Les preuves de la religion mises à la portée des enfants… (22)
Il arrive souvent que les raisonnements contre la Religion ne s'attaquent ni aux miracles, ni aux prophéties, ni à la sainteté de la doctrine, ni à nulle autre des preuves qui manifestent sa divinité, mais que la question se fixe sur quelque mystère contre lequel se dirigent les attaques.
Dans de tels cas beaucoup de discrétion est nécessaire, ou bien on courre le danger de rester embarrassé dans la dispute. La raison en est évidente : le mystère, par là même qu'il est mystère, ne peut être expliqué de manière à se présenter à notre raison avec une clarté complète, et par suite l'incrédule se prévalant de l'obscurité qui doit nécessairement accompagner les explications du catholique, déclare faux ce qui ne doit s'appeler qu'incompréhensible.
Cela n'arrivera pas, si le catholique sait placer la question sur son véritable terrain : chose qu'il fera facilement s'il a présentes à l'esprit les réflexions suivantes.
En premier lieu, le catholique doit se garder soigneusement de s'évertuer à rendre clair de telle façon le mystère, qu'il puisse prétendre qu'il n'y reste plus aucune obscurité : Cela serait nier au mystère sa qualité de mystère, car si nous pouvions nous autres le comprendre et l'expliquer, il cesserait pour nous d'être mystère.
Ainsi en traitant du mystère de la Très Sainte Trinité, de l'Incarnation ou de tout autre, s'il n'y a pas lieu de blâmer celui qui cherche à y voir clair, soit au moyen des comparaisons qu'il a vues dans le catéchisme, soit à l'aide des réflexions qu'il a entendues de personnes sages et pieuses, il faut cependant procéder en cela avec beaucoup de circonspection, et éviter de donner à ces comparaisons et à ces réflexions une importance plus grande qu'elles n'ont en réalité, ce qui arriverait si l'on donnait pour une raison solide ce qui n'est qu'une similitude convenable ou un éclaircissement plausible.
Il sera bon avant tout de témoigner qu'on ne comprend pas le mystère, qu'on ne prétend pas le moins du monde le comprendre, et qu'il en est de même de tous les catholiques précisément parce qu'ils le reconnaissent pour un mystère.
Il sera également bon en traitant avec les incrédules, de ne pas s'arrêter trop longtemps sur les comparaisons ni les autres raisons de convenance, et peut-être bien souvent sera-t-il plus utile de ne se servir d'aucun de ces moyens, parce que l'incrédule ou les autres qui écoutent pourraient croire qu'on allègue ces choses comme des preuves ; et d'autre part si l'adversaire est quelque peu habile, il aura soin d'attaquer le côté faible du raisonnement, et s'il parvient à ébranler la raison de convenance, il se vantera d'avoir fait vaciller le mystère même.
Il me paraît que le plus prudent en pareil cas serait d'adopter plus ou moins la méthode prescrite dans le dialogue du prochain chapitre.
Extrait de : Les preuves de la religion mises à la portée des enfants. Dr Jacques Balmès. (1869)
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