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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 05:44

LES  SOUFFRANCES  DE   LA SAINTE   VIERGE   PENDANT   LA   PASSION   DE JÉSUS-CHRIST.

Ne me nommez plus Noémie, c'est-à-dire belle, mais appelez-moi Marie, c'est-à-dire affligée, parce que le Tout-Puissant m'a remplie de grandes afflictions. (Ruth, chap. I.)

Quelque douces que fussent la consolation et la joie de la sainte Vierge en voyant les merveilles qu'opérait le Sauveur dans la Galilée et la Judée, la pensée de sa Passion et l'image de la mort qu'il devait endurer pour la rédemption du genre humain étaient continuellement présentes à son esprit, et noyaient son cœur dans une   mer   d'amertumes, comme parlent les saints Pères; plus elle voyait sa sagesse admirée, ses miracles publiés et applaudis ; plus elle apprenait quelle était la réputation de ce Divin Fils dans toute la Syrie, et plus aussi son coeur était affligé, en pensant que ce cher Fils, les délices du Père éternel et les siennes, devait un jour être rassasié d'opprobres, et mourir ignomi­nieusement sur la croix. C'est que, bien instruite de tous les mystères de la Rédemption, elle voyait avec une amère douleur, par avance, le temps déter­miné de ce sanglant sacrifice ; et, comme chaque jour en approchait le terme, son cœur souffrait aussi chaque jour ; chaque jour en présentait à son esprit jusqu'aux moindres circonstances, chaque jour portait à son cœur un nouveau supplice.

Le temps de la Passion de son Fils étant venu, Marie se rendit à Jérusalem presque en même temps que lui, c'est-à-dire, six ou sept jours avant la fête de Pâque ; elle se retira chez Marie, mère de Marthe, sa parente, d'où elle fut témoin de ce triomphe superficiel et passager, avec lequel le Sauveur fut reçu à Jérusalem; la plus triste tragédie devait bientôt suivre l'enthousiasme que le peuple témoi­gnait à l'arrivée de Jésus-Christ. Aussi le cri d'Hosanna dont toute la ville retentissait, augmentait l'Amertume de son cœur, bien loin de l'adoucir ; elle savait qu'il serait bientôt changé en des cris l'exécration.

On peut comprendre quel fut son désespoir, quand elle apprit que Jésus-Christ était arrêté, et qu'on le traînait de tribunal en tribunal avec la dernière infamie ! Jamais mère ne ressentit plus douloureu­sement les traitements cruels qu'on fit éprouver à son Fils bien-aimé : toute l'Eglise convient qu'il n'y eut jamais une mère plus affligée ; tous les saints Pères s'accordent à dire qu'elle seule a plus souffert que tous les martyrs ensemble, ce qui l'en a fait désigner à si juste titre la Reine, Regina Martyrum, et que sans un miracle elle n'eût jamais pu survivre à la douloureuse et ignominieuse Passion de cet adorable Fils. Elle ne fit point de démarches pour réclamer contre cet assemblage inouï d'injustices, de calomnies, d'opprobres et de tourments intentés contre le Sauveur, parce qu'en l'offrant elle-même au Père éternel, en qualité de victime, le jour de sa Présentation, elle avait, pour ainsi dire, consenti à sa mort, pour le salut des hommes, et voilà pour­quoi elle garda un silence absolu durant tout le cours de sa Passion. Elle résolut même, par un courage surnaturel et bien au-dessus de son sexe, de l'accompagner sur le Calvaire et d'assister à sa mort au pied de la croix, selon les desseins impénétrables de la divine Providence. Jugez combien ce sacrifice lui dut coûter. Tout ce que la cruauté des bour­reaux a fait souffrir aux corps des martyrs, a été peu de chose, et doit être même compté pour rien, s'écrie saint Anselme, si on le compare, Vierge sainte, à ce que vous avez souffert à la mort de votre Fils sur le Calvaire. Ceux-là, dit saint Jérôme, ont été martyrs parce qu'ils sont morts pour Jésus-Christ, mais Marie l'a été bien plus douloureusement en mourant avec Jésus-Christ, ou pour mieux dire, en survivant à Jésus-Christ ; parce qu'elle a plus aimé son Fils que tous les autres, continue le même saint Jérôme, elle a aussi ressenti plus de douleur en le voyant souffrir, jusque-là que son âme tout entière en était pénétrée. Dans les autres martyrs, dit saint Bernard, le grand amour qu'ils avaient pour Dieu adoucissait la douleur que leur cau­saient leurs tourments; mais l'amour extrême que la sainte Vierge avait pour son cher Fils faisait son martyre, et la passion douloureuse du Fils a été dans toutes les circonstances la passion douloureuse de la Mère.

La seule vue de Jésus-Christ en  croix faisait la consolation de tous les martyrs; mais à l'égard de la sainte Vierge, ce triste  objet faisait  son plus cruel supplice. Jésus-Christ consolait, comblait même de joie intérieure tous les martyrs au milieu des plus grands tourments, suspendait même souvent en leur faveur, l'activité du feu dans les chaudières de plomb fondu et dans les fournaises ardentes; à l'égard de la sainte Vierge, Jésus-Christ souffrant et mourant ne détourne point de sa Mère le calice d'amertume qu'il lui fait au  contraire partager,  en  lui faisant sentir la vue de ses souf­frances. Il est pour elle, dit saint Bernard, une mer d'amertume, dans laquelle son cœur est noyé.

«Jugez delà grandeur de sa douleur, dit ce saint Docteur, par la grandeur de son amour ! elle seule a plus souffert dans son âme, que  tous les  martyrs  ensemble n'ont souf­fert dans leur corps, et certainement, dit saint Bernardin de Sienne, la douleur de la sainte Vierge, en voyant  expirer son  cher  Fils sur la croix, fut si vive, si extraordinaire, que si elle eût été partagée entre toutes les créatures capables de sentiment, pas  une qui ne fût morte  par la seule portion de celle que  Marie  souffrait  à  elle seule. 

L'amour   tendre   et  compatissant faisait dans l'âme de Marie, dit Arnaud de Chartres, ce que les clous, les  fouets, les  épines  et la  lance luisaient sur le corps adorable du Fils.

Votre Fils, Vierge sainte, à souffert en son corps, et vous en votre âme,  s'écrie saint  Bonaventure ; mais  toutes  ses plaies  divisées en chaque  membre de son  corps, se trouvaient réunies  ensemble dans votre cœur.

Il est donc vrai, bienheureuse Vierge, conclut saint Bernard, que votre âme a été véritablement transpercée de douleur.

Comme c'est pour l'amour du salut des hommes que la sainte Vierge a souffert ce douloureux martyre, auquel on a donné avec raison le nom de Passion, tous les fidèles ont toujours eu une dévotion parti­culière pour honorer cette Passion de la sainte Vierge sous le titre de Notre-Dame de Pitié, ou sous celui de la compassion de la sainte Vierge, ou de Notre-Dame des sept douleurs ; le Saint-Siège en a approuvé l'of­fice et la fête.

Voici l’exemple d’un ssacrifice héroïque d'une mère en faveur de l'assassin de son fils, dans la vue d'honorer les souffrances de Marie.

Une dame qui n'avait qu'un fils, apprit qu'il avait été tué, et que l'assassin s'était réfugié par hasard chez elle, dans son propre palais. Cette mère affligée, se rappelant que Marie avait pardonné aux bourreaux de Jésus, voulut aussi pardonner à ce malheureux,  en mémoire des douleurs de Marie ; et non seulement elle lui pardonna, mais elle le munit d'un cheval, d'argent et d'habits, afin qu'il pût s'échapper plus aisément.

Après ces actes généreux, son fils lui apparat, lui dit qu'il était sauvé, et qu'en considération de la conduite qu'elle avait tenue envers son ennemi, la Mère de Dieu l'avait délivré du purgatoire, où sans cela il aurait dû souf­frir longtemps. (Tiré d'un livre intitulé : Secret pour obtenir toutes sortes de grâces?)

PRATIQUE  EN  L'HONNEUR  DE  MARIE. (De Ste Colette.)

Compatissez à la sainte Vierge dans les douleurs qu'elle a souffertes à la Passion de son Fils ; comment pourrait-il se faire qu'un cœur qui aime Marie ne compatît point à ses douleurs ? La sainte Vierge parlant à sainte Brigitte, se plaignait de ce qu'il y avait si peu de chrétiens qui l'aimassent cordialement, puisque si peu compatissaient à ses douleurs. (Sainte Colette était très fidèle à cette pieuse pratique.)

PRIÈRE A LA  SAINTE VIERGE. (De saint Bernard.)

Vous êtes vraiment, ô Marie, cette femme forte en qui le Sei­gneur a trouvé son repos, et qu'il a faite dépositaire de tous ses trésors. L'univers honore votre chaste sein, comme le véritable temple de Dieu, où le salut du monde a commencé, où s'est faite la réconciliation entre Dieu et l'homme ; vous êtes ce verger où le pécheur n'a pas pu pénétrer pour le dévaster ; vous êtes ce beau jardin où Dieu a mis toutes les fleurs qui ornent son Eglise, entre autres, la violette de votre humilité et la rose de votre  charité.

O Mère de grâce et de bonté ! À qui pourrons-nous vous comparer ? Vous êtes le paradis de Dieu ; de vous sort la fontaine d'eau vive qui arrose la terre ; mais surtout que de bienfaits n'a pas reçus le monde, quand par vos souffrances vous avez mérité sur le Calvaire d'être l'aqueduc salutaire de tout le genre humain !

Faites que nous en éprouvions les heureux effets, afin que, lavés dans ses eaux pures, nous puissions être introduits un jour dans le royaume éternel, où rien de souillé ne peut entrer. Ainsi soit-il.

Extrait de L’ANNUAIRE DE MARIE. Abbé Menghi-D’Arville (1833)

Disponible sur :https://books.google.ca/books

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