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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

1 janvier 2018 1 01 /01 /janvier /2018 11:02

BONNE ET HEUREUSE ANNÉE …

Une bonne année.

Une année bonne, cela signifie aux yeux de la raison purement terrestre une année exempte de maladies, d'insuccès, de revers, d'épreuves; une année qui apporte avec la plénitude de la santé et le développement de l'activité naturelle, l'acquisition abon­dante des biens terrestres, l'estime plus marquée de ses sembla­bles, le succès encourageant, l'amélioration de sa condition so­ciale. C'est là le sens exclusif que les hommes, en général, et trop de chrétiens aussi, attachent à leurs souhaits du nouvel an. Sans doute, très légitimes peuvent être ces souhaits, mais ils restent incomplets. Pour un chrétien, ils ne sauraient suffire, car ils ne sont que l'envers de la médaille de la vie : c'est de l'autre côté qu'on doit en chercher la vraie signification.

Et cet autre côté porte les traits évangéliques : dans l'Évangile seul nous en trou­verons la vraie signification. Personne n'est bon que Dieu seul : Dieu seul est complètement, définitivement bon, et nous sommes bons à proportion de nos rapports toujours plus intimes avec lui. Il nous apparaît, en ce temps-ci, dans la crèche où Il est descendu, pour nous donner les moyens de nous diriger vers Lui en esprit et en vérité; pour nous indiquer la voie qui nous permet­tra d'entrer en communication avec la Trinité Sainte, pour mettre entre nos mains débiles le prix du royaume des cieux : Ne crai­gnez pas, petit troupeau, il a plu à votre Père de vous donner un Royaume.

C'est vers ce bien promis que doit regarder un chrétien pour comprendre la signification de sa vie, et juger de la bonté de ses années. Laissons les fils des hommes se livrer à une concurrence aveugle, brutale, autour d'une parcelle d'autorité, d'un lambeau de gloire terrestre ou d'un morceau de richesses; nous sommes nés pour quelque chose de plus grand; l'objet de nos désirs et de nos vœux est plus élevé : c'est le Royaume que nous a promis notre Père qui est aux cieux.

Ce Royaume, nous en avons les titres de possession dès ici-bas. Nous sommes réellement par la grâce sanctifiante les fils de ce Père, les cohéritiers de ce royaume. C'est la vie de Dieu com­mencée en nous et qui tend à se développer si nous ne laissons pas la nature entraver son travail.

Celui qui se préoccupe de faire ma volonté, nous viendrons en Lui, nous dit Jésus, et nous établirons en lui notre demeure. L'âme de ce .Royaume intérieur, l'Esprit-Saint, met en nos cœurs ces sentiments d'amour filial qui nous permettent de nous écrier avec une sainte hardiesse, en nous adressant à Dieu : Notre Père.

 

Voilà les éléments essentiels de la véritable bonté.

L'année qui apportera avec elle la fuite du péché — seule ma­ladie qui peut porter atteinte à cette vie divine en nous — l'année qui apportera un accroissement de cette vie; qui fera déborder en nos actes quelque chose de ces richesses divines dont l'Esprit-Saint nous remplit; qui raffermira nos titres à la possession du seul véritable royaume; qui doublera nos actions sur ces valeurs surnaturelles; cette année-là sera bonne.

N'est-ce pas ce que nos pères, guidés par l'instinct d'une foi profonde, avaient compris ? N'est-ce pas là tout ce qu'ils expri­maient dans cette formule simple et sublime à la fois, parce que chrétienne : Bonne et heureuse année et le Paradis à la fin de vos jours. Formule qui, loin de nous faire sourire, devrait mettre dans nos cœurs un sentiment d'admiration profonde pour ces géné­rations dont nous descendons, et qui savaient, dans la vie de cha­que jour, rester en contact intime avec les réalités d'ordre sur­naturel. Demandons pour tous ceux qui nous sont chers que l'an­née soit bonne dans ce plein sens chrétien...

 

Une heureuse année

Et si l'année est bonne dans ce plein sens, chrétien et sacer­dotal, elle sera heureuse. Cette bonté pleine et entière suffirait déjà à nous assurer dans nos préoccupations d'ici-bas, la joie cal­me, la paix, le bonheur que le monde recherche avec ardeur. Cherchez d'abord le Royaume de Dieu, et toutes ces choses vous viendront par surcroit.

Mais elle est surtout la source d'un bonheur plus profond, elle livre le secret d'être heureux, non pas de cette joie bruyante, de ce bonheur tapageur, dont le siège est à la surface de la sensibilité mais d'être heureux de ce bonheur fondé sur la paix et la joie que Dieu donne à ses élus. Cette paix-là, source du vrai bonheur, elle habite les profondeurs de l'âme dans laquelle elle s'épanouit sous l'influence de la Trinité bienheureuse qui établit en nous sa de­meure, en attendant de se donner à nous dans la paix et le bon­heur complet et définitif de la vision et de l'amour béatifiques.

C'est le bonheur de vivre pour Dieu, et en vivant pour lui, de se rapprocher de lui toujours davantage. Ce bonheur ne fuit pas devant le sacrifice, les souffrances, l'épreuve, difficultés néces­saires pour l'approfondissement de la vie spirituelle, difficultés que le monde redoute par-dessus tout, parce qu'il ne voit que la croix et ne sait rien de l'onction qui rend la croix légère. Ou souf­frir ou mourir, disait sainte Thérèse.

N'est-ce pas le sens profond des béatitudes évangéliques qui resteront un éternel paradoxe pour tous ceux qui n'ont pas com­pris l'esprit de l'Évangile, qui resteront une loi abstraite et loin­taine pour ceux qui ne vivent pas de l'Évangile ? Heureux les pauvres en esprit, heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. Voilà le secret du bonheur, de la joie, de la paix chrétienne...

Demandons-nous si nous avons compris ainsi, dans leur sens complet les souhaits du nouvel an, et l'orientation que nous de­vons donner à notre vie pour qu'elle soit réellement bonne et heureuse. Demandons pardon à Dieu de nous être si souvent éloi­gnés, au cours de l'année qui vient de s'écouler, de cet idéal de bonté.

Comme bouquet spirituel, conservons le plein sens de la for­mule traditionnelle des souhaits du nouvel an :

BONNE ET HEUREUSE ANNÉE et le Paradis à la fin de vos jours !

Mgr Emile Yelle,  év.

Extrait de : NOURRITURES Spirituelles (Tome 1) 1956

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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