Mon Crucifix.
Le crucifix est le plus beau des livres. Les livres servent à nous instruire ; on en trouve sur toutes les matières. Les arts, les sciences, le monde physique, le monde moral, le ciel, la terre, l'océan, les hommes surtout, font l'objet de ces innombrables ouvrages qui servent à éclairer, à instruire, à récréer et, malheureusement trop souvent aussi, à pervertir l'esprit humain.
Que de livres de piété I quelle vie serait assez longue pour permettre de les lire tous ? Heureusement, ce n'est point la multiplicité des livres qui sanctifie celui qui les lit.
On dira peut-être que l'Écriture Sainte est le premier et, littéralement, le plus beau des livres, la source où les principes de toute, science doivent être puisés. Ce livre, en effet, est inspiré par le Saint-Esprit et porte le cachet de son divin Auteur. Il renferme tout ce que Dieu nous a révélé de lui-même, de sa majesté, de sa puissance, de sa sagesse, de sa justice et de sa miséricorde infinie. Il nous trace nos devoirs, il nous découvre la récompense du juste.
L'Écriture Sainte, c'est le Christ promis et annoncé, c'est le Christ prédit dans toutes les circonstances de sa vie et de sa passion, comme aussi dans son triomphe. C'est le Christ figuré dans sa personne et dans son Église. Mais ce livre si divin de l'Écriture Sainte est souvent obscur, et ne saurait être compris du plus grand nombre ; le crucifix, au contraire, l'image sensible de l'amour de Jésus-Christ est accessible à toutes les âmes. C'est le livre où les plus grands saints ont puisé cette sagesse que l'on admire en eux.
Un jour, saint Thomas d'Aquin interrogea saint Bonaventure, le priant de lui dire dans quels livres il avait puisé toutes les choses admirables qu'il écrivait. Le Saint, pour toute réponse, lui montra son crucifix. Le crucifix est un livre à la portée de tous : le simple et l'ignorant, aussi bien que le savant, peuvent y puiser la sagesse. Nous le savons, il y a des livres si relevés, si profonds, qu'une première lecture ne suffit point pour en découvrir toutes les richesses, toutes les beautés ; que dire de ce livre écrit avec le sang d'un Dieu fait homme ? C'est un livre où chacun lit, avec une facilité extrême, les prodiges de l'amour de Jésus-Christ pour nous !
Un livre peut être écrit dans une langue qui nous est étrangère, ou avec des caractères qui nous sont inconnus, et par là même nous devenir inutile. Il n'en est pas ainsi du Crucifix ; pour le comprendre il suffit de le regarder. Mais il faut le regarder avec foi. Il faut y contempler l'image d'un Dieu qui nous a tant aimés qu'il s'est livré à la mort la plus cruelle pour nous sauver.
Enfin, il vient un temps où l'on devient incapable de lire des livres ; la nouveauté n'intéresse plus, la vue s'affaiblit, les forces s'en vont avec l'énergie; l'âge et les infirmités laissent bientôt l'âme dans un isolement pénible. Consolez-vous, âme chrétienne ! L’image de Jésus crucifié sera pour lors votre livre de prédilection. Vous y trouverez force et courage à toutes les époques de votre vie.
Et quand viendra l'heure où tous vous abandonneront, parce qu'ils ne pourront plus rien pour vous, à cette heure suprême, où vous serez sur le point de passer du temps à l'éternité, oui, alors, Jésus, dont vous aurez écouté les leçons pendant la vie, vous apprendra à bien mourir. Que pouvez-vous désirer de plus ?
« Avez-vous un Crucifix, demandait le Père d'Alzon, et comment vous comportez-vous à son égard ?
» Quittez-le le moins possible : mettez-le sur votre table quand vous écrivez, sous vos yeux quand vous travaillez, afin de le regarder de temps en temps ; et quand vous vous endormez, laissez-le entre vos mains. » II ne faut pas beaucoup d'efforts pour se laisser aller à penser à ce bon Maître, quand on tient son image entre les mains. On lui dit qu'on l'aime : on lui demande pardon des fautes qu'on a commises ; on est tout à coup frappé de ce pardon qui tombe du haut de la Croix ; on songe au mal que l'on a fait, au temps que l'on a perdu, aux grâces que l'on a reçues. On le remercie de ses bienfaits ; on lui fait des promesses enflammées ; on a honte d'être si mauvaise chrétienne....
» Si vous suivez ces conseils, il me paraît bien difficile que votre Crucifix ne devienne pas pour vous un ami, un confident. »
Tiré de : LECTURES MÉDITÉES, 1933 Pages 100-101
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