Les divines paroles
Abbé Auguste Saudreau, o.p.
Recueil d'Apparitions de Jésus aux Saints et aux Mystiques
Page 186
62. Combien est agréable à Dieu celui qui accepte amoureusement l'épuisement et l'extrême fatigue Ayant passé une nuit entière sans dormir, sainte Gertrude, très affaiblie, parla ainsi au Seigneur, selon qu'Il le lui enseigna: Par la douceur ineffable avec laquelle de toute éternité vous avez tranquillement reposé dans le sein de Dieu le Père, par le séjour si doux que vous avez fait durant neuf mois dans le sein d'une Vierge, par les délices que vous avez daigné jamais goûter dans une âme aimante, je vous prie, Dieu très miséricordieux, de daigner, non pour ma satisfaction, mais pour votre louange, m'accorder quelque repos, afin que mes membres fatigués puissent reprendre leurs exercices. Notre-Seigneur lui dit : « Viens, mon élue, repose sur mon Cœur, et vois si mon amour, toujours en éveil, te permettra de goûter le repos. » Ainsi posée sur ce Cœur, elle dit : Ô mon très doux amant, que me disent ces battements que je ressens à cette heure ? « Ils disent ceci: Toutes les fois que quelqu'un, se sentant épuisé par la veille et destitué de force, m'adressera cette courte prière que je viens de t'inspirer, afin que je lui accorde du repos pour ma louange et pour réparer ses forces, si je ne l'exauce pas et que néanmoins il supporte sa faiblesse avec patience et humilité, ma douceur, ma bonté divine l'accueilleront avec d'autant plus de joie... Il m'est infiniment plus agréable de voir quelqu'un, dont la maladie et les veilles ont épuisé les forces, m'offrir humblement et patiemment son infirmité, qu'un autre en bonne santé, passer la nuit en oraison, sans être fatigué de veiller. » (Liv, 3, ch. 52.)
63. La croix est un don de l'amour de Jésus L'Enfant Jésus se montra à sainte Véronique Juliani serrant une croix entre ses bras : « Voilà, lui dit-ll, le présent que je te fais, c'est le lit de l'amour ; c'est le lit de repos où se repose le véritable amour. » (Diario, l gennaro 1697.) Une autre fois Jésus lui apparut glorieux et lui présenta la croix en lui disant « Voici le signe de mon amour pour toi ; je veux que tu réveilles l'amour dans le cœur de mes épouses. Cette croix te servira de bouclier pour combattre contre tous tes ennemis, elle te donnera force et vigueur pour tout ce que tu auras à faire par amour pour moi. Dans ce don que je te fais de ma croix, je veux te communiquer mon immense amour. » (27 marzo 1698.) Une autre fois ce fut après la communion que le Seigneur lui montra une grande croix en lui disant : « Voici la croix dont je t'ai dotée; grâce à tes souffrances tu participeras à ce trésor; car c'est ainsi que s'appelle la croix de ceux qui m'aiment. » Et Il me fit comprendre, ajoute la sainte, que tous les vrais trésors qui enrichissent l'âme sont cachés là dans la croix. (3 maggio 1698.)
64. La croix donnée comme récompense
Le 1er novembre 1898, écrit la Mère Marie du Divin Coeur, quand j'eus fait voeu
d'obéissance au confesseur, Notre-Seigneur me dit: «Viens, mon épouse, que je te couronne avec la couronne des souffrances, en attendant que je te couronne avec la couronne de gloire.
Je t'ai dit que je te couronnerais avec la couronne des souffrances pour te récompenser du sacrifice que tu me fais aujourd'hui de toi-même, de ta liberté, de ta volonté, car je sais que tu ne désires rien tant que de souffrir pour mon amour et d'être crucifiée avec moi. » (Vie, ch. 10.)
65. La croix désirée et redoutée
Vers le milieu de février 1571, sainte Thérèse entendit de la bouche de Notre-Seigneur les paroles suivantes : « Tu désires toujours des souffrances, et d'un autre côté tu les refuses. Pour moi je dispose les choses d'après ce que je connais de ta bonne volonté et non d'après ta sensibilité et ta faiblesse. Prends courage, puisque tu vois combien je t'aide ; j'ai voulu te faire gagner cette couronne. » (Relation, 11.)
Anna-Maria Taïgi entendit des paroles semblables : « Rappelle-toi que, si une âme cherche à fuir la croix que je lui ai donnée pour son avantage et pour son bien, alors je la charge d'une autre plus pesante. Quoi, ma fille, tu es si désireuse de souffrir et ensuite tu te laisses ainsi accabler par la tristesse. Mais, tu le sais, tu dois souffrir jusqu'à la fin. » (Vie, par Mgr Luquet, ch. 4.)
66. La folie de la croix est la suprême sagesse
Voici une instruction de Dieu le Père à sainte Marie-Madeleine de Pazzi : « Ma fille, la folie de la croix est une sagesse infinie et l'abnégation de soi-même est une insigne prudence ; mais qui est-ce qui le comprend ? La prudence est une vertu qui en toutes choses considère la fin ; l'on regarde comme une personne prudente celle qui prévoit tout ce qui doit arriver et qui agit en tout avec poids et mesure. C'est donc une grande prudence que de renoncer à soi-même, car celui qui le fait pense à la fin et considère l'avenir. Il sait que personne ne peut venir à moi si ce n'est par la voie étroite... Mes élus et tous ceux qui veulent venir à moi, reconnaissant leur misère, s'abaissent et se rapetissent tellement par l'abnégation d'eux-mêmes qu'ils n'ont aucune peine à marcher par cette voie étroite à la suite de mon Verbe, qui a voulu leur en donner l'exemple et leur montrer par là qu'elle est la bonne voie. » (4° part., ch. 17.)
67. Le joyau qui vaut mieux que tous les joyaux
Un jour que saint François d'Assise succombait sous le poids de la douleur, on l'entendit s'écrier : Ô mon Dieu ! Jetez les yeux sur votre pauvre petit serviteur, daignez venir à mon secours et accordez-moi la grâce de supporter patiemment toutes ces infirmités. Une voix répondit : « François, peut-on acheter trop cher un joyau qui permet d'acquérir un royaume sans prix ? Or, ce joyau c'est la souffrance, envoyée de Dieu ; sache qu'elle vaut mieux que tous les trésors de la terre et qu'il ne faudrait pas s'en défaire pour le monde entier, quand même toutes les montagnes se changeraient en or pur, toutes les pierres en diamants et toutes les eaux en baume. » Oui, Seigneur, repartit le saint, c'est ainsi que j'apprécie les peines par lesquelles vous me visitez ; elles sont un don de votre amour, qui me châtie en ce monde pour me faire éternellement miséricorde dans l'autre. « Réjouis-toi donc, ajouta la voix, car c'est là le chemin qui mène au Ciel. » François resta animé d'une ferveur nouvelle. (Vie, ch. 18.)
68. Les deux couronnes l'une après l'autre
Sainte Catherine de Sienne souffrait beaucoup d'une horrible calomnie et elle répandait devant Dieu ses prières et ses larmes, lorsque le Sauveur lui apparut, tenant dans sa main droite une couronne d'or enrichie de pierres précieuses, et dans sa main gauche, une couronne d'épines, et lui adressa ces paroles : « Sache bien, ma très chère fille, qu'il te faudra nécessairement recevoir, l'une après l'autre, ces deux couronnes. Choisis ce que tu préfères.
Veux-tu, pendant cette vie, porter la couronne d'épines, je te réserverai l'autre et sa beauté pour la vie éternelle. Veux-tu, au contraire, avoir dès maintenant la couronne de prix et tu recevras après ta mort celle d'épines. » Catherine répondit : Depuis longtemps, Seigneur, j'ai renoncé à ma volonté, préférant faire uniquement la vôtre. Par conséquent il ne m'appartient pas de rien choisir. Mais, puisque vous voulez une réponse, je vous dis donc que je veux avant tout me conformer toujours pendant cette vie à votre bienheureuse passion et mettre ma consolation à souffrir pour vous. Cela dit, dans sa ferveur, elle arrache à deux mains le diadème d'épines de la main du Sauveur et se le met si rudement sur la tête que celle-ci, transpercée de partout par ces épines, garda toujours, depuis cette vision, la douloureuse sensation de leurs piqûres ; c'est Catherine elle-même qui l'a attesté de vive voix.
Le Seigneur lui dit alors: « Toutes choses sont en mon pouvoir; de même que j'ai laissé ce scandale s'élever, ainsi puis-je tout aussi facilement l'étouffer. Pour toi, persévère dans le service que tu as entrepris et ne cède pas au diable, qui voudrait y mettre obstacle. Je te donnerai pleine victoire sur le Malin. Toutes ces machinations contre toi retomberont sur sa tête et tourneront à ta plus grande gloire. » (Vie, par le bienheureux Raymond, 2° part., ch. 4.)
Abbé Auguste Saudreau, o.p.
Recueil d'Apparitions de Jésus aux Saints et aux Mystiques
Édité en 1882 sous le titre : (Dernière édition 1936 avec ajout)
Les Divines Paroles ou ce que le Seigneur a dit à ses disciples dans le cours des siècles chrétiens PDF
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