Où allez-vous … est-ce une course à la mort…
1° Demandez à la plupart des hommes où ils vont ?
Avez-vous déjà considéré d'un regard réfléchi cette multitude d'hommes qui compose l'humanité ? Voyez comme ils s'agitent sur la terre. Ils vont et viennent, courent dans toutes les directions, toujours pressés, poussés par une activité fiévreuse qui ne leur laisse pas un instant de repos.
Chacun d'eux paraît sur la terre à un moment bien précis, prend part à cette course échevelée qui s'appelle la vie, puis disparaît emporté par la mort. On le met en terre, un autre le remplace jusqu'au moment où il tombe lui-même dans le même sépulcre. Il y a un milliard quatre cents millions d'hommes qui prennent part à chaque instant à cette course à la mort. Interrogez ces agités. Demandez-leur ce qu'ils font? Ils vous répondront que la vie, que leur vie est dans le mouvement. Et après, demandez-leur quel est le but qu'ils se proposent d'atteindre ? Combien vous répondront loyalement : Ils n'ont pas le temps de penser à ce qui les attend après.
Après ? Pour eux, c'est la jouissance de demain. De leur fin, ils ne savent rien ou ils ne veulent pas s'en tourmenter. Ils vont au hasard, recherchant droit devant eux les chemins où la marche sera plus facile et plus douce. Ils sont emportés comme les feuilles mortes quand le vent tourne et retourne à l'automne, ils marchent au hasard jusqu'à l'effondrement final et la chute dans le vide béant de l'inconnu...
Ils tombent alors avec le grand cri de suprême épouvante : « Ah ! Mourir, mourir...! Est-ce que je dois mourir, moi ? » En vérité, on dirait qu'ils ne savent pas qu'on doit tous mourir !
O foule insensée! Tu viens de Dieu, tu retournes à Dieu et tu ne t'en doutes pas!... Le monde ressemble, sous ce rapport, aux eaux des fleuves. Sorties de l'Océan, elles roulent vers lui leurs flots plus ou moins rapides, mais fatalement, elles y aboutissent. Que vous le vouliez ou non, sortis de Dieu vous devez retourner à Dieu.
2° Vous devez retourner à Dieu.
C'est un principe, que tout être a sa fin là où il a pris son commencement.
Suivant le mot de Joseph de Maistre, « l'homme décrit une courbe fermée, qui s'achève au point même où elle a commencé ». Sorti des mains de Dieu, il doit donc retourner à Dieu.
Son corps, tiré de la poussière, sera rendu à la poussière. Mais son âme, créée par Dieu, reviendra à Dieu.
Vous êtes donc, ô mon Dieu, mon inévitable fin. Bon gré mal gré, après une course rapide sur cette terre d'exil, je rentrerai en vous. Vous m'avez fait, pour vous-même et vous ne permettez pas que je vous échappe. Même si je suis infidèle et si j'abuse de vos dons, je finirai à vos pieds, mais ce sera pour mon éternel malheur. Faites donc, Seigneur, que je vous sois fidèle, afin que lorsque j'arriverai en vous comme la pierre qui tombe vers son centre, j'y trouve un éternel repos.
Je le reconnais, ô mon Dieu, il serait aussi injuste que vain de prétendre fuir loin de vous. Si j'étais assez fou pour le tenter, une force invisible me ramènerait infailliblement vers vous. Puissé-je accomplir de bon cœur, avec l'élan d'une âme aimante, cette loi, au fond bien douce, que m'impose la nature d'aller à Vous ! Je suis votre œuvre, je vous appartiens; dès maintenant je veux tout vous rendre par ma reconnaissance. Vous êtes mon père, de vous je tiens la vie; je veux vous en faire don par un filial amour. Vous êtes mon rémunérateur, de vous seul j'attends le fruit de mes labeurs et la compensation de mes souffrances; je ne veux plus rien chercher hors de vous. Vous êtes mon héritage, et vous me comblerez de vos biens; je veux traverser l'existence présente comme un étranger qui marche vers sa patrie.
3° Ne soyez donc pas des insensés en vous attachant uniquement aux biens de ce monde.
Vous n'êtes pas créés uniquement pour les plaisirs. Ces plaisirs, les jours où vous en jouissez sont si rares, mes Frères; les impressions qu'ils laisseront en vous seront si fugitives; les suites qu'ils entraîneront après eux seront si amères !
Vous, pauvres humains, créés pour les plaisirs ? Ah! Il faudrait plutôt dire que vous êtes voués à la tristesse et aux larmes, tant elles sont le fréquent partage, le lot ordinaire de l'humanité !
Vous n'êtes pas créés pour la richesse. Il y en a si peu qui arrivent à s'emparer de la fortune ! Le plus grand nombre ne la connaîtra jamais. Et puis les quelques biens que vous possédez, à la mort, il faudra les laisser, sans pouvoir en emporter la moindre parcelle. Et ce serait pour cela que Dieu vous aurait donné l'intelligence et une âme immortelle ? Non, non, vous êtes nés pour de plus grandes choses.
Vous n'êtes pas créés pour les honneurs, la gloire, pour les positions plus ou moins brillantes. Tout cela est encore plus rare et plus fragile que la fortune. Les honneurs, la gloire, les positions brillantes, mais ce ne sont pas toujours les plus méritants, les plus vertueux qui les obtiennent. Dieu n'a pu vous assigner pour destinée un but auquel on ne parvient trop souvent que par la bassesse, la ruse ou l'intrigue.
Grande vérité, sur laquelle reposent toutes les autres vérités !
Vous n'êtes point ici, laboureurs, pour remuer la glèbe et préparer une moisson; vous n'êtes pas ici, négociants, pour échanger des marchandises et de l'argent; vous n'êtes pas ici, magistrats, pour vous occuper uniquement des procès de la terre; vous n'êtes pas ici, parents, pour veiller à la garde d'une famille.
Sans doute, tout cela est nécessaire, les quelques années de notre pèlerinage le demandent, mais tout cela n'est que l'accessoire : la fin principale de l'homme, c'est de servir Dieu.
Oui, mes Frères, voilà notre fin;
Dieu, voilà le but vers lequel nous tendons. Dieu seul est la vraie fin de notre esprit parce qu'il est la vérité même, la vraie fin de notre cœur parce qu'il est la beauté même, la vraie fin de tous nos actes parce qu'il est le bien même.
Où allez-vous? Ne l’oubliez jamais, vous allez à Dieu.
(A suivre avec : Que devons nous faire ici-bas.)
Extrait de : Retraite sur les Grandes Vérités. Père J. Millot. (1922)
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