Me voici donc, pères et mères, prosterné à vos pieds, les mains jointes et les genoux en terre, pour vous supplier d'écarter des dangers si terribles : je voudrais vous y aider, c'est pourquoi je vous le répète : Aimez vos enfants, oui, aimez-les ; mais aimez-les d'un amour saint et réglé ; et pour cela surveillez leur conduite.
C'est à vous d'épier toutes leurs paroles ; de régler tous leurs gestes, de connaître tous leurs mouvements. Il ne suffit pas que vous leur donniez une direction, il faut en venir à la pratique et suivre leurs démarches non pas seulement au logis, mais partout, dans l'endroit et au dehors, en public et en secret, en société et en particulier.
Vous devez observer où ils vont, qui ils voient, de quoi ils parlent, quels sont leurs goûts et leurs inclinations. Vous devez leur procurer des maîtres craignant Dieu, des confesseurs zélés, des emplois convenables. Vous devez régler leurs études, leurs travaux, et surtout leurs dévotions, en vous informant comment ils fréquentent les églises, les associations pieuses et les sacrements.
C'est là le fruit que vous devez retirer de ce sermon. Rassemblez vos enfants dès ce soir et donnez vos ordres ; usez de l'autorité que vous avez reçue de Dieu, en leur enjoignant d'être rendus à la maison de bonne heure, le soir, de ne point sortir la nuit, de ne point aller avec tels compagnons, d'être respectueux envers tout le monde et partout, à la maison, à l'église et en public.
Et pour que vous voyiez que je parle du fond du cœur, j'embrasse ce saint crucifix, je pose mes lèvres sur ses plaies sacrées, et abreuvant ma langue du sang de Jésus-Christ, je finis en empruntant ces paroles du grand Chrysostome : « II ne s'agit pas ici de peu de chose, et ce n'est pas pour des bagatelles que je suis en instance auprès de vous : c'est l'âme de votre enfant et son sort éternel qui est en jeu. »
Chrétiens, mes bien-aimés frères, si je m'étais épuisé jusqu'ici à vous persuader des vétilles, il importerait peu que cette instruction fût traitée comme toutes les autres, c'est-à-dire qu'en dépit de mes paroles on continuât à vivre dans les mêmes désordres qu'auparavant.
Mais s'il s'agit de ceux qui sont la plus noble partie de vous-mêmes, s'il s'agit de faire des anges ou des démons de ces créatures que vous chérissez si tendrement, comment donc ne profiteriez-vous pas de mes sueurs ?
Ah ! Souvenez-vous bien que vos enfants seront tels que vous les voudrez, bons si vous les voulez bons, méchants si vous les voulez méchants. Souvenez-vous que vous devez, en élevant bien vos enfants, pourvoir la société de ministres intègres, les ateliers d'artisans fidèles, les tribunaux de magistrats équitables, l'Église de prêtres exemplaires, les Ordres religieux d'ouvriers zélés, le paradis de citoyens, d'élus, de saints.
Si vous le faites, oh ! Quelle joie, quelle récompense, quels délices vous vous préparez ! Si vous ne le faites pas, ah ! Quels remords, quelle peine, quels tourments !
Vous verrez alors d'une manière palpable que l'amour déréglé des parents est une haine véritable, la cause de la perte éternelle des enfants, et que la perte des enfants en revanche est une cause de damnation éternelle pour les parents.
Que Dieu vous préserve de ce malheur. Amen.
Fin de cette série
Tiré de : De l’Éducation des enfants, œuvre de Saint LÉONARD de Port Maurice.
Disponible « Les Guillots» Villegenon 18260 Vailly-s/-Sauldre.
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