Une jeune fille disait : « Je me sens des ailes; je me sens capable de faire de grandes choses, et même de toutes petites. » Celle-là avait compris que sur toutes choses, petites ou grandes, comme l'oiseau sur la branche, notre âme peut se poser. Mais qu'eût-elle dit, si un coup de foudre avait abattu devant elle toutes les branches, ou si les branches, l'une après l'autre, avaient cassé sous le poids de l'oiseau aggravé de fardeaux trop lourds?
Les hommes aiment à choisir librement leurs tâches. Les plus courageux les mènent loin. Mais le courage même subit une épreuve cruelle, quand l'effort qui devait aboutir, en fait n'aboutit pas, soit en raison de quelque traverse, soit — ce qui est le plus dure de tout — du fait de celui qui en pâtit avec l'ennui de se sentir responsable. Il est précieux alors de posséder le talisman au moyen duquel l'échec peut se muer en succès, le revers tourner à l'honneur, et la chute même en apothéose.
Tout chrétien doit savoir que ce talisman existe. Il suffit de croire à la providence. Dans ce grand courant qui entraîne tout, non fatalement, mais selon des lois de liberté et d'amour, il y a toujours des moyens de relèvement, comme il y a toujours, même dans les plus extrêmes complaisances du sort, des possibilités de chute.
Il y a des échecs qui ne nuisent pas. Il y a des succès qui n'avantagent pas. L'effet décisif dépend de l'âme et de la manière dont elle s'adapte à ce qui lui est ainsi proposé. En ce sens, on peut renverser le proverbe, et dire : Dieu propose — par le moyen des événements, — et l'homme dispose, avec Dieu il est vrai, mais qui ne refuse jamais son concours.
« Les faits ne nous donnent que la chaîne des événements, écrit un homme d'État; c'est la volonté humaine qui doit tisser la trame. » Vraie politiquement, cette maxime l'est aussi en matière de destinée, à condition de joindre à la volonté humaine le bon vouloir divin et la grâce. L'échec n'est jamais qu'une invitation de recourir à Dieu. Une humiliation est le prélude de l'honneur qui se retrouve en Dieu. Une chute est un premier stade pour tomber dans les bras de Dieu. Y aurait-il là échec au sens vrai du terme ?
On n'y change rien en disant : c'est ma faute. Toute faute s'efface par le regret. Ce qui en reste n'est plus alors que fait brut ou que providence; or le fait obéit à l'esprit, et la providence est toute nôtre. De ce qui est, même par notre faute, nous ferons, avec Dieu, ce que nous voudrons, non en la forme désirée peut-être, mais en équivalent supérieur, et cet accroissement imprévu de nous, divinement préparé, ne le voudrions-nous pas?
Hasard, malice d'autrui, erreur ou faute de notre part, tout échec prétendu est au service de l'âme; il répond à un dessein éternel dont il ne dépend que de nous de procurer l'aboutissement.
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
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