Le grand mystère de la patience de Dieu.
On trouve des mystères partout, et dans la nature, et dans la science, et dans la religion. Parmi ces derniers, le plus inconcevable de tous, celui qui heurterait le plus notre raison, si elle n'était éclairée des lumières de la foi, c'est bien le grand mystère de la patience de Dieu.
On se demande quelquefois : comment Dieu souffre-t-il tout ce qui se passe sur la terre, tant de crimes qui se commettent chaque jour, tant de vols, tant d'injustices, tant de meurtres, tant d'infamies et de débauches, et les profanations du saint jour du dimanche, et les attentats sacrilèges dans le lieu saint, et les horribles blasphèmes qui montent jusqu'au trône du Très-Haut, et la guerre à mort qu'on fait de nos jours au catholicisme ! Dieu sait-il tout cela ? Dieu le voit-il ! — Oui, Dieu sait tout, Dieu voit tout.
— Mais si rien n'échappe au regard pénétrant de la science divine, à la vue de tant de désordres et d'impiétés, d'où vient que Dieu se tait, qu'il laisse faire, qu'il se montre en quelque sorte indifférent ? Tel un grand monarque qui, retiré dans l'intérieur de son palais, laisserait le désordre et la licence s'introduire et régner impunément dans ses Etats. Qui nous expliquera cette conduite incompréhensible du Dieu de toute puissance et de toute sainteté !
En voici deux raisons, puisées l’une dans la justice de Dieu, et l'autre dans sa miséricorde. La première est de saint Augustin : Dieu est patient, dit-il, parce qu'il est éternel. Nous ajoutons: Dieu est patient, parce que Jésus-Christ s'immole pour nous.
1° Qu'est-ce que la vie de l'homme ? Qu'est-ce que la vie de Dieu ?
L'homme vit aujourd'hui et demain il a disparu, on ne le trouve plus sous le soleil. La vie de l'homme sur la terre, nous disent les saints Livres, c'est un éclair qui brille et s'ensevelit dans la nuit d'où il est sorti ; c'est une onde rapide qui s'écoule, un peu de fumée que le vent dissipe, une ombre qui s'évanouit, un son qui frappe l'air et ne se fait plus entendre, un navire qui fend les flots sans laisser la trace de son passage, une fleur qui n'est pas plus tôt éclose qu'on la foule aux pieds.
La vie de Dieu ne connaît ni le berceau ni la tombe ; elle n'a ni commencement, ni fin.
Dieu n'a pas été, il ne sera pas ; Dieu est. Je suis celui qui suis : c'est un présent perpétuel, et ce présent est l'Éternité.
Dieu vit de ses perfections comme l'homme vit de son intelligence et de son amour.
Assis sur le trône de sa gloire, Dieu distingue de son regard, à travers les millions de mondes qu'il a jetés dans l'espace, une petite planète que nous nommons la terre: là, vit un petit ver, un insecte, un atome qui s'appelle l'homme......
Qu'est l'homme en effet comparé à Dieu !
— Et parce que l'homme désobéit à son Créateur et méconnaît les droits de son autorité et de son amour, vous voudriez que ce grand Dieu s'armât immédiatement de la foudre pour exterminer ce petit être qui, après le rapide éclair de son existence, doit tomber dans les mains de l'éternelle justice !
Oh ! non, Dieu ne s'irrite pas, Dieu demeure toujours dans le calme de la pitié, il est plus touché de notre infortune que de nos crimes. Malgré nos rechutes, il ne cesse de nous supporter, il ne cesse de nous faire du bien, et sa patience est inépuisable parce qu'il est éternel. « Je vous ai créés libres, nous dit-il ; à vous de choisir dans le temps entre le bien et le mal, entre le ciel et l'enfer; à moi l'éternité pour vous récompenser ou vous punir. »
2° Autre raison de la patience de Dieu puisée dans sa miséricorde.
Or, l'Église de Jésus-Christ comptait en 1933 deux cent millions de catholiques, parmi lesquels deux cent mille prêtres qui célébraient chaque jour le saint sacrifice de la messe et se partageaient, suivant les diverses longitudes, les quatorze cent quarante minutes qui composent la journée.
Deux cent mille messes dans l'espace de quatorze cent quarante minutes! Il n'y a donc pas un instant, pas une minute, dans toute l'année, où le corps de Jésus-Christ ne soit consacré, immolé, élevé entre le ciel et la terre. Le poète a eu bien raison de dire, en s'adressant au Dieu vengeur du crime : Tonne, frappe, il est temps, rends-moi guerre pour guerre. J'adore en périssant la loi qui me punit. Mais sur quel lieu. Seigneur, tombera ton tonnerre. Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ !
Jésus-Christ élevé entre le ciel et la terre, à chaque minute, sur tous les points du globe où le catholicisme a pénétré... Voilà la grande voix qui prie et intercède pour les pécheurs ;
Voilà la grande miséricorde qui s'interpose entre l'homme et Dieu, et arrête continuellement le bras de sa justice ;
Voilà la grande victime d'expiation qui paie à Dieu toute la dette du péché ; Voilà l'Agneau sans tache qui efface dans son sang toutes les souillures du monde. Jésus-Christ était élevé à chaque minute entre le ciel et la terre jusqu’en 1970. Qu’en est-il aujourd’hui? Qui se souvient que le Saint Sacrifice de la messe est le renouvellement du sacrifice de Notre Seigneur Jésus Christ sur la croix, entre deux voleurs? Qu’est devenu notre paratonnerre, qui nous protégeait de bien des cataclysmes.
Mon Dieu ! Le voile tombe, je comprends aujourd'hui le mystère de votre inaltérable patience parce que le véritable sacrifice de la Sainte Messe était encore célébré en latin, selon le rite de Saint Pie V ; je le découvre dans les profondeurs de votre éternité et dans l'immolation perpétuelle de votre divin Fils. Bénie soit à jamais la miséricorde infinie de mon Dieu, si ingénieuse à nous détourner du vice, si zélée à nous attirer à la pratique de la vertu!
Malheur, trois fois malheur à ceux qui auront abusé ici-bas de la patience de Dieu !
FÊTE DU JOUR, le 2 août. Saint Alphonse de Liguori, docteur.
Saint Alphonse naquit d'une noble famille, près de Naples, en 1696. Son éducation fut confiée aux Pères de l'Oratoire de Naples, et dès son enfance, Alphonse fut compté parmi les frères les plus pieux du Petit Oratoire. A seize ans il fut reçu docteur en droit, et suivit quelque temps la carrière du barreau avec ardeur et succès. Une erreur qui lui fit perdre une cause importante dévoila à Alphonse la vanité de la renommée humaine et le décida à ne plus travailler que pour la gloire de Dieu. Ordonné prêtre, il se dévoua aux âmes les plus délaissées et, pour accomplir son œuvre, il fonda la congrégation du Très-Saint-Rédempteur. A soixante-six ans, Alphonse de Liguori devint évêque de Sainte-Agathe, et entreprit la réforme de son diocèse avec le zèle d'un saint. Il fit le vœu héroïque de ne jamais perdre de temps, et composa un grand nombre d'ouvrages pleins de science, de sagesse et de piété. Saint Alphonse vécut dans des temps mauvais et eut à subir bien des persécutions et des désenchantements. Un état continuel de maladie l'empêcha de célébrer le saint sacrifice pendant les sept dernières années de sa vie, mais il communiait tous les jours et son amour pour Jésus et Marie le consola jusqu'à sa dernière heure qui sonna le 2 août 1787.
Cette réflexion, a été tirée en partie de ‘’Lectures méditées de 1933’’ de l’abbé Layet. G. G.
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