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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 03:27

 

Extrait du volume :

PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

Après quatre années d'une intense activité pastorale, l'hon­neur de la pourpre cardinalice lui était conféré par Sa Sainteté Jean XXIII, au consistoire du 15 décembre 1958; il venait couronner les mérites incomparables de l'archevêque de Milan, en revêtant d'un plus haut prestige hiérarchique une œuvre pastorale ininterrompue et qui a offert un exemple de généreux dévouement, de sagesse méthodique et de par­faite adhésion aux exigences de l'apostolat moderne.

 

Il fut le premier cardinal créé par Jean XXIII la première créature et Milan poussa un soupir de soulagement. Un jour­nal de la ville salua la première place attribuée à Montini sur la liste des vingt-trois cardinaux créés par le Pape, comme « une revanche pour le cœur plein d'amertume de l'homme de la rue milanaise, qui attendait cette nouvelle depuis des années ».

 

Il était évident qu'à l'orgueil de clocher se mêlaient de l'affection et une forte sympathie pour le prélat; on l'appelait d'ailleurs Éminence depuis le jour de son arrivée à Milan.

 

Tout le monde jurait savoir qu'au conclave qui s'était déroulé trois mois auparavant, plus d'un cardinal avait voté Montini, bien qu'il ne fût pas éligible, puisqu'il n'avait pas encore revêtu la pourpre. Cela prouve à quel point l'intérêt pour cette éminente figure d'archevêque était vivant dans le public et comment son œuvre pastorale dans la capitale éco­nomique et sociale de l'Italie était partout suivie.

 

Rapportons ici quelques souvenirs du P. Bevilacqua : «... Roncalli et Montini ? Oui, ils ont été très amis. Pourtant, Roncalli, à dire la vérité, a toujours été un peu intimidé. Certes, Montini avait été son supérieur dans la diplomatie. Après ? Ah, après Roncalli lui a dit : « Maintenant que je t'ai fait cardinal, toi avant tous les autres, tu sais bien où  est ton devoir de premier cardinal. Tu dois venir à Rome à chaque anniversaire de mon couronnement et chanter la  Messe pour moi. C'est une obligation. Je sais, je sais que  le jour de mon couronnement est le 4 novembre et que le  4 novembre est aussi le jour de la saint Charles; mais n'oublie pas que je t'attends! »

 

L'accord était parfait sur les choses fondamentales et quand, à Venise, le salut du Congrès socialiste a causé tous ces ennuis à Roncalli, qui a-t-il appelé pour le défendre à la conférence des évêques Vénètes ? Montini.

 

Le cardinal Montini, chaque fois que cela lui a été possible, a satisfait au désir de Jean XXIII et a chanté la Messe pour l'anniversaire de son couronnement; ce désir du pontife avait bien sûr un autre motif, plus profond, que mille petits indices successifs feront bientôt apparaître.

 

Don Jean Rossi écrit : « Jean XXIII aimait beaucoup le cardinal Montini et avait pour lui une très haute estime. Il fut son premier cardinal et peut-être aussi le plus proche de son cœur. Pressentait-il qu'il serait son successeur ? Je ne sais, mais pendant le Concile il fut le seul n'appartenant pas à la Curie à qui il donna l'hospitalité au Vatican. »

Quoi qu'il en soit, le cardinal Montini gardait sur le secré­taire de son bureau privé, une photo en couleurs de Jean XXIII avec une dédicace autographe : Pro Missa bene cantata (Pour une messe bien chantée). Montini, c'est de notoriété publique, chante un peu faux et le pape Jean s'est bien gardé de laisser passer l'occasion de lui décocher une bonne petite flèche!

 

La journée du cardinal Montini était l'une des plus intenses que l'on puisse imaginer. A 6 h 30, il célébrait sa messe dans sa petite chapelle privée et servait, aussitôt après, celle de son secrétaire. La prière du matin se terminait par la récitation (scandée, presque une psalmodie) de la première partie du bréviaire : Matines, Laudes et Prime.

 

Quand des affaires pressantes l'y contraignait, et cela n'était pas rare, il passait directement de sa chambre à cou­cher à son petit bureau privé pour s'occuper des dossiers urgents. Là, en face de son secrétaire, sur une console, étaient encadrées les photographies de son père et de sa mère. Au-dessus, fixés au mur, trois petits tableaux représen­tant des images sacrées de style byzantin, le style des icônes russes : un cadeau de don Gnocchi au retour de son empri­sonnement en Russie. Derrière le bureau, la photo du pape Jean dont nous avons déjà parlé.

 

L'intérêt du cardinal Montini pour l'information était constamment éveillé et il a toujours eu la réputation d'être un grand lecteur de tous les journaux. Son moment favori pour cette lecture, dans son appartement du palais archi­épiscopal de Milan, était celui du petit déjeuner, à 8 h 30.

 

A l'occasion d'événements importants ou d'éditions spéciales, le kiosque voisin de la place du Dôme lui fournissait d'autres exemplaires.

 

Selon son plan de travail régulier, qui ne subissait de variations qu'à l'occasion des visites pastorales, il donnait audience à 9 h 30 à Mgr Schiavini, le Vicaire Général. Puis commençaient les audiences du jour, qui se poursui­vaient parfois jusqu'à une ou deux heures de l'après-midi; elles se déroulaient dans un petit salon aux fauteuils dorés. Le repas, très frugal, était pris en compagnie de deux secré­taires. Après un bref repos et un arrêt à la chapelle pour la récitation des Heures, de Vêpres et de Complies, il se remet­tait ponctuellement à 16h 3o à sa table de travail, jusqu'à l'heure du dîner. Dans son bureau il recevait les membres de la Curie et ses collaborateurs directs. Après dîner, le car­dinal Montini regardait le journal télévisé, puis récitait le rosaire avec d'autres prêtres. Il préférait le réciter tout en se promenant dans la grande salle de la bibliothèque et dans le corridor recouvert de hautes étagères de livres. Assis derrière le bureau de la bibliothèque, il s'entretenait ensuite pendant environ deux heures avec son secrétaire, lisant la correspondance, signant le courrier officiel déjà prêt et écri­vant les lettres de caractère personnel; puis, seul dans son bureau, il travaillait tard dans la nuit.

 

Pendant le dépouillement de la correspondance, il lui arrivait souvent d'écouter un disque de musique symphonique, Beethoven surtout, Bach et Chopin.

 

Si pourtant quelque bonne pièce était retransmise à la télévision, il y jetait un coup d'œil; la halte devant le petit écran se prolongeait quand apparaissait Ernesto Calindri. Lorsqu'il apprit que le fils de l'acteur était entré au couvent, le cardinal Montini lui adressa une lettre affectueuse qui frappa et émut Calindri.

 

Seul, dans son petit bureau, il se consacrait à la rédaction de discours, de documents, de lettres. Le cardinal écrivait, de préférence à la main, jusqu'à cinquante lettres par jour. Il a une belle écriture, claire, linéaire. Sa machine à écrire, don de Pie XII, n'était utilisée que pour les documents et les lettres les plus importants et de caractère réservé : nous en citerons deux parce qu'écrits en des moments particulièrement difficiles et délicats.

 

La première lettre est adressée au célèbre Padre Pio de Pietralcina, porteur des stigmates de saint Jean Rotondo, à l'occasion du cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale, à un moment où, autour du doux frère stigma­tisé, se déchaînait une amère et douloureuse tempête.

 

« Milan, le 20 juin 1960

 

« Très Vénéré Père, j'entends dire que vous célébrerez bientôt le cinquantième anniversaire de votre ordination sacerdotale; et j'ose venir vous exprimer moi aussi, dans le Seigneur, mes félicitations pour les grâces immenses à vous conférées et par vous dispensées.

 

« C'est vraiment l'occasion de répéter, avec allégresse et reconnaissance pour la bonté de Dieu : Venite, audite, et narrabo, omnes qui timetis Deum, quanta fecit animae meae ! C'est ainsi que le sacerdoce mérite d'être célébré. Et que dire du vôtre, favorisé de tant de dons et d'une si grande fécon­dité!

 

« J'exprime en même temps le vœu que le Christ Seigneur ait à vivre et à se manifester dans votre personne et votre ministère, comme dit saint Paul : Vita Jesu manifestetur in carne nostra mortali.

 

« Je sais que vous priez aussi pour moi. J'en ai un immense besoin; veuillez recommander toujours au Seigneur ce dio­cèse en même temps que votre très dévoué en Jésus-Christ,

 

J. B. Card. Montini, archevêque. »

 

 

A suivre

 

elogofioupiou.com

 

 

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