La vérité qui est le bien de l'intelligence…
Après avoir rendu à Dieu ses premiers devoirs, alors nous pouvons chercher à attirer sur nous ses regards, lui exposer nos besoins et lui demander ses grâces. Disons-lui : " conduisez-moi dans le chemin de la vérité et enseignez-moi. " (Ps. 26) Éclairez mes yeux afin que je ne m'endorme pas dans la mort de l'erreur : Demandons à Dieu la vérité qui est le bien de l'intelligence ; demandons-lui aussi la vertu qui est le bien de notre volonté.
La tâche que nous avons à remplir ici-bas est impossible à nos forces naturelles, affaiblies par le péché. Des ténèbres, ou du moins des nuages obscurcissent souvent notre intelligence ; des affections déréglées se disputent notre cœur ; notre corps lui-même, en proie à de regrettables passions, se révolte contre le joug austère de la vertu. Comment alors accomplir la, volonté de Dieu ? Comment atteindre le but qu'il nous propose ? Dès l'enfance, l'Eglise nous a bien révélé l'objet, la fin de notre existence : c'est pour connaître Dieu par l'esprit, pour l'aimer de tout notre cœur, pour le servir de toutes nos forces et par là mériter la vie éternelle que nous avons été créés.
Nous le savons, mais, pour atteindre le but, il ne nous suffit pas de le connaître, il nous faut encore la volonté de l'atteindre et la persévérance dans les efforts pour y parvenir; en un mot, il faut faire le bien et fuir le mal, c'est-à-dire, le péché qui est incompatible avec la gloire éternelle, dans laquelle rien de souillé n'entrera jamais ; (Apoc. XXI) faire le bien, c'est-à-dire, les bonnes œuvres qui sont les dispositions pour mériter cette vie éternellement heureuse. (Ps. XIV) Pour fuir le péché il faut résister à toutes les tentations qui nous y portent et qui nous viennent de toutes parts. Pour faire le bien il faut remplir tous les devoirs que Dieu nous a imposés comme des moyens nécessaires afin d'arriver à sa gloire. Or nous ne pouvons rien faire de toutes ces choses sans la grâce de Dieu. (jean XV.)
Cette grâce, il faut la demander à Dieu. C'est pour cela que saint Jean Damascène définissait la vertu : Une demande que nous faisons à Dieu des choses convenables et qui peuvent servir à sa gloire et à notre salut.
Attirons sur nous ses regards par le récit de nos misères, de notre faiblesse, de notre impuissance et de tous les maux qui nous affligent en notre âme et en notre corps ; découvrons-lui tous nos besoins afin qu'il ait pitié de nous et qu'il vienne à notre secours. Entrons dans le détail de tous les biens que nous désirons ; adressons-lui nos supplications et nos demandes ; prions-le de venir à notre secours, de nous faire sentir sa miséricorde et ses largesses, de nous assister de ses grâces.
Disons-lui : ô mon Dieu, venez à notre aide, Seigneur, hâtez-vous de me secourir : il nous tendra sa main toute puissante et il nous introduira, nous, déshérités de la vertu, dans le royaume d'ordre et de paix où se repose la conscience victorieuse.
Quand on veut purifier une maison on brûle des matières odoriférantes qui ont la merveilleuse propriété de répandre des vapeurs parfumées et embaumer les airs. " C'est là l'image de la prière, dit saint Hilaire : parfum divin, elle se répand dans les parties les plus intimes de notre âme et, après l'avoir purifiée, elle la rend plus digne des regards de Dieu. "
Et nous devons parler à Dieu sans crainte, sans embarras, puisqu'il est toujours disposé à nous accueillir avec une extrême bonté, une grande compassion, et qu'il ne manque jamais de se montrer bien disposé à notre égard, quelque coupable que nous puissions être.
La prière est un entretien d'ami, c'est dit saint Grégoire de Nysse, "une conversation, une causerie de l'âme avec Dieu". " La prière, dit sainte Thérèse, est avant tout une affaire d'amitié avec Dieu. Il faut être avec Nôtre-Seigneur comme avec un père et un frère." La prière était déjà considérée comme telle sous la loi de crainte, à cette époque de terreur plutôt que d'amour où l'Eternel se montrait au milieu de la foudre et des tonnerres. Le Seigneur parlait à Moïse face à face, comme un ami a coutume de parler à un ami : (Exode xxxIII). A plus forte raison doit-il en être ainsi sous la loi d'amour où Dieu s'est fait notre ami, notre frère, notre serviteur.
Et cette vérité, les saints nous l'enseignent. Un jour sainte Thérèse va trouver Dieu et lui dit avec l'autorité de l'amour : "Seigneur, vous ne devez pas me refuser cette grâce." Une autre fois, elle se plaint que Dieu semble la délaisser-et elle ajoute : "Comment cela peut-il s'allier avec votre miséricorde ? Comment l'amour que vous avez pour moi peut-il le souffrir ? Non Seigneur, cela ne peut se tolérer. " Ailleurs encore, elle cause ainsi avec Dieu, en sollicitant une faveur pour son frère : " Mon Dieu, si vous aviez un frère et qu'il fût en un semblable péril, que ne ferais-je pas pour le délivrer ? Je tenterais, ce me semble, tous les moyens qui sont en mon pouvoir. "
Au reste l'Eglise nous enseigne que la prière, c'est l'entretien d'un enfant avec son père qui l'a créé, qui l'a adopté et dont il est l'image et la ressemblance. Et l'Eglise enseigne cette vérité parce qu'elle la tient de son divin fondateur. N'est-ce pas Jésus lui-même qui nous a enseigné de lever les yeux au ciel et de dire, avec un accent de confiance filiale: "Notre Père qui êtes aux cieux et ailleurs il ajoute : " Quel est le père qui donnera une pierre, à son enfant lorsque celui-ci lui demande du pain ? Tout méchants que vous êtes, vous savez faire le bien à votre famille ; à combien plus forte raison notre Père céleste donnera des bonnes choses à ceux qui les lui demanderont. " (math, VI, 9)
Allons donc à Dieu comme un enfant va à son père ; parlons-lui comme un ami parle à son ami. Comme elle est belle la conversation de deux amis intimes ; voyez la franchise, la cordialité, la familiarité qui règne entre eux ; ils conversent, c'est-à-dire, qu'ils se versent l'un dans l'autre ; ils se donnent non pas de ces choses communes et vulgaires qu'on prodigue à tout le monde ; ils versent ce qu'il y a de plus caché et de plus précieux dans le cœur. C'est là l'emblème de l'âme qui prie ; elle va à Dieu comme au meilleur des amis qui veut nous consoler dans nos peines et sécher nos larmes, qui nous admet aux honneurs de sa familiarité et nous confère le droit de nous asseoir au milieu des princes de sa cour. Il sait que son secours est nécessaire à nos progrès dans la vertu, que sans lui nous ne pouvons rien faire et alors il incline sa toute puissance devant l'énergie de nos prières.
Quel bonheur pour la créature de pouvoir ainsi dans la prière converser avec son Créateur et de lui dire ses besoins, ses peines, comme son amour, ses joies et ses espérances ! Comme la vie serait amère si dans cette vallée de larmes, nous ne pouvions pas ouvrir nos âmes au Père céleste qui seul peut les guérir, les consoler, les fortifier !
Extrait de : La Prière - Olivier Elzéar Mathieu. Archevêque de Régina (1925)
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