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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 17:50

 

 

Cette idée du Pape a vraiment été une idée géniale et qui le définit tout entier.

 

Elle a été aussi la plus merveilleuse des trouvailles pour relancer son pontificat, à un moment particulièrement délicat de l'histoire de l'Église et de l'humanité.

 

Le pape Paul VI a toujours été l'homme des idées excep­tionnelles, marquées d'une très nette empreinte personnelle, de cet irremplaçable style « montinien », qu'il a depuis l'en­fance, comme nous avons pu le voir à maintes reprises au cours de cette biographie. La Grande Mission de Milan en est un exemple clair.

 

Le nouveau Pape avait d'ailleurs fixé sa prédilection apostolique le 21 juin 1963, en choisissant le nom de Paul. Le nom d'une personne est important; il est toujours un programme quand il est choisi dans des circonstances par­ticulières et solennelles, comme la profession religieuse ou l'élévation d'un nouveau pontife à la Chaire de Pierre. Saint Paul fut en effet le plus ardent et infatigable marcheur du Christianisme. Il fut le premier grand guide de la nouvelle religion, le premier scout de la foi.

 

Sa vie ne fut qu'un voyage : il parcourut des milliers de kilomètres et rencontra des millions de personnes. Ses lettres, dans lesquelles le terme voyage est répétées comme une néces­sité de la foi, en sont un vivant témoignage. Indubitablement, le christianisme, mission et témoignage de vérité, naissent en chemin. Aujourd'hui, surtout, que l'Église a entrepris un nouveau chemin vers « des cieux et des terres nouvelles » …

 

Nous avons vu que Paul VI n'en est pas à son premier grand voyage : le 5 juin 1960, archevêque de Milan, il quitta la « Malpensa » à destination de l'Amérique et, en deux semaines, accomplit quator2e vols, qui le conduisirent à New York, Chicago, Philadelphie, Washington, Baltimore, Brasilia, Saô-Paulo, Rio-de-Janeiro.

 

En 1962, du 19 juillet au 10 août, il se rendit en Afrique, où il visita les ouvriers italiens qui travaillent au grand bar­rage de Kariba et de nombreuses villes d'Afrique du Sud.

 

Nous avons rapporté le mot du pape Jean, qui se révèle maintenant comme une authentique prophétie, disant que son successeur « monterait dans les avions ». Et cet avion de la compagnie Alitalia, le premier qu'il ait pris en tant que pape, ne sera certainement pas le dernier.

 

LA  LONGUE PRÉPARATION  SECRÈTE

 

Paul VI va donc en Terre Sainte, là où le Christ a vécu et fondé l'Église : c'est un événement historique dont la portée dépasse la chronique contingente. Pierre est venu d'Antioche à Rome en 42 de notre ère (l'année est incertaine); il y est resté vingt-cinq ans... il a été le premier Pon­tife de Rome et c'est à Rome qu'il est mort martyrisé en 64 ou 67.

 

Depuis lors, en 1930 années environ, aucun pape n'est jamais retourné en Palestine. Paul VI est le premier des 262 successeurs de Pierre qui entreprend un pèlerinage en ces lieux sacrés, qui fasse le voyage du grand retour, qui remonte à la source. Il le fait en un temps de Concile, presque pour signifier un retour au Concile de Jérusalem, celui au cours duquel les Apôtres décidèrent de lancer l'Église à la conquête du monde païen et de permettre à Paul de baptiser les gentils, sans leur imposer de rites, de contraintes ni de lois particulières. Ce fut un concile largement ouvert aux néces­sités de la société du temps… Un concile dans lequel on lança la première codification du Verbe de Jésus, avec le Credo ou Symbole des Apôtres.

 

C'est la première fois qu'un pontife va en Terre Sainte, la première fois depuis 160 ans qu'un pape franchit les fron­tières de la péninsule italienne (si l'on excepte Pie VII qui alla à Paris en 1804 et fut traîné en France cinq ans plus tard, prisonnier de Napoléon); la première fois aussi qu'un pape voyage en avion; ce sont là des faits et des circonstances qui étaient tout simplement impensables jusqu'au 4 octobre 1962, le jour où le pape Jean, souriant et serein, malgré la maladie qui le dévorait déjà, fit son fameux pèlerinage à Lorète et à Assise…

 

Mais si ce pèlerinage en Terre Sainte est déjà sensationnel en lui-même, les perspectives qu'il ouvre sont incalculables pour le moment. Il suffit de songer qu'à Jérusalem, Paul VI rencontrera les patriarches des Églises d'Orient, et surtout Athénagoras de Constantinople, qui est le primus inter pares, c'est-à-dire une sorte de Pape Orthodoxe, qui n'a pas juris­prudence sur les églises autonomes mais jouit d'une pri­mauté d'honneur reconnue.

 

Quand l'inspiration de ce pèlerinage vint-elle à Paul VI ? Il est difficile d'indiquer une date, d'établir un jour précis. On peut dire que Jean-Baptiste Montini désirait, depuis de nombreuses années, se rendre en Terre Sainte, mais qu'il n'avait jamais pu réaliser ce rêve. Élu pape, le 21 juin 1963, il demandait à la Secrétairerie d'État, dès la fin juillet, un rapport détaillé et très secret sur la situation religieuse, sociale et politique de la Palestine.

 

Les très rares prélats au courant de cette requête pensèrent immédiatement que Paul VI projetait un geste d'une impor­tance exceptionnelle. L'idée mûrissait rapidement, et peut-être était-elle déjà définie dans les grandes lignes, quand, à la mi-août, survint un fait singulier. Un matin, le Pape trouva, dans son courrier du jour, un pli provenant de Nazareth, expédié par les « Compagnons de Jésus charpentier ».

 

Rappelons que cette congrégation religieuse fut fondée il y a quelques années par un prêtre français, Paul Gauthier. Professeur au séminaire de Dijon, Gauthier était revenu d'une visite en Terre Sainte avec un poids sur le cœur. C'était sur la terre du Christ qu'il avait vu des milliers d'êtres humains plongés dans la misère la plus sombre ; c'était sur la terre du Christ qu'il avait touché du doigt la scandaleuse opposition entre chrétiens qui se disputaient la propriété du Saint Sépulcre, partagé entre catholiques, orthodoxes grecs et monophysistes d'Antioche. Il avait alors pensé, avec ses confrères, qu'il fallait faire quelque chose.

 

C'est ainsi que naquit la congrégation des « Compagnons de Jésus charpentier »; charpentier, c'est-à-dire travailleur, proche des pauvres et des abandonnés. Ils partirent et s'établirent à Nazareth où s'était déroulée une grande partie de la vie du Christ. Ils voulaient vivre les mêmes souffrances que le peuple, l'aider à se relever, lui témoigner leur fraternité par le sacrifice. En Palestine, la vie s'est arrêtée au temps de Jésus : les gens s'habillent de la même façon, souffrent autant, et, par milliers, habitent encore dans des grottes. Les compagnons choisirent pour chapelle une grotte, où Jésus était peut-être entré, et déposèrent le Saint Sacrement dans la très antique mangeoire creusée dans la roche. L'Église se réunissait en Concile; pouvait-elle trouver meilleure occasion de se prononcer sur la misère, sur l'intolérance raciale et religieuse, sur la division des âmes, sur toutes les plaies de l'humanité, particulièrement douloureuses et exas­pérées en Palestine ?

 

Les Compagnons écrivirent à des cardinaux et à des évêques, demandant que le Concile traitât aussi de thèmes sociaux. Il se constitua une sorte de mouvement de « l'Église des Pauvres » dont font partie les cardinaux Léger et Lercaro, l'évêque chilien, Mgr Larrain, qui a vendu sa croix pectorale pour fonder une école, le colombien Mgr Botero Salazar, qui a quitté son palais pour s'établir dans une petite maison du quartier ouvrier, et l'évêque du Sahara, Mgr Mercier, qui débarqua à Gênes et rejoignit Rome à pied, pauvrement vêtu et mendiant son pain quotidien.

 

A suivre…

 

Extrait du volume : PAUL VI 

                                G. SCANTAMBURLO

                                Édition; Maison Mame  (1964)

 

elogofioupiou.com

 

 

 

 

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