« Voici le bois de la Croix, sur lequel le salut du monde a été suspendu : venez, adorons-le ! »
Adoration qui est un culte de latrie relatif : nous adorons le bois qui a été baigné du Précieux Sang et qui a servi à la Divinité pour opérer notre salut. En réalité, l'adoration s'adresse à Dieu plutôt qu'à la Croix.
En ce grand jour, le Vendredi Saint, l'Église adopte la poésie splendide de Venance Fortunat, ce troubadour qui devint évêque de Poitiers (+ 604) :
«L'Étendard du Roi s'avance: il rayonne à nos yeux le mystère de la Croix, où la Vie souffrit la mort, et par sa mort nous rendit la vie... : Tu es beau, éclatant et orné de la pourpre du Roi, ô Arbre dont le bois eut l'honneur de toucher des membres si saints... : Salut, ô Croix, notre unique espérance ! ... : Que toute âme vous glorifie, ô Trinité, source de salut! Vous nous donnez la victoire par la Croix, ajoutez-y la récompense ! »
Sans doute, en ce jour de deuil, l'Église médite sur les souffrances du Christ; elle vénère les Clous, les Épines, les Fouets de la Flagellation, la Croix baignée du Précieux Sang : elle chante tout cela dans son hymne Pange lingua gloriosi, lauream certaminis.
Mais, c'est remarquable, dans toutes les fêtes de la Sainte Croix, et même le Vendredi Saint, c'est un chant de victoire qui domine dans la Liturgie : « Dieu règne par le bois ! » (Ps. 115, 10, cité au Vexilla Régis).
On dirait que l'Église, subtile pédagogue, craint que nous considérions la Passion du Christ comme une défaite, un désastre. Elle rappelle la divinité du Crucifié, elle fait entrevoir sa résurrection, en auréolant la Croix de la lumière pascale.
Extrait de : La CROIX, étendard du Christ Roi. Chanoine Georges Panneton
Édition LE BIEN PUBLIC (1972)
Trois-Rivières, Canada.
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