Par la prière nous élevons notre âme vers Dieu…
La prière est donc une élévation, c'est-à-dire, un acte par le-que nous quittons en quelque sorte la terre pour monter aux cieux afin de nous entretenir avec Dieu. C'est une élévation de notre âme, par conséquent de notre intelligance, de notre volonté, de notre cœur tout ensemble. Et cela pour lui rendre nos devoirs; et le premier est celui de l'adoration pour sa Majesté suprême.
Voyons ce que fait l'inférieur en arrivant auprès de son supérieur, ce que fait le pauvre en se présentant au riche. Il commence par le saluer très poliment ; puis il lui témoigne son respect par son attitude composée et ses paroles pleines d'égards. " Seulement après s'être acquitté de cette dette de civilité, il lui expose son état, lui fait part de ses peines, de son embarras, de son indigence ; il cherche à toucher son cœur par le détail de ses souffrances, et il le fait avec d'autant plus d'expansion qu'il remarque plus de sympathie et un meilleur accueil de la part de celui à qui il s'adresse. Alors seulement il fait appel à sa générosité ; il frappe à la porte de son cœur, en réclamant son secours et son assistance.
C'est ainsi que nous devons agir avec Dieu. Par la prière nous approchons notre Créateur, notre Divin Maître. Celui qui est la source de tous nos biens, de qui nous dépendons en toutes choses, nous devons lui rendre les hommages qui sont dus à ses infinies perfections et à sa souveraine grandeur.
" Venez ; adorons le Seigneur, dit le Prophète royal ; prosternons-nous la face contre terre parce qu'il est le seul grand Dieu; il est infiniment grand et digne de louanges." (Ps. 94.) " Et qu'est-ce que l'homme ô mon Dieu, pour que vous daigniez vous souvenir de lui ? " (Ps. 8.) " Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament publie la beauté de ses œuvres ; le jour l'annonce au jour et la nuit en donne connaissance à la nuit ; le Seigneur a mis sa tente dans le soleil et de là il s'élance comme de sa chambre nuptiale, il se met en route comme le géant pour parcourir sa voie. " (Ps. 18.)
" O mon Dieu, vous visitez la terre, vous l'enivrez de l'effusion de vos bontés, vous la comblez de toutes vos richesses.... Continuez ces irrigations bienfaisantes ; multipliez les germes de la terre et elle se réjouira de la rosée féconde que vous lui envoyez ; les lieux déserts s'engraisseront et les collines tressailleront sous leur ceinture verdoyante ; les agneaux se couvriront de laine et les vallées de froment. Et toute créature élèvera sa voix pour chanter un hymne de reconnaissance et d'amour : " (Ps. 64.)
Après les hommages dans la prière doivent venir les remerciements. Adorer Dieu, ce n'est pas assez et fussions-nous prosternés jusqu'à la fin des temps devant sa perfection adorable, il attendrait encore l'élévation de notre cœur et la prière dont le cœur seul est capable : l'action de grâces.
Notre vie tout entière n'est qu'une chaîne de bienfaits de la part du Créateur. Qui pourrait compter les faveurs dont Dieu nous a comblés et nous comble chaque jour ? Est-il un seul bien dont nos jouissons qui ne vienne de lui ? Est-il un seul mal dont nous avons été préservés qui n'ait été écarté de nous par sa main ? Il nous a aimés de toute éternité alors que nous n'étions pas encore. Il a disposé dans l'espace, pour être notre demeure, ce monde immense, le ciel avec ses astres, la terre avec sa parure de verdure et de fleurs qui se renouvelle sans cesse et ne vieillit jamais. Il a formé notre corps et l'a animé d'un souffle de vie. Il est descendu du ciel pour nous racheter alors que nous étions perdus pour jamais. Il fait croître et mûrir les moissons. Il nous a donné un esprit pour comprendre et un cœur pour aimer, Il nous a fait naître de parents catholiques qui nous ont donné la connaissance et l'amour de Dieu, dès que notre intelligence et notre cœur ont été capables de le connaître et de l'aimer. Que de fois il nous a pardonné nos fautes ! Que de fois il nous a donné ses sacrements ! Que de bienfaits généraux ! Que de bienfaits particuliers ! Que de bienfaits personnels !
La justice veut que l'on remercie celui qui nous donne un verre d'eau fraîche ; quelle reconnaissance elle exige de nous pour tous les bienfaits dont Dieu nous a comblés ! Cette reconnaissance, l'Église nous la demande. " Rendez grâce en toutes choses, nous dit-elle par la bouche de saint Paul, telle est la volonté de Dieu : " (II cor. IX) Et à la messe, avant de commencer cette immolation sacro-sainte dans laquelle se réunissent tous les bienfaits divins, elle s'écrie au nom du peuple chrétien : " Vere dignum etjustum est, cequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere. "
Toute la nature bénit le Seigneur : l'oiseau qui vole dans les airs, les fleuves qui se précipitent ; l'océan qui mugit et la création tout entière est un hymne perpétuel : " Bénédicité omnia opéra Domini Domino. " (DAN. III)
" Toute créature loue et remercie Dieu, dit saint Augustin, celle qui est en repos et celle qui se meut, celle qui habite aux cieux et celle qui demeure sur la terre ; celle qui touche aux confins de la vieillesse et celle dont la vie est au printemps. "
Tout être bénit la main de qui il reçoit la vie, la nourriture et le bonheur : quand le soleil verse sa lumière et sa chaleur sur la plante, celle-ci ouvre son calice, et, par un gracieux mouvement, elle se dirige vers l'astre du jour comme pour témoigner à sa manière sa joie et sa reconnaissance.
" Les cieux, dit le psalmiste, racontent la gloire de Dieu, le firmament publie les œuvres de ses mains " (Ps. xvliii) " Les montagnes et les vallées, dit le Prophète, bénissent le Très Haut ; les océans et les fleuves publient la louange du Créateur. " (dan. III) Le printemps célèbre la beauté et la magnificence de Dieu par sa luxuriante verdure et la multitude de ses fleurs ; l'été proclame la richesse de ses trésors immenses par l'abondance de ses moissons ; l'automne ses perfections infinies par la grande variété de ses fruits ; la terre entière par sa fécondité rend hommage aux biens sans nombre que Dieu renferme en lui-même.
Le lion qui mugit dans le désert, l'oiseau qui fait retentir l'air de ses mélodies, chantent un cantique de reconnaissance à celui qui " donne la pâture aux petits des oiseaux qui l'invoquent. " (Ps. 146)
II n'est pas jusqu'au brin d'herbe de la prairie qui ne bénisse à sa manière le Dieu qui, dans sa Providence, lui donne la rosée du ciel avec la chaleur du jour et la fraîcheur de la nuit. " Rien, dit saint Paul, n'est sans voix dans l'univers. " (I cor. XIV)
Si l'homme ne bénissait pas Dieu, ne lui témoignait pas sa gratitude, il serait seul dans la création à se montrer ingrat à l'égard de celui qui lui a donné la vie, la force, l'intelligence, la royauté ; il se montrerait l'être le plus dénaturé parce qu'il est le plus favorisé et qu'il possède le plus magnifique héritage.
Extrait de : La Prière - Olivier Elzéar Mathieu. Archevêque de Régina (1925)
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