La récompense de l'homme spirituel, c'est que ce qu'il y a en lui de plus profond rejoint spontanément, au dehors, ce qu'il y a de plus élevé, de plus lointain et de plus inaccessible en apparence à nos pensées.
L'univers est mystérieux; ses durées et ses dimensions nous confondent; ses procédés nous étonnent et bien souvent nous scandalisent
Chez le savant, l'admiration prédomine et chez le vivant la peur; mais tous ressentent devant ces étendues l'accablement de l'impuissance.
Seul l'homme spirituel, uni à son Dieu, « domine les astres », ainsi qu'il a été dit du sage. Il les domine en ce sens qu'il ne subit pas les entraînements de la matière qu'ils règlent, mais aussi en ce qu'il échappe à l'oppression de leur mystère et à l'écrasement de leur grandeur.
La nature n'est pas pour nous une mère effrayante; elle est une sœur, dès que nous avons véritablement Dieu pour père. Il n'y a pas de limites à la liberté de nos rapports, à leur caractère favorable et à leur ampleur, quand nous sommes associés à la Puissance première, dont dépendent toutes les autres.
La Sagesse « se joue » dans la création, et nous sommes en droit de nous y jouer nous aussi, en esprit d'admiration et de confiance, d'abandon fraternel et de paix.
Pygmées de quelques pieds, ou rois de la création, c'est pour nous la même chose, parce que grandeur et petitesse s'effacent, au regard de Celui qui n'a ni taille ni forme, et qui nous communique tout ce qu'il est.
Aucun mur de prison ne nous retient. Devant nous, tous les espaces s'ouvrent. Tous les temps sont les contemporains de notre vie en l'Éternel.
Cette petite vie, faite d'événements médiocres et de répétitions monotones, s'élève, parce qu'elle côtoie Dieu, à la hauteur de ce Souverain immortel.
Toutes les misères de ce monde n'y font rien. L'esprit les absorbe. Ces pauvres flammes pâlissent dans le grand rayonnement du ciel. La douleur et l'obscurité, c'est tout un; leur mystère a le même nom et ne provoque en nous qu'une même inquiétude : toutes deux sont donc vaincues en même temps. Elles succombent à la même lumière, l’évidence de Dieu les tue.
Ce Dieu, dont tout le créé est comme un affleurement, une trace, un contour visible, a bien de quoi résorber la nuit et le mal dans son sein! Il n'est que de lui être uni, et tout se transfigure.
L'esprit qui le contemple a percé toutes les cloisons; l'esprit divinisé par la foi et l'amour dépasse toutes les bornes et rompt tous les pièges.
Que l'homme puisse ainsi rêver le rêve de Dieu, créer avec Dieu son œuvre et atteindre ses fins, reconstruire dans sa pensée l'architecture de l'infini et réaliser dans son cœur le Royaume des cieux, c'est là sa grandeur.
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
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