Saint François de Sales conseille de se tenir, «comme sous le regard des anges » quand on est seul. Grande leçon pour qui entend sanctifier toute sa vie. Une noblesse n'envahit-elle pas l'existence ainsi érigée jusque dans les moindres choses ? N'y voit-on pas la grandeur de Dieu reflétée et son amour présent ? Et quelle délicatesse, dans des communications si attentives et constantes! Quelle convention muette! Quel secret entre nous et le ciel!
Il n'y a aucune différence visible entre le héros qui nettoie son fusil et le déserteur ou le niais qui fait la même besogne, et pourtant ils appartiennent à trois mondes bien différents.
Sous le ciel, un balai à la main, on peut appartenir au ciel, à l'enfer et à la poussière.
Pascal écrit dans son Mémorial : « Faire les plus petites choses comme grandes, à cause de la majesté de Jésus-Christ qui les fait en nous et qui vit notre vie. » C'est bien là le vrai motif. On ne peut trouver de l'ennui aux petites choses, ou les négliger, que par la méconnaissance de ce qui nous les rend grandes : la majesté du Christ en qui nous les faisons, et qui les tient pour siennes.
On ne peut s'égaler aux grandes choses que si on les aborde dans cet esprit qui agrandit même les plus petites.
Rien n'est indifférent dans notre existence, parce que Dieu nous aime tout entiers, en l'unité de son Christ. Et rien n'est petit de ce que nous offrons, de ce que nous consacrons, parce que, aimant en Jésus-Christ, Dieu nous voit tout entiers et voit aussi son Christ dans chacun de nos gestes, vu que l'amour, âme des œuvres, est comme l'âme dans le corps : toute dans le tout et dans la moindre partie.
L'amour aime les petites choses, parce que rien ne l'y encombre, et il y peut régner sans heurter de prétendues valeurs qui souvent le gênent et dont aucune ne le remplace. L'amour de Dieu aime spécialement ce qui ne compte pas, afin que Dieu seul compte, et le cœur qui monte à lui, et ce lien mystérieux qu'un prétexte suffit à nouer, parce que son vrai motif est lui-même.
J'aime Dieu parce que c'est Dieu; j'aime Dieu parce que c'est moi. Le moindre objet peut porter ce sentiment qui se suffit. Le moindre geste le satisfait. Il n'est besoin ni de cadeaux merveilleux, ni d'actions héroïques.
Quelle consolation pour les petites vies ! Quelle leçon pour les grandes ! Rien ne vaut que les sentiments. Rien ne compte, dans le don, que le donateur même.
Petites vies, sachez ce que vous êtes. Vous êtes, si vous le voulez, les plus grandes de toutes. Apprenez donc la vraie grandeur, et vivifiez par l'amour ce qui, sans l'amour, n'est rien.
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
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