LA SECONDE PAROLE
Le Jugement dernier se trouvait préfiguré au Calvaire; le Juge était au centre et les deux groupes humains de chaque côté de Lui : les justes et les damnés, les brebis et les boucs. Lorsque le Christ reviendra dans Sa gloire pour juger tous les hommes, Il aura Sa Croix avec Lui, mais en signe d'honneur et non plus d'ignominie.
Les deux voleurs crucifiés de chaque côté de Jésus commencèrent par maudire et blasphémer. La souffrance ne rend pas nécessairement les hommes meilleurs ; elle peut dessécher et brûler l'âme, à moins que les hommes ne se purifient en reconnaissant sa valeur rédemptrice. La souffrance non surnaturalisée peut faire dégénérer l'homme. Le voleur qui se trouvait à gauche du Seigneur n'était certainement pas rendu meilleur par la douleur; il ne cherchait pas à s'élever. Mais celui de droite, évidemment ému par la prière d'intercession de Notre Sauveur, demanda à monter. Il reprit son compagnon à cause de son blasphème en disant : « Tu ne crains donc pas Dieu, toi qui subis le même supplice ? Pour nous, c'est justice car nous recevons ce que méritent nos crimes ; mais Lui, Il n'a fait aucun mal. » (Luc 23, 40-41.)
Puis, s'abandonnant à la Miséricorde divine, il demanda son pardon. « Seigneur, souvenez-Vous de moi quand Vous serez dans Votre Royaume. » (Luc 23, 42.)
Un mourant demandait à un mourant la vie éternelle; un homme dénué de tout demandait un Royaume à un pauvre ; un voleur, aux portes de la mort, demandait à mourir comme un voleur et volait ainsi le Paradis. On aurait pu penser qu'un saint serait la première âme achetée au compte du Calvaire avec la monnaie rouge de la Rédemption, mais selon le plan divin, c'était un voleur qui devait faire escorte au Roi des rois entrant dans le Paradis. Si Nôtre-Seigneur n'était venu que comme un docteur, le voleur n'aurait jamais demandé son pardon. Mais parce que sa requête touchait à la raison de la venue du Sauveur sur la terre, c'est-à-dire au salut des âmes, le voleur entendit immédiatement cette réponse : « Je te le promets, aujourd'hui même tu seras avec Moi en Paradis. » (Luc 23, 43.)
C'était la dernière prière du voleur, c'était peut-être même la première. Il ne frappa qu'une fois, ne chercha qu'une fois, ne demanda qu'une fois, il osa tout, et il trouva tout. Alors que les disciples eux-mêmes étaient dans le doute et qu'un seul d'entre eux était présent à côté de la Croix, le voleur reconnut et confessa le Christ comme Sauveur. Si Barabbas assistait à l'exécution, comme il dut regretter d'avoir été relâché et privé ainsi d'entendre les paroles du Grand Prêtre Jésus.
Pratiquement, tout dans le Corps du Christ était fixé par les clous ou torturé par les blessures des fouets et des épines, excepté Son Cœur et Sa langue et celle-ci annonçait à ce moment même le pardon. Mais qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu? Et qui peut promettre le Paradis, sinon Celui qui, par nature, est éternel dans le Paradis?
Extrait de : LA VIE DE JÉSUS. Mgr Fulton J. Sheen (1960)
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