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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 10:18

Bien des personnes se récrient au simple mot de méditation parce qu'il leur semble  que c'est là un exercice absolument incompatible avec la vie et les exi­gences du monde moderne.

 

D'autres, plus éclairées et plus sincères, reconnaissent que la méditation est une pratique salutaire à tous les chrétiens et très recommandable pour tous, mais elles s'effraient des prétendues difficultés que présente cette pratique. 

 

Méditer !...  cela leur semble  aussi ardu et surtout aussi difficile que d'apprendre le chinois !... Finalement, il arrive trop souvent que les unes et les autres répudient la méditation, sans même en avoir fait aucun essai.

 

Les griefs que l'on a contre la méditation sont-ils sérieux, ou n'est-ce pas par une déplorable légèreté et par une funeste condescendance aux suggestions du mauvais esprit qu'on se prive d'un secours si précieux, notamment pendant les années de la jeunesse ?

 

Nous devrions d'abord nous pénétrer de l'utilité, de la nécessité de la méditation. Notre répugnance serait bien plus facilement vaincue si nous avions la certitude que ce moyen de persévérance ne peut être suppléé par aucun autre. N'est-il pas vrai qu'on repousse généralement un remè­de qu'on sait être très amer si l'on n'a qu'une demi confiance dans son utilité ? Mais lorsque le médecin déclare et démontre que ce remède est nécessaire pour nous guérir de la maladie qui menace de ruiner notre santé, on n'hésite plus à accepter cette mortification. Eh bien, la méditation est beaucoup moins désagréable qu'une potion pharmaceutique ; elle est même au contraire très douce et très bienfaisante ; et, d'autre part, elle est infiniment plus nécessaire que les remèdes pres­crits par les médecins ; car, si ces remèdes doivent guérir le corps, la méditation doit assurer la santé de l'âme ou la lui rendre lorsqu'elle l'a perdue.

 

Pour s'en convaincre, il suffit de rentrer en soi-même, de réfléchir sur notre faiblesse naturelle et la puissante impres­sion des vérités du salut pour y faire contrepoids ; il suffit de lire la vie des saints ou un de ces excellents ouvrages de saint François de Sales, de saint Alphonse de Liguori, de sainte Thérèse, qui démontrent si victorieusement combien et pour­quoi la méditation est nécessaire.

 

Maintenant, pour savoir si c'est un exercice facile ou diffi­cile, il n'y a qu'à se demander en quoi consiste, bien au juste, la méditation.

 

Certaines personnes l'assimilent à une sorte de gymnasti­que intellectuelle et se figurent qu'on doit s'ingénier à trouver sur la matière proposée des pensées neuves et des aperçus variés.

 

Ce n'est pas là méditer, ou, comme on dit, faire orai­son, et il n'est pas étonnant qu'on trouve cet exercice ainsi compris fatigant, fastidieux et d'une utilité douteuse. La mé­ditation est quelque chose de bien plus modeste et d'infini­ment moins aride. C'est une conversation avec Dieu, conver­sation toute tranquille, et respectueusement familière, un tête-à-tête qui n'exige ni pensées relevées, ni pénibles recher­ches de l'intelligence, mais uniquement de la bonne volonté et du cœur.

 

Pour la méditation, il faut une simple dispo­sition de rentrer en soi-même pour se mieux connaître, corriger ses défauts, pleurer ses fautes. Mieux encore, serait la disposition d'affection pour son père et venant lui confier, avec un parfait abandon, ses difficultés, ses peines, désirs ; lui avouer ses manquements et en lui demander conseil et encouragement tout pour la journée présente ; puis écouter les avis paternels avec une soumission reconnaissante et tout enfantine.

 

Qu'une jeune personne se livre à cette douce conversion avec Dieu pendant un laps de temps plus ou moins long, et elle aura fait une excellente oraison. Chacun conçoit du reste que cette manière de s'occuper lui aura été bien plus agréable que l'autre, tout en étant infiniment plus profitable.

 

Nous disons qu'il n'y a personne qui ne puisse de cette manière, avec un peu de bonne volonté et de cœur. Mais voici précisément l'obstacle. Quoiqu’elles ne s’en rendent pas bien compte, un grand nombre de jeunes chrétiennes n'ont pas cette vraie bonne volonté ; Dieu leur demande des sacrifices qu'elles n'ont pas le courage de faire; à l’une, c’est lecture d'une publication romanesque ; à l’autre, des visites ou des conversations trop prolongées ; à une troisième, une toilette un peu mondaine, etc. ; ces jeunes filles, malgré les exhortations multipliées de Notre-Seigneur, ne peuvent se décider à s'engager dans une voie plus parfaite où de nouveaux sacrifices devront peut-être s'ajouter aux premiers; elles sont régulières, pour le moment du moins, mais elles tiennent à leurs petits plaisirs humains : cette infidélité ne leur permet pas de s'épancher dans le sein de Dieu et de s’entretenir cœur à cœur avec lui ; c'est tout naturel.

 

A plus forte raison la jeune fille déjà mondaine, que la vanité a fascinée, ne saurait-elle faire oraison de la manière que nous venons d'expliquer. S'il n'y a pas encore entre elle et Dieu « le mur de séparation » dont parle le prophète, il y a pourtant une barrière ; les communications sont malaisée.

 

Le point essentiel, c'est donc de se mettre en règle avec sa conscience et de lui donner pleine satisfaction; c’est de dire résolument à Dieu : « Vous êtes mon maître; je ne suis que votre petite servante : tout ce que vous demanderez de moi,  je m'y soumettrai. » Quiconque sera dans cette disposition sincère et sérieuse n'éprouvera aucune peine à faire produire à la volonté les actes, les sentiments que comporte la médi­tation.

 

Quoi de plus naturel à un cœur chrétien que ces senti­ments, si bien en harmonie avec sa condition terrestre : ado­ration, anéantissement, reconnaissance, confiance, abandon ? Mais surtout, qu'il est facile de s'exciter au regret d’avoir offensé Dieu et à un vif désir de la grâce divine ! Si l'on veut y regarder de près, on verra que ces deux sentiments, douleur des fautes commi­ses, désir du secours de Dieu pour ne plus les commettre, re­viennent à chaque instant dans les Psaumes.

 

Or, que sont les psaumes, sinon l'oraison du saint roi David, oraison très par­faite, qui devrait nous servir tout à la fois de modèle et d'auxi­liaire pour la nôtre ? Aussi bien, rien ne saurait être plus sim­ple que de trouver matière à ces regrets et à cette prière : la chrétienne la plus exemplaire ne se sent-elle pas comme écra­sée sous le poids de ses péchés anciens et récents, de ses in­fidélités renouvelées à chaque heure du jour ?

 

N'est-elle pas toute haletante et tout hors d'elle-même jusqu'à ce que la rosée de la grâce vienne rafraîchir son pauvre cœur desséché ? Une méditation dans laquelle on aura « bien pleuré et bien prié » sera immanquablement une bonne méditation ; elle portera des fruits au centuple.

 

Eh bien, direz-vous maintenant, pieuses lectrices, ou pieux lecteurs, que la méditation est une pratique trop difficile ou trop compliquée ? VOILA! S'il s'agissait de réussir dans une affaire temporelle, ou seulement de gagner une grosse somme d’argent, comme on trouve­rait bien vite que la méditation est facile !

 

Pour dire vrai, celui qui prétendrait ne pouvoir méditer se placerait de lui-même dans la catégorie des pauvres d'esprit ; car quel est l'homme qui ne médite pas en ce monde ? Le général combine des plans de guerre ; le commerçant recher­che les meilleurs procédés pour tirer profit de ses marchan­dises ; l'avocat étudie, approfondit les causes qu'on lui con­fie ; et ainsi de suite.

 

Tous ces gens-là savent méditer à leur façon. Et quand il s'agit d'un ciel à gagner, d'un enfer à évi­ter, une personne réellement responsable  prétendrait qu'elle n'a pas assez d'intelligence et de pénétration !

 

Ne cherchons pas ainsi à nous tromper nous-mêmes ! Re­connaissons que la méditation est une pratique parfaitement à notre portée, aussi facile que nécessaire, et soyons-y invaria­blement fidèles !

 

Voici un exemple, celle de Saint   Marin,   martyr.

Il y avait à Césarée, en Palestine, vers l'an 272, un officier nommé Marin, aussi distingué par sa grande probité que par ses richesses. Son tour étant venu de demander une place de centurion qui vaquait, il se présenta un autre candidat, qui dit au gouverneur, nommé Achée, que les lois romaines défen­daient d'élever Marin à ce grade, parce qu'il était chrétien. Le gouverneur fit aussitôt venir le saint, qui confessa géné­reusement sa foi.

 

On ne lui donna que trois heures pour délibérer sur le parti qu'il voulait prendre ; en sorte que, ce temps expiré, il devait mourir ou abjurer sa religion. « Attachez-vous à Dieu, lui dit l’évêque ; il vous fortifiera par sa grâce, et vous mettra en possession de ce que vous aurez choisi. Allez en paix. » Ces paroles enflammèrent le courageux chré­tien d'une nouvelle ardeur pour confesser Jésus-Christ.

 

Ayant donc été cité devant le tribunal du juge pour faire connaître sa dernière résolution, il s'empressa de se rendre à cet appel et fit profession de foi avec un calme héroïque. Le magistrat le condamna à avoir la tête tranchée, ce qui fut exécuté un instant après.

 

Extrait de LECTURES MÉDITÉES   (1933)

 

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