Amiel avait proposé ce programme : « Enfermer son temps dans son éternité, ses amours partiels dans son amour suprême, sa variété humaine dans son unité divine. »
Oui, unifier la vie dans ce qu'elle a de souverain, procurer ainsi à cette, vie un centre régulateur et régénérateur, c'est lui donner une cohérence et une énergie qu'elle ne saurait avoir par elle-même. Nous sommes tirés en tous sens ; nous aimons ou non au gré des rencontres ; notre temps est une chaîne aux anneaux disjoints. Petites volontés, petites activités, gestes automatiques ou spontanéités sans logique interne, nulle suite définie, nulle destinée consciente, n'est-ce pas l'ordinaire des humains?
« La plupart des jeunes sont vieux et presque tous les vieux sont morts », écrit André Suarès. Il veut dire que l'intensité manque. Et d'où vient l'intensité de l'action, sinon d'une plénitude unifiante qui jette tout l'être en ce qu'il fait? Si elle venait d'ailleurs, elle ne serait que passion arbitraire et funeste. La vieillesse d'âme est un aveu; elle témoigne qu'on ne tient pas le fil de l'existence, que les grandes valeurs humaines n'ont pas conquis le cœur, qu'on vit un temps sans éternité, des jours émiettés, et partant vides. Sans cela, le temps ne vous abandonnerait point, et on ne serait pas plus vieux à soixante-dix ans qu'à quinze. La jeunesse n'est pas une question d'âge; c'est un climat du cœur.
Sophocle disait : Le temps « qui voit toutes choses », demande à les voir d'un regard haut, et par la pensée, l'amour, les propos et les initiatives, il les assemble.
Un vrai vivant, si on lui frappe sur l'épaule pour lui demander : que fais-tu, doit pouvoir répondre : je fais ceci, en considération de cela, en vue de telle autre chose,avec, pour dernier secret plus ou moins sous-entendu de sa conduite: je marche vers l'éternel.
Vous êtes content de votre vie? Pourquoi? Mécontent? Pourquoi encore? La connaissez-vous seulement? Êtes-vous entré en elle plus qu'en vous-même? Et, avant d'y entrer, pour y aller d'un pas sûr, l'avez-vous établie avec Dieu, rêvée en lui, conformément au rêve divin qui crée tous les êtres?
Bhagavad-Gîtâ disait : « L'homme qui ne pratique pas l'union divine n'a pas de raison ». Où trouver la raison, là où manque le principe unifiant, le lien des intentions et des résolutions, des résolutions et des faits, des faits d'hier, d'aujourd'hui et de demain, du tout avec la fin souveraine?
La raison est l'instrument du Souverain guide. La vie avec ce Guide Divin est la seule digne de l'homme et porteuse d'espoir.
Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)
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