FORMATION DE LA CONSCIENCE PAR L'EDUCATION
«A» Conditions générales de l'éducation de la conscience
Les parents doivent penser à la conscience morale de leurs enfants.
Comment les parents peuvent-ils « soigner » la conscience morale de leurs enfants ? Les moyens sont différents suivant l'âge de l'enfant. Mais toujours, pour tout âge, deux conditions sont nécessaires: il faut d'abord que les parents en aient souci, qu'ils sachent que, en leur enfant, leur est confiée une semence du bien et que c'est à eux de la faire germer, croître et s'épanouir.
L'imitation est une loi naturelle qui doit servir à une bonne éducation de la conscience.
Il faut aussi que les parents n'oublient jamais cette vérité générale: ils sont pour leurs enfants le premier modèle à imiter. Et l'imitation est une loi naturelle, une loi nécessaire que le créateur a établie pour permettre aux hommes de se comprendre et de s'aider les uns les autres; pour permettre aux enfants de s'instruire et de se former au contact de leurs parents.
C'est par imitation que l'enfant apprend à marcher, qu'il apprend à parler — à exprimer par des paroles ses sentiments et ses idées — l'enfant qui ne verrait pas marcher autour de lui ne saurait pas plus marcher que le sourd de naissance, qui n'entend pas les mots prononcés autour de lui, ne sait parler.
Les sourds-muets, en effet, ne sont muets que parce qu'ils n'ont jamais connu la parole humaine. Si l'on remplace pour eux les sons qu'ils n'entendent pas par la vue de l'articulation des lèvres quand on leur parle, ils restent sourds, mais ils ne sont plus muets. Ils sont même en général d'autant plus bavards qu'ils ne s'entendent pas parler.
L'enfant aime à répéter ce qu'il a imité une première fois.
Lorsque l'enfant a reproduit un mot, un geste, un acte imité de ses parents, il y tient d'autant plus que cet acte lui appartient, désormais; qu'il est devenu sa propriété — une propriété dont il est tout fier quand elle est récente. Qui n'a remarqué la satisfaction avec laquelle l'enfant répète à satiété un mot, un geste, qu'il n'a pas l'habitude d'entendre et de voir et qui aura échappé à l'impatience de son père ou de sa mère, à quelque personne de son entourage. Parents, en ce cas, ne grondez pas votre enfant, ne le punissez d'aucune manière: cela ne manquerait pas de fixer dans sa mémoire ce que précisément vous voudriez en enlever. Il suffit que ce mot, ce geste, cet acte ne se reproduise pas. Peu à peu, il l'oubliera de lui-même, à mesure que sa jeune imagination s'appliquera à reproduire d'autres mots, d'autres gestes, d'autres actes.
On imite surtout les personnes qu'on admire.
L'imitation devient plus ou moins intentionnelle et volontaire parce qu'elle donne un plaisir, le plaisir que procure la satisfaction d'une tendance naturelle; mais elle est avant tout une loi générale, un instinct apporté à la naissance. Elle s'exerce particulièrement chez les êtres jeunes qui ont une vive imagination.
L'imitation des autres, en effet, exige qu'on se les représente, qu'on les «imagine» pour les reproduire en soi. Elle suppose qu'on a pour eux un attrait, une naturelle inclination. Aussi imite-t-on d'autant plus qu'on aime davantage. On imite surtout les personnes qu'on aime avec respect, avec vénération — les personnes qu'on admire — qui vous apparaissent comme supérieures à vous — qu'on voit au-dessus de soi.
Nous retrouvons là encore une forme de cet instinct divin qui pousse l'être humain à se développer dans le sens du bien, qui lui donne Je désir de se perfectionner.
Les enfants voient dans les « grandes personnes» ce qu'ils devront être quand ils seront grands.
Combien donc sont essentiels, pour la formation de la conscience des enfants, les exemples que les parents leur donnent à imiter! Les parents, ces «grandes personnes» dont ils dépendent, qui leur apparaissent comme « grandes » à tous points de vue, car ils ne discernent pas d'abord le point de vue physique et le point de vue moral. Ces «grandes personnes» qu'ils aiment, qu'ils admirent, qui leur apparaissent comme l'achèvement, comme la perfection de leur petit être; en qui ils voient ce qu'ils seront, ce qu'ils devront être quand ils seront grands!
Si les parents agissent et parlent devant eux au nom d'une conscience morale sûre d'elle-même, s'ils ont une conscience qui s'affirme nettement dans leurs actes et dans leurs paroles, la conscience de l'enfant se développera nécessairement au contact de la leur. Si au contraire les parents témoignent de plus ou moins d'insouciance du bien ou du mal, la conscience de l'enfant s'émoussera. Si les parents vont jusqu'à donner à l'enfant l'exemple du mal, sa conscience risque fort d'être pervertie.
La conscience de l'enfant est émoussée, troublée ou pervertie par le spectacle du mal accompli par ses parents.
Puisque l'enfant imite tout ce qui vient de ses parents, et trouve une action d'autant plus belle qu'il l'a imitée, adoptée, faite sienne, les parents doivent s'abstenir devant lui de tout acte répréhensible. S'il ne réfléchit pas encore, sa conscience est émoussée par le spectacle du mal; voit-il ses parents se quereller, les entend-il parler durement à des employés, à des domestiques, il s'habitue à trouver normales ces marques d'animosité, ces duretés; et lui-même ne manquera pas, plus tard, d'être querelleur et dur. Dès que l'enfant réfléchit et qu'il se demande s'il faut imiter ses parents qu'il aime, ou se conformer au bien qu'il a appris d'autre part à connaître — à connaître par eux même et par ceux qui l'ont peu à peu entouré — sa conscience est troublée s'il leur voit accomplir quelque acte mauvais. Il a appris qu'il faut être strictement honnête, que la probité n'a pas de degrés, puisqu'elle n'est que l'observation de la justice — que pensera-t-il s'il voit ses parents consentir à quelque fraude soi-disant «légère» ? Il sait qu'être honnête c'est observer strictement la justice envers qui que ce soit — Que pensera-t-il s'il voit ses parents se permettre de commettre une injustice sous prétexte qu'elle avantage un des leurs? La conscience de l'enfant est troublée d'abord, ensuite, elle se pervertit.
Les parents doivent respecter la conscience de leurs enfants.
L'exemple, le bon exemple à imiter, telle est donc la grande condition du développement de la conscience de leurs enfants pour tous parents qui ont souci d'en faire des gens de bien.
Ces conditions générales concernent la tenue morale des parents; il s'agit là surtout de leur attitude devant leurs enfants.
Nous verrons, dans la suite comment les parents peuvent contribuer à la formation de la conscience morale de leurs enfants dans leur action directe envers eux.
(A suivre)
Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE. Mme Laure Lefay-Alaux (1939)
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