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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 08:13

Vous employez les moyens  conseillés pour progresser dans la vertu, et cependant vous n'avancez pas dans la per­fection aussi vite que vous le voudriez ; vous retombez souvent dans les mêmes fautes ; vos défauts se font aussi vivement sentir et prennent à certains moments une recru­descence qui vous déconcerte.

 

Et vous dites : Pourquoi des fautes ? Pourquoi des imperfections ? Pourquoi ces perpé­tuelles rechutes ?

 

D'abord, soyez juste envers vous-même, comparez ce que vous êtes avec ce que vous étiez avant cette période d'efforts. Vos fautes ne sont-elles pas plus rares et moins vo­lontaires ? N'en sentez-vous pas plus vite le regret ? N'avez-vous pas pour elles une horreur plus grande ? Vous avez ga­gné, si vous constatez quelques-unes de ces améliorations.

 

Vos défauts ! N'est-il pas vrai que vous les remarquez mieux ? Et c'est justement pour cela que vous les croyez plus vivants. N'est-il pas vrai qu'ils vous déplaisent davantage ? Et c'est peut-être ce qui provoque vos tristesses découragées. Mais des défauts que l'on remarque mieux et qui déplaisent d’avantage, sont des défauts en voie de guérison !

 

Au simple point de vue de la raison, l'étude attentive de l’âme humaine montre que là, comme dans la santé, com­me dans la nature matérielle, les progrès sont, dans une certaine mesure, l'œuvre du temps. La vertu est chose trop haute pour dépendre d'un simple vouloir et de quelques efforts.

 

Ne portons-nous pas d'ailleurs cette corruption de na­ture qui est l'essence de notre état déchu ? Saint Paul en ressentait les assauts renaissants. Sommes-nous de meilleure noblesse que le grand Apôtre et présenterons-nous à notre ac­tif les mêmes sacrifices, la même mortification, la même vigi­lance, la même ardeur? L'ange de Satan l'humilie par ses ten­tations ; la convoitise semble l'emporter sur ses résolutions et il s'écrie : Malheureux homme que je suis ! Mais voyez-le bientôt, relevant le front et laissant rayonner sur son mâle visage la sérénité du voyant et la confiance du vainqueur : « Je peux tout en celui qui est ma force ! »

 

Ces imperfections, ces fautes, ces impressions de nos défauts sont nécessaires à notre vertu ; elles assurent sa soli­dité.

 

On peut sans doute supposer un être absolument parfait et qui serait humble ; mais cet être n'est pas l'homme  déchu. Voyant trop peu dans la vertu la part de Dieu, car l'invi­sible action de la grâce lui échappe ; se voyant trop lui-même, surtout dans son action personnelle, il est porté à s'attribuer la résistance au mal, le progrès et la perfection même. Se complaire dans cette persuasion plus ou moins consciente est si facile ! Orienter vers soi l'attention et l'estime des autres serait si tentant! Voilà l'orgueil qui porte le trouble au de­dans et au dehors et qui désorganise la vie morale.

 

Les misères que nous déplorons, Dieu nous les laisse à des­sein ; il en fait cette boue miraculeuse, qui ouvre les yeux de l'aveugle ; et l'aveugle, guéri, distingue dans la lumière de vérité ce qui est de Dieu et ce qui est de lui. Le partage est facile à faire : il ne nous laisse que le mal.

 

Au lieu de vous attrister, relevez vos espérances. De votre grande misère formez cette grande vertu qui met tout en sa place : l'humilité.

 

Bien humble, vous aurez la vraie notion de la confiance, vous serez rassurée et paisible, hardie s'il le faut; mais vous le serez sans trop compter sur vous. Se confier, c'est s'appuyer sur Dieu.

 

Bien humble, vous serez facilement charitable, indulgente, douce, patiente ; vous aimerez comme vous sentez que Dieu vous aime, avec sa tolérance si large qui ne se lasse pas.

 

Bien humble, vous éprouverez le besoin de prier. Vous vous sentez indigente, impuissante, et voilà qu'il vous est permis de tout demander et de tout avoir !

 

Bien humble, vous découvrirez dans la prière tout l'ordre surnaturel : la grâce, agent du progrès, appartenant à Dieu ; la prière, moyen de l'obtenir, mis entre vos mains ; et, par là, le bien, œuvre de Dieu, œuvre de l'homme, donnant à l'un la gloire, laissant à l'autre le mérite.

 

Nous pourrions évoquer l'une après l'autre, toutes les ver­tus, toutes les générosités, tous les sentiments élevés ; nous constaterions, avec un étonnement ravi, que toutes ces gran­des choses doivent leur sève, leur éclat et leur solidité à l'hu­milité dans laquelle elles plongent leurs racines.

 

Tout en détestant nos fautes, et les combattant avec une ardeur chaque jour plus grande, ayons donc soin de ne pas nous décourager et prions Dieu de nous faire trouver dans ces fautes elles-mêmes l'occasion de recourir davantage à lui, de nous mépriser nous-même, de pratiquer la vraie humilité.

 

Rappel : Le 21 septembre c’était la fête de Saint Mathieu, apôtre.

Jésus suivait un jour le rivage du lac de Galilée, lorsqu'il  aperçut, assis à son comptoir, un publicain nommé Ma­thieu, dont la charge était de recueillir le tribut que les Juifs devaient payer à leurs maîtres, les Romains. Jésus lui dit : « Suivez-moi, » et aussitôt Mathieu se leva, quitta tout et le suivit. Les publicains étaient alors abhorrés par les Juifs, qui les considéraient comme des ennemis de leur patrie, des bannis, des pécheurs publics occupés à s'enrichir par l'injustice et la fraude.

 

Nul pharisien n'eût consenti à manger à la même table qu'un publicain ; seul, Notre-Seigneur eut pitié de ces hommes que tous repoussaient.

 

Aussi, Mathieu prépara-t-il un grand festin, auquel il invita Jésus, ses disci­ples et un certain nombre de  publicains, qui dès lors se montrèrent des plus assidus à la prédication du Sauveur. C'est en réponse aux murmures des pharisiens à cette occa­sion que Jésus prononça cette belle parole : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs à la pénitence. »

 

Après l'Ascension, saint Mathieu demeura quelque temps en Judée, et c'est là qu'il écrivit son évangile, pour prouver à ses compatriotes que Jésus était véritablement le Seigneur, et le roi prédit par les prophètes. Plus tard il porta l'évangile dans différentes contrées, et la tradition rapporte qu'il subit martyre en Nubie, vers l'an 70 de J.-C.

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

elogofioupiou.over-blog.com

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