miséricorde infinie, s'accomplissant à l'aide de cette incompréhensible communication de Dieu avec l'homme, qui résulte de l'auguste mystère de l'Incarnation, un Dieu Homme.
Ah! Jamais aucune religion ne s'est montrée avec ce caractère de grandeur que présente la Religion catholique dans l'explication des profonds secrets du Tout Puissant; jamais aucune n'a déployé des titres aussi magnifiques pour ravir à l'instant même notre admiration, pour nous inspirer une profonde vénération. Ce qui est si grand, si élevé dans ses pensées, ne peut être émané que de Dieu seul.
Extrait de : Les preuves de la religion mises à la portée des enfants. Dr Jacques Balmès. (1869)
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