Ce que Léon XIII a perçu le 13 octobre 1884, et qui certes a pu le déconcerter, c'est cela qui était déjà, qui est devenu de plus en plus, qui est maintenant absolument, la RÉALITÉ. Cette perception a provoqué immédiatement, dans le Pasteur suprême, une vive réaction de défense qui s'est traduite, concrètement en acte: dans la prescription de la prière après chaque MESSE basse, dans la promulgation de l'Exorcisme contre Satan et les Anges apostats. Et il convenait que le contenu de cette perception fût explicité dans la Supplique à Saint Michel, au titre d'argument pressant, pour conjurer l'A archange d'agir sur le champ.
Tel est donc le "fait ecclésial", objectivement et providentiellement concomitant à la promulgation de l'Exorcisme par Léon XIII. Le Vicaire de Jésus-Christ a discerné quelle était déjà, quelle allait devenir de plus en plus, la situation de l'Église ; et il a posé, pour le bien de l'Église, les ordinations motivées qu'impétrait cette illumination prophétique.
2. La portée du fait ecclésial concomitant à la promulgation de l'Exorcisme.
La portée d'un fait, c'est l'enseignement [et les autres conséquences] qui s'en dégage, eu égard au contexte dans lequel il s'insère. L'exorcisme contre Satan, promulgué par Léon XIII, expressément contre le père du mensonge (Jn VIII, 44) infiltré jusque "dans la chaire de Vérité", cet EXORCISME TEL QU'IL FUT PROMULGUÉ, montre, ou plus précisément confirme, que le CHRIST, LUI LE CHEF, veille sans cesse sur Son Église (Matt XXVIII, 20), par le Pape qui est son Vicaire.
Il y a toujours TOUT ce qu'il faut, au moins pour les âmes de bonne volonté qui accueillent humblement cela même qui est donné sans le minimiser (Ps XI.2), ni l'extrapoler [comme le font ceux qui érigent tout acte d'un Pape en une loi qui oblige l'Église à perpétuité ].
Léon XIII, divinement averti, avertit l'Église et la prémunit. Paul IV avait, lui aussi, averti l'Église, par plusieurs Bulles dont "Cum ex apostolatus" (15 Février 1559). Il faut certes, au point de vue canonique, ne pas assimiler la promulgation d'une Bulle et celle d'un Exorcisme. Mais, quant à la portée ecclésiale, l'abrogation (c'est-à-dire l'abrogation implicite, par non considération systématique et persistante) de "Cum ex apostolatus" et la mutilation de l'Exorcisme, sont deux manifestations du même processus de subversion.
Or, s'il est opportun de dénoncer, pour mieux enrayer la subversion, il faut d'abord prendre conscience qu’il y a vraiment subversion. Le Christ Chef veille sur Son Église, par Léon XIII, par Paul IV, par chaque [vrai] Pape. L'Église militante, collectif humain, auquel le Christ s'adresse par son Vicaire, n'est institutionnellement contrainte, d'écouter et de se soumettre, que pour ce qui ressortit à l'institution divine ; tandis que, comme personne morale, ce collectif humain est libre d'accueillir ou de refuser ce qui ressortit à l'institution ecclésiastique.
L'Église militante a abrogé les Bulles de Paul IV, elle l'a payé et elle le paye en la personne du cardinal Montini. L'Église militante a mutilé l'Exorcisme de Léon XIII, elle le paye encore en la personne, Pape Paul VI, pape martyr de la fin des temps.
Qui a abrogé ? Qui a mutilé ? Avant de le considérer, rendons Gloire au Christ Chef qui triomphe par l'immanence de Sa Justice, alors qu'Il l'eût fait, pour Son Épouse virginalement fidèle, dans la prévenance de Sa Miséricorde. Et rendons grâce au Christ Chef. Oui, même et encore maintenant, Ses membres fidèles ont tout ce qu'il faut. Ils ont l'Exorcisme, tel qu'il fut inspiré, contre le père du mensonge "installé dans la chaire de Vérité".
Ils ont maintenant, par le constat des événements, la certitude théologale de son exacte portée. Plus heureux même que leurs pères sous Saint Pie X, ils voient dans l'Exorcisme une prophétie ; et, qui plus est, ils la voient accomplie. Ils peuvent donc contempler, par et dans l'EXORCISME TEL QU'IL FUT PROMULGUÉ, l'Église elle-même s'intégrer en son Époux bien aimé, comme étant "le signe éminent de son auto crédibilité" (Vatican I. Const. "Dei Filius", de Fide catholica, cap. 3, DS 3013).
3. La signification de la mutilation perpétrée dans le texte promulgué par Léon XIII.
La signification de l'omission est aussi claire pour nous maintenant que l'est celle de la prophétie. "Rien n'est caché, qui ne soit [tôt ou tard] révélé" (Math. X. 26). Dieu opère le bien, même à partir du mal. Dieu opère que même l'erreur encoure à manifester la Vérité. Voilà ce que, brièvement, nous allons expliciter.
Le mal est, dans un être de nature, une privation qui affecte le bien auquel cet être est, par nature, ordonné. Si on veut nuire en infligeant une privation, il faut pour y réussir, non pas user d'une violence qui provoque un réflexe d'opposition à cette frustration, mais induire le sujet à estimer excellent le "bien diminué " qu'on consent à lui laisser. A lors, il est possible que le sujet erre provisoirement sur l'estimation concrète de sa véritable fin ; et qu'il se mette ainsi progressivement dans des conditions qui lui rendent impossible de l'atteindre. Dans un tel processus, le bien véritable, celui dont on vise que là privation en arrive, c'est celui qui est diligemment occulté.
Pareillement, si on veut induire en erreur, il faut pour y réussir, non pas affirmer le faux, mais faire miroiterune "vérité diminuée"; l'esprit, appâté, déserte sa propre et native curiosité, et croit trouver toute la Vérité dans les vestiges qui lui en sont concédés. Dans un tel processus, la totale Vérité, celle dont on vise qu'elle ne soit pas communiquée, c'est précisément celle qui est diligemment occultée.
La totale Vérité, c'est en l'occurrence ce que Léon XIII, inspiré, a osé clamer : le père du mensonge est "là où fut instituée la chaire de Vérité". Le signe que cela était et demeure pour ainsi dire le paroxysme de la Vérité, le signe que, "Léon XIII glorieusement régnant", le père du mensonge s'infiltrait déjà dans la chaire de Vérité, c'est qu'il a réussi à occulter ce que Léon XIII en avait révélé, avec autant de courage que d'Autorité.
"Les ténèbres n'ont pu arrêter la Lumière" (Jn I. 4). L'acte ecclésial de Léon XIII est maintenant connu tel qu'il fut posé. L'Exorcisme, diminué quant à sa portée, par la mutilation de la prière qui en assignait la terrifiante finalité, cet Exorcisme, fort répandu et lui-même infesté, est enfin exorcisé !
C'est-à-dire que, maintenant que tout est connu et il devra être récité, tel qu'il fut inspiré par l'ESPRIT DE VÉRITÉ.
L'Exorcisme exorcisé, restitué en son intrépide et native pureté, rayonnera partout la Vérité que Satan avait provisoirement réussi à occulter.
La Vérité libérera l'Église (Jn III, 32). L'Exorcisme vierge, ardemment vécu et récité, opérera, "par l'intercession de la Vierge Immaculée Mère de Dieu, de Saint Michel Archange, de Saint Joseph époux de Marie, des saints Apôtres Pierre et Paul et de tous les Saints ", que le père du mensonge soit expulsé du "Lieu où fut institué le Siège du bienheureux Pierre et la chaire de Vérité ".
Cet article a été inspiré par celui de Mgr. M. L. Guérard des Lauriers. (17 juin 1984.)
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