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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 01:22

LA SIXIÈME PAROLE

De toute éternité Dieu avait voulu faire l'homme à l'image de Son Fils éternel. Ayant réalisé d'une manière achevée cette ressemblance en Adam, Il plaça Sa créature dans un jardin d'une beauté que Dieu seul sait donner à un beau jardin. Par quelque voie mystérieuse, la révolte de Lucifer eut sa répercussion sur la terre, et l'image de Dieu en l'homme fut défigurée. Dans Sa miséricorde divine, le Père des Cieux voulut alors restaurer l'homme dans sa gloire pre­mière, de manière que, dans sa déchéance, il puisse connaître la belle image à laquelle il aurait dû ressembler. Dieu envoya Son divin Fils sur cette terre, pour satisfaire à la justice par la souffrance, tout autant que pour pardonner le péché.

Dans la magnifique économie divine de la Rédemption, les trois choses mêmes qui contribuaient à la chute eurent leur valeur de rachat. En face d'Adam désobéissant, il y eut le Christ, nouvel Adam obéissant; en face d'Ève l'orgueilleuse, il y eut la Vierge Marie, l'humble nouvelle Ève; à la place de l'arbre du jardin, il y eut l'arbre de la Croix. En consi­dérant le plan divin, et après avoir goûté au vinaigre pour accomplir la prophétie, Jésus dit, d'un seul mot dans la langue originale : « Tout est consommé. » (Jean 19, 30.)

Ce n'était pas une parole d'action de grâces parce que Sa souffrance était achevée, bien que l'humiliation du Fils de l'homme touchât maintenant à sa fin. Cela signifiait que Sa vie, depuis Sa naissance jusqu'à Sa mort, avait fidèlement accompli ce que le Père des Cieux l'avait chargé de faire.

Trois fois Dieu utilisa le même mot dans l'histoire : d'abord dans la Genèse, pour décrire l'achèvement de la création; ensuite dans l'Apocalypse, pour marquer que, toute - la création ayant disparu, il y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Entre ces deux extrêmes du commencement et de l'achèvement final, il y a le chaînon de la sixième parole tombée du haut de la Croix. Nôtre-Seigneur, dans l'état de Sa plus grande humiliation, constatant que toutes les prophéties étaient accomplies, tous les symboles réalisés, et que tout ce qui était nécessaire à la Rédemption avait été fait, poussa un cri de satisfaction : « Tout est consommé. »

La vie de l'Esprit pouvait désormais commencer l'œuvre de sanctification, car l'œuvre de Rédemption était achevée. Lors de la création, le septième jour, après que les cieux et la terre eurent été achevés, Dieu Se reposa de tout le travail qu'il avait fait. A Son tour le Sauveur en Croix, ayant ensei­gné comme docteur, gouverné comme Roi et sanctifié comme Prêtre, pouvait entrer dans Son repos. Il n'y aurait pas un second Sauveur; il n'y aurait pas une autre voie de salut; il n'y aurait aucun autre nom sous le ciel par qui les hommes puissent être sauvés.

L'homme avait été racheté et payé. Un nouveau David s'était levé pour tuer le Goliath du mal, non pas avec cinq cailloux mais avec cinq blessures, les hideuses plaies des mains, des pieds et du côté. Le combat n'avait pas été livré avec une armure resplendissant au soleil de midi, mais avec une chair déchirée au point qu'on en pouvait comp­ter tous les os. Le divin Artiste avait mis la dernière touche à Son chef-d'œuvre et, avec la joie de l'homme fort, Il enton­nait le chant de triomphe qui annonçait que Son œuvre était achevée.

Il n'y avait pas un seul symbole, depuis la tourterelle jusqu'au Temple, qui n'ait été réalisé en Jésus. Le Christ, un avec le Père éternel dans l'œuvre de la création, avait parachevé la Rédemption. Il n'y avait pas une seule prédiction historique, depuis Abraham, qui avait offert son fils en sacrifice, jusqu'à Jonas qui resta trois jours dans les entrailles du poisson, qui n'ait été accomplie en Lui. La prophétie de Zacharie annonçant qu'il ferait Son entrée à Jérusalem humblement, sur le dos d'un âne; la prophétie de David sur la trahison par un de Ses familiers ; la prophétie de Zacharie disant qu'il serait vendu pour trente pièces d'argent et qu'en­suite cette somme serait employée pour acheter un champ du sang; la prophétie d'Isaïe sur la barbarie avec laquelle Il serait traité, flagellé et mis à mort; la prophétie d'Isaïe prédisant qu'il serait crucifié entre deux malfaiteurs et qu'il prierait pour Ses ennemis; les prophéties de David sur le vinaigre qu'on Lui donnerait à boire et le partage de Ses vêtements, sur ce qu'il serait un prophète comme Moïse, un prêtre comme Melchisédech, un Agneau qu'on immole, un bouc émissaire conduit hors de la ville, un sage plus avisé que Salomon, un roi plus grand que David; enfin qu'il serait Celui qu'Abraham et Moïse avaient vu par avance, tous ces admirables hiéroglyphes seraient restés sans explication, si le Fils de Dieu Incarné n'avait pas regardé du haut de Sa Croix vers toutes les brebis, tous les boucs et tous les jeunes taureaux qui avaient été offerts en sacrifice, pour s'écrier : « Tout est consommé. »

Ce n'est pas après avoir prêché le beau Sermon sur la Montagne que Jésus a dit que Son œuvre était achevée. Ce n'est pas pour enseigner qu'il était venu, c'était, comme Il l'a dit, pour donner Sa vie en rédemption pour beaucoup. En montant à Jérusalem, Il avait dit à Ses Apôtres qu'il serait livré aux Gentils, qu'il serait tourné en dérision et qu'on cra­cherait sur Lui, qu'on Le flagellerait et qu'on Le mettrait à mort. Au jardin des Oliviers, quand Pierre avait tiré son épée, le Christ avait demandé s'il ne devrait pas boire le calice que Son Père céleste Lui avait donné. A l'âge de douze ans, la première fois qu'il parla d'après les Écritures, Il déclara qu'il devait être aux affaires de Son Père. A présent, l'œuvre que Son Père Lui avait donné à faire était achevée. Le Père avait envoyé Son Fils sous la forme d'une chair de péché, et Il avait été conçu par l'Esprit Éternel dans le sein de Marie. Tout ceci était arrivé afin qu'il puisse souffrir sur la Croix. Ainsi toute la Sainte Trinité était engagée dans l'œuvre de réparation. Ce qui était achevé, c'était la Rédemp­tion, ainsi que Pierre lui-même le dirait après qu'il aurait reçu le Saint-Esprit et compris le sens de la Croix.

« Quelle est la rançon qui vous a affranchis des vaines observances héritées de vos pères? Sachez bien qu'elle n'a été payée par rien de corruptible, argent ou or; elle a été payée par le précieux Sang du Christ; aucun agneau n'a jamais été une Victime aussi pure, aussi immaculée.» (I Pierre 1, 18-19.)

Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)

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