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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 03:46

 

Venir en aide à tous les êtres souffrants est un des admi­rables traits du caractère de la femme forte ; il mérite à celles qui suivent ses traces le plus précieux des biens, l'amour de Dieu. Saint Augustin, parlant de la double  au­mône du cœur et de la main, assure qu'il n'y a point de lien plus fort pour nous unir à Dieu, point de coursier plus rapide pour nous porter de la terre au ciel. D'autre part, le précepte de l'aumône est un commandement si rigoureux qu'il suffi­rait de ne l'avoir pas accompli pour être rejeté de Dieu, et pour entendre ce formidable arrêt : « Retirez-vous de moi.... J'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire. »

 

Bourdaloue a tracé de bien sages règles sur la pratique de ce grand précepte. Il établit d'abord, « qu'en ne faisant pas l'au­mône ou en la faisant au dessous de notre condition, nous dé­truisons en quelque sorte la Providence de Dieu, parce que nous la rendons, autant qu'il est en nous, imparfaite et défec­tueuse, et que nous autorisons contre elle les plaintes et les murmures des pauvres. » Mais quelle sera la part des pauvres ? Saint Paul veut que dans le christianisme l'abondance des uns supplée à l'indigence des autres : admirable loi de la Provi­dence, qui établit ce lien entre les hommes, et, selon la pensée d'un pieux auteur, ne les associe dans ce monde à ses desseins que pour les associer dans l'autre à sa félicité. Bourdaloue enseigne ensuite comment on doit faire l'aumône et ce que c'est que l'abondance ou le superflu.

 

Première règle : « Que l'aumône soit faite d'un bien propre et non point du bien d'autrui, non d'un bien injustement ac­quis, car Dieu a l'injustice en horreur, et la déteste jusque dans le sacrifice. Ce sont deux choses essentiellement distinctes que la restitution et l'aumône. »

 

Seconde règle : « Que les actions de justice passent toujours avant les actions de pure charité ; par exemple, payer de pau­vres domestiques, de pauvres artisans, des marchands qui souvent tombent dans la pauvreté parce qu'on les laisse trop longtemps attendre ce qui leur est du, le salaire de l'ouvrier que le Seigneur défend de garder en sa maison. »

 

Troisième règle : « Que les aumônes ne soient pas jetées au hasard, mais données avec mesure et réflexion... »

Quatrième règle : «Qu'une partie des aumônes soient pu­bliques, quand il est constant et public que l'on possède de grands biens et que l'on est dans l'abondance : pourquoi ? Pour satisfaire à l'édification, pour donner l'exemple, pour ac­complir cette parole de Jésus-Christ : « Que votre lumière lui­se devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Celles de vos aumônes, qui seront données dans le secret, satisferont à cet autre précepte qui veut que nombre de bonnes œuvres soient accomplies en esprit d'humilité ; mais n'en faites aucune dont l'amour, la gloire de Dieu et l'obéissan­ce que vous devez à son commandement ne soient l'objet, « II ne récompensera que celles qui seront faites en son nom. » Aucune œuvre extérieure ne sert sans la charité ; mais tout ce qui se fait par la charité, quelque petit et quelque qu'il soit, produit des fruits abondants, car Dieu regarde moins à l'action qu'au motif qui nous inspire : « Celui-là fait beaucoup qui aime beaucoup. »

 

Cinquième et dernière règle : « C'est de faire l'aumône dans le temps où elle peut nous être utile pour le salut, sans attendre à la mort et même après la mort... »

 

Enfin, continue Bourdaloue, qu'est-ce que le superflu ? C'est ce qui est, je ne dis pas précisément utile, mais même évidemment préjudiciable, ce qui sert à fomenter les dérè­glements, les excès. J'appelle superflu, ce que vous dépensez, disons mieux, ce que vous prodiguez en mille ajustements frivoles, qui entretiennent votre luxe et qui seront peut-être un jour le sujet de votre réprobation : re­tranchez une partie de ces vanités, celles que n'exige point la convenance de votre condition, et vous aurez du superflu... Mais, dira-t-on, ne peut-on pas se servir de ce superflu pour accroître sa fortune ? Est-ce un désir injuste et criminel que de vouloir agrandir son état ? Je veux, répond le grand doc­teur, qu'il vous soit permis d'agrandir votre fortune, pourvu que vous vous conteniez dans les bornes d'une modestie rai­sonnable et sage, et que ce désir n'aille pas jusqu'à l'infini, jus­qu'à ne jamais dire : « c'est assez, » car il n'y a rien de plus op­posé à l'esprit du christianisme que de vouloir toujours s'éle­ver, et « cela seul, dit saint Bernard, est très coupable devant Dieu. »

 

Oh ! Si nous avions la vraie charité de Jésus-Christ, com­bien nous aurions peu besoin de ces règles ! Combien on de­vrait nous contenir plutôt que nous pousser ! Qu'elle est gé­néreuse et ingénieuse tout à la fois la charité qui nous fait voir dans les pauvres, les membres souffrants de Jésus-Christ.

Une enfant de Marie avait pu, pendant un hiver, entretenir jusqu'à vingt familles pauvres. On lui demanda comment elle s'y prenait. « J'économise sur mes toilettes, dit-elle, je porte quelques vêtements rapiécés. »

 

Le plus grand bonheur, la plus douce jouissance de Victorine Le Segrétain, écrit son biographe, c'était d'être employée au service des malades indigents. Sa désolation était extrême lorsque l’argent venait à lui manquer. « J'aimerais mieux donner mes effets aux pauvres, disait-elle, que de les renvoyer sans les assister. » Son père, charmé du bon usage qu'elle faisait de son argent, et ne voulant pas qu'elle fût complètement pri­vée pour elle-même de toute douceur, augmentait le petit tré­sor : mais Victorine, à peine enrichie, « avisait au moyen de bien placer ses écus, » comme elle disait elle-même. En consé­quence, accompagnée d'une sœur, elle allait faire des achats pour habiller les pauvres, et revenait mille fois plus joyeuse que si elle se fût procurée les bijoux les plus précieux. Lorsqu'on faisait des quêtes publiques, les dames de charité ne manquaient jamais d'aller la trouver et Victorine remettait gaiement son offrande. Une fois, entre autres, il ne lui restait plus qu'une pièce de cent sous; il n'y avait ni choix ni réflexion à faire, et Victorine donna en riant ce qu'elle appelait sa fille unique.

 

Mais, dites-vous peut-être, je n'ai pas de ressources ! Voici ce qu'une chrétienne à l'âme ardente, Amélie Nitot, se trouvant dans la même situation, marquait dans ses notes spirituelles :

 

« Qu'il est pénible, ô Jésus, de voir souffrir et de ne pouvoir apporter qu'un maigre soulagement ! Je me creuse la tête pour trouver le moyen de venir en aide à la pauvre famille de La F***, et je ne trouve pas. Que faire, Seigneur, que faire pour les tirer d'une pareille détresse? Prier, me répondez-vous, mon Dieu. Ah ! Je prie tous les jours, mais je voudrais avoir le bonheur de faire plus encore pour ces braves gens. Ils sont malheureux ; à ce titre ils sont d'autres vous-même. O Jésus si vous étiez réellement à leur place, je ne trouverais pas suffi­sant de vous aider par une prière ; je voudrais encore vous soulager par tous les moyens possibles. Eh bien, il en est de même pour eux, ce sont vos membres souffrants, et comme je me dépouillerais pour vous, je voudrais tout donner pour eux. Je cherche et je ne vois rien d'inutile que je puisse supprimer dans ma vie de tous les jours. Travailler pour vous offrir le fruit de mon travail, vous savez, mon Dieu, que cela a toujours été mon rêve.... de plus en plus irréalisable pour bien des raisons. Vous savez aussi que le peu d'argent mis à ma disposition est uniquement employé à votre service et à celui des  pauvres. Alors je dis : Seigneur, que votre volonté soit faite! Je ne peux donner davantage, donc je prierai beaucoup et je tâcherai de faire donner par ma bonne mère le plus possible...»

 

Voilà les désirs et les industries de la pauvreté charitable !...

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

elogofioupiou.com

 

 

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