Le foyer domestique est un sanctuaire. Dans tout sanctuaire, la principale occupation, c'est de prier, et par là de nous unir à Dieu. Quiconque ne prie pas a rompu avec Dieu.
Heureusement, il en est beaucoup encore qui prient. Le vrai catholique prie, l'hérétique prie, le schismatique prie, le Juif prie, le musulman prie. Mais combien prient peu et mal !
Il y a à cela beaucoup de causes, et bien des remèdes peuvent être signalés ; un des plus efficaces, c'est la prière en commun, au moins le soir.
Aussi bien, à la maison comme à l'église il faut la prière publique. Mères de famille, si vous ne voulez pas que vos enfants ressemblent un jour à ces étourdis, avides d'indépendance, impatients de tout joug, pour qui rien n'est digne de respect, habituez-les à s'incliner avec vous devant la majesté de Celui de qui découle toute autorité ; ayez assez de ténacité dans votre résolution pour établir, à tout prix, chez vous, comme règle fixe, la prière en commun. Vous pourrez à coup sûr compter sur une attention spéciale de la Providence.
C'était surtout à la famille priant en commun que Notre-Seigneur promettait son assistance lorsqu'il disait : « Quand deux ou trois de mes disciples seront assemblés en mon nom, je serai au milieu d'eux. » N'est-ce pas, en effet, de ces maisons où se fait la prière commune que sortent les générations les plus chrétiennes ?
Rien n'est plus édifiant, rien peut-être ne façonne autant les âmes à la vertu que la prière publique au foyer domestique. Voyez-vous cette famille véritablement chrétienne ? Après le repas du soir où a brillé, non pas l'abondance, mais, ce qui vaut mieux, une franche gaîté provenant de l'union des cœurs, avant de se livrer aux douceurs du sommeil qui va réparer les forces et faire oublier les fatigues de la journée, tout le monde s'est mis à genoux ; tous font résonner ensemble le doux murmure de la prière.
Contemplez cette scène, bien simple, mais bien digne de toucher le cœur de Dieu. Ici vous voyez un vieillard aux cheveux blancs, dont les mains et les lèvres tremblantes annoncent le patriarche, le chef de la famille ; là, c'est un homme à la fleur de l'âge, le père de tous ces petits enfants agenouillés autour de lui ; plus loin vous voyez une femme, tenant devant elle, sur une chaise, un enfant qui ne sait pas encore prier, mais qui marque déjà par son silence un respect instinctif pour la prière de ceux qui l'entourent.
Laissez grandir ce petit ange ; et ces prières, qui sont entrées dans son âme enfantine par les yeux et par les oreilles, ne lui paraîtront pas, dans la suite, une tâche difficile. Il a vu prier sa mère, son père, ses frères, ses sœurs ; on n'arrachera jamais de son âme ce souvenir fortifiant des traditions religieuses du foyer domestique.
On n'abdique pas facilement son titre de chrétien, on ne descend pas dans l'abîme de l'incrédulité, quand on a ainsi vécu dès e berceau dans une atmosphère de piété qui a nourri, élevé, fortifié l'âme pour les combats ultérieurs de la vie. Et puis, quelle puissance n'a pas la prière d'un enfant sur le cœur de Dieu !
La pratique de la prière récitée en commun, introduit dans la famille les habitudes de la vie chrétienne et garantit l'observation des préceptes divins.
Ce premier devoir accompli détermine presque toujours la fidélité à tous les autres. En voulez-vous savoir la raison ? C'est que non seulement la prière publique ajoute au mérite de la prière particulière l'autorité de la persuasion du bon exemple ; mais encore et surtout, c'est qu'elle constitue chacun dans une sorte d'heureuse nécessité de fuir ce qui est mal et de marcher dans la voie du bien.
En effet, ce n'est pas solitairement, dans le secret, seuls avec Dieu seul, que le père, la mère, les enfants, les serviteurs professent leur foi, s'accusent de leurs fautes, promettent de garder les commandements de Dieu et de son Église ; c'est publiquement, solennellement, en présence de témoins qui en prennent acte, en quelque sorte, et s'en souviendraient dans l'occasion.
Cette personne qui, chaque soir, édifie sa famille par son attention religieuse à la prière commune, ira-t-elle le lendemain, devant les mêmes témoins, tenir des propos contraires à sa religion ? Lui serait-il possible de blasphémer le saint nom de Dieu ?
Par cette considération seule que la prière commune contribue puissamment à la connaissance, à l'amour, à la pratique de la religion, il est facile de comprendre tout ce qu'elle apporte à la famille d'éléments d'ordre, de bien-être et de sécurité. On peut dire qu'elle est à elle seule une grande partie de l'éducation domestique, et comme l'article fondamental de la constitution de la famille.
La confiance mutuelle des époux, leur dignité personnelle, la soumission tendre et respectueuse des enfants, la justice et la bonté des maîtres, le zèle et la fidélité des serviteurs, voilà les heureux fruits de son influence. Faut-il s'en étonner ? Là où est l'union de prières, là est Jésus-Christ ; et où est Jésus-Christ, là se trouvent la paix, la concorde, le support d'autrui, l'indulgence, l'esprit de sacrifice, la modération dans les joies, la consolation dans les peines, tout ce qui, en un mot, constitue le bonheur de la famille.
Si l'on savait quels sont les précieux avantages de la prière commune, il n'est aucune famille chrétienne qui ne voulût en établir chez elle le salutaire usage.
Puissent la mère, la jeune fille elle-même user de toute leur influence pour implanter chez elles une si sainte pratique !
Pour que la prière en famille porte tous ses fruits, il importe que chacun ait sa place à peu près fixe, et se tienne dans une attitude convenable, humblement agenouillé devant l'image du Dieu Sauveur, devant ce Crucifix qui a reçu le dernier soupir des ancêtres. Que le père de famille prononce lui-même à haute voix les saintes formules et que tous les assistants lui répondent pieusement et posément.
Extrait de LECTURES MÉDITÉES (1933)
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