Il n'est pas besoin de souhaiter ce que les humains appellent une mort glorieuse; la mort de tout homme, dans le Christ, est une glorieuse mort. Toute autre gloire, puisqu'elle est destinée à mourir après son héros, déçoit la pensée; celle-ci l'éblouit et la stimule.
Être en gloire, c'est affirmer un nom destiné à durer plus que soi. Cela suppose donc la mort. Ce ne serait pas la peine d'attacher notre nom à quelque chose qui dure, si nous-mêmes nous étions immortels. On peut même se demander s'il y aurait lieu alors de nous multiplier dans la chair. On désire des enfants pour vivre davantage peut-être; mais n'est-ce pas surtout pour vivre plus longtemps, pour essayer de ne pas mourir, grâce à une postérité par qui le nom puisse survive?
C'est une noble illusion. Mais si de cette façon, ou d'une autre, les noms vivent un peu plus longtemps que les hommes, sur eux, une fois éteints, l'ombre est plus épaisse. L'avenir fera plus de nuit sur Louis le Grand que n'en firent sur Versailles les tours de Saint-Denis, au temps où elles effrayaient, dit-on, le Roi Soleil.
En revanche, écoutez comme prélude aux pensées chrétiennes le Zend-Avesta : « Nous honorons tout homme pur, présent, passé ou futur, pour le temps du bonheur infini ». Telle est la vraie gloire.
L'Évangile nous la précise mieux. Il nous présente la mort comme une naissance à l'immortalité, une entrée en Dieu même, une introduction en ces retraites intimes de la Trinité d'où rayonne la création et où se rejoignent, pour une reconnaissance et une proximité quasi infinies, tous les êtres. La gloire de l'un est alors multipliée par l'être de tous, et toutes ces gloires, dans l'Un au fond seul glorieux, n'en font qu'une. C'est un soleil aux multiples rayons; c'est une auréole semée de grains de lumière.
La mort, en dégageant ce qui de nous n'est pas de ce monde, nous rend ce monde en son pur foyer, nous rend tout ce qui de nous se séparait, nous rend à nous-mêmes; et en tout cela désormais, en la lumière de Dieu, notre nom luit; notre présence est partout assurée; notre bonheur est une commune richesse; notre puissance, égalée à celle de Dieu, n'a pas plus de supérieurs que d'envieux; notre gloire est pleine.
Ici-bas, nous suivions un chemin qui tout à coup sort de l'univers pour tomber dans l'abîme divin, où tout se perd et où tout se retrouve. Saints, on nous disait des héros, et l'on célébrait après la mort notre apothéose. Mais ceux qu'on appelle saints n'ont pas en cela de vocation exclusive. Leur vocation n'est particulière qu'au titre de supériorité et de certitude pour les survivants. Au fond, la sainteté est la vocation de l'homme,
La vérité de la vie, c'est l'héroïsme, et par cet héroïsme modeste ou puissant, pour finir, à travers la mort, a l'apothéose du ciel.
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
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