Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 03:12

JE CROIS en JÉSUS... SON FILS UNIQUE           

Au sujet de l'existence de Dieu et de notre foi à son existence, nous avons remarqué que cer­tains malheureux, sous le coup de l'épreuve ou accablés par leurs péchés, essaient d'oublier Dieu, mais que Dieu ne se laisse pas oublier et que tout, dans la création, nous parle de lui et nous crie : « Dieu existe. » Et nous nous rappelons cette scène du troisième chapitre de la Genèse où l'on voit Adam et Ève, après leur faute, se cacher parmi les arbres du jardin pour échapper au regard de Dieu. Peine perdue ! La voix du Créateur reten­tit bientôt : « Adam, où es-tu? » (Gen., III, 9.)

Ne dirait-on pas que Dieu joue à cache-cache avec nos premiers parents, comme font les grandes personnes lorsqu'elles s'amusent avec les enfants ? Et, de fait, nous sommes bien les enfants de Dieu.

L'histoire de cette partie de cache-cache dans la Genèse n'est évidemment qu'une image de ce qui se passa réellement. Vous pensez bien que Dieu, qui est présent partout et voit tout, n'a pas besoin de battre les buissons pour découvrir ceux qu'il cherche. Nous n'en avons pas moins là une figure expressive de ce qui suivit la chute de l'homme. Rien ne pouvait mieux nous faire saisir la manière dont Dieu, l'Eternel, recherche avec amour les petites créatures que nous sommes. Que se passe-t-il, en effet, dans une partie de cache-cache, lors­que l'on a découvert celui qui se cachait ? Vous le savez mieux que moi : on intervertit les rôles; c'est au chercheur, maintenant, à se cacher. Eh bien ! Dans sa bonté infinie, Dieu a consenti à se plier aux règles du jeu ! L'homme avait voulu se cacher de lui, mais Dieu l'a trouvé; et Dieu, à son tour, va se cacher pour obliger l'homme à le découvrir.

Mais comment Dieu a-t-il pu se cacher ? Nous le disions dernièrement : sous les traits d'un nou­veau-né, blotti entre les bras de sa Mère, au fond d'une grotte, près d'un village insignifiant de Judée, appelé Bethléem. C'était, avouez-le, la manière la plus ravissante de se cacher ! Mais comme nous sommes, nous les hommes, par­faitement stupides, de peur que nous n'arrivions pas à le trouver, Dieu nous mit lui-même sur la voie. Ce fut précisément le rôle des prophètes de donner les indications qui permettraient de le découvrir : « Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un fils » (ISAÏE, VII, 14), disaient-ils. Et encore : « Toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas-la moindre parmi les villes de Juda. » (MICHÉE, v, 2.) « Le bœuf connaît son possesseur et l'âne la maître de l'étable. » (ISAÏE, I, 3,) « Un rejeton sortira de la tige de Jessé (Jessé était le père de David) et une fleur sortira de sa racine. » (ISAÏE, xi, 1.) Et ainsi de suite. De telles suggestions pré­paraient les hommes à la recherche d'un enfant qui serait de la race de David et naîtrait à Bethléem. « Allez-y, disaient les prophètes..., vous brûlez, vous êtes sur le bon chemin ! » Un beau jour une étoile surgit aux yeux de savants dans le ciel d'Orient; c'était de mieux en mieux. «Avancez, disait-elle, vous brûlez, vous brûlez ! » Enfin un ange apparut aux bergers et leur dit qu'un tout-petit était couché dans une crèche, à quelques pas de là. Pour le coup, cela devenait clair comme le jour ! « Vous y êtes », disaient les anges. Si stupides que nous soyons, comment n'aurions-nous pas découvert, après cela, la ca­chette de Dieu ?

Mais pourquoi Dieu s'y est-il pris ainsi ? D'abord, nous le disions, parce qu'il voulait se révéler à nous; il voulait nous en apprendre sur lui beaucoup plus que nous ne pouvions en savoir par notre seule raison. Mais rappelez-vous qu'il avait autre chose encore en vue : l'homme avait péché et il s'était par là fermé la porte du ciel, dont il ne retrouverait jamais le chemin, à moins que réparation ne fût faite.

Il n'est pas tout à fait exact de dire que cette réparation était indispensable. Dieu aurait pu, à lu rigueur, se contenter à moins de frais et dire pur exemple : « Soit, vous avez péché, mais vous avouez votre repentir, eh bien ! Moi, je vous par­donne. » Et tout en serait resté là. Mais il a pré­féré une réparation totale, adéquate, de la faute commise.

Quand vous avez fait de la peine à une per­sonne que vous aimez beaucoup, vous suffira-t-il d'aller lui dire : « Je regrette, je me suis mal comporté. » Non. Vous voulez faire quelque chose de plus pour témoigner votre regret. Et vous voulez que ce repentir vous coûte, d'une manière ou d'une autre. Vous cherchez l'occasion de lui ren­dre service, de lui faire un petit cadeau, et cela à vos dépens. Voilà la réparation véritable. C'est ce que Dieu a voulu exiger pour le péché de l'hu­manité. Quelque chose devait être fait. Mais quoi ? Vous pouvez penser que ce n'était pas une petite affaire, ni si facile !

Les théologiens nous disent que la grandeur d'une offense se mesure à la dignité de la per­sonne offensée, tandis que la réparation se mesure à la dignité de la personne qui répare. C'est moins compliqué que cela n'en a l'air et vous allez comprendre tout de suite : Je suppose que vous ayez tiré la langue (faire une grimace à) à un de vos camarades. .Le geste manque d'élégance mais n'entraîne pas des conséquences formidables. Supposons maintenant que vous ayez tiré la langue à votre mère où à votre professeur. Ah ! Alors, c'est évidemment plus grave. Pourquoi ? Parce que cette personne, que ce soit votre mère ou votre professeur, est d'une autre importance, autrement digne de votre respect qu'un camarade de votre âge.

L'offense est beaucoup plus considérable parce qu'une offense se mesure à la dignité de la personne offensée.

Faisons encore une supposition. Il s'agit main­tenant d'une réparation. Nous allons raisonner en sens inverse et dire qu'elle sera d'autant plus effi­cace que l'offenseur est plus élevé en dignité. Vous rappelez-vous l'épisode des bourgeois de Calais, en 1447 ? Le roi d'Angleterre s'était rendu maître de la ville et exigeait qu'on lui en apportât les clés. Eustache de Saint-Pierre et six autres notables se dévouèrent pour obtenir, à leurs ris­ques et périls, le salut de la cité. Vous savez com­ment ils vinrent en chemise, les pieds nus et la corde au cou, déposer les clés entre les mains du roi. Imaginez qu'au dernier moment, Eustache de Saint-Pierre ait reculé et ait envoyé à sa place une demi-douzaine de va-nu-pieds de la lie du peuple, Le résultat n'aurait pas été le même. Ce n'étaient pas des va-nu-pieds, c'étaient des bour­geois, des notables qui devaient réparer ce qui, en réalité, était une noble résistance, mais qui, du point de vue de l'Angleterre, était considéré comme une grave offense.

Appliquez ces principes à la question du péché et de sa réparation. Qui avait été offensé par le péché de l'homme ? Dieu. L'offense pre­nait donc un caractère infini, puisqu'elle se mesu­rait à la dignité infinie de Dieu, l'offensé. Il y fallait, dès lors, une réparation infinie. Mais si l'homme s'en chargeait, cette réparation, se mesu­rant à la dignité du réparateur, ne serait jamais qu'une réparation finie, par conséquent impuis­sante, inadéquate. En admettant même une répa­ration collective de toute l'humanité, la somme fournie resterait insuffisante, parce qu'il y aurait toujours disproportion absolue entre fini et infini.

Que faire alors ? Et qui serait capable de four­nir une réparation infinie, sinon Dieu seul ? Dieu savait bien cela, et c'est pourquoi il dit : « J'enverrai mon Fils unique faire réparation pour les hommes. » Le Fils unique de Dieu ! Mais c'est la seconde Personne de la Sainte Trinité. Comme l'a dit saint Paul : « Dans le Christ, c'était Dieu qui se réconciliait avec le monde. » (II Cor., V, 19.)

Voilà comment et pourquoi Dieu se fit homme. Il se fit homme afin de pouvoir souffrir, parce que toute réparation s'opère par la souffrance et que la nature divine est impassible, c'est-à-dire inca­pable de souffrir. Si le Fils de Dieu voulait répa­rer pour nous, il devait de toute nécessité se faire homme.

Mais il faut savoir exactement ce que veulent dire ces mots : Dieu s'est fait homme. Aurait-il pris une apparence humaine seulement, de sorte que l'Enfant adoré dans la crèche par les bergers n'aurait été qu'une sorte de fantôme humain ? Dieu aurait permis que tout le monde s'y trom­pât en le croyant homme réel ? Sûrement non !

Dans ce cas où serait la souffrance ? Or, cet enfant, nous le savons, a pleuré réellement, a souffert du froid et de la faim, tout comme, trente-trois ans plus tard, il devait crier sa soif du haut de la Croix. Si Jésus-Christ voulait réparer au nom des hommes, il fallait qu'il fût réelle­ment homme et qu'il souffrît à la manière des hommes.

Autre question : dire que Dieu s'est fait homme, cela revient-il donc à dire que la Sainte Vierge a donné naissance à un homme et rien de plus ? Jésus n'aurait été qu'un homme, dans lequel, après coup, la divinité serait venue habi­ter, tout comme elle habite dans vos âmes de baptisés ou dans vos cœurs de communiants; avec cette différence toutefois que le Christ aurait été si pleinement possédé par Dieu et d'une façon ai particulière, qu'il aurait été possible de l'appe­ler fils de Dieu ? Là encore ce n'est pas la bonne solution, car un homme, si pleinement habité par Dieu qu'on le suppose, n'aurait pas été Dieu, et, en ce cas, les mérites de ses souffrances, quelque grands qu'ils aient pu être, seraient restés d'or­dre fini; or, ce qu'il .nous fallait, répétons-le, c'était précisément une satisfaction d'un prix infini, seule capable de réparer une offense infinie.

Mais voilà où vous m'attendez ! Vous vous rappelez nos précédentes causeries et vous allez m'objecter que Dieu ne peut pas faire l'inconce­vable, il ne peut pas faire qu'un rond soit carré, par exemple. Comment admettre donc qu'il puisse, à la fois, être Dieu et homme ? N'est-ce pas une flagrante contradiction ?

Je répondrai qu'il y a une distinction à faire : Jésus-Christ était à la fois Dieu et homme véritablement, mais il était l'un et l'autre de différente manière. Je m'explique : sa nature était humaine et sa Personne divine. C'est ce que signifie le terme d'Aaron Hypostatique. Vous avez remarqué, dans les litanies du Sacré-Cœur, cette invocation : « Cœur de Jésus, uni substantiellement au Verbe de Dieu. » Substantiellement ou hypostatiquement ont à peu près le même sens ici, et veulent dire que la nature humaine de Jésus appartenait, dépendait en quelque sorte (le mot grec hypo veut dire en-dessous) d'une Personne divine à laquelle elle était si étroitement unie qu'aucune autre union, sur terre, ne peut donner une idée de celle-là.

Une Personne divine possédant une nature humaine, ou plus exactement douée de deux natures, l'une divine et l'autre humaine, voilà ce qu'était Nôtre-Seigneur. Se faisant homme, il ne pouvait cesser d'être Dieu. Au moment même où la Sainte Vierge l'enveloppait de langes dans la crèche, il régnait au-dessus des Anges dans le ciel. Nous n'arrivons pas à réaliser ces choses : elles nous dépassent. Il n'y a même aucune com­paraison, aucune suggestion qui puisse nous les faire saisir, pour cette raison que l'Union Hypo­statique est d'un ordre absolument à part, qui transcende tout ce que nous pouvons imaginer en fait d'union. Pensez à l'amour qui unit à Dieu la Vierge Marie. Il est unique; c'est un lien incom­parablement plus étroit et plus fort que tout autre amour, semble-t-il.

Eh bien ! L'Incarnation nous montre une union plus étroite et plus forte à la fois que cet amour même, que tout amour quel qu'il soit. Sur la terre, il arrive que la même personne occupe simultanément des positions différentes, possède en même temps plusieurs titres. Mais dans l'In­carnation il ne s'agit ni de positions, ni de titres. Il s'agit de nature, de mode d'être. Vous avez entendu parler de possédés et d'exorcismes. Vous savez que, dans certains cas, le démon semble à tel point maître de sa victime qu'il parle par sa bouche, voit par ses yeux, comme si cette mal­heureuse victime n'avait plus de personnalité propre; cependant celle-ci existe, elle est seule­ment refoulée dans un coin pour ainsi dire. Dans le cas du Fils de Dieu Incarné, c'est autre chose; il y a un esprit humain, une âme humaine, mais pas de personnalité humaine. La Personne que l'on contemplait, soit à la Crèche, soit au Cal­vaire, était Dieu. Rien dans l'ordre de l'expé­rience humaine ne peut illustrer un tel mystère. Car c'est bien un mystère, mais pas une contra­diction.

Le Fils unique de Dieu, voulant faire de nos fautes une réparation complète, parfaite, a pris sur lui une nature humaine, parce que c'était le seul moyen de souffrir. Il a agi comme un homme riche qui prendrait à son compte les dettes d'un banqueroutier, parce qu'il saurait que ses dettes doivent être payées et qu'il est seul à pouvoir s'en charger. Il y a une différence toutefois, c'est que la condescendance de Dieu est infiniment plus grande, parce que le prix qu'il lui en a coûté de se faire caution pour les hommes est infiniment plus élevé : il lui en a coûté sa propre vie.

 « Personne, a-t-il dit, ne peut avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (JN, xv, 13.)

Parmi les hommes, ce don de la vie est le plus grand qui puisse être fait. Mais Dieu, lui, est allé au delà : n'étant pas homme, il a voulu le deve­nir, prendre une vie humaine afin de pouvoir la sacrifier. Et ceci, alors que, loin d'être pour lui des amis, nous étions comme des ennemis.

Extrait de : LE CREDO  Mgr Ronald KNOX. (1959)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires