Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 17:33

 

Mon Dieu, qu'ils sont à plaindre ceux qui ne croient ni à vous ni à une autre vie, ou plutôt qui s'efforcent de se persuader qu'il n'y faut pas croire ! Au fond, est-ce la conviction d'un seul d'entre eux ? Qui dira ce qui se passe au fond d'un cœur ?

 

Sous une apparence stoïque il peut se trouver là bien des détresses, bien des questions posées, bien des supplications secrètes. Après tout, les athées qui paraissent mourir sans souci ne nient pas seulement la foi chrétienne ; ils nient aussi la famille. Pour mourir ainsi, il faut ne rien aimer, ou n'aimer que comme aiment ceux qui se disent que la mort c'est la fin.

 

Lorsqu'on menait à l'échafaud Roucher et Chénier, Roucher se sentit ému : « Ma femme, ma fille ! » s'écria-t-il : C'est un songe qui finit ; » répondit Chénier, en vrai païen du dix-huitième siècle.

 

Est-il une parole plus mauvaise et plus désolante ? Pauvre Chénier, le pensiez-vous réellement, que les affections sont des rêves et des rêves qui prennent fin ? Le par-delà ne solli­citait-il réellement pas votre pensée ? Ah ! Vous étiez alors bien peu sensible !

 

Qu'il est frappant le contraste de ces athées avec les mou­rants qui ont appartenu à Dieu, eux et toute leur famille, pendant leur vie ! Quel nouveau et bien différent spectacle !

 

La mort y conserve sa majesté ; elle y garderait même ses terreurs si l'Hôte divin n'était pas là. Mais il est là ; et les tendresses sont aussi là. Elles se serrent autour du lit d'agonie. Les yeux inondés de larmes cherchent le ciel ; ils parlent d'amour indestructible et d'éternel avenir. Il y a partout dans cette chambre une douleur et une espérance, un adieu et un  au revoir.

 

Un chrétien mourant à la fleur de l'âge disait à sa femme : « Tiens-moi la main, jusqu'à ce qu'une autre main me prenne pour m'introduire là-haut. » Et ainsi, les mains serrées, dans l'amertume des déchirements insondables, dans la douceur des certitudes bienheureuses, ces deux époux, plus unies que jamais, attendaient l'heure du délogement.

 

Ces jours-là sont les jours de bataille de la famille religieuse, mais ses jours de triomphe aussi. Sa force de relèvement et de consolation ne se révèle jamais aussi puissamment. Au moment où il semble qu'elle se brise, son unité resplendit. Au moment où il semble qu'elle meurt, sa vie éclate. La mort est là ? Non, la vie ; c'est bien elle que nous contemplons. Alors on comprend ce qu'une voix consolante murmurait jadis :

 

La mort, cette dernière amie,

Qu'on craint et qu'on ne connaît pas.

 

Non, on ne la connaît pas, la mort telle que l'a faite Jésus-Christ, telle qu'elle apparaît au sein de nos bonnes familles. Là, tout est simple. On n'a garde de tromper le malade et de s'imaginer lui rendre service en ne l'avertissant pas de se préparer pour son suprême combat. Y a-t-il rien de véné­rable, d'attendrissant, comme une famille qui avertit ? Ah ! Vous n'avez pas besoin de lui recommander les ménagements, elle sait bien que le malade est depuis longtemps familiarisé avec la pensée de la mort, et elle craindrait mille fois plus de manquer de fidélité envers lui en ne l'avertissant pas. Entre chrétiens, le premier devoir, le premier serment, c'est celui-là. Dussions-nous en mourir nous-mêmes, nous irons, nous prendrons notre pauvre cœur à deux mains, nous trou­verons la force de balbutier une parole qui sera comprise. J'ai vu des mères, héroïquement fidèles, qui se penchaient sur la couche d'un fils et qui lui disaient : « Mon enfant, Dieu te rappelle. »

 

II faut savoir dire cela. Le mourant a droit à l'entendre, et cette parole sera pour lui la preuve par excellence d'un amour qui ne périra jamais. Ne faut-il pas qu'on se prépare, si chré­tien soit-on, à la rencontre prochaine de Dieu et pourrait-il y avoir une plus amère douleur, pour le malade qui a de la religion, s'il savait qu'on l'expose à être frustré des sacrements en reculant le plus possible le moment de la révélation ? Mais jamais on n'a de ces fausses tendresses dans les familles où Dieu réside en maître absolu.

 

Quel souvenir que celui de ces dernières prières ! Quelle impression que celle de ces derniers entretiens ! Quels rendez-vous que ceux qu'on se donne alors ! Quels appels que ceux qu'on entend ! Quelle démonstration de vie que celle qui nous vient des agonisants !

 

Quelles prédications que celles de nos lits de mort et quelles radieuses espérances !

Toute chrétienne famille a confiance de compter des membres dans le ciel.  «J'ai six enfants, » me disait une fois un de mes amis ; et comme je m'étonnais, ne lui en connaissant que quatre: « J'ai six enfants, répétait-il, quatre dans la maison d'en bas et deux dans celle d'en haut. » Les rapports du père avec ceux de la maison d'en haut étaient aussi fréquents, aussi; simples, aussi naturels, aussi vrais, que s'ils l'avaient quitté  pour habiter un pays où la famille entière serait disposée à  les rejoindre.

 

La famille chrétienne ne dit jamais : « Ceux que j'aimais ; » elle dit : «Ceux que j'aime. » Tout est au présent pour elle. La mort n'a pas supprimé une affection ou affaibli un lien. La famille est affligée par les départs, mais elle demeure entière et unie ; elle sait qu'avant peu on se retrouvera pour ne plus se quitter.

 

Partout où l'oubli fait son œuvre, si humiliante pour nous, le sentiment de famille est blessé. Il est des chrétiens qui ou­blient! Il est des chrétiens qui ignorent presque la famille : ce sont ceux qui, en pratique, ignorent presque Dieu. Mais là où Dieu est l'Hôte principal de la maison, soyez sûr qu'on n'oubliera pas ! Oublier?... Quoi?... Pourquoi? Qu'y a-t-il de changé? Qu'y a-t-il de compromis, à part la joie de cheminer ensemble ? Nos morts ne sont-ils plus vivants ? N'allons-nous pas vers eux ?

 

La séparation, c'est simplement un voile qui nous dérobe les chers absents. L'heure viendra où le voile sera levé pour nous et nous les retrouverons pour ne jamais les reperdre. Fasse le ciel qu'un jour nous puissions dire, en imitant une parole de Jésus-Christ : « De tous ceux que vous m'aviez donnés, ô mon Dieu, aucun ne manque à l'appel ! »

 

Tiré de : Lectures Méditées (1933)

 

elogofioupiou.com

Partager cet article
Repost0

commentaires