(B). — LE TÉMOIGNAGE DE LA LITURGIE.
Les livres liturgiques, notamment certains textes du Rituel, du Missel et du Pontifical viennent nous apporter des lumières nouvelles sur la pensée de l'Église concernant l'action du démon dans le monde.
1. Le baptême.
Si, par exemple, on parcourt le Rituel du Baptême, on y découvre toute une doctrine concernant l'action de Satan.
L'Église commence, en effet, par considérer le païen comme un membre du Royaume de Satan ; le candidat au baptême est un de « ceux qui sont sous l'empire du diable » (Acte. X, 38.). Il est effectivement dans un état de servitude, il est captif du démon.
Il s'agit donc de le libérer. C'est pourquoi l'Église prie afin que les liens sataniques soient rompus et on oblige le catéchumène à renoncer à Satan ; l'Église ordonne en conséquence à l'esprit impur de quitter cet homme. Une série d'exorcismes ont pour effet d'opérer cette libération. On voit par là que le monde païen est réellement envisagé comme un fief diabolique, et que le baptême permet aux hommes de quitter ce royaume, en devenant chrétiens, et ainsi ils entrent dans le royaume de Dieu.
Le Cardinal Schuster met en relief ce passage d'un empire à l'autre, quand il écrit :
« Dans l'antiquité, alors que le monde demeurait en grande partie corrompu par l'idolâtrie, le baptême des adultes comportait vraiment une conversion décisive à Dieu, et était le résultat d'une lutte suprême entre l'âme et le démon. L'âme voulait s'affranchir de la servitude honteuse de Satan, qui, par les séductions du vice et la force des passions, faisait tout pour ne pas laisser échapper sa proie. L'instant où le catéchumène descendait dans la piscine baptismale était le moment décisif de la lutte ; aussi, à l'imitation de ce qu'avaient coutume de faire les athlètes dans le stade, où, avant de commencer à lutter, ils oignaient d'huile leurs membres, la sainte Mère Église oignait ses athlètes avec l'huile bénite des catéchumènes afin de les fortifier dans le combat.
« Le moment était solennel. A la demande du Pontife : « Renonces-tu à Satan ? » chacun des aspirants, l'index tendu vers l'occident, région des ombres, du couchant, et des ténèbres nocturnes, disait ; « Je renonce à toi, ô Satan, à ta gloire, à tes oeuvres ». Puis, se tournant vers l'Orient, le candidat prononçait la formule sainte de sa consécration : « Je me dédie à toi, ô Lumière incréée ». (Cardinal SCHUSTER, Liber Sacramentorum, t. III (Bru-elles, Ed. Vromant, 1929), pp. 272-273.)
2. Le Sacrifice de la Messe.
Les cérémonies qui entourent le Sacrifice eucharistique font de nombreuses allusions à l'empire satanique.
Il faut tout d'abord préparer l'endroit où le Sacrifice va avoir lieu, écarter de ce lieu toute influence du démon, afin de rendre la place toute sainte.
On commencera donc par faire une aspersion avec l'eau et le sel bénits. Mais au préalable, le prêtre exorcise le sel : « Exorcizo te créature salis... » car ici encore, on considère le sel, l'eau et toute matière, comme faisant primitivement partie de l'empire de Satan, il faut donc retirer ces matières de la zone d'influence diabolique et les transférer dans le royaume de la grâce.
C’est pourquoi le prêtre demande que le sel devienne maintenant, en vertu de la puissance surnaturelle contenue dans la Croix du Christ, un « sacrement salutaire destiné à mettre en fuite l'ennemi » que le sel exorcisé procure dès lors le salut des croyants et que partout où on le répandra, soit écartée toute imagination perverse, toute corruption, toute malice diabolique, tout esprit impur.
Des paroles analogues sont prononcées sur l'eau ; il y est demandé que tout pouvoir de l'ennemi en soit écarté, et, qu'au contraire, elle serve à déraciner et à arracher sa puissance sur les choses, ainsi que celle de ses mandataires apostats — ... que l'esprit de « pestilence » n'y réside plus. Que partout où cette eau sera aspergée avec l'invocation du saint nom du Seigneur toute infection de l'esprit impur soit écartée et que la crainte du serpent venimeux soit rejetée au loin).
Les lieux, qui autrefois étaient dans les ténèbres de la mort, sont maintenant grâce à l'aspersion d’eaux bénites, éclairées et étincelantes comme la neige.
C'est encore ce qu'opéré l'Église en bénissant les cierges qui brûlent sur l'autel. Désormais les princes des ténèbres quitteront ces lieux, en tremblant et ils fuiront pleins d'effroi ce lieu avec tous leurs acolytes et désormais ils n'inquiéteront plus, ni le molesteront les serviteurs de Dieu.
L'endroit où la messe est célébrée est désormais indemne de toute influence diabolique ; le prêtre peut accéder à l'autel. Lui-même a d'ailleurs demandé que sa cause soit nettement distinguée de celle des peuples non saints et avant d'annoncer l'Évangile, il prie afin que ses lèvres soient purifiées comme par une pierre incandescente.
Mais ensuite, au cours du Sacrifice, il n'est plus fait la moindre allusion au diable.
Le prêtre et l'assemblée sont, en effet, plongés dans la sainteté même du mystère et à ce moment il n'est plus possible de penser à Satan. On se trouve là dans une zone où toute présence diabolique est exclue.
Après la Messe toutefois, dans les prières récitées à genoux au pied de l'autel, l'Église implore encore le secours de Dieu pour repousser les attaques du démon, qui ne manqueront pas de survenir. « Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat ; soyez notre secours contre la malice et les embûches du démon. Que Dieu exerce sur lui son empire, nous le demandons en suppliant ; et vous, prince de la milice céleste, repoussez en enfer par la vertu divine, Satan et les autres esprits malins qui errent dans le monde pour la perte des âmes ».
3. Les secours aux malades.
L Église, en conférant l'extrême-onction, prévoit que le démon se prépare à livrer aux âmes en danger de mort, un combat suprême et décisif. C'est pourquoi elle prie avec insistance aux chevets des mourants : « Que l'accès de ce lieu soit fermé aux démons... » . « Que toutes les puissances adverses s'éloignent ». « Qu'en toi la force du diable s'éteigne par l'imposition de nos mains». Lorsque la fin approche, quand le moribond entre en agonie, l'Église dans l'« Ordo commendationis animae » prie encore afin que le terrible Satan et tous ses satellites quittent les lieux et que toutes les légions de l'enfer soient confondues et s'enfuient de honte et que les ministres de Satan n'osent pas se mettre en travers de son chemin.
Après la mort, l'Église supplie une dernière fois afin que l'âme du défunt soit libérée de la gueule du lion et au cours des absoutes, elle demande que cette âme ne soit pas livrée aux mains de l'ennemi.
4. Le monde divisé.
Par les quelques citations que nous avons énumérées, par les textes du Pontifical qui figurent au cours de l'ordination des Exorcistes — c'est-à-dire des spécialistes dans la lutte que l'Église mène contre les démons — on voit que la doctrine chrétienne envisage le monde comme un vaste champ de bataille. Depuis sa prise de possession par Satan, lors de la première chute, le monde constitue son Empire et néanmoins l'Esprit de Dieu remplit toute la terre (Spiritus Domini replevit orbem terrarum). Il y a donc une double présence, une double domination qui s'exerce sur le monde : celle de Satan, de ses légions infernales et celle de l'Esprit du Christ.
Les textes liturgiques nous ont montré que l'Église a le pouvoir de combattre efficacement l'influence des démons ; elle gagne — en appliquant la grâce du Christ, dans les sacrements et dans les sacramentaux — des victoires sur les armées sataniques ; chaque fois qu'elle applique cette grâce, le secteur exorcisé par elle, devient un secteur béni, soustrait à l'Empire du diable.
Et nous savons qu'il faudra, à la fin des temps, une purification dernière, afin que l'influence de Satan soit définitivement et totalement réduite à néant sur la terre.
Cette purification se fera, selon la tradition, par le feu.
A SUIVRE
Prière très importante: http://elogofioupiou.over-blog.com/article-exorcisme-contre-satan-et-ses-anges-edition-1903-leon-xiii-122337872.html
Extrait d’une brochure de M. Robert Kothen : L'ACTION SOCIALE DE SATAN
elogofioupiou.over-blog.com