Comme le baptême est le premier et le plus nécessaire des sacrements, l'Église, afin de mieux faire connaître quelle en est l'excellence et ce à quoi on s'engage en le recevant, veut qu'on l'administre avec un grand nombre de gestes.
On fait très souvent le signe de la croix en administrant le baptême pour marquer que ce sacrement tire toute sa valeur de la croix de Jésus-Christ et pour marquer que la vie d'un chrétien est une vie de croix et de souffrances continuelles et qu'il doit marcher sur les traces de Jésus-Christ.
On y fait plusieurs onctions tant avec l'huile des catéchumènes qu'avec le saint chrême, pour marquer l'onction intérieure de la grâce que le Saint-Esprit répand dans l'âme de celui que l'on baptise ; car, comme l'huile pénètre le corps, le fortifie et guérit ses plaies, ainsi la grâce que l'on reçoit dans le baptême pénètre le cœur et le fortifie contre les passions.
Celui qui doit être baptisé reste d'abord à l'entrée de l'église, pour marquer qu'étant esclave du démon, il n'a aucun droit d'entrer plus avant dans la maison de Dieu, à cause du péché originel dont il est souillé.
Là, le prêtre marque l'enfant du signe de la croix sur le front et sur la poitrine ; il fait sur lui des exorcismes pour éloigner de lui le démon ; il lui met du sel dans la bouche pour signifier qu'il va lui communiquer l'esprit de sagesse. Puis ayant de nouveau fait le signe du salut sur le front de l'enfant, avec défense au démon de ne jamais oser violer ce signe auguste, il invoque et conjure instamment Dieu, auteur de toute lumière et de toute vérité, en faveur du nouveau serviteur qui est présenté à son service. Il introduit alors l'enfant dans l'église, et demande au parrain et à la marraine de réciter avec lui le symbole des apôtres, l'oraison dominicale et la salutation angélique.
Il fait encore des exorcismes, touche les oreilles de l'enfant avec de la salive, en demandant qu'elles soient ouvertes aux vérités du salut et repousse de nouveau le démon.
Les exorcismes ainsi terminés, le prêtre exige une renonciation formelle à Satan, puis il fait à l'enfant l'onction avec l'huile des catéchumènes.
Ensuite il lui faut faire une profession de foi en l'interrogeant sur les points principaux du symbole. Et enfin, sur son désir formellement exprimé, il lui administre le sacrement au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit et achève sa consécration par l'onction du saint chrême au sommet de la tête, qu'il revêt ensuite d'un vêtement blanc, symbole de l'innocence de l'âme régénérée par l'eau sainte qui vient de couler sur le front.
Les parrain et marraine interviennent dans le baptême solennel pour présenter à l'église celui qui doit être baptisé, être témoins de son baptême, répondre pour lui s'il n'a pas l'usage de la raison et lui servir de caution pour la grâce reçue dans ce sacrement.
L'obligation des parrains et marraines est d'aimer leurs filleuls comme leurs enfants spirituels et de veiller à leur éducation et à leur conduite pour qu'ils remplissent fidèlement les engagements de leur baptême.
Ils doivent y veiller par leurs prières, par leurs exemples et leurs avis dans les circonstances où ils le peuvent. Ils contractent avec l'enfant et les parents de l'enfant, une alliance spirituelle dont l'Église a fait un empêchement dirimant au mariage.
histoire : On faisait des réjouissances à Rome et l'empereur Dioclétien s'y était rendu. Le comédien Genès crut ne pouvoir mieux divertir la cour impie qu'en contrefaisant par dérision les cérémonies du baptême. Il parut couché sur le théâtre comme s'il eût été malade et demanda à être baptisé pour mourir tranquille. On fit paraître deux autres comédiens travestis, l'un en prêtre et l'autre en exorciste. Ils s'approchèrent du lit et dirent à Genès: « Mon enfant, pourquoi nous faites-vous venir ? » A l'instant le cœur de Genès fut changé et il répondit très sérieusement : «Parce que je veux recevoir la grâce de Jésus-Christ et par la sainte régénération obtenir la délivrance de mes péchés. »
On crut qu'il n'en jouait que mieux son rôle. On accomplit les cérémonies du sacrement et quand on lui eut mis les habits blancs, des soldats le prirent en continuant la farce et le présentèrent à l'empereur pour être interrogé comme les martyrs. Genès, profitant de la facilité naturelle qu'il avait pour la parole, d'un air et d'un ton inspirés, fit ce discours du lieu élevé où il était : « Écoutez, empereur et courtisans, sénateurs, plébéiens ; tous les ordres de la superbe Rome, écoutez-moi. Ci-devant, lorsque j'entendais seulement proférer le nom de Jésus-Christ, j'en frissonnais d'horreur et j'outrageais autant qu'il était en moi ceux qui professaient cette croyance. J'ai pris en haine plusieurs même de mes proches et de mes alliés à cause du nom chrétien et j'ai détesté cette religion au point de m'instruire exactement de ses mystères, comme vous avez pu le voir, afin d'en faire le jeu public ; mais des que l'eau du baptême a touché ma chair, mon cœur s'est changé et, à l'interrogation que l'on m'a faite, j'ai répondu sincèrement que je croyais. Je voyais une main s'étendre du haut des cieux et des anges étincelants de lumière planer au-dessus de moi. Ils ont lu dans un livre terrible tous tes péchés que j'ai commis dès mon enfance, les ont effacés aussitôt après, puis m'ont remontré le livre plus blanc que la neige. Vous donc, maintenant, grand empereur, et vous, spectateurs de toute condition que nos jeux sacrilèges ont fait rire de ces divins mystères, croyez avec moi, qui suis plus coupable que vous, croyez que Jésus-Christ est le Seigneur digne de nos adorations et tâchez d'en obtenir aussi miséricorde.»
L'empereur Dioclétien, également irrité et surpris, fit d'abord frapper Genès àcoups de bâton, puis il le remit au préfet Plautien, afin de le contraindre à sacrifier aux idoles. Le préfet employa toutes les tortures en pure perte : Genès répondit constamment : « Il n'est point de maître comparable à celui qui vient de m'apparaître ; je l'adore et le chéris de toute mon âme ; quand j'aurais mille vies à perdre, rien ne me séparera de lui : jamais les tourments ne m'ôteront Jésus-Christ de la bouche et du coeur ; je sens le plus vif regret de tous mes égarements passés et de ce que j'ai commencé si tard a le servir. » Dès que l’on s'aperçut que son éloquence faisait impression et on s'empressa de lui trancher la tête.
On doit cependant remarquer qu'une cérémonie aussi impie dans son principe ne pût être pour saint Genès un baptême de saint que par une grâce toute miraculeuse, par laquelle Dieu excita dans le cœur de ce saint une vraie et sincère douleur de ses fautes.
Extrait du : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU. (Édition 1860)
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