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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 09:24

Qui êtes-vous et d’où venez-vous…                 

Vous venez de Dieu.

Il y  a  quelques dizaines d’années, vous n'existiez pas, mes Frères, personne encore ne pensait à vous. Et pourtant le monde existait avec ses villes et ses vil­lages; les hommes allaient à leurs affaires et à leurs plaisirs comme aujourd'hui ; les astres roulaient dans le firmament, le soleil se levait et se couchait, les saisons succédaient aux saisons : tout se passait dans l’univers comme à cette heure. Vous auriez pu ne pas voir le jour, et la terre aurait continué sa course, le monde la sienne, personne ne se serait aperçu de votre absence.

Qu'étiez-vous ? Rien, absolument rien : ni un moucheron, ni un brin d'herbe, ni un grain de sa­ble, ni un atome quelconque.

Où étiez-vous ? Je cherche votre place sous le toit qui vous abrite. Elle est vide. Je parcours les rues de cette ville ou de ce village que vous habitez. Je ne vous rencontre nulle part.

Qui pensait à vous? Personne, pas même les pa­rents qui vous ont donné la vie; de vous, de votre personne, de votre caractère, de vos vertus, de vos qualités, de vos défauts, de vous, tel que vous êtes avec votre individualité caractéristique, il  n'était nullement question.

Je me trompe, je l’avoue bien humblement…

Quelqu'un pensait à vous : Dieu. Lorsque le moment fixé par lui de toute éternité fut arrivé, il vous créa.

C'est Lui qui vous donna ce corps, admirable ma­chine, aux mille rouages merveilleux que l'homme ne saurait fabriquer. C'est Dieu qui vous a fait l'in­comparable présent d'une âme intelligente et libre, souffle immortel tombé de ses lèvres et sur laquelle il laissa une ineffaçable empreinte de son image. En vous créant, Dieu fit de vous, selon la parole d'un grand orateur (Lacordaire), « la plus belle de toutes les créa­tures visibles, le chef-d'œuvre de l'amour et de la toute-puissance divine, le roi du monde; plus que cela, l'image vivante de lui-même ». Se peut-il origine plus noble, plus grande, plus belle? Vous ve­nez de Dieu.

 

Vous venez de Dieu seul.

Revendiquez, si vous voulez, une part à tous les biens acquis depuis votre naissance : attribuez votre conservation à la prudence et à la sagesse de vos parents, votre science à la sagacité de votre esprit, votre vertu à la correspondance de votre volonté, votre fortune à la ténacité de vos efforts : jamais il n'en sera ainsi de votre existence.

Vous direz peut-être : Je tiens l'existence de mes parents. Mais eux-mêmes, de qui l'ont-ils reçue ? De leurs parents également... Et la même question re­cevant toujours la même réponse à mesure que

nous remontons la longue chaîne des générations humaines, nous arrivons à un premier homme, père-de tous les autres, qui doit nécessairement tenir son existence d'un autre être, d'un être qui lui est supé­rieur, souverainement grand et puissant, qui a voulu et pu le tirer du néant. Il faut admettre un créa­teur.

Vous venez de Dieu non pas seulement à cause de l'acte initial auquel vous devez votre existence, mais à cause de l'acte par lequel Dieu vous conserve la vie.

Lorsque l'artiste a achevé son travail, l'œuvre sortie de ses mains n'a point besoin de lui pour subsister. Il vivra, lui, quelques heures à peine, et son œuvre pourra braver les âges.

Il n'en est pas de même pour les ouvrages de Dieu; sans lui ils ne pourraient vivre, et s'il retirait son action créatrice, ils retomberaient dans le néant.

Vous êtes de Dieu à tous les moments. Autant de secondes dans le temps qui mesure votre vie, autant de fois il vous fait présent de l'existence. Vous de­meurez attachés à lui comme la plante à la racine, le ruisseau à la source, la maison au fondement qui la soutient. Qu'il retire son bras, vous ne serez plus.

Que Dieu vous abandonne cette parcelle de temps, que vous imaginez à peine, voilà aussitôt la source de la vie tarie dans votre cœur. Vous voilà dans 1e néant.

 

3° Par conséquent, vous appartenez à Dieu.

L'arbre appartient à celui qui l'a planté et arrosa de ses sueurs, le tableau au peintre qui l'a dessiné, la statue à l'artiste qui l'a ciselée. Dieu vous ayant créés et vous conservant à chaque instant, vous lui appartenez totalement comme la propriété appar­tient au propriétaire.

Dieu a sur vous un droit de propriété absolue. Le propriétaire dans ses biens peut remuer, changer, bouleverser. A toutes les questions qui lui seront faites, il sera en droit de répondre : Que vous im­porte, je suis le maître.

Dieu a sur vous un droit de juridiction absolue. À lui de commander, à vous d'obéir. Quand vos mauvais instincts se trouveront en contradiction avec sa volonté clairement exprimée, vous devez imposer silence à vos passions.

 

Dieu a sur vous un droit de propriété essentiel.

Ayant tout donné, il est seul vrai propriétaire. Mais que Dieu cesse un seul instant d'être le pro­priétaire de votre être, vous devez ne plus le recon­naître pour votre Dieu. Qu'est-ce que Dieu? C'est le souverain Seigneur de toutes choses : or s'il cessait d'être le propriétaire de votre vie, il y aurait une chose, — vous, — séparé de son domaine : par con­séquent il ne serait pas Dieu, propriétaire suprême.

Dieu a sur vous un droit de propriété irrésistible. Il vous est impossible de vous soustraire à la pro­priété divine. On peut se soustraire à la propriété, aux droits d'un homme, par l'indépendance, par la fuite peut-être : mais comment se soustraire à la propriété de Dieu ?

Un apologue vous fera bien comprendre cette vé­rité.

Un grand seigneur possédait une propriété magni­fique. C'était un parc immense, avec des fourrés épais, des arbres au feuillage touffu, des plantes à la sève vigoureuse, en même temps de vastes pe­louses d'un aspect ravissant. Dans ce domaine pre­nait ses ébats un gibier nombreux et varié. On le voyait tour à tour courir, fuir, se cacher dans les bosquets ou disparaître encore. Le gibier était heureux, s'imaginant posséder sa liberté complète.

Un jour le propriétaire convie ses amis à une grande chasse. Enchantés, ils accourent au rendez-vous. On commence par traquer les animaux qui tout effarés s'enfuient au plus vite, se cachent, se blottissent dans les broussailles, et tout d'abord échappent aux chasseurs. Bientôt il leur faut quitter ces asiles périlleux et courir encore cherchant d'au­tres abris. Ceux-ci n'offrant pas davantage de sûreté, les pauvres animaux essaient par de nouveaux dé­tours de se dérober aux regards. Mais voici que tout à coup cerfs, daims, chevreuils aperçoivent le mur d'enceinte, ce mur qu'ils n'avaient Jamais vu!...

Ils se croyaient libres, ils étaient esclaves!... Que faire devant cet obstacle infranchissable? Retourner en arrière? Mais les chasseurs sont là. Se cacher ? Hélas ! Les bosquets sont loin ; les traqueurs arrivent, et resserrent sans pitié le cercle dans lequel ils empri­sonnent le malheureux gibier. C'est fini; la lutte est impossible, il faut se rendre et tomber sous la balle meurtrière du chasseur. Ce mur, avez- vous bien compris, ce que c’est…

 

Mes Frères, ce parc immense, c'est le monde; le prisonnier, c'est vous, c'est moi, c'est nous tous. L'homme sur la terre peut oublier pendant un temps qu'il est la propriété de Dieu et qu'il dépend de lui; il peut se cacher et fuir les regards du proprié­taire, du moins il s'aveugle au point de se persua­der que le Maître ne le verra pas.

Mais il y a des bornes au domaine : il y a un mur que nul ne sau­rait franchir. Un jour arrive où le Seigneur envoie la mort.

Alors le pécheur est contraint de recon­naître son Maître et son Juge.

A suivre : Où allez-vous ?

Extrait de : Retraite sur les Grandes Vérités. Père J. Millot. (1922)

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