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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 01:22

LA SIXIÈME PAROLE

De toute éternité Dieu avait voulu faire l'homme à l'image de Son Fils éternel. Ayant réalisé d'une manière achevée cette ressemblance en Adam, Il plaça Sa créature dans un jardin d'une beauté que Dieu seul sait donner à un beau jardin. Par quelque voie mystérieuse, la révolte de Lucifer eut sa répercussion sur la terre, et l'image de Dieu en l'homme fut défigurée. Dans Sa miséricorde divine, le Père des Cieux voulut alors restaurer l'homme dans sa gloire pre­mière, de manière que, dans sa déchéance, il puisse connaître la belle image à laquelle il aurait dû ressembler. Dieu envoya Son divin Fils sur cette terre, pour satisfaire à la justice par la souffrance, tout autant que pour pardonner le péché.

Dans la magnifique économie divine de la Rédemption, les trois choses mêmes qui contribuaient à la chute eurent leur valeur de rachat. En face d'Adam désobéissant, il y eut le Christ, nouvel Adam obéissant; en face d'Ève l'orgueilleuse, il y eut la Vierge Marie, l'humble nouvelle Ève; à la place de l'arbre du jardin, il y eut l'arbre de la Croix. En consi­dérant le plan divin, et après avoir goûté au vinaigre pour accomplir la prophétie, Jésus dit, d'un seul mot dans la langue originale : « Tout est consommé. » (Jean 19, 30.)

Ce n'était pas une parole d'action de grâces parce que Sa souffrance était achevée, bien que l'humiliation du Fils de l'homme touchât maintenant à sa fin. Cela signifiait que Sa vie, depuis Sa naissance jusqu'à Sa mort, avait fidèlement accompli ce que le Père des Cieux l'avait chargé de faire.

Trois fois Dieu utilisa le même mot dans l'histoire : d'abord dans la Genèse, pour décrire l'achèvement de la création; ensuite dans l'Apocalypse, pour marquer que, toute - la création ayant disparu, il y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Entre ces deux extrêmes du commencement et de l'achèvement final, il y a le chaînon de la sixième parole tombée du haut de la Croix. Nôtre-Seigneur, dans l'état de Sa plus grande humiliation, constatant que toutes les prophéties étaient accomplies, tous les symboles réalisés, et que tout ce qui était nécessaire à la Rédemption avait été fait, poussa un cri de satisfaction : « Tout est consommé. »

La vie de l'Esprit pouvait désormais commencer l'œuvre de sanctification, car l'œuvre de Rédemption était achevée. Lors de la création, le septième jour, après que les cieux et la terre eurent été achevés, Dieu Se reposa de tout le travail qu'il avait fait. A Son tour le Sauveur en Croix, ayant ensei­gné comme docteur, gouverné comme Roi et sanctifié comme Prêtre, pouvait entrer dans Son repos. Il n'y aurait pas un second Sauveur; il n'y aurait pas une autre voie de salut; il n'y aurait aucun autre nom sous le ciel par qui les hommes puissent être sauvés.

L'homme avait été racheté et payé. Un nouveau David s'était levé pour tuer le Goliath du mal, non pas avec cinq cailloux mais avec cinq blessures, les hideuses plaies des mains, des pieds et du côté. Le combat n'avait pas été livré avec une armure resplendissant au soleil de midi, mais avec une chair déchirée au point qu'on en pouvait comp­ter tous les os. Le divin Artiste avait mis la dernière touche à Son chef-d'œuvre et, avec la joie de l'homme fort, Il enton­nait le chant de triomphe qui annonçait que Son œuvre était achevée.

Il n'y avait pas un seul symbole, depuis la tourterelle jusqu'au Temple, qui n'ait été réalisé en Jésus. Le Christ, un avec le Père éternel dans l'œuvre de la création, avait parachevé la Rédemption. Il n'y avait pas une seule prédiction historique, depuis Abraham, qui avait offert son fils en sacrifice, jusqu'à Jonas qui resta trois jours dans les entrailles du poisson, qui n'ait été accomplie en Lui. La prophétie de Zacharie annonçant qu'il ferait Son entrée à Jérusalem humblement, sur le dos d'un âne; la prophétie de David sur la trahison par un de Ses familiers ; la prophétie de Zacharie disant qu'il serait vendu pour trente pièces d'argent et qu'en­suite cette somme serait employée pour acheter un champ du sang; la prophétie d'Isaïe sur la barbarie avec laquelle Il serait traité, flagellé et mis à mort; la prophétie d'Isaïe prédisant qu'il serait crucifié entre deux malfaiteurs et qu'il prierait pour Ses ennemis; les prophéties de David sur le vinaigre qu'on Lui donnerait à boire et le partage de Ses vêtements, sur ce qu'il serait un prophète comme Moïse, un prêtre comme Melchisédech, un Agneau qu'on immole, un bouc émissaire conduit hors de la ville, un sage plus avisé que Salomon, un roi plus grand que David; enfin qu'il serait Celui qu'Abraham et Moïse avaient vu par avance, tous ces admirables hiéroglyphes seraient restés sans explication, si le Fils de Dieu Incarné n'avait pas regardé du haut de Sa Croix vers toutes les brebis, tous les boucs et tous les jeunes taureaux qui avaient été offerts en sacrifice, pour s'écrier : « Tout est consommé. »

Ce n'est pas après avoir prêché le beau Sermon sur la Montagne que Jésus a dit que Son œuvre était achevée. Ce n'est pas pour enseigner qu'il était venu, c'était, comme Il l'a dit, pour donner Sa vie en rédemption pour beaucoup. En montant à Jérusalem, Il avait dit à Ses Apôtres qu'il serait livré aux Gentils, qu'il serait tourné en dérision et qu'on cra­cherait sur Lui, qu'on Le flagellerait et qu'on Le mettrait à mort. Au jardin des Oliviers, quand Pierre avait tiré son épée, le Christ avait demandé s'il ne devrait pas boire le calice que Son Père céleste Lui avait donné. A l'âge de douze ans, la première fois qu'il parla d'après les Écritures, Il déclara qu'il devait être aux affaires de Son Père. A présent, l'œuvre que Son Père Lui avait donné à faire était achevée. Le Père avait envoyé Son Fils sous la forme d'une chair de péché, et Il avait été conçu par l'Esprit Éternel dans le sein de Marie. Tout ceci était arrivé afin qu'il puisse souffrir sur la Croix. Ainsi toute la Sainte Trinité était engagée dans l'œuvre de réparation. Ce qui était achevé, c'était la Rédemp­tion, ainsi que Pierre lui-même le dirait après qu'il aurait reçu le Saint-Esprit et compris le sens de la Croix.

« Quelle est la rançon qui vous a affranchis des vaines observances héritées de vos pères? Sachez bien qu'elle n'a été payée par rien de corruptible, argent ou or; elle a été payée par le précieux Sang du Christ; aucun agneau n'a jamais été une Victime aussi pure, aussi immaculée.» (I Pierre 1, 18-19.)

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 09:33

LA CINQUIÈME PAROLE…

Nous arrivons à une des sept Paroles prononcées par le Christ du haut de la Croix qui semble indiquer que Nôtre-Seigneur Se parlait à Lui-même, tandis que, dans les paroles précédentes, Il S'adressait à d'autres. Cependant le fait n'est pas tellement simple. Il est certain que tout ce que Jésus avait supporté de souffrances devait avoir provoqué une soif intense : perte de sang par les blessures, position anormale du corps tirant fortement sur les mains et les pieds, tension extrême des muscles, plaies ouvertes exposées à l'air, dou­leurs de la tête causées par les épines de la couronne, gonfle­ment des vaisseaux sanguins et inflammations croissantes. Il n'est pas surprenant qu'il ait eu soif; ce qui est surpre­nant, c'est qu'il l'ait dit. Lui qui avait lancé les astres à travers l'espace et fixé un point d'arrêt aux eaux de la mer, Lui qui avait fait jaillir l'eau du rocher frappé par Moïse et avait dit à la Samaritaine : « Celui qui boira de l'eau que Je lui donnerai n'aura plus jamais soif », voici qu'il laissait tomber de Ses lèvres la plus courte des paroles prononcées sur la Croix : « J'ai soif.» (Jean 19, 28.)

Au moment où on Le crucifiait, Il avait refusé de boire le breuvage qu'on Lui offrait, et maintenant Il demandait avidement à boire. Mais il y avait une différence considérable entre les deux breuvages. Le premier, composé avec de la myrrhe, était un stupéfiant capable d'endormir la douleur : Jésus le refusa afin que Sa sensibilité n'en soit pas émoussée. Le second breuvage, qu'on allait Lui donner, était du vinaigre ou du mauvais vin sûr destiné aux soldats. Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats ayant fixé une éponge imbibée de vinaigre au bout d'une tige d'hysope, l'approchèrent de Sa bouche. Jésus but le vinaigre. (Jean 19, 29.)

Celui qui avait changé l'eau en vin à Cana aurait pu user des mêmes ressources infinies pour apaiser Sa propre soif, s'il n'avait pas pris pour règle de ne jamais faire de miracle à Son avantage. Mais pourquoi demanda-t-il à boire? Ce n'était pas uniquement par besoin, quelque grand qu'ait pu être celui-ci. La vraie raison de cette demande, c'était l'accom­plissement des prophéties : Jésus, sachant que tout était consommé, pour que l'Écri­ture s'accomplisse, dit : « J'ai soif. » (Jean 19 28.)

Tout ce que l'Ancien Testament avait prédit du Messie devait être accompli jusqu'au moindre iota. Deux Psaumes avaient annoncé cette soif pendant la Passion : « Mon palais est sec comme un tesson, et Ma langue est collée à la mâchoire... » (Psaume 21, 16.)

« J'ai cherché de la compassion et il n'y en avait pas, des consolations, et Je n'en ai pas trouvé. Pour nourriture on M'a donné du fiel, et lorsque J'ai eu soif on M'a abreuvé avec du vinaigre. » (Psaume 68, 21-22.)

Ainsi, bien qu'ils aient agi par moquerie en donnant du vinaigre à Jésus, comme cela est explicitement indiqué, les soldats ont tout de même accompli les prophéties des Écri­tures. Le vinaigre fut présenté au Christ sur une touffe d'hysope, plante qui atteint environ cinquante centimètres de haut. C'était de l'hysope aussi qui était trempée dans le sang de l'Agneau pascal; c'était de l'hysope que l'on avait utilisée pour asperger les linteaux et les montants des portes des Hébreux, en Égypte, afin d'écarter l'ange exterminateur; c'était encore de l'hysope que l'on trempait dans le sang d'un oiseau pour purifier les lépreux; enfin, c'est David lui-même qui a dit, après son péché, qu'il devait être aspergé avec l'hysope et rendu pur.

Ce qui tient la dernière place dans la vie des hommes la mort, tenait intentionnellement la première dans celle du Christ, car c'est pour souffrir et mourir qu'il était venu. Mais Il ne renoncerait pas à Sa vie tant qu'il n'aurait pas accompli les Écritures jusque dans le détail, afin que les hommes puissent savoir que c'était Lui, le Christ, le Fils de Dieu, qui mourait sur la Croix. On trouve dans les Écritures l'idée que le Messie promis ne devrait pas subir la mort comme une fatalité, mais l'assumer comme un acte voulu. Ce n'est pas l'épuisement qui devait Le faire mourir, pas plus qu'il n'était cause de Sa soif. Mais, parce qu'il était le Souverain Prêtre et Médiateur, c'étaient les prophéties mes­sianiques qui faisaient jaillir le cri de la soif. En effet, les rabbis juifs Lui avaient déjà appliqué cette prophétie; la Midrash exposait ceci : Viens et imbibe ta morsure avec du vinaigre, ceci est dit du Messie, de Sa Passion et de Ses tourments, tels qu'ils sont écrits dans le prophète Isaïe : « Il a été transpercé à cause de nos péchés, écrasé à cause de nos iniquités. »

Puisque les soldats, pour se moquer, ont donné du vinaigre à Nôtre-Seigneur au bout d'une tige d'hysope, il est fort probable qu'ils ont voulu ridiculiser quelqu'un des rites sacrés des Juifs. Le sang de l'agneau était aspergé avec l'hysope; en ce moment la purification par un symbole s'accomplissait, car l'hysope touchait le Sang du Christ. Saint Paul, s'arrê­tant sur cette idée, a écrit : « C'est avec Son propre Sang, et non avec celui des boucs et des jeunes taureaux, qu'il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, la rédemption qu'il nous a acquise étant éternelle. Le sang des taureaux et des boucs et la cendre des génisses, dont on asperge ceux qui sont souillés, peuvent les sanctifier par une purification extérieure; est-ce que le Sang du Christ, qui S'est offert Lui-même par l'Esprit-Saint, comme une Victime sans tache aux yeux de Dieu, ne pourrait pas purifier nos consciences des œuvres de mort, pour que nous puissions servir le Dieu vivant? » (Hébreux 9, 12-14.)

Ceux qui se tenaient auprès de la Croix, et qui connais­saient bien les prophéties de l'Ancien Testament trouvaient là une nouvelle preuve que Jésus était le Messie souffrant. Sa quatrième parole, qui avait traduit les souffrances de Son Ame, et la cinquième qui exprimait les tortures de Son Corps, étaient prédites toutes les deux. La soif symbolisait le carac­tère d'insatisfaction du péché ; les plaisirs de la chair, achetés au prix des joies de l'esprit, font le même effet que de boire de l'eau salée. Dans la parabole, l'homme riche qui est en enfer souffre de la soif, et il supplie Abraham de demander à Lazare d'humecter sa langue avec une simple goutte d'eau. La réparation complète du péché demandait que le Rédemp­teur éprouve maintenant la soif même des damnés, avant leur damnation. Mais c'était aussi une soif pour les justes, une aspiration vers leurs âmes. Il y a des gens qui ont la passion de l'argent, d'autres de la gloire; la passion du Christ était pour les âmes. « Donne-moi à boire » signifiait : « Donne-moi ton cœur. » La tragédie de l'amour de Dieu pour l'humanité c'est que, pour apaiser Sa soif, les hommes Lui donnent du vinaigre et du fiel.

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 03:11

LA SECONDE PAROLE

Le Jugement dernier se trouvait préfiguré au Calvaire; le Juge était au centre et les deux groupes humains de chaque côté de Lui : les justes et les damnés, les brebis et les boucs. Lorsque le Christ reviendra dans Sa gloire pour juger tous les hommes, Il aura Sa Croix avec Lui, mais en signe d'honneur et non plus d'ignominie.

Les deux voleurs crucifiés de chaque côté de Jésus com­mencèrent par maudire et blasphémer. La souffrance ne rend pas nécessairement les hommes meilleurs ; elle peut dessécher et brûler l'âme, à moins que les hommes ne se purifient en reconnaissant sa valeur rédemptrice. La souffrance non sur­naturalisée peut faire dégénérer l'homme. Le voleur qui se trouvait à gauche du Seigneur n'était certainement pas rendu meilleur par la douleur; il ne cherchait pas à s'élever. Mais celui de droite, évidemment ému par la prière d'intercession de Notre Sauveur, demanda à monter. Il reprit son compa­gnon à cause de son blasphème en disant : « Tu ne crains donc pas Dieu, toi qui subis le même sup­plice ? Pour nous, c'est justice car nous recevons ce que méritent nos crimes ; mais Lui, Il n'a fait aucun mal. » (Luc 23, 40-41.)

Puis, s'abandonnant à la Miséricorde divine, il demanda son pardon. « Seigneur, souvenez-Vous de moi quand Vous serez dans Votre Royaume. » (Luc 23, 42.)

Un mourant demandait à un mourant la vie éternelle; un homme dénué de tout demandait un Royaume à un pauvre ; un voleur, aux portes de la mort, demandait à mourir comme un voleur et volait ainsi le Paradis. On aurait pu penser qu'un saint serait la première âme achetée au compte du Calvaire avec la monnaie rouge de la Rédemption, mais selon le plan divin, c'était un voleur qui devait faire escorte au Roi des rois entrant dans le Paradis. Si Nôtre-Seigneur n'était venu que comme un docteur, le voleur n'aurait jamais demandé son pardon. Mais parce que sa requête touchait à la raison de la venue du Sauveur sur la terre, c'est-à-dire au salut des âmes, le voleur entendit immédiatement cette réponse : « Je te le promets, aujourd'hui même tu seras avec Moi en Paradis. » (Luc 23, 43.)

C'était la dernière prière du voleur, c'était peut-être même la première. Il ne frappa qu'une fois, ne chercha qu'une fois, ne demanda qu'une fois, il osa tout, et il trouva tout. Alors que les disciples eux-mêmes étaient dans le doute et qu'un seul d'entre eux était présent à côté de la Croix, le voleur reconnut et confessa le Christ comme Sauveur. Si Barabbas assistait à l'exécution, comme il dut regretter d'avoir été relâché et privé ainsi d'entendre les paroles du Grand Prêtre Jésus.

Pratiquement, tout dans le Corps du Christ était fixé par les clous ou torturé par les blessures des fouets et des épines, excepté Son Cœur et Sa langue et celle-ci annon­çait à ce moment même le pardon. Mais qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu? Et qui peut promettre le Paradis, sinon Celui qui, par nature, est éternel dans le Paradis?

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 08:57

La contrition est l'acte par lequel l'âme se détourne du péché et se retourne vers Dieu pour lui demander pardon et pour implorer en même temps le secours de sa grâce afin de ne plus pécher à l'avenir.

Il y en a deux sortes : la contrition imparfaite et la contrition parfaite.

La contrition est imparfaite lorsque le motif de notre regret du péché est le mal que le péché nous cause à nous-mêmes : par exemple, la perte du droit au ciel et le châtiment de l'enfer auquel nous aurions été condamnés si la mort nous avait surpris en état de péché.

La contrition imparfaite suffit pour obtenir le pardon des péchés lorsqu'elle est accompagnée de la réception d'un des trois sacrements que Notre -Seigneur a institués pour la rémission des péchés : le Baptême, la Péni­tence et l'Extrême-Onction.

La contrition est parfaite lorsque le motif de notre regret est le mal que le péché fait à Dieu : offense à sa majesté, à sa sainteté, révolte contre son autorité sou­veraine, mépris de son amour, souffrances de Notre -Seigneur, etc. Autrement dit, la contrition parfaite consiste à regretter le péché par un motif d'amour.

Et c'est précisément parce que la contrition est une des variétés de l'amour de Dieu, qu'elle obtient le par­don du péché sur-le-champ et avant même la réception du sacrement de Pénitence. Il faut cependant que cet acte contienne la résolution au moins implicite d'accuser ses péchés à sa prochaine confession.

Il est donc d'une souveraine importance de faire souvent des actes de contrition ou de charité parfaite, puisque ces actes ont la vertu d'assurer en nous l'état de grâce. En agissant de la sorte, on se conforme à l'esprit de l'Eglise qui tâche par tous les moyens d'in­culquer dans l'âme des fidèles l'esprit de contrition. A cette fin elle consacre deux périodes de l'année — l'Avent et le Carême — à l'acquisition de cette vertu. En effet, la pénitence dont elle nous recommande la pratique au cours de ces deux périodes, c'est d'abord et surtout la pénitence intérieure, c'est-à-dire la con­trition. On peut, pour des raisons valables, être exempté de la pénitence extérieure et du jeûne; mais personne n'est exempté de la pénitence intérieure, parce que nous sommes tous des pécheurs; et c'est l'intention de l'Eglise que nous répétions souvent des actes de contri­tion pendant ces temps consacrés à la pénitence afin d'en acquérir l'habitude pour le reste de l'année.

Quant aux formules, elles sont nombreuses et nous pouvons les varier à l'infini.

Nous possédons d'abord celle que nous avons ap­prise dès notre enfance et que notre langue a consacrée sous le titre d'Acte de contrition. C'est un acte de contrition parfaite, car tous les motifs de regret qu'il contient sont tirés de l'offense que le péché fait aux attributs de Dieu.

« Mon Dieu, j'ai un extrême regret de vous avoir offensé parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable et que le péché vous déplaît; pardonnez-moi par les mérites de Jésus-Christ, mon Sauveur, je me propose - moyennant votre sainte grâce - de ne plus vous offenser et de faire pénitence.»

Il y a aussi le Confiteor, qui est la formule de contri­tion officielle de l'Eglise. Dans un chapitre précédent, nous avons montré que cette prière est un petit chef-d'oeuvre de contrition parfaite.

On peut encore se servir de formules plus courtes, sous la forme d'oraisons jaculatoires, afin de pouvoir les répéter plusieurs fois au cours de nos journées : « Mon Jésus, miséricorde!», c'est-à-dire: «pardonnez-moi mes péchés ! », ou mieux encore : « pardonnez-nous nos péchés ! » Il suffit, en effet, de faire l'acte de contrition au pluriel pour lui acquérir la valeur d'un acte de con­trition parfaite, puisqu'il contient alors un acte de charité parfaite à l'égard du prochain. C'est ainsi d'ail­leurs que Nôtre-Seigneur nous a enseigné à implorer la miséricorde de Dieu dans le bel acte de contrition qu'il a inclus dans le Pater : « Pardonnez-nous nos of­fenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

Nous avons d'excellentes raisons de nous attacher à cette dernière formule.

D'abord, à cause de sa brièveté, nous pouvons très bien l'employer à la façon d'une oraison jaculatoire qui peut se répéter plusieurs fois chaque jour, même au mi­lieu des occupations les plus absorbantes.

De plus, le fait qu'elle a été composée par le Fils de Dieu lui-même lui confère une valeur exceptionnelle bien propre à nous inspirer une confiance absolue en son efficacité pour nous-mêmes et pour les autres.

N'oublions pas enfin que chaque fois que nous im­plorons le pardon divin pour nos péchés personnels et pour ceux des autres, nous procurons à Dieu l'occasion d'exercer l'attribut qui, au dire de l'Eglise, est la carac­téristique de sa divine perfection : Sa Miséricorde in­finie.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

Voir aussi: http://elogofioupiou.over-blog.com/article-l-acte-de-contrition-falsifie-ampute-de-sa-partie-la-plus-importante-124166969.html

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 09:28

La charité est la reine de toutes les vertus

1° Sa valeur. — L'acte par lequel nous aimons Dieu est de beau­coup le plus parfait qu'il soit possible de faire ici-bas et même au ciel. Notre-Seigneur lui-même n'a pas fait d'acte plus élevé que celui par lequel il aime son Père; et la perfection infinie de Dieu consiste dans le fait qu'il est un acte de charité infiniment parfait : Deus caritcs est.

L'acte de charité est aussi l'acte le plus salutaire que nous puissions faire ici bas. L'on sait, en effet, que l'acte de charité parfaite est incompatible avec le péché mortel; les deux ne peuvent exister dans l'âme en même temps : de sorte que le pécheur qui consent à la grâce qui l'incline à produire cet acte obtient sur-le-champ le pardon de Dieu; il lui reste cependant l'obligation de soumettre ses péchés au « pouvoir des clefs » à sa pro­chaine confession; mais ses péchés sont déjà pardonnes et il a été remis en état de grâce dès le moment qu'il a fait son acte de charité.

Il en est de même du mérite : de tous nos actes, c'est la charité qui augmente du plus grand degré notre grâce sanctifiante et, par conséquent, notre bonheur dans l'autre vie. Ce degré reçu est proportionnel à l'in­tensité de notre amour.

Si l'on songe que le moindre degré de bonheur éter­nel vaut plus que tout l'or du monde et tous les bonheurs de la terre réunis, il faut avouer que la charité, si nous savons nous en servir, est pour nous d'une valeur inesti­mable. Tout ce que nous venons de dire s'applique à la

charité parfaite envers le prochain aussi bien qu'à l'acte d'amour de Dieu. Nous n'avons en effet qu'une vertu ou faculté divine de charité; mais celle-ci a deux objets : Dieu aimé directement en lui-même et Dieu aimé dans notre prochain. Que nous aimions Dieu en lui-même ou dans notre prochain, l'acte a la même per­fection, la même efficacité et le même mérite.

Mais entendons-nous bien : il ne s'agit nullement ici de l'acte d'amour naturel du prochain : soit qu'il s'agisse de l'amour de complaisance, cette sympathie naturelle que nous éprouvons envers certaines gens à cause de leurs qualités de coeur ou d'esprit ou des charmes de leurs personnes; ou bien de l'amour de bienveillance, qui nous incline à vouloir ou à faire aux autres un bien d'ordre temporel pour un motif pure­ment naturel : bonté de coeur, générosité, compassion pour le malheur ou la souffrance d'autrui. Ce sentiment ne s'élève pas au-dessus de la philanthropie et, si enno­blissante que soit la bonté du coeur, — c'est la plus haute des vertus humaines, — elle reste bien au-dessous de la charité qui est une vertu divine méritoire de la vie éternelle. Cette dernière consiste à vouloir à notre pro­chain un bien d'ordre surnaturel : pardon des péchés, mort en état de grâce, bonheur de la vision béatifique; ou à faire aux autres un bien d'ordre temporel mais pour un motif surnaturel : par amour pour Dieu ou parce que faire du bien au moindre des hommes c'est le faire à Nôtre-Seigneur lui-même.

2° Les formules. — Elles peuvent varier à l'infini. Celle qui se trouve dans notre formulaire français est très belle et elle contient à la fois l'acte d'amour de Dieu et du prochain : « Je vous aime de tout mon coeur et j'aime mon prochain comme moi-même pour l'amour de vous. » Il y a d'autres prières qui en contiennent sous différentes formes. Nous avons signalé la chose dans les chapitres précédents. C'est le cas, par exemple, du Notre Père, ce chef-d’œuvre de toutes les prières, qui contient au moins trois actes d'amour de Dieu et quatre actes d'amour du prochain. L'Ave Maria contient pour sa part un bel acte de charité parfaite envers tous les hommes qui existent actuellement et qui existeront jusqu'à la fin du monde : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. » Plusieurs oraisons jaculatoires sont des actas de charité soit envers Dieu soit envers le prochain. C'est le cas, en particulier, de celles qui se font sous la forme du pluriel : « Coeur Sacré de Jésus, ayez pitié de nous »; « Coeur immaculé de Marie, priez pour nous ».

3° Les difficultés. — Ce que nous avons dit jus­qu'ici de la charité est de nature à démontrer que les actes de cette vertu sont faciles pour tous et spéciale­ment pour nous, catholiques. Dieu, en effet, nous a dotés, dès le baptême, d'une faculté spéciale pour faire ces actes et la grâce est toujours à notre disposition à cet effet. Mais, dans la pratique, plusieurs se heurtent à des difficultés qui les détournent parfois d'un exercice aussi élevé et aussi sanctifiant. Nous nous contenterons d'en signaler trois.

D'abord, plusieurs s'imaginent qu'ils n'aiment pas Dieu véritablement si leurs actes de charité ne sont pas imprégnés d'une affection sensible pour Dieu ou pour le prochain. Après de vains efforts pour essayer de mettre en branle leurs émotions et faire vibrer leur sys­tème nerveux, ils se persuadent de bonne foi qu'ils sont incapables d'aimer Dieu et ils abandonnent la partie.

C'est là une erreur grossière et combien domma­geable à notre bonheur temporel et éternel. En effet, nous ne pouvons aimer d'un amour sensible que les personnes et les choses qui tombent sous nos sens. Or Dieu, esprit pur, ne peut être perçu par nos sens. Il n'est donc pas naturel d'aimer Dieu ici-bas d'un amour sensible. Lorsque la chose nous arrive, c'est une grâce et une faveur spéciale de Dieu que nous devons recevoir avec humilité; mais cette dévotion sensible n'est pas naturelle et elle n'est nullement nécessaire à l'amour de Dieu, qui réside essentiellement dans la volonté.

En second lieu, lorsque nous disons à Dieu : « Je vous aime de tout mon coeur », nous avons souvent l'im­pression que la formule que nous venons de prononcer n'exprime pas la vérité, et qu'en la proférant nous nous mentons à nous-mêmes aussi bien qu'à Dieu. Cette im­pression est toute naturelle et elle s'explique facilement. D'abord, dans la plupart des cas nous ne ressentons aucun amour sensible pour Dieu; de plus nous avons conscience de dépenser tellement de notre coeur à l'amour d'une foule d'êtres créés, — choses ou per­sonnes, en commençant par nous-mêmes, — qu'il nous semble impossible de dire avec vérité que nous aimons Dieu de tout notre coeur. On est alors tenté de se décou­rager et d'abandonner la partie, avec la conviction que l'amour de Dieu dépasse notre capacité et que la pra­tique de cette vertu n'est possible qu'aux saints et aux âmes d'élite.

Eh bien, cette impression est mal fondée. Il ne faut pas s'y arrêter; il faut même la combattre. L'amour de Dieu n'est pas, en effet, incompatible avec l'amour pour certains êtres créés : il y a même plusieurs amours pour des personnes et des choses qui nous sont commandés par Dieu lui-même. Il n'y a rien là de contradictoire, car aimer Dieu de tout son coeur veut dire : aimer Dieu par-dessus toutes choses. Par conséquent, le seul amour qui soit de nature à nous empêcher d'aimer Dieu de tout notre coeur est celui qui comporte un péché mortel, puisqu'un tel acte consiste à aimer une créature plus que Dieu.

Or, est-il possible pour un chrétien ordinaire de faire un acte d'amour de Dieu par-dessus toutes choses ?

A cette question il faut répondre hardiment et sans hésiter : oui, c'est possible; c'est même facile et très fa­cile. Il suffit de vouloir. Tel est, en effet, l'enseignement du grand Docteur de l'Église, saint Augustin : « Vous voulez aimer Dieu, dit-il; mais par le fait même vous l'aimez, car l'amour est un acre de volonté. » Par conséquent, vouloir aimer Dieu de tout son coeur, c'est l'aimer de tout son coeur et par-dessus toutes choses.

Allons plus loin : désirer aimer Dieu; c'est vouloir l'aimer; demander à Dieu de nous accorder la grâce de l'aimer, c'est encore désirer et vouloir aimer Dieu; c'est donc un acte de charité. On peut donc faire l'acte d'amour de Dieu sous la formule suivante, qui ne pré­sente certainement pas l'inconvénient de nous donner l'impression de mentir à Dieu et à nous-mêmes : «Mon Dieu, faites-moi la grâce de vous aimer de tout mon coeur.»

Allons plus loin et essayons de trouver une formule encore plus belle. Il suffirait de la faire au pluriel, en demandant aussi pour tous les autres hommes la grâce d'aimer Dieu maintenant et à l'heure de la mort et dans les siècles des siècles; la formule nouvelle aurait alors l'avantage d'être à la fois un acte de charité parfaite de Dieu et du prochain : «O mon Dieu, faites que nous vous aimions de tout notre coeur maintenant, à l'heure de notre mort et dans les siècles des siècles.»

Dernière remarque : l'amour s'adresse aux per­sonnes et non à la nature. C'est pourquoi une mère aime son enfant même si celui-ci a un corps mons­trueusement difforme et s'il est privé de l'usage de la raison, car il y a dans cette nature repoussante une personne qui est son fils et qui est fils adoptif de Dieu.

Puisqu'il y a trois personnes en Dieu, nous devrions donc adresser notre formule d'amour soit aux trois per­sonnes de la Sainte Trinité : «O Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, faites que...», soit séparément à chacune des personnes.

Enfin, comme une des trois personnes divines s'est rendue visible eu se faisant homme, il faut conclure qu'aimer le Fils de Marie c'est aimer Dieu; et puisque Notre-Seigneur veut que nous lui manifestions notre amour par la dévotion à son Coeur divin, nous pouvons varier ainsi notre formule : « Coeur Sacré de Jésus, faites que nous vous aimions de tout notre coeur mainte­nant, à l'heure de notre mort et pendant l'éternité. »

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 07:59

Après le Confiteor, les formulaires de prières con­tiennent généralement les actes d'adoration, de foi, d'espérance, de charité, de contrition, de remer­ciement, d'offrande, d'humilité et de demande.

La plupart de ces actes sont faciles à comprendre et leur texte n'a besoin d'aucune explication.

Nous voudrions cependant attirer l'attention sur trois de ces actes, qui offrent un intérêt particulier et dont les fidèles ignorent généralement la nature et l'impor­tance: je veux parler des actes de foi, d'espérance et de charité

La Foi, l'Espérance et la Charité sont désignées sous le nom de « vertus théologales ».

Mais il faut bien remarquer que le mot « vertu » a ici un sens tout à fait spécial. Il ne s'agit pas d'une habitude que l'on acquiert petit à petit par la répétition des actes, comme c'est le cas, par exemple, pour les vertus de pa­tience, de tempérance ou d'humilité. Les vertus théolo­gales sont trois facultés ou quasi-facultés d'ordre di­vin, qui sont infusées dans l'âme avec la grâce sancti­fiante et par le moyen desquelles nous pouvons faire des actes surnaturels et divins, des actes d'enfant de Dieu. La grâce sanctifiante, en effet, est une surnature qui nous élève à l'ordre divin et nous fait réellement des enfants de Dieu. Or, de même que, dans l'ordre naturel, Dieu nous a donné des facultés d'ordre spiri­tuel, — l'intelligence, la volonté, la mémoire, — qui nous permettent de vivre une vie vraiment humaine, de même, dans l'ordre surnaturel, Dieu nous a dotés de trois facultés d'ordre divin qui nous rendent possible de poser des actes de vie divine.

La théologie enseigne qu'il est impossible de poser des actes surnaturels, de foi, d'espérance ou de cha­rité, sans le secours spécial d'une grâce actuelle de la part de Dieu. Mais nous savons que dans la pratique cette sorte de grâce est toujours à notre disposition, de sorte qu'il nous est toujours loisible de nous servir de nos facultés divines, comme, dans l'ordre naturel, nous faisons usage de nos facultés naturelles selon notre vo­lonté et notre bon plaisir. Il s'ensuit qu'il dépend de nous de vivre une vie divine intense ou de laisser lan­guir cette vie surnaturelle dans un état de léthargie. Nous avons donc grand intérêt à faire souvent des actes de foi, d'espérance et de charité. C'est, en effet, par la répétition des actes que nos facultés se développent et acquièrent de la vigueur et il est clair que si nous pos­sédons une charité surnaturelle intense, nous serons plus forts pour résister aux tentations qui menacent de détruire en nous cette vie divine qui fonde notre droit au ciel et à la vision béatifique.

Au contraire, si nous passons des jours, des semaines et des mois sans faire un acte de vie divine, nous serons facilement la victime du péché.

Il est donc extrêmement important d'initier les petits enfants à l'exercice des vertus théologales, dès l'éveil de leur intelligence et de leur volonté. L'on sera proba­blement surpris de voir la facilité avec laquelle ils feront ces actes. Mais il n'y a là rien d'étonnant, puisque dès leur baptême Dieu les a gratifiés des facultés spéciales qui les disposent d'une façon quasi naturelle à croire en Dieu, à espérer en Lui et à L'aimer de tout leur coeur.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 10:25

Disons d'abord que le Confiteor est une formule de contrition et c'est un acte qui possède toute l'efficacité de la contrition parfaite.

Cette prière remonte à la plus haute antiquité chré­tienne et l'auteur en est inconnu. Elle nous est familière depuis notre enfance, et la plupart des fidèles la récitent machinalement, sans se douter que c'est un petit chef-d’œuvre d'oraison. Une analyse sommaire suffira pour nous en convaincre.

C'est d'abord un acte de contrition.

La contrition, en effet, est l'acte par lequel le pécheur, conscient de sa culpabilité, se détourne du péché et se retourne vers Dieu, pour lui demander pardon. Il n'est pas besoin d'insister pour prouver que cette définition s'applique d'une façon parfaite au Confiteor.

C'est aussi un acte qui équivaut en efficacité à l'acte de contrition parfaite, puisqu'il contient un acte de charité parfaite envers le prochain. En effet, nous n'y demandons pas pardon uniquement pour nous-mêmes, mais aussi pour les autres hommes, et nous y prions pour leur salut éternel : « Que le Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde et que, nous ayant pardonné nos pé­chés, il nous conduise à la vie éternelle. »

En second lieu, le Confiteor est la formule de con­trition que l'Église a consacrée officiellement par l'emploi qu'elle en fait dans la liturgie. Elle en prescrit la récitation avant la réception de plusieurs sacrements, et elle l'a introduite dans la liturgie de la messe. Avant de monter à l'autel, le célébrant — simple prêtre, évêque ou Souverain Pontife — doit se prosterner profondément pour réciter cette prière d'humilité. Après quoi, le ser­vant la récite à son tour au nom des assistants; puis, quand vient le temps de la communion, les fidèles qui désirent s'approcher de la sainte table la récitent de nouveau en même temps que le servant.

Si nous faisons maintenant l'analyse du texte, nous trouvons que le Confiteor est composé de quatre par­ties. Les deux premières constituent chacune un bref résumé des grandes litanies, cette prière sublime et grandiose dans laquelle l'Eglise nous fait implorer tour à tour les différentes catégories des habitants du ciel, en commençant par la Sainte Trinité et en passant suc­cessivement par la sainte Vierge, les anges, les saints de l'Ancien Testament et les différents groupes de saints du Nouveau Testament.

La première partie du Confiteor n'est cependant pas une prière de demande : c'est une confession. Le pécheur confesse d'abord à Dieu tout-puissant qu'il a grandement péché en pensée, en parole et en œuvre. Le texte latin porte le mot nimis, ce qui signifie trop. En effet, pour un chrétien et un catholique, que Dieu a traité avec un amour de prédilection, en faisant de lui son enfant et eu se donnant à lui, ce serait encore trop de commettre même un seul péché véniel. Voilà pour­quoi les plus grands saints ont pu réciter le Confiteor avec des sentiments de sincère contrition. Comme les plus grands pécheurs, ils ont pu s'avouer coupables sans invoquer aucune excuse : « Par ma faute, par ma très grande faute ».

La même confession se fait ensuite à la Bienheu­reuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Ar­change et par lui à tous les saints anges, à saint Jean-Baptiste et par lui à tous les saints de l'Ancien Testament, aux Apôtres saint Pierre et saint Paul et par eux à tous les saints apôtres et disciples du Christ et enfin à tous les saints qui peuplent actuellement le paradis. Parmi ces saints, il y en a plusieurs qui s'intéressent à nous d'une façon particulière : sans oublier Marie, qui est notre mère et la Médiatrice universelle, ainsi que notre Ange gardien, il y a aussi nos ascendants : aïeux et aïeules, grands-pères et grand'mères, peut-être un père ou une mère, des frères ou des sœurs et des amis. Ces milliards de bienheureux qui ont la vision béatifique nous voient en Dieu d'une façon plus claire que nous ne nous connaissons nous-mêmes. La vue de notre culpabilité et de notre repentir est de nature à déter­miner en eux un sentiment de profonde compassion; et, comme ils ont accepté d'être les témoins de notre humi­liation, ils sont, pour ainsi dire, obligés d'intercéder pour nous.

C'est alors que commence la seconde litanie qui est une prière d'imploration par laquelle nous supplions Marie, les anges et toutes les catégories de saints aux­quels nous avons fait l'aveu de nos faiblesses et de notre déchéance de vouloir bien « prier pour nous le Seigneur notre Dieu ».

Peut-on supposer que ces bienheureux qui aiment Dieu de tout leur coeur, de toute leur âme, de toutes leurs forces et de tout leur esprit, qui ont pour leur pro­chain un amour de même degré, pourraient faire la sourde oreille à cette supplication d'un pécheur repen­tant? Et peut-on s'imaginer alors la somme de grâces obtenues par les prières de ces milliards de saints qui sont les amis de Dieu et auxquels Celui-ci ne peut rien refuser, parce qu'il les aime d'un amour infini ?

Voilà pourquoi, fort de cette masse surabondante d'intercessions, le pécheur peut maintenant envisager sans crainte le Dieu tout-puissant et, animé d'une sainte audace, demander pardon, non seulement pour ses propres péchés, mais aussi pour ceux de tous les hommes, et Le prier à son tour de les conduire à la vie éternelle.

Enfin, dans un dernier élan de confiance, le pécheur demande au « Dieu tout-puissant et miséricordieux », pour lui-même et pour tous les hommes, le pardon, l'absolution et la rémission des péchas commis.

Ces simples considérations suffisent à nous montrer que le Confiteor n'est pas une prière banale, et qu'il a été conçu par quelqu'un qui devait être un maître dans la pratique de l'ascétisme.

Il reste cependant une difficulté qui mérite quelques instants d'examen :

Le pardon des péchés est l'œuvre de la Miséricorde divine. On pourrait donc naturellement s'attendre à ce que l'Eglise nous fasse invoquer cet attribut de Dieu au cours de toute cette priera. Or, c'est à la Toute-Puissance surtout que le Confiteor paraît s'adresser : « Je confesse à Dieu tout-puissant»; «Que le Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde... »

C'est dans la dernière partie seulement que le texte fait allusion à la Miséricorde de Dieu après la Toute-Puissance : «Que le Dieu Tout-Puissant et Miséri­cordieux ».

Peut-on attribuer cette anomalie apparente à une distraction de l'auteur ?

Nous croyons au contraire que la phraséologie qu'il a adoptée a été voulue expressément et qu'elle est justi­fiée par une raison théologique bien fondée. En effet, quand Dieu pardonne le péché, il produit toujours dans l'âme un effet d'une valeur incomparable : un degré de grâce sanctifiante. Or la grâce sanctifiante est une réalité d'ordre divin qui dépasse en perfection toutes les natures créées, même celle du plus parfait des anges. Pour produire dans l'âme le moindre degré de cette vie divine. Dieu exerce donc plus de Toute -Puissance qu'il n'en a déployée dans la création de l'univers. Voilà pourquoi, dans une de ses oraisons, l'Eglise nous fait dire : « O Dieu qui manifestez votre Toute-Puissance surtout en pardonnant et en faisant miséricorde... »

Ainsi compris, le Confiteor doit nous apparaître comme une prière grandiose et un petit chef-d’œuvre d'acte de contrition parfaite.

Extrait de : LES PLUS BELLES PRIÈRES. Léon Lebel S. J. (1950)

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