Les preuves de la religion mises à la portée des enfants… (21)
On donne quelques règles pour ne pas se laisser tromper par les protestants… (suite)
Le protestant. Mais n'est-ce pas une chose bien difficile que vous soutenez et que vous pratiquez, vous autres catholiques, en assujettissant la raison en matière de foi au jugement de l'Église, c'est-à-dire, d'autres hommes?
Le catholique. Nous assujettissons notre raison à l'autorité de l'Église, parce qu'elle est dépositaire de la vérité, dont Dieu même lui a confié le dépôt, en lui promettant son assistance pour la garder et pour l'enseigner; par conséquent en nous soumettant à l'autorité de l'Église, nous nous soumettons à l'autorité de Dieu même.
Le protestant. Mais est-ce que la sainte Écriture ne suffit pas pour savoir tout ce que Dieu a voulu nous révéler?
Le catholique. Non, monsieur : et la meilleure preuve c'est vous-mêmes protestants. Depuis que vous vous êtes séparés de l'Église catholique, vous en avez toujours appelé à l'autorité de la sainte Écriture, et vous êtes parvenus à tirer si bien au clair la vérité, que vous avez fini par ne plus vous entendre entre vous; vous avez formé des sectes si nombreuses et si variées, qu'il n'est pas facile de les classer, ni même de les compter.
La vérité est une, et toujours la même : comment est-il possible que la vérité se trouve dans des sectes si peu d'accord entre elles, et dont la croyance va changeant chaque jour? Il n'y a pas de preuve plus solide de la fausseté d'une règle que d'être conduit par la règle même à des résultats faux : or la règle d'interpréter la sainte Écriture, en s'attachant uniquement au jugement de chaque individu, et en refusant d'écouter la voix de l'Église catholique, a conduit les protestants dans un tel nombre d'erreurs, qu'au moment présent ce serait une tâche des plus ardues de vouloir, non pas les réfuter, mais seulement les compter.
Le protestant. Mais à quoi pouvons-nous recourir de meilleur que la parole même de Dieu?
Le catholique. Si la parole de Dieu était tellement claire dans toutes ses parties, qu'elle n'offrît aucune difficulté, de façon que chacun pût la comprendre sans danger de se tromper, alors le système des protestants serait admissible ; mais j'entends dire que la sainte Écriture est un océan dans lequel se perdent les hommes les plus sages ; et vous-mêmes, qui vous opiniâtrez à la tenir pour si claire et si facile, vous nous donnez une preuve évidente qu'elle ne l'est pas, puisque chaque secte, pour ne pas dire chaque sectaire, a une façon particulière de l'entendre. Il me paraît à moi que si Jésus-Christ n'avait pas institué sur la terre une autorité vivante pour nous enseigner la vérité, nous éloigner de l’erreur et éclaircir nos doutes, il nous aurait abandonnés dans une confusion telle que la lumière de la vérité divine ne nous aurait pas beaucoup servi.
Depuis que Jésus-Christ est venu au monde, il est continuellement né sectes sur sectes, qui ont enseigné les erreurs les plus grossières et les plus monstrueuses, comme vous ne pouvez le nier : que serait-il donc advenu de la vérité, si nous n'avions à la main une règle fixe et sûre au moyen de laquelle nous pouvons distinguer la vérité de l’erreur?
Nous autres catholiques, nous disons que cette règle infaillible est l'autorité de l'Église; nous le disons et nous pouvons le prouver par la même Écriture sainte à laquelle vous, protestants, en appelez; et de plus, à ne considérer la chose qu'à la lumière seulement naturelle, on voit si évidemment qu'il est conforme à la raison que Jésus-Christ ait établi sur la terre un maître qui pût nous instruire sans péril d'erreur, que si cela n'était pas, on pourrait dire qu'il nous a laissés dans l'incertitude sur ce qui est le plus nécessaire à notre salut, et qu'il n'a pas réussi à fonder solidement son Église, ce qui serait un blasphème contre sa bonté et contre sa sagesse.
Abstraction faite de ces raisons dont il est impossible de ne pas reconnaître la valeur, il reste toujours contre les protestants une difficulté insoluble.
Ils disent que l'Église devait être réformée, que ses abus et ses erreurs devaient être corrigés; mais je leur demanderai si pour exécuter tout cela, il était nécessaire que ceux qui se chargeraient d'une si grande entreprise fussent envoyés de Dieu, et qu'ils eussent reçu du ciel une si importante mission?
Il est évident que oui : car qui oserait entreprendre de corriger l'œuvre de Dieu sans être envoyé de Dieu! Voilà qui est bien.
Maintenant, Luther, Calvin, … et tous les autres coryphées du protestantisme, de qui tenaient-ils une pareille mission?
Quelle preuve ont-ils donnée qu'ils étaient envoyés du ciel? Tout le monde le sait, il n'y a pas actuellement un seul protestant instruit et judicieux, qui n'éclatât de rire si on lui parlait de miracles ou de prophéties à l'appui de l'autorité des prétendus réformateurs ; tout le monde sait aussi que l'histoire de ces hommes fatalement célèbres, est si récente qu'il n'est pas difficile de suivre leur vie pas à pas, et d'y montrer beaucoup de choses propres à faire rougir ceux qui suivent leurs doctrines.
Comment vouloir après cela que nous ajoutions foi à leurs paroles? Ne vaut-il pas mieux s'en tenir à l'autorité de l'Église romaine, dont la fondation date du temps des apôtres, et qui au milieu de tant de vicissitudes et de calamités est restée toujours inébranlable dans l'enseignement d'une même doctrine?
Extrait de : Les preuves de la religion mises à la portée des enfants. Dr Jacques Balmès. (1869)
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