BÉNI SOIT LE NOM DE JÉSUS…
Cet enfant, victime d'amour descendue du ciel pour relever l'homme déchu, comment se nommera-t-il ? Saint Joseph se souvint alors du message céleste et lui imposa ce doux nom choisi par Dieu et murmuré à son oreille par des lèvres angéliques : Tu l'appelleras Jésus, lui avait dit l'archange Gabriel. Jésus, c'est-à-dire, la bonté, la douceur, la force, la miséricorde; Jésus, c'est-à-dire, Sauveur !
Il s'attache aux noms que la célébrité a consacrés, une sorte de prestige. A les entendre prononcer, ou à les lire dans les pages de l'histoire, on éprouve un sentiment irrésistible de respect et d'admiration. Derrière le nom, on voit se dresser dans le rayonnement de sa gloire, le personnage illustre qui l'a porté. Passons en revue tous les noms dont on a gardé le souvenir; nous n'en trouverons pas de plus universellement connu, de plus noble, de plus glorieux que celui de Jésus.
Le nom de Jésus
Qu'il est beau et riche de souvenirs, ce grand nom ! Méditons-le pieusement, car il évoque Jésus lui-même et il est pour nous le mémorial de tous ses bienfaits. Il revient sans cesse dans nos prières et nos yeux le rencontrent à chaque page de nos livres d'heures. Mais si notre prière le redit, est-ce toujours avec cette vénération et cette attention qui lui sont dues ? Nous qui avons profondément chéri un père, une mère, un ami intime et qui ne pouvons entendre leur nom sans un sourire ou une larme, comprenons-nous ce que doit être pour une âme pieuse le nom sacré de Jésus ?
Jésus ! Ce nom me dit toute la laideur du péché, l'horreur que Dieu en a conçue et tout le sang versé pour effacer la tache hideuse.
Jésus ! Ce nom me rappelle qu'un jour, victime de mes erreurs et des ruses de Satan, j'ai été arraché par pur dévouement des flammes de l'enfer.
Jésus ! Cela veut dire l'amitié de Dieu recouvrée, le secours assuré et au soir de la vie le bonheur sans fin.
Jésus signifie donc Sauveur, libérateur. Oui, mais ce rôle suppose le sacrifice, la souffrance, l'héroïsme. Est-il quelqu'un qui ait souffert plus que Jésus ? Trente-trois ans d'une vie pauvre, humiliée avec l'agonie, le mépris, l'abandon, la croix et la mort désolée. Voilà tout ce que me rappelle le nom de Jésus.
Ah ! Si un jour voguant sur les flots, le vent faisait soudain chavirer ma barque, quelle reconnaissance et quel amour ne témoignerais-je pas à cet ami dont la main m'aurait sauvé de l'abîme. Son seul nom serait pour moi en vénération.
De ce nom de Jésus, ne doit-il pas s'échapper comme un parfum d'amour qui ouvre à ma reconnaissance une source intarissable, capable de provoquer la plus grande générosité et le dévouement le plus saint. Ce nom est grand au ciel, sur la terre et dans les enfers. Le Christ, nous disent les saintes Écritures, possédant la substance divine, égal en tout à son Père, s'est anéanti, prenant la condition de l'esclave et se faisant semblable à nous. C'est pourquoi Dieu lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms et devant lequel tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers.
Le culte qui lui est dû
Sous les voûtes splendides du ciel, il est chanté par les anges; il forme la note la plus harmonieuse de leur concert et les bienheureux l'écoutent dans le ravissement et l'extase. Sur la terre, c'est le sanglot de l'âme repentante; c'est l'hymne des âmes pures, des apôtres, des martyrs et des vierges. Aux enfers, c'est le remords et le tremblement des damnés.
Quiconque invoquera le nom de Jésus sera sauvé... Quiconque... il n'exclut personne, il n'excepte aucun cas. Nous pourrons nous éloigner; nous pourrons commettre, hélas ! Des fautes; mais nous reviendrons : ce nom béni nous éclairera et nous ramènera dans le bon chemin.
Jésus est donc un nom d'espérance, il nous dit que la terre n'est qu'un lieu d'exil et qu'au delà du temps il est une vie qui demeure et une patrie où le bonheur est sans fin.
Voilà pourquoi il était toujours sur les lèvres des saints et des âmes pieuses.
Ce beau nom est tout pour moi, disait une âme aimante du Christ. Oh ! Oui, ce nom c'est ma vie. Quand je mis seul, il est sans cesse sur mes lèvres et ma plume est comme forcée de répéter : Jésus, Jésus, Jésus ! Toujours Jésus ! À la vie, Jésus ! À la mort, Jésus ! Au ciel, Jésus !
Ah ! Qu'il est consolant de se dire qu'à côté des ingrats qui le blasphèment, Jésus trouve en grand nombre, et dans le cloître et dans le monde, des cœurs délicats, ardents, vaillants, immolés, qui le bénissent, le chantent, l'aiment et n'aspirent qu'à le faire aimer, des cœurs qui vivent et meurent pour lui.
Soyons de ces âmes. Ne prononçons jamais le nom de Jésus avec indifférence. Inclinons la tête et découvrons nos fronts, comme marque extérieure des sentiments qui nous animent, chaque fois que nous l'entendons.
Que notre cœur surtout en comprenne bien le sens et que, pénétré de respect et d'amour, il s'humilie et adore. Ayons un culte spécial pour le nom de Jésus. L'Eglise a institué une fête en son honneur; célébrons-la dignement pour réparer les blasphèmes des méchants.
L'aimer et le vénérer, cela ne suffit pas; il faut l'honorer par la dignité de notre vie. Quel outrage de le chanter, de le saluer en courbant le front, si nous crucifions de nouveau Jésus par le péché ! Ne serait-ce pas le baiser de Judas ?
Faisons-le connaître comme un nom révélateur d'amour et de salut. Portez ce nom jusqu'aux confins de la terre, disait un jour Jésus à ses Apôtres. Cette mission n'est pas exclusivement celle du prêtre, elle appartient à toute âme chrétienne; elle peut s'exercer par l'exemple aussi bien que par la parole.
Charles Charron, c.s.c.
Extrait de : NOURRITURES Spirituelles (Tome 1) 1956
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