Lorsque Salomon monta, sur le trône, âgé seulement de dix-sept ans, Dieu lui demanda ce qu'il souhaitait. « Seigneur, répondit le jeune prince, je ne suis qu'un enfant, et je dois régner sur un grand peuple. Je ne vous demande ni les honneurs ni la fortune, mais une seule chose, la sagesse. » Cette prière plut au Seigneur, et il accorda à Salomon, non seulement la sagesse qu'il demandait, mais les richesses et la gloire qu'il n'avait pas sollicitées.
Puissent nos vœux, chers lecteurs ressembler à celui-là ! Oubliant les vanités qui nous font exprimer tant de misérables souhaits et solliciter les petits bonheurs de ce monde, puissions-nous adresser à Dieu la même prière que Salomon : « Seigneur, donnez-nous la sagesse ; » et notre Père de là-haut, tout en l'exauçant, y ajoutera par surcroît, dans toute la mesure où ils nous seront utiles, les biens de la terre et la bonne renommée.
Mais, il y a longtemps qu'on l'a dit, et cette parole reste toujours vraie : Aide-toi, le ciel t'aidera. Si nous voulons acquérir la sagesse et, avec elle, tous les biens qui en sont la suite ou la récompense, il faut nous aider un peu nous-mêmes. La grâce de Dieu ne manquera pas, mais un certain travail personnel est nécessaire.
Un petit trait vous dira en quoi principalement doit consister ce travail, point de départ et condition du succès.
Un jour Socrate, passant devant le temple de Delphes, lut sur le frontispice ces mots : Connais-toi toi-même. Ce fut pour lui comme un trait de lumière. Il avait jusqu'alors poursuivi la sagesse dans mille directions différentes ; il avait lu une multitude de livres; il n'en avait oublié qu'un: c'était son propre cœur. Il avait étudié l'histoire des peuples les plus lointains ; mais il ne connaissait pas son histoire à lui, du moins il n'avait jamais réfléchi sur les événements de sa vie.
II avait fatigué ses yeux à l'étude de l'astronomie, et il n'avait pas sondé les profondeurs de son âme. Il avait écouté les plus illustres maîtres, et il n'avait pas prêté l'oreille à la voix de sa conscience. Ces simples mots: « Connais-toi toi-même,» lui révélèrent qu'il n'était qu'un ignorant, puisqu'il avait oublié d'apprendre l'a b c de cette grande science de la sagesse. Il se mit à étudier son cœur, et il recueillit de cette élude les plus précieux résultats.
A nous aussi, de nous dire : « Connais-toi toi-même. » Peut-être un bon nombre d'entre nous sont aussi dans la situation où était Socrate avant d'avoir médité la fameuse maxime. Nous avons beaucoup de connaissances, mais dans le fond nous ne savons pas trop comment nous sommes et ce qui nous manque au moral. Peut-être encore connaissons-nous mieux la géographie et la statistique de notre pays que celles de notre âme. Si nous sommes de la campagne, peut-être connaissons-nous mieux l'art de cultiver un champ que celui de cultiver cette âme, la nature des terrains que celle de nos dispositions et de nos penchants. Enfin, nous savons sans doute mieux ce qui convient, à la santé de notre corps qu'à celle de notre âme.
Et pourtant, où est la logique, où la saine raison dans cette immense préférence donnée aux choses temporelles ? Ne faut-il pas s'occuper plutôt de ce qui doit durer éternellement que de ce qui finit après quelques jours ? Si nous négligeons la connaissance de nous-mêmes, n'est-il pas vrai que nous ressemblons à cet homme, qui, une lunette en main, considérait le cours des astres, pendant que, ne regardant pas à ses pieds, il allait choir dans un puits ?
Pour dire toute la vérité, nous devons convenir que la connaissance de nous-mêmes n'est pas, au début surtout, une science bien réjouissante ; elle réserve des humiliations à notre amour-propre, car on y marche de désenchantement en désenchantement. Une femme qui se croyait belle, et qui est forcée tout à coup de se reconnaître laide dans un miroir, n'est certes pas ravie de la découverte.
C'est notre histoire : quand nous nous mettons à nous étudier avec candeur et bonne foi, nous nous trouvons passablement laids au moral. Nous disons de bonne foi, parce que souvent on se trompe soi-même : on veut à tout prix se faire illusion ; on imite les gens qui commandent leur portrait à un peintre et qui se fâcheraient s'il reproduisait exactement leurs traits. On peint pour soi-même un portrait de fantaisie qu'on a la naïveté d'admirer. Cette vanité nous cache nos défauts les plus saillants ou les transforme en qualités aimables.
Il n'y a qu'un moyen d'arriver à la connaissance de soi-même: c'est de s'examiner devant Dieu, et, dès que l'on constate certaines imperfections, de leur faire impitoyablement la guerre. Un petit examen de chaque jour y aidera avec beaucoup d'efficacité. N'en doutons pas, dès que nous nous connaîtrons parfaitement nous-mêmes, nous ne serons pas loin de posséder la véritable sagesse.
Voici sur cet important sujet quelques réflexions qui ne manquent pas d'à-propos.
« II y a, dit un pieux auteur, une connaissance devant laquelle chacun recule, c'est la connaissance de soi-même.
» On ferme les yeux pour ne point se voir, preuve évidente qu'on a peur de se voir tel qu'on est. On ouvre au contraire les oreilles aux complaisants comme pour se rassurer contre son propre jugement.
» Cette conduite n'est ni raisonnable, ni chrétienne.
» Pour se bien connaître, il faut se recueillir en soi-même.
» Dans une eau bien tranquille, on distingue les plus petits grains de sable, et, dans la paix de l'âme, on se rend mieux compte de sa valeur personnelle. Or, s'apprécier à sa juste valeur, c'est surtout reconnaître ses défauts et ses imperfections. Si quelqu'un y contredit, c'est parce qu'il a, en dehors des défauts ordinaires, celui de ne pas vouloir les reconnaître.
» C'est un grand défaut, en effet, et la plus grande imperfection, de ne pas reconnaître qu'on a beaucoup d'imperfections et de défauts.
» Une chose m'a toujours frappé, c'est de voir les saints c'est-à-dire ce qu'il y a de plus grand sur la terre, s'estimer les derniers des hommes. Que penser après cela de quelqu'un qui se croit quelque chose, sinon qu'il n'est pas assez clairvoyant ni assez saint pour voir clair au milieu de ses misères ?
» Que chacun de nous en vienne à la preuve et ne craigne pas d'entrer dans son intérieur, un flambeau à la main. Ce petit examen fera plus que tous les raisonnements. Examinez-vous aussi sévèrement que vous jugez votre semblable; à la liste de vos péchés, ajoutez celle de vos défauts naturels, de vos bévues, de vos maladresses ; si vous vous rendez ainsi souvent compte de l'état de votre intérieur, vous parviendrez à acquérir cette connaissance de vous-même, si précieuse et si nécessaire. »
FÊTE DU JOUR: Saint Lucien d'Antioche, martyr.
Saint Lucien, élevé dès son enfance dans la piété par de vertueux parents, devint orphelin à douze ans. Dans son abandon il recourut à Dieu comme à son véritable Père, donna ses biens aux pauvres et, sous la direction d'un saint maître, nommé Macaire, se livra à l'étude des Saintes Écritures. Après une jeunesse de prière et de sévères austérités, il fut Ordonné prêtre et ouvrit une école à Antioche. Les succès «de son enseignement attirèrent sur lui l'attention des autorités païennes et, lorsque la persécution de l'Empereur Maxime sévit en Orient, il fut un des premiers chrétiens qui furent saisis et emmenés à Nicomédie où résidait le tyran. Confié à la garde d'une troupe de soldats apostats, il leur montra l'énormité de leur crime et les décida à confesser de nouveau Jésus-Christ jusqu'au martyre. Dans la prison, Lucien devint le Consolateur des chrétiens persécutés. Fort de sa foi, il refusa les dignités les plus considérables de l'empire et subit des tourments horribles pour le nom de Jésus-Christ. On le laissa quatorze jours sans nourriture ni lumière ; le quinzième il expira en répétant trois fois: «Je suis chrétien. » L'empereur, s'acharnant sur le corps inanimé de Lucien, le fit jeter dans la mer avec une énorme pierre attachée à la main droite.
Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)
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